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Poésie

Posts Tagged ‘tour’

Penché dans la brise légère (Liu Yong)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Penché dans la brise légère, au sommet de la tour,
Je scrute les lointains, et une langueur printanière
Confusément monte de l’horizon.
Les teintes de la végétation s’embrument dans les vestiges du jour.
Silencieux, je reste accoudé à la balustrade : qui pourrait me comprendre?

Je vais sans retenue boire jusqu’à l’oubli.
Avec l’ivresse viennent les chansons,
Mais gaîté forcée n’apporte point de plaisir.
Ma robe peut bien flotter, je n’ai aucun regret,
Car elle vaut la peine que je perde la santé.

(Liu Yong)


Illustration: Jean-Charles Blais

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Clair de lune (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 17 mai 2019



 

Clair de lune

La lune était sereine et jouait sur les flots.
La fenêtre enfin libre est ouverte à la brise,
La sultane regarde, et la mer qui se brise,
Là-bas, d’un flot d’argent brode les noirs îlots.

De ses doigts en vibrant s’échappe la guitare.
Elle écoute… Un bruit sourd frappe les sourds échos.
Est-ce un lourd vaisseau turc qui vient des eaux de Cos,
Battant l’archipel grec de sa rame tartare ?

Sont-ce des cormorans qui plongent tour à tour,
Et coupent l’eau, qui roule en perles sur leur aile ?
Est-ce un djinn qui là-haut siffle d’une voix grêle,
Et jette dans la mer les créneaux de la tour ?

Qui trouble ainsi les flots près du sérail des femmes ? –
Ni le noir cormoran, sur la vague bercé,
Ni les pierres du mur, ni le bruit cadencé
Du lourd vaisseau, rampant sur l’onde avec des rames.

Ce sont des sacs pesants, d’où partent des sanglots.
On verrait, en sondant la mer qui les promène,
Se mouvoir dans leurs flancs comme une forme humaine… –
La lune était sereine et jouait sur les flots.

(Victor Hugo)

 

 

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Écrire un poème classieux (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2019



Josée Tripodi… Emission France Culture
    
Écrire un poème
Classieux

Avec des mots bien en bouche
Crème et caviar
Des bulles de bon aloi
Qui ne crèvent pas

Des verbes hauts
Comme la tour d’Argent

Des articles de bon ton
Qu’on ne soldera pas

Écrire ou ne pas écrire

Encore une question
À la vie

À la mort

(Josée Tripodi)

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Il était monté tout en haut de Notre-Dame (Jean-Paul Labaisse)

Posted by arbrealettres sur 16 avril 2019




    
Il était monté tout en haut de Notre-Dame,
Se tenant, essoufflé, près du lourd carillon.
L’infirme caressait le fabuleux bourdon
Et la vue de Paris émerveillait son âme…

Sous ses pieds s’étendaient la Seine et ses bateaux,
L’île de la Cité, ses places, ses venelles,
Les flèches et les tours, tranquilles sentinelles…
Plus loin, c’était Montmartre et ses charmants coteaux.

Quasimodo pencha la tête et regarda :
Sur le parvis dansait la belle Esmeralda,
Créoles, caraco doré, châle vermeil.

Et le bossu, parmi les gargouilles sévères,
Les griffons, les serpents, les guivres, les chimères,
Rêvait d’un peu d’amour et d’un rai de soleil…

(Jean-Paul Labaisse)

 

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PETITE CHANSON POUR UNE ORPHELINE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2019



    

PETITE CHANSON POUR UNE ORPHELINE

A quoi rêvent les orphelins
quand la mort rôde et aboie
Le désespoir attend son tour
quand s’annonce la solitude

Orpheline aux yeux noirs
petite fille de la nuit
donnez-moi la main

Nous sommes tous des orphelins
vêtus de sombre et de chagrins
Nous voulons vivre d’espoir
n’est-il pas déjà trop tard

Petite fille aux yeux noirs
orpheline de la nuit
votre main donnez-la moi

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et Poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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ON ENTEND ENCORE LA MER (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019



Illustration: Sabin Balasa
    
ON ENTEND ENCORE LA MER

Depuis plusieurs nuits déjà on entend encore la mer,
glisser en va-et-vient sur le sable fin.
Écho d’une voix enfermée dans l’esprit
qui remonte le temps, mais aussi cette
plainte assidue des mouettes : d’oiseaux
des tours peut-être, qu’avril
pousse vers la plaine. Par cette voix
déjà tu m’étais proche,
et je voudrais que te parvienne aussi,
à présent, un écho de mémoire de moi,
comme cet obscur murmure de la mer.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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PRÈS D’UNE TOUR SARRASINE, POUR MON FRÈRE DISPARU (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
PRÈS D’UNE TOUR SARRASINE, POUR MON FRÈRE DISPARU

J’habitais un clair
coquillage de mer
et dans le lointain j’entendais croître les coeurs
de mon âge battant
avec le mien. Coeurs de dieux ou de bêtes, craintives
ou diaboliques : fables contraires à
l’esprit. Les étaux attentifs
des pièges obscurs
pour renards loups et hyènes,
sous la lune au voile lacéré
se déclenchèrent peut-être pour nous,
coeurs de violettes délicates, coeurs
de fleurs hérissées. Oh ! nous ne devions pas naître
et descendre du son : le sombre tonnerre
dans l’arc-en-ciel d’air et de pierre
grondait à l’oreille de la mer une
enfance erronée, héritage de songes
à rebours, à la terre de mesures
abstraites, où chaque chose
est plus forte que l’homme.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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D’un abîme à un autre abîme (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2019



Illustration: Miguel Chevalier
    
D’un abîme à un autre abîme.
Ainsi avons-nous vécu.
Et lorsque c’était le tour de l’interlude
d’une zone de l’air,
où il est facile de respirer et de se soutenir,
nos regrettions sans vouloir l’abîme
qui nous nourrissait du rien.

Du fond de l’être gravit un sortilège
pour demander, lorsque la mort arrive,
que tout soit un abîme, non une autre direction.

Il nous y poussera peut-être des ailes.

A l’intérieur d’un abîme en est toujours un autre.
Et à défaut de différence il y aura distance.
Il ne nous reste qu’à trouver et à être
la distance à l’intérieur de l’abîme.

***

De un abismo a otro abismo.
Así hemos vivido.
Y cuando nos tocaba el interludio
de una zona de aire,
donde es fácil respirar y sostenerse,
añorábamos sin querer el abismo,
que nos ha amamantado con la nada.

Desde el fondo del ser trepa un ensalmo
para pedir, cuando llegue la muerte,
que todo sea un abismo, no otro rumbo.

Tal vez en él nos crezcan alas.

Adentro de un abismo siempre hay otro.
Ysi no hay diferencia habrá distancia.
Sólo nos falta hallar y ser tan solo
la distancia de adentro del abismo.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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La dernière tâche (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2019




    
La dernière tâche:
élever entre les mains vides,
une tour de rien
au bord de l’abîme.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Fragments verticaux
Traduction:
Editions: José Corti

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SUICIDE (Federico Garcia Lorca)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019



 

Nicholas Chistiakov  midday suicide

SUICIDE
(Peut-être parce que tu ne savais pas la géométrie)

L’adolescent ne se connaissait plus,
il était dix heures du matin.

Son coeur lentement s’emplissait
d’ailes brisées et de fleurs de chiffon.

Il nota qu’il ne lui restait
sur les lèvres qu’une parole.

Comme il ôtait ses gants, il tomba
de ses mains une cendre fine.

Du balcon se voyait une tour
il se sentit balcon et tour.

Il vit pour sûr le regarder
la montre captive en son boîtier.

Et son ombre étendue en paix
sur le divan de blanche soie.

Et le garçon, géométrique et roide,
d’un coup de hache brisa le miroir

Cependant qu’un grand jet d’ombre
inondait la chimérique alcôve.

(Federico Garcia Lorca)

Illustration: Nicholas Chistiakov

 

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