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Posts Tagged ‘jurer’

Écoutez ! (Vladimir Maïakovski)

Posted by arbrealettres sur 23 octobre 2019


 


 

Sarolta Bán n-03 [1280x768]

Écoutez !
Puisqu’on allume les étoiles,
c’est qu’elles sont à
quelqu’un nécessaires?
C’est que quelqu’un désire
qu’elles soient?
C’est que quelqu’un dit perles
ces crachats?
Et, forçant la bourrasque à midi des poussières,
il fonce jusqu’à Dieu,
craint d’arriver trop tard, pleure,
baise sa main noueuse, implore
il lui faut une étoile!
jure qu’il ne peut supporter
son martyre sans étoiles.

Ensuite,
il promène son angoisse,
il fait semblant d’être calme.
Il dit à quelqu’un :
 » Maintenant, tu vas mieux,
n’est-ce pas? T’as plus peur ? Dis ?  »

Écoutez !
Puisqu’on allume les étoiles,
c’est qu’elles sont à quelqu’un nécessaires ?
c’est qu’il est indispensable,
que tous les soirs
au-dessus des toits
se mette à luire seule au moins
une étoile?

(Vladimir Maïakovski)

Illustration: Sarolta Bán

 

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LAURA (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019




Illustration: Agost Benkhard
    
LAURA

Heureusement, elle est partie. Maintenant elle sera
tout à fait et encore plus qu’elle ne le pense
mienne. Maintenant elle se tiendra de nouveau
nue, épanouie et sans vergogne,
devant mes yeux fermés.

Et, lourd de ses parfums, je refais passer
rapidement son sourire et me focalise
sur ses cuisses généreuses, sa peau
neige doucement sur mon grand écran,
déjà, elle prend de la voix, elle cajole,
elle jure, et puis, dernière image,
j’empoigne ses hanches et l’enneige à nouveau.

Heureusement, elle est partie. Mais moi,
je suis son chien, j’agite la queue quand
elle vient. Encore plus qu’elle ne le pense.

***

LAURA

Gelukkig, ze is weg. Nu zal ze
helemaal en meer nog dan ze denkt
de mijne zijn. Nu zal ze nogmaals,
naakt en vol en onbeschaamd,
voor mijn gesloten ogen staan.

En zwanger van haar geuren speel ik
snel haar glimlach af en spits
me op haar gulle dijen, haar huid
sneeuwt zachtjes op mijn witte doek,
ze krijgt al stem, ze fleemt,
ze vloekt, en dan, de laatste still,
yang ik haar schoot en sneeuw haar uit.

Gelukkig, ze is weg. Maar ik,
ik ben haar bond, ik kwispel als
zij komt. Meer nog dan ze denkt.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Bonsoir m’Amour ! (Karl Ditan)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



diplome-mamour

Bonsoir m’Amour !

Un joli teint frais de rose en bouton,
Des cheveux du plus beau blond,
Ouvrière humble et jolie,
Ell’ suivait tout droit sa vie,
Lorsqu’un jeune homm’ vint, comm’ dans un roman,
Qui l’avait vue en passant,
Et qui, s’efforçant de la rencontrer,
S’était mis à l’adorer.
Et, timide, un soir que la nuit tombait,
Avec un sourire il lui murmurait :

Refrain
« Bonsoir m’amour, bonsoir ma fleur,
Bonsoir toute mon âme !
O toi qui tient tout mon bonheur
Dans ton regard de femme !
De ta beauté, de ton amour,
Si ma route est fleurie,
Je veux te jurer, ma jolie,
De t’aimer toujours ! »

Ça fit un mariage et ce fut charmant ;
Du blond, du rose et du blanc !
Le mariag’ c’est bon tout d’même
Quand c’est pour la vie qu’on s’aime !
Ils n’eur’nt pas besoin quand ils fur’nt unis
D’faire un voyag’ dans l’ midi :
Le midi, l’ciel bleu, l’soleil et les fleurs,
Ils en avaient plein leur cœur.
L’ homme, en travaillant, assurait l’av’nir
Et chantait le soir avant de s’endormir :

Refrain

Au jardin d’amour les heureux époux
Vir’nt éclore sous les choux,
Sous les roses ou sous autr’chose
De jolis p’tits bambins roses?
Le temps a passé, les enfants sont grands,
Les vieux ont les ch’veux tout blancs
Et quand l’un murmure : « y a quarante ans d’ça ! »
L’autre ému répond : « Déjà ! »
Et le vieux redoute le fatal instant
Où sa voix devrait dire en sanglotant :

Refrain

« Adieu, m’amour! adieu, ma fleur !
Adieu toute mon âme !
O toi qui fit tout mon bonheur
Par ta bonté de femme !
Du souvenir de ses amours
L’âme est toute fleurie,
Quand on a su toute la vie
S’adorer toujours ! »

(Karl Ditan)

 Illustration: http://www.mon-diplome.fr/

 

Définition du mot M’amour : 
– Terme familier de mignardise et de tendresse 
  dont on se sert encore quelquefois en parlant à une femme, à une petite fille.

– Familièrement. Faire des m’amours, faire des caresses, des flatteries.

Deux enregistrements.. d’époque!

 

 

 

 

 

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D’un sommeil plus tranquille à mes Amours rêvant (Théophile de Viau)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2019



 

D’un sommeil plus tranquille à mes Amours rêvant
J’éveille avant le jour mes yeux et ma pensée,
Et cette longue nuit si durement passée,
Je me trouve étonné de quoi je suis vivant.

Demi désespéré je jure en me levant
D’arracher cet objet à mon âme insensée,
Et soudain de ses voeux ma raison offensée
Se dédit et me laisse aussi fol que devant.

Je sais bien que la mort suit de près ma folie,
Mais je vois tant d’appas en ma mélancolie
Que mon esprit ne peut souffrir sa guérison.

Chacun à son plaisir doit gouverner son âme,
Mytridate autrefois a vécu de poison,
Les Lestrigons de sang, et moi je vis de flamme.

(Théophile de Viau)

Illustration

 

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L’arc-en-ciel (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019


WhereRainbowRises

L’arc-en-ciel a juré d’errer à jamais
Il a perdu sa maison première

(Adonis)

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Ah, tu croyais (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Edvard Munch

Ah, tu croyais que j’étais de celles
Qu’on peut oublier,
Que j’irais me jeter, pleurant, priant,
Sous les sabots de ton cheval blanc.

Que j’irais demander aux sorcières
Une racine trempée d’eau magique,
Et t’offrirais en cadeau maléfique
Mon précieux mouchoir parfumé.

Sois maudit. Pas un regard, pas une plainte,
Je ne toucherai pas à ton âme exécrée,
Mais je te jure par le jardin des anges,
Sur l’icône des miracles je le jure,
Et sur l’ardente ivresse de nos nuits —
Jamais vers toi je ne reviendrai.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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MADRIGAL (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2019



MADRIGAL

Du temps qu’on l’aimait lasse d’elle-même
Elle avait juré d’être cet amour
Elle en fut le charme et lui le poème
La terre est légère aux serments d’un jour

Le vent pleurait les oiseaux de passage
Berçant les mers sur ses ailes de sel
Je prends l’étoile avec un beau nuage
Quand la page blanche a bu tout le ciel

Dans l’air qui fleurit de l’entendre rire
Marche un vieux cheval couleur de chemin
Connais à son pas la mort qui m’inspire
Et qui vient sans moi demander sa main

(Joë Bousquet)

 

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Au bord de la rivière (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018


Coulez vers la mer de l’oubli,
Chansons aimées! Que nul jeune homme
N’aille plus vous chanter, ravi,
Et nulle fille au temps des fleurs.

Vous parliez de mon aimée seule,
Qui aujourd’hui raille ma foi.
Vous fûtes écrites sur l’eau,
Ecoulez-vous donc avec elle.

***

Verfliesset, vielgeliebte Lieder,
Zum Meere der Vergessenheit!
Kein Knabe sing entzückt euch wieder,
Kein Mädchen in der Blütenzeit.

Ihr sanget nur von meiner Lieben;
Nun spricht sie meiner Treue Hohn.
Ihr wart ins Wasser eingeschrieben;
So fliesst denn auch mit ihm davon.

(Goethe)

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LA VIEILLE VILLE (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

Bordel, Aurore Durozelle, Bd Alsace Lorraine, avril 2012.

LA VIEILLE VILLE

Souvent, pour revenir à la maison,
je prends une rue sombre de la vieille ville.
Jaune dans une flaque de boue un fanal se reflète
et le chemin est encombré.

Là, parmi ceux qui vont et qui viennent
de l’auberge à la maison ou au bordel,
parmi ces choses et ces hommes,
rebut d’un grand port de mer,
là en passant je retrouve
l’infini dans l’humilité.
Là, prostituée et marin, le vieux
qui jure, la femme qui se dispute,
le dragon attablé devant
une friture,
la tumultueuse jeune fille folle
d’amour,
sont toutes créatures de la vie
et de la douleur.
En elles, comme en moi, s’agite le Seigneur.
Là en compagnie des humbles
je sens ma pensée se faire
plus pure quand plus abjecte est la rue.

(Umberto Saba)

Illustration

 

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Allons ! (Walt Whitman)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



La terre jamais ne fatigue,
La terre est rude, silencieuse, incompréhensible d’abord,
la Nature est rude et incompréhensible d’abord,
Ne te décourage pas, persévère, il y a des choses divines bien enveloppées,
Je te jure qu’il a des choses divines plus magnifiques que
les mots ne peuvent le dire.

 » Allons !  » il ne faut pas nous arrêter ici,
Si délicieuses que soient ces provisions amassées,
si commode cette demeure nous ne pouvons pas rester ici,
Si abrité que soit ce port et si calmes ces eaux
nous ne devons pas jeter l’ancre ici,
Si accueillante que soit l’hospitalité qui nous entoure
il ne nous est permis de la recevoir que peu de temps.

(Walt Whitman)

Illustration: Giacometti

 

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