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BROUILLARD LÉGER SUR LA COLLINE (Emily Jane Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



 

 

BROUILLARD LÉGER SUR LA COLLINE

Brouillard léger sur la colline
Et qui ne parle pas d’orages pour demain :
Le jour a pleuré tout son saoul,
Épuisé sa réserve de muet chagrin.

Oh! je suis revenue aux jours de ma jeunesse,
Me voici enfant à nouveau,
Et de sous le toit paternel où je m’abrite,
De la porte du vieux château,

Je regarde le soir lourd de nuées descendre
Après une journée de pluie :
Des brumes bleues d’été, de tendres brumes tendent
Les montagnes de l’horizon.

Une moiteur imprègne la longue herbe verte,
Telles les larmes du matin,
Et des bouffées de senteur passent comme en rêve,
Respirant les jours anciens.

***

MILD THE MIST UPON THE HILL

Mild the mist upon the hill
Telling not of storms to-morrow;
No; the day has wept its fill,
Spent its store of silent sorrow.

Oh, I’m gone back to the days of youth,
I am a child once more;
And ‘neath my father’s sheltering roof,
And near the old hall door,

1 watch this cloudy evening fall,
After a day of rain:
Blue mists, sweet mists of summer pall
The horizon’s mountain-chain.

The damp stands in the long, green grass
As thick as morning’s tears;
And dreamy scents of fragrance pass
That breathe of other years.

(Emily Jane Brontë)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Pur à présent décline le soir d’été (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



Pur à présent décline le soir d’été
Autour de ma maison, en splendeur adoucie
Le ciel sur son front sacré ne porte pas
Un seul nuage de mélancolie —

La vieille tour, enchâssée dans la lueur d’or,
Contemple d’en haut le soleil qui descend —
Si doucement le soir se fond dans la nuit
Qu’on peut à peine dire le jour fini —

Et c’est justement l’heure joyeuse
Où nous avions coutume de nous échapper
De secouer la tyrannie du labeur
Pour aller avec entrain jouer dehors —

Alors pourquoi tout est-il si triste et seul ?
Nul pas allègre dans l’escalier —
Nul rire — nul accent pour donner coeur
Mais partout un silence sans voix.

J’ai tourné sans fin dans notre jardin
Et il me semblait qu’à chaque tour
Des pas allaient venir à ma rencontre
Et des mots portés par les souffles

En vain — ils ne viendront pas aujourd’hui
Et le rayon du matin poindra aussi morne
Mais non, l’Espoir réprobateur assure
Qu’il est doux de pleurer les joies enfuies

Quand chaque orage voilant leur lumière
Prépare un plus divin retour.
Dites : sont-ils perdus à jamais, nos éclairs
De soleil dans les brumes du souci ?

***

Fair sinks the summer evening now
In softened glory round my home :
The sky upon its holy brow
Wears not a cloud that speaks of gloom —

The old tower, shrined in golden light,
Looks down on the descending sun —
So gently evening blends with night
You scarce can say that day is done —

And this is just the joyous hour
When we were wont to burst away,
To ‘scape from labour’s tyrant power
And cheerfully go out to play —

Then why is all so sad and lone ?
No merry footstep on the stair —
No laugh — no heart-awaking tone
But voiceless silence everywhere.

I’ve wandered round our garden-ground
And still it seemed at every turn
That I should greet approaching feet
And words upon the breezes borne

In vain — they will not come today
And morning’s beam will rise as drear
Ah no, reproving Hope doth say
Departed joys ’tis fond to mourn

When every storm that hides their ray
Prepares a more divine return
Then tell me — are they gone for aye
Our sun blinks through the mist of care ?

(Emily Brontë)

Illustration

 

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Il devrait n’être point de désespoir pour toi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2017



 

 

Il devrait n’être point de désespoir pour toi
Tant que brûlent la nuit les étoiles,
Tant que le soir répand sa rosée silencieuse,
Que le soleil dore le matin.

Il devrait n’être point de désespoir, même si les larmes
Ruissellent comme une rivière :
Les plus chère de tes années ne sont-elles pas
Autour de ton cœur à jamais ?

Ceux-ci pleures, tu pleures, il doit en être ainsi ;
Les vents soupirent comme tu soupires,
Et l’Hiver en flocons déverse son chagrin
Là où gisent les feuilles d’automne

Pourtant elles revivent, et de leur sort ton sort
Ne saurait être séparé :
Poursuis donc ton voyage, sinon ravi de joie,
Du moins jamais le cœur brisé.

***

There should be no despair for you
While nightly stars are burning —
While evening sheds its silent dew
Or sunshine gilds the morning —

There should be no despair — though tears
May flow down like a river —
Are not the best beloved of years
Around your heart forever ?

They weep — you weep — It must be so —
Winds sigh as you are sighing,
And winter pours its grief in snow
Where autumn’s leaves are lying

Yet they revive — and from their fate
Your fate can not be parted
Then man journey onward not elate
But never brokenhearted —

(Emily Brontë)

 

 

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MUSIQUE AU CREPUSCULE (Charles Vildrac)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



 

Alphonse Osbert Un inceste d'âmes

MUSIQUE AU CREPUSCULE

La ligne de ton cou se subtilise ;
Tout baigne feutré dans la couleur grise,
Et voici qu’un jour bien cher agonise.

Oh ! demain, l’absence et les heures creuses !
Sens-tu pas, nos âmes en sont peureuses ;
Sens-tu pas, nos âmes en sont frileuses ;

Frileuses surtout à cause de l’heure ;
Tu sais bien qu’au soir nos beaux rires meurent,
Et qu’ensemble un peu nos âmes pleurent,

Sans nulle souffrance et sans nulle peine,
Par cette faiblesse d’être trop pleines ;

La ligne de ton cou se subtilise ;
Blottissons-nous bien dans le fauteuil noir ;
Tout baigne feutré dans la couleur grise,
Laissons sur nos coeurs si pareils pleuvoir
La triste douceur qui les prend le soir,
Chaque fois qu’un jour bien cher agonise.

(Charles Vildrac)

Illustration: Alphonse Osbert

 

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Voyez au vif le portrait d’un amant (Jean Godard)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2017



Voyez au vif le portrait d’un amant :
Je pleure et ris, je loue et vitupère,
Un même objet m’est funèbre et prospère,
Je perds courage et je vais m’animant.

Mon coeur, mes yeux s’en vont partout semant
Et feux, et flots ; mon âme est le repaire
D’espoir et peur ; jamais je ne tempère
Mon froid, mon chaud, qui vont ensemblement.

Je sens toujours un grand brasier d’Hercule,
D’où un glaçon jamais ne se recule ;
Je glace au feu, je brûle au coeur d’hiver ;

J’aime, je hais ; je me loue et me tance ;
Je quitte tout, puis je veux éprouver.
L’amour n’est rien qu’une mer d’inconstance.

(Jean Godard)

Illustration: Hippolyte Flandrin

 

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LE DÉSIR (Iwan Gilkin)

Posted by arbrealettres sur 7 juin 2017



 Illustration: Alix

    

LE DÉSIR

Mes regards las, sans voir l’or en fleur des jasmins,
Rêvent de cheveux d’or dont la tendresse étonne,
Et, dédaignant des lys la blancheur monotone,
Pleurent la liliale ardeur des jeunes mains.

Ô toi qui dois venir, viens ! mon cœur te réclame,
Mes yeux, tristes d’amour, attendent tes chers yeux.
Car la terre est si vide, et si vides les cieux !
Et rien n’offre un baiser aux lèvres de mon âme.

Toi que j’aimerai, toi qui me tortureras,
Sans assouvir jamais tes douloureux caprices,
Viens, je t’offre à genoux les mortels sacrifices
Où mon sang résigné coulera dans tes bras.

(Iwan Gilkin)

 

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Quelquefois (Elise Turcotte)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2017



    

Quelquefois, elle (Maria, sa fille)
s’arrête de jouer et me demande de venir la consoler.
Je la console.
Même si je ne sais pas de quoi.

C’est une chose que son père n’a jamais su faire pour moi.
Ni aucun homme d’ailleurs.

Quand on pleure, il faut passer une sorte d’examen,
être capable de dire pourquoi, et, si on réussit,
on a le droit d’être serrée dans leurs bras.

(Elise Turcotte)

Illustration: Edvard Munch

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Le Christus de Guadalajara (Tennessee Williams)

Posted by arbrealettres sur 3 juin 2017



Illustration

    

Le Christus de Guadalajara
est déposé dans Son suaire.
Dans Ses paumes sont plantés
les clous et dans Ses pieds.
Ô Mère de Dieu, ait pitié,
Il pleure et si Elle pouvait
Notre Dame donnerait Sa couronne
contre une goutte de Son sang.
Mais comme Lui seule en Sa douleur,
La Madrecita se pelotonne
dans un coin sombre pour porter
Sa terrible Rose du Monde.

***

The Christus of Guadalajara
turns in His salted sheet.
Into His palms are driven
the nails and into His feet.
O Mother of God, have mercy,
He cries, and if She could
Our Lady would give Her crown
to ransom a drop of His blood.
But alone in Her anguish as He,
La Madrecita has curled
in a lampless corner to bear
Her terrible Rose of the World.

(Tennessee Williams)

Recueil: Dans l’hiver des villes
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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Sur l’océan couleur de fer (Paul-Jean Toulet)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



Sur l’océan couleur de fer
Pleurait un choeur immense
Et ces longs cris dont la démence
Semble percer l’enfer.

Et puis la mort, et le silence
Montant comme un mur noir.
… Parfois au loin se laissait voir
Un feu qui se balance.

(Paul-Jean Toulet)

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LES USINES (Emile Verhaeren)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2017



 

 

LES USINES

Se regardant avec les yeux cassés de leurs fenêtres
Et se mirant dans l’eau de poix et de salpêtre
D’un canal droit, marquant sa barre à l’infini,
Face à face, le long des quais d’ombre et de nuit,
Par à travers les faubourgs lourds
Et la misère en pleurs de ces faubourgs,
Ronflent terriblement usines et fabriques.

Rectangles de granit et monuments de briques,
Et longs murs noirs durant des lieues,
Immensément, par les banlieues ;
Et sur les toits, dans le brouillard, aiguillonnées
De fers et de paratonnerres,
Les cheminées.

Se regardant de leurs yeux noirs et symétriques,
Par la banlieue, à l’infini,
Ronflent le jour, la nuit,
Les usines et les fabriques.

Parée et noire et opulente,
Au cri des orgues violentes
Qui la célèbrent,
La mort tout en ténèbres
Règne, comme une idole assise,
Sous la coupole des églises.

Des feux, tordus comme des hydres,
Se hérissent, autour du catafalque immense,
Où des anges, tenant des faulx et des clepsydres,
Dressent leur véhémence,
Clairons dardés, vers le néant.

Le vide en est grandi sous le transept béant ;
De hautes voix d’enfants
Jettent vers les miséricordes
Des cris tordus comme des cordes,
Tandis que les vieilles murailles
Montent, comme des linceuls blancs,
Autour du bloc formidable et branlant
De ces massives funérailles.

Drapée en noir et familière,
La Mort s’en va le long des rues
Longues et linéaires.

Drapée en noir, comme le soir,
La vieille Mort agressive et bourrue
S’en va par les quartiers
Des boutiques et des métiers,
En carrosse qui se rehausse

De gros lambris exorbitants,
Couleur d’usure et d’ancien temps.

Drapée en noir, la Mort
Cassant, entre ses mains, le sort
Des gens méticuleux et réfléchis
Qui s’exténuent, en leurs logis,
Vainement, à faire fortune,
La Mort soudaine et importune
Les met en ordre dans leurs bières
Comme en des cases régulières.

Et les cloches sonnent péniblement
Un malheureux enterrement,
Sur le défunt, que l’on trimballe,
Par les églises colossales,
Vers un coin d’ombre, où quelques cierges,
Pauvres flammes, brûlent, devant la Vierge.

Vêtue en noir et besogneuse,
La Mort gagne jusqu’aux faubourgs,
En chariot branlant et lourd,
Avec de vieilles haridelles
Qu’elle flagelle
Chaque matin, vers quels destins ?
Vêtue en noir,
La Mort enjambe le trottoir
Et l’égout pâle, où se mirent les bornes,
Qui vont là-bas, une à une, vers les champs mornes ;
Et leste et rude et dédaigneuse
Gagne les escaliers et s’arrête sur les paliers
Où l’on entend pleurer et sangloter,
Derrière la porte entr’ouverte,

(Emile Verhaeren)

 

 

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