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Poésie

Posts Tagged ‘pleurer’

Prosterné (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2017



Prosterné
Je monte les membres éteints
Je rassemble mon coeur
dispersé dans mes extrémités
Je reviens au rêve
Je lève mon regard vers toi qui m’appelles :
« Tu as tardé mon aimé tu as tardé
Mon corps est une tente tu en es les cordages
et les piquets
Tu as tardé mon aimé… »

Liber libera phallus…

Un enfant dans mes habits appelle l’amour
Il pleure et s’étourdit
Epuisé il monte le chemin
Les arbres l’éclairent,
l’air est pour lui citadelle et grelot

(Adonis)

Illustration: Pascal Renoux

 

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Les bois sacerdotaux (Antonin Artaud)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2017



Les bois sacerdotaux chamarraient l’horizon
Où les lampes du soir rallumaient leurs feux rouges;
Au rideau des forêts où mille branches bougent
Peignaient leurs cheveux d’étranges visions.

Une femme parût, de sardoine et d’opale
Décorant son manteau pourpre comme le ciel;
Ses yeux brillaient dans l’or bleui des cheveux pâles.
Sacerdotales fleurs aux feux surnaturels.

Un rebec cajôleur aux doigts des mains divines
Si doucement pleurait que les rois des bois noirs
Appelaient par delà les célestes collines
Les reines accoudées aux balustres du soir.

Un vent plus fort tordit les crinières des bois
Eveillant les orgues des profondeurs sonores
Et la voix se perdit comme efface l’aurore
Dans les voiles du jour les bagues de ses doigts.

(Antonin Artaud)

Illustration: Herb Dickinson

 

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C’est la vie… (Danielou Rejenski)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



Non, rien ne m’est plus cher que l’amour de ma mère
et pourtant je la fais pleurer…
C’est la vie…
Nous sommes nés poussière et partirons poussière,
pourtant nous voulons exister…
C’est la vie…

Parce qu’on croit la vie la plus forte,
on fait partie de la cohorte:
ceux qui ne jouent à vivre
que parce qu’il faut vivre
qui n’acceptent de payer
que pour mieux faire payer…

Moi qui sais ce qu’on souffre d’amour,
pourquoi ferais-je souffrir à mon tour?
Puis que les hommes sont égaux sur terre,
pourquoi ce racisme et cette misère?

Nous tuons la vie
à grands coups de « c’est la vie »…
On ne veut plus rien
à force d’ « on n’y peut rien »…
Nous désirons tous la victoire,
mais pour la vouloir il faut croire!
Croyons, bon sang! Mais croyons donc,
que Maman ne pleure plus onc!…
Veuillons laisser sur terre
un peu plus que poussière
et croyons toujours
si nous voulons l’amour:

c’est ça LA VIE!

(Danielou Rejenski)

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Diamant du coeur (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017


 


 

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Diamant du coeur

Tout amoureux, de sa maîtresse,
Sur son coeur ou dans son tiroir,
Possède un gage qu’il caresse
Aux jours de regret ou d’espoir.

L’un d’une chevelure noire,
Par un sourire encouragé,
A pris une boucle que moire
Un reflet bleu d’aile de geai.

L’autre a, sur un cou blanc qui ploie,
Coupé par derrière un flocon
Retors et fin comme la soie
Que l’on dévide du cocon.

Un troisième, au fond d’une boîte,
Reliquaire du souvenir,
Cache un gant blanc, de forme étroite,
Où nulle main ne peut tenir.

Cet autre, pour s’en faire un charme,
Dans un sachet, d’un chiffre orné,
Coud des violettes de Parme,
Frais cadeau qu’on reprend fané.

Celui-ci baise la pantoufle
Que Cendrillon perdit un soir ;
Et celui-ci conserve un souffle
Dans la barbe d’un masque noir.

Moi, je n’ai ni boucle lustrée,
Ni gant, ni bouquet, ni soulier,
Mais je garde, empreinte adorée
Une larme sur un papier :

Pure rosée, unique goutte,
D’un ciel d’azur tombée un jour,
Joyau sans prix, perle dissoute
Dans la coupe de mon amour !

Et, pour moi, cette obscure tache
Reluit comme un écrin d’Ophyr,
Et du vélin bleu se détache,
Diamant éclos d’un saphir.

Cette larme, qui fait ma joie,
Roula, trésor inespéré,
Sur un de mes vers qu’elle noie,
D’un oeil qui n’a jamais pleuré !

(Théophile Gautier)

Illustration: Albert Asensio

 

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Lamento (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



 

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Lamento

Connaissez-vous la blanche tombe
Où flotte avec un son plaintif
L’ombre d’un if ?
Sur l’if, une pâle colombe,
Triste et seule, au soleil couchant,
Chante son chant :

Un air maladivement tendre,
À la fois charmant et fatal,
Qui vous fait mal,
Et qu’on voudrait toujours entendre ;
Un air, comme en soupire aux cieux
L’ange amoureux.

On dirait que l’âme éveillée
Pleure sous terre à l’unisson
De la chanson,
Et du malheur d’être oubliée
Se plaint dans un roucoulement
Bien doucement.

Sur les ailes de la musique
On sent lentement revenir
Un souvenir ;
Une ombre de forme angélique
Passe dans un rayon tremblant,
En voile blanc.

Les belles-de-nuit, demi-closes,
Jettent leur parfum faible et doux
Autour de vous,
Et le fantôme aux molles poses
Murmure en vous tendant les bras :
« Tu reviendras ? »

Oh ! jamais plus, près de la tombe,
Je n’irai, quand descend le soir
Au manteau noir,
Ecouter la pâle colombe
Chanter sur la branche de l’if
Son chant plaintif !

(Théophile Gautier)

Illustration

 

http://www.fond-ecran-image.com/galerie-membre/membre-59014.html

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VIEILLE RONDE PAYSANNE (Auguste Gaud)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



VIEILLE RONDE PAYSANNE

Loin de la ferme et du hameau,
Sur l’herbette, au pied d’un ormeau,
Jeanneton garde son troupeau.

Sur les blancs aubépins déjà sifflent les merles.
Avec les valets de labour,
Elle est partie au point du jour,

Car son cœur est féru d’amour.
Sur la mousse des bois l’aube a semé ses perles.

Son doux regard s’est obscurci,
Jacquet Michaux est loin d’ici,
Et c’est là son plus grand souci.

Au bord d’un étang bleu coasse la grenouille.
Jacquet Michaux, mon bel amant,
Reviens, reviens du régiment
Et sois fidèle à ton serment !

Sa main tremble en tirant le fil de sa quenouille.

Va, ne me laisse pas languir ;
Si tu ne dois plus revenir,
Jeanneton n’a plus qu’à mourir !

La chanson des grillons vibre au loin dans la plaine.

Mon Jacquet, c’est toi que j’attends,
Depuis bientôt quatre printemps
J’ai chassé mes autres galants.
Dans le sentier fleuri s’avance un capitaine,

Oh ! le beau gars aux cheveux blonds !
Il porte l’habit des dragons,
Sur sa manche il a trois galons.
Ton fuseau, Jeanneton, est tombé sur la mousse.
« Bonjour, mon joli cavaliex.
Je suis la fille du fermier,
Qui sanglote dans le sentier ! »

Le cavalier répond d’une voix lente et douce :
« Ne me cache pas ton émoi.
Je ne suis pas le fils du roi,
Et je veux causer avec toi ! »
Le rossignol chantait sur la plus haute branche.
Bergère, pourquoi pleures-tu ?
Ton courage est-il abattu ?
N’as-tu pas gardé ta vertu ? Jacquet Michaux n’a point trois galons sur sa manche…

« Ma vertu garde son renom,
Et mon cœur est pour un dragon ;
Jacquet Michaux, tel est son nom ! »
Tu ne porteras pas encor ta robe blanche !
« Jacquet Michaux, le laboureur,
A suivi le grand empereur,
Puis il est mort au champ d’honneur. » Au sommet de l’ormeau roucoule une colombe.
« Capitaine, si mon amant
Est mort dans votre régiment,

Je veux entrer dans un couvent. »
Adieu, j’emporterai mon amour dans la tombe !
Jeanneton, garde tes cheveux,
Tu reverras ton amoureux
Qui séchera tes jolis yeux ! Bergerette, ma mie, ajuste ta cornette !
Jeanneton au cœur ingénu,
Ton Jacquet n’est pas revenu
Un pied chaussé, puis l’autre nu,

Et tu ne l’as pas reconnu !
Rassemble tes brebis et prends ta quenouillette !

(Auguste Gaud)

Illustration: Georges Paul François Laurent Laugée

 

 

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La dispute (Stanley Kunitz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2017



La dispute

Les mots que j’ai dits en colère
pèsent moins qu’une graine de persil,
mais une route passe par eux
qui mène à ma tombe,
ce terrain acheté et payé
sur une colline saupoudrée de sel à Truro
où les pins de Virginie
surplombent la baie.
À mi-chemin je suis assez mort,
éloigné de ma propre nature
et de ma féroce emprise sur la vie.
Si je pouvais pleurer, je pleurerais,
mais je suis trop vieux pour être
l’enfant de quelqu’un.
Liebchen,
avec qui me disputerais-je
sinon dans le sifflement de l’amour,
cette flamme âpre et irrégulière.

***

The Quarrel

The word I spoke in anger
weighs less than a parsley seed,
but a road runs through it
that leads to my grave,
that bought-and-paid-for lot
on a salt-sprayed hill in Truro
where the scrub pines
overlook the bay.
Half-way I’m dead enough,
strayed from my own nature
and my fierce hold on life.
If I could cry, I’d cry,
but I’m too old to be
anybody’s child.
Liebchen,
with whom should I quarrel
except in the hiss of love,
that harsh, irregular flame?

(Stanley Kunitz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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Sais tu, mon ami inconnu (Jean-Pierre Siméon)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2017



Sais tu, mon ami inconnu, que je suis comme toi ?
Parfois j’ai froid, parfois j’ai peur,
parfois je me sens seul
et l’envie me vient de pleurer longtemps, tout bas.
Alors j’écris des poèmes.

Et il y a des moments légers où le jour est si clair à ma fenêtre,
où je suis si près de ceux qui m’aiment
que l’envie me vient de parler de chanter, de parler encore.
Alors j’écris des poèmes.

Et de tous ces poèmes j’ai fait un livre,
comme une longue lettre un peu folle que je t’adresse.
Histoire de nous connaître mieux.

(Jean-Pierre Siméon)

 

 

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Son image (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



 

Julia Perret   -le-combat

Son image

Elle avait fui de mon âme offensée ;
Bien loin de moi je crus l’avoir chassée :
Toute tremblante, un jour, elle arriva,
Sa douce image, et dans mon coeur rentra :
Point n’eus le temps de me mettre en colère ;
Point ne savais ce qu’elle voulait faire ;
Un peu trop tard mon coeur le devina.

Sans prévenir, elle dit : « Me voilà ?
« Ce coeur m’attend. Par l’Amour, que j’implore,
« Comme autrefois j’y viens régner encore.  »
Au nom d’amour ma raison se troubla :
Je voulus fuir, et tout mon corps trembla.
Je bégayai des plaintes au perfide ;
Pour me toucher il prit un air timide ;
Puis à mes pieds en pleurant, il tomba.
J’oubliai tout dès que l’Amour pleura

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Julia Perret

 

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Holocauste (Barbara Sonek)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Holocauste

Nous jouions, nous riions,
nous étions aimés.
On nous a arrachés aux bras de nos
parents et jetés dans les flammes.
Nous n’étions que des enfants.
Nous avions un avenir. Nous allions devenir
avocats, rabbins, épouses, enseignantes, mères.
Nous avions des rêves, puis nous n’eûmes plus d’espoir.
On nous a emmenés au plus profond de la nuit
comme du bétail dans des wagons, qui ne pouvait respirer,
étouffant, pleurant, affamé, mourant.
Séparé du monde pour ne plus exister.
Entendez nos supplications venues de nos cendres. Cette
atrocité ne peut plus arriver au genre humain.
Souvenez-vous de nous car nous avons été
des enfants à qui furent volés
les rêves et la vie.

***

Holocaust

We played, we laughed
we were loved.
We were ripped from the arms of our
parents and thrown into the fire.
We were nothing more than children.
We had a future. We were going to be
lawyers, rabbis, wives, teachers, mothers.
We had dreams, then we had no hope.
We were taken away in the dead of night
like cattle in cars, no air to breathe smothering,
crying, starving, dying.
Separated from the world to be no more.
From the ashes, hear our plea. This
atrocity to mankind can not happen again.
Remember us, for we were
the children whose dreams and lives
were stolen away.

(Barbara Sonek)

 

 

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