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Poésie

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Je m’en vais rêvant par les chemins… (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2017



Je m’en vais rêvant par les chemins
Du soir. Les collines
Dorées, les pins verts
Les chênes poussiéreux! …
Où peut-il aller, ce chemin?

Je m’en vais chantant, voyageur
Le long du sentier…
Le jour s’incline lentement.
« Devant mon cœur était clouée
L’épine d’une passion;
Un jour j’ai pu me l’arracher:
Je ne sens plus mon cœur. »

Et toute la campagne un instant
Demeure, muette et sombre,
Pour méditer. Le vent retentit
Dans les peupliers de la rivière.

Mais le soir s’obscurcit encore;
Et le chemin qui tourne, tourne,
Et blanchit doucement,
Se trouble et disparaît.

Mon chant recommence à pleurer:
« Epine pointue et dorée,
Ah! si je pouvais te sentir
Dedans mon cœur clouée. »

(Antonio Machado)


Illustration: Vincent Van Gogh

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LES PERLES DE JADE (Tchan-Tiou-Lin)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2017



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LES PERLES DE JADE

J’ai vu passer la première épouse du grand Mandarin Lo-Wang-Li ;
elle se promenait à cheval près du lac,
dans l’allée où la lune blanchit les feuilles de saule.

En se promenant elle a laissé tomber de son cou quelques perles de jade ;
un homme, qui se trouvait là, les a ramassées et s’est enfui très joyeux.

Mais moi, je n’ai pas ramassé de perles,
parce que je regardais seulement le beau visage de la jeune femme,
plus blanc que la lune dans les feuilles de saule,
et je m’en suis allé en pleurant.

(Tchan-Tiou-Lin)

 

 

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LES DEUX PERROQUETS LE ROI ET SON FILS (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



 

LES DEUX PERROQUETS LE ROI ET SON FILS

Deux Perroquets, l’un père et l’autre fils,
Du rôt d’un Roi faisaient leur ordinaire.
Deux demi-dieux, l’un fils et l’autre père,
De ces oiseaux. faisaient leurs favoris.
L’âge liait une amitié sincère
Entre ces gens : les deux pères s’aimaient ;
Les deux enfants, malgré leur coeur frivole,
L’un avec l’autre aussi s’accoutumaient,
Nourris ensemble, et compagnons d’école.
C’était beaucoup d’honneur au jeune Perroquet ;
Car l’enfant était Prince, et son père Monarque.
Par le tempérament que lui donna la parque,
Il aimait les oiseaux. Un Moineau fort coquet,
Et le plus amoureux de toute la Province,
Faisait aussi sa part des délices du Prince.
Ces deux rivaux un jour ensemble se jouants,
Comme il arrive aux jeunes gens,
Le jeu devint une querelle.
Le Passereau, peu circonspect,
S’attira de tels coups de bec,
Que, demi-mort et traînant l’aile,
On crut qu’il n’en pourrait guérir
Le Prince indigné fit mourir
Son Perroquet. Le bruit en vint au père.
L’infortuné vieillard crie et se désespère,
Le tout en vain ; ses cris sont superflus ;
L’oiseau parleur est déjà dans la barque ;
Pour dire mieux, l’Oiseau ne parlant plus
Fait qu’en fureur sur le fils du Monarque
Son père s’en va fondre, et lui crève les yeux.
Il se sauve aussitôt, et choisit pour asile
Le haut d’un Pin. Là dans le sein des Dieux
Il goûte sa vengeance en lieu sûr et tranquille.
Le Roi lui-même y court, et dit pour l’attirer :
« Ami, reviens chez moi : que nous sert de pleurer ?
Haine, vengeance, et deuil, laissons tout à la porte.
Je suis contraint de déclarer,
Encor que ma douleur soit forte,
Que le tort vient de nous : mon fils fut l’agresseur.
Mon fils ! non. C’est le sort qui du coup est l’auteur.
La Parque avait écrit de tout temps en son livre
Que l’un de nos enfants devait cesser de vivre,
L’autre de voir, par ce malheur.
Consolons-nous tous deux, et reviens dans ta cage. »
Le Perroquet dit : « Sire Roi,
Crois-tu qu’après un tel outrage
Je me doive fier à toi ?
Tu m’allègues le sort : prétends-tu par ta foi
Me leurrer de l’appât d’un profane langage ?
Mais que la providence ou bien que le destin
Règle les affaires du monde
Il est écrit là-haut qu’au faîte de ce pin
Ou dans quelque Forêt profonde,
J’achèverai mes jours loin du fatal objet
Qui doit t’être un juste sujet
De haine et de fureur. Je sais que la vengeance
Est un morceau de Roi, car vous vivez en Dieux.
Tu veux oublier cette offense :
Je le crois : cependant il me faut pour le mieux
Eviter ta main et tes yeux.
Sire Roi mon ami, va-t’en, tu perds ta peine ;
Ne me parle point de retour ;
L’absence est aussi bien un remède à la haine
Qu’un appareil contre l’amour. »

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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Ce n’est pas moi qui chante (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Ce n’est pas moi qui chante
c’est les fleurs que j’ai vues
ce n’est pas moi qui ris
c’est le vin que j’ai bu
ce n’est pas moi qui pleure
c’est mon amour perdu.

(Jacques Prévert)

 

 

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J’en ai vu plusieurs… (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



J’en ai vu plusieurs…

J’en ai vu un qui s’était assis sur le chapeau d’un autre
il était pâle
il tremblait
il attendait quelque chose… n’importe quoi…
la guerre… la fin du monde…
il lui était absolument impossible de faire un geste ou de parler
et l’autre
l’autre qui cherchait  » son  » chapeau était plus pâle encore
et lui aussi tremblait
et se répétait sans cesse
mon chapeau… mon chapeau…
et il avait envie de pleurer.
J’en ai vu un qui lisait les journaux
j’en ai vu un qui saluait le drapeau
j’en ai vu un qui était habillé de noir
il avait une montre
une chaîne de montre
un porte monnaie
la légion d’honneur
et un pince-nez.
J’en ai vu un qui tirait son enfant par la main et qui criait…
j’en ai vu un avec un chien
j’en ai vu un avec une canne à épée
j’en ai vu un qui pleurait
j’en ai vu un qui entrait dans une église
j’en ai vu un autre qui en sortait…

(Jacques Prévert)


Illustration: René Magritte

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Déjeuner du matin (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2017



Il a mis le café
Dans la tasse
Il a mis le lait
Dans la tasse de café
Il a mis le sucre
Dans le café au lait
Avec la petite cuiller
Il a tourné
Il a bu le café au lait
Et il a reposé la tasse
Sans me parler
Il a allumé
Une cigarette
Il a fait des ronds
Avec la fumée
Il a mis les cendres
Dans le cendrier
Sans me parler
Sans me regarder
Il s’est levé
Il a mis
Son chapeau de pluie
Parce qu’il pleuvait
Et il est parti
Sous la pluie
Sans une parole
Sans me regarder
Et moi j’ai pris
Ma tête dans ma main
Et j’ai pleuré.

(Jacques Prévert)

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Aimons toujours ! Aimons encore! (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2017



Aimons toujours ! Aimons encore !
Quand l’amour s’en va, l’espoir fuit.
L’amour, c’est le cri de l’aurore,
L’amour c’est l’hymne de la nuit.

Ce que le flot dit aux rivages,
Ce que le vent dit aux vieux monts,
Ce que l’astre dit aux nuages,
C’est le mot ineffable : Aimons !

L’amour fait songer, vivre et croire.
Il a pour réchauffer le coeur,
Un rayon de plus que la gloire,
Et ce rayon c’est le bonheur !

Aime ! qu’on les loue ou les blâme,
Toujours les grand coeurs aimeront :
Joins cette jeunesse de l’âme
A la jeunesse de ton front !

Aime, afin de charmer tes heures !
Afin qu’on voie en tes beaux yeux
Des voluptés intérieures
Le sourire mystérieux !

Aimons-nous toujours davantage !
Unissons-nous mieux chaque jour.
Les arbres croissent en feuillage ;
Que notre âme croisse en amour !

Soyons le miroir et l’image !
Soyons la fleur et le parfum !
Les amants, qui, seuls sous l’ombrage,
Se sentent deux et ne sont qu’un !

Les poètes cherchent les belles.
La femme, ange aux chastes faveurs,
Aime à rafraîchir sous ses ailes
Ces grand fronts brûlants et réveurs.

Venez à nous, beautés touchantes !
Viens à moi, toi, mon bien, ma loi !
Ange ! viens à moi quand tu chantes,
Et, quand tu pleures, viens à moi !

Nous seuls comprenons vos extases.
Car notre esprit n’est point moqueur ;
Car les poètes sont les vases
Où les femmes versent leur coeurs.

Moi qui ne cherche dans ce monde
Que la seule réalité,
Moi qui laisse fuir comme l’onde
Tout ce qui n’est que vanité,

Je préfère aux biens dont s’enivre
L’orgueil du soldat ou du roi,
L’ombre que tu fais sur mon livre
Quand ton front se penche sur moi.

Toute ambition allumée
Dans notre esprit, brasier subtil,
Tombe en cendre ou vole en fumée,
Et l’on se dit :  » Qu’en reste-t-il ?  »

Tout plaisir, fleur à peine éclose
Dans notre avril sombre et terni,
S’effeuille et meurt, lis, myrte ou rose,
Et l’on se dit :  » C’est donc fini !  »

L’amour seul reste. O noble femme
Si tu veux dans ce vil séjour,
Garder ta foi, garder ton âme,
Garder ton Dieu, garde l’amour !

Conserve en ton coeur, sans rien craindre,
Dusses-tu pleurer et souffrir,
La flamme qui ne peut s’éteindre
Et la fleur qui ne peut mourir !

(Victor Hugo)

Illustration: Sophie Vulliard

Découvert ici: https://eleonoreb.wordpress.com/

 

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JE CROIS (János Pilinszky)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017





JE CROIS

Je crois que je t’aime ;
les yeux fermés je pleure que tu vives.
Mais vois-tu, les dieux,
la poussière et le temps
élèvent de si lourdes buttes
entre toi — entre moi,
que parfois je sens
le mal de l’espace et l’angoisse mesquine
que donne l’amour.

Alors je tremble, tapis dans mon lit,
comme la nature au temps de minuit,
muet et sans donner le moindre signe.

Puis
de nouveau je crois que l’on est l’un à l’autre,
que j’ai mis ma main dans la tienne.

(János Pilinszky)

 

 

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L’Offrande à la Nature (Anna de Noailles)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2017



L’Offrande à la Nature

Nature au coeur profond sur qui les cieux reposent,
Nul n’aura comme moi si chaudement aimé
La lumière des jours et la douceur des choses,
L’eau luisante et la terre où la vie a germé.

La forêt, les étangs et les plaines fécondes
Ont plus touché mes yeux que les regards humains,
Je me suis appuyée à la beauté du monde
Et j’ai tenu l’odeur des saisons dans mes mains.

J’ai porté vos soleils ainsi qu’une couronne
Sur mon front plein d’orgueil et de simplicité.
Mes jeux ont égalé les travaux de l’automne
Et j’ai pleuré d’amour aux bras de vos étés.

Je suis venue à vous sans peur et sans prudence,
Vous donnant ma raison pour le bien et le mal,
Ayant pour toute joie et toute connaissance
Votre âme impétueuse aux ruses d’animal.

Comme une fleur ouverte où logent des abeilles
Ma vie a répandu des parfums et des chants,
Et mon coeur matineux est comme une corbeille
Qui vous offre du lierre et des rameaux penchants.

Soumise ainsi que l’onde où l’arbre se reflète
J’ai connu les désirs qui brûlent dans vos soirs
Et qui font naître au coeur des hommes et des bêtes
La belle impatience et le divin vouloir.

Je vous tiens toute vive entre mes bras, Nature,
Ah ! faut-il que mes yeux s’emplissent d’ombre un jour
Et que j’aille au pays sans vent et sans verdure
Que ne visitent pas la lumière et l’amour…

(Anna de Noailles)

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

Illustration: Henri Rousseau dit le douanier-rousseau

 

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UN INSECTE PRIS DANS L’AMBRE JAUNE (Anna Hajnal)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2017



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UN INSECTE PRIS DANS L’AMBRE JAUNE

Un insecte pris dans l’ambre jaune
On aperçoit encor ses antennes fragiles comme des cheveux
C’est la molle mort qui l’a enfermé
Dans cette solide immortalité.

Il brille là comme derrière un verre
Ses tremblements d’autrefois, où sont-ils ?
Il pleurait, zézéyait de sa voix d’insecte,
Ses sanglots envolés, dis-moi, où sont-ils ?

Enfermé, ce mort, avec sa carapace
Portera toujours ses habits de fête –
Cette âme menue, si elle existe, si elle existait,
Son bruissement dès lors tournoie silencieux.

(Anna Hajnal)

 

 

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