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Je n’ai jamais bien su (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2022



    

Je n’ai jamais bien su

Je n’ai jamais bien su le langage des vivants
Et j’essaie en vain d’accorder mon âme
À ceux qui parlent savamment.
Vienne une autre vie avec sa corbeille d’espoir
J’y mettrai mes actions perdues
Mes phrases dérisoires
Et cette étendue sans chaleur
Qui me sépare des humains.
Nommez-moi les choses
Afin que j’apprenne à les tenir dans ma main
Donnez-moi le nom secret des êtres
Afin qu’en eux mon coeur pénètre
Comme une eau douce au mois de Juin.
J’écoute un chant qui ne peut plus s’éteindre
Qui porte en lui tous les bonheurs et tous les cris
Est-ce une flûte? Est-ce une lampe
Que tu me tends ô poésie?
Je marche à la rencontre du jour
Et je vois la beauté invisible du monde
Telle une haute flamme
Dans les regards amis.

(Hélène Cadou)

Cantate des nuits intérieures, Si958.

Recueil: La Beauté Éphéméride poétique pour chanter la vie
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Le cadeau de la foi c’est la foi (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 5 septembre 2022


machaon

Le cadeau de la foi
c’est la foi.
En croyant à l’harmonie secrète
on aide à la faire advenir
en n’y croyant pas on la contrarie.

Ne pas croire est un barrage
contre le flot vivifiant de l’invisible.

Ceux qui n’ont pas la foi
sont des croyants du doute,
ils croient qu’ils n’ont pas la foi
et empêchent ainsi certaines fleurs
d’éclore dans leur coeur.

On est fait
de ce qu’on ne sait pas.
Nous sommes tissés d’inconnu.

Mais tout cela est du langage encore,
les mots sont des couvercles sur les choses.
Celui qui veut comprendre a déjà fait
les trois-quarts du chemin:
pour le reste, motus.

(Henri-Frédéric Blanc)

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Eloge des cavernes (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2022


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Quand l’Histoire a commencé,
le cerveau humain était déjà pleinement formé,
ce qui veut dire que notre cerveau est
préhistorique.
Au temps des cavernes l’altruisme
était une nécessité,
les concepts ne mitaient pas les coeurs
et la foi agissait l’invisible.
C’est grâce à ce qui reste en nous
de préhistorique
que nous n’avons pas complètement sombré
dans la barbarie.

(Henri-Frédéric Blanc)

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Le jour monte et grandit (Michel Houellebecq)

Posted by arbrealettres sur 31 août 2022



Le jour monte et grandit, retombe sur la ville
Nous avons traversé la nuit sans délivrance
J’entends les autobus et la rumeur subtile
Des échanges sociaux. J’accède à la présence.

Aujourd’hui aura lieu. La surface invisible
Délimitant dans l’air nos êtres de souffrance
Se forme et se durcit à une vitesse terrible;
Le corps, le corps pourtant, est une appartenance.

Nous avons traversé fatigues et désirs
Sans retrouver le goût des rêves de l’enfance
Il n’y a plus grand-chose au fond de nos sourires,
Nous sommes prisonniers de notre transparence.

(Michel Houellebecq)

Illustration

 

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Le mur invisible (Henri-Frédéric Blanc)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022


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Quel est ce mur invisible
entre moi et les autres?
Est-il fait de mes hontes
ou de la peur qu’ils ont?

(Henri-Frédéric Blanc)

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Le seul moyen de me retrouver un visage (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2022


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– Colle-toi de toutes forces
à cette vitre invisible,
à cette peau
dont je tente de t’arracher
ta délivrance.

– Je cogne, cogne,
sur la paroi d’un mutisme
qui me perfore,
et je disparais
dans les intervalles.

– Si c’est toi qui remues
sous le drap,
tu resurgiras plus sombre,
imprimée,
là où je te touche
tu deviens de plus en plus
écriture.

– Est-ce toi qui me suis
ombre dans l’ombre
sueur dans mes plis
éboulis dans mes veines?

– Je cherche à m’échapper
en claquant la porte
de ton image.

– Où est ton île
battue des vents et des voiles?

– J’ai perdu mes rivages
je n’habite plus qu’un contour.

– Je navigue sans port d’attache
sans étape annoncée
la dérive est le seul moyen
de me retrouver un visage.

(Charles Dobzynski)

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Les gazelles (Anne Tardy)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



Pattes invisibles,
les gazelles
flottent dans la lumière du soir.

(Anne Tardy)

Illustration

 

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J’ai écrit ces textes (Gaëlle Josse)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2022




    
J’ai écrit ces textes dans des carnets, des cahiers,
sur des pages volantes, des agendas, des tickets, des listes,
des enveloppes, des marque-pages ou dans mon téléphone ;
je les ai écrits dans les gares, les trains, les hôtels,
les cafés, chez moi, dans le métro, en ville et en d’autres lieux.

La poésie demeure pour moi comme une apparition, une attention portée à l’infime,
comme le surgissement d’un éclat fugace au coeur de nos vies.
L’éclosion d’invisibles soleils.

Peut-être, à cet instant-là, les mots peuvent-ils saisir quelque chose de ce jaillissement.
Elle est le regard nu, débarrassé de ce qui pèse, de ce qui encombre,
elle est le retour à la source, la lumière qui s’at-tarde sur un mur,
le frémissement qui parcourt un visage, la chaleur d’un corps aimé,
elle est le mot que l’on attend et qui nous sauvera peut-être.

J’ai eu envie de vous offrir aujourd’hui
cette moisson de mots cueillis jour après jour,
qu’ils aient été d’orage ou d’allégresse.

Mais vivants.
Vivants, oui, et vibrants, toujours.

(Gaëlle Josse)

Recueil: et recoudre le soleil
Traduction:
Editions:NOTAB/LIA

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Accroché à un fil de la Vierge (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2022




Accroché à un fil de la Vierge
Je surplombe des abîmes
Mais y tomberais
Si ne me retenait une main invisible

(Jean-Baptiste Besnard)

Illustration

 

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C’est Moi, c’est moi qui frappe à votre porte (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 26 juin 2022



 

C’est Moi, c’est moi qui frappe à votre porte
Ici comme ailleurs, à toutes les portes
Ne vous effrayez pas si je reste invisible
On ne peut voir une petite morte.

J’étais ici voici dix ans déjà
J’ai trouvé la mort à Hiroshima,
Je ne suis qu’une enfant, je n’avais que sept ans
Mais les enfants morts ne grandissent pas.

Mes longs cheveux tout d’abord ont pris feu
Mes mains ont brûlé tout comme mes yeux
Mon corps ne fut plus rien qu’une poignée de cendres
Mêlées au vent dans un ciel nuageux.

Je ne veux rien de vous en vérité,
Pour moi, nul ne peut plus me dorloter
Car l’enfant qui brûla comme papier journal
Vos bonbons jamais ne pourra goûter.

Je frappe à la porte, écoutez-moi donc
Et de votre nom faites-moi le don
Afin que l’on ne tue les enfants désormais
Qu’ils puissent toujours goûter les bonbons.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Roger Somville

 

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