Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘jungle’

SOURIRE POLI (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2017



les-trois-soupirs-amoureux-9-800x600

SOURIRE POLI

Je regrette le temps où nos deux cœurs jumeaux
Se querellaient. Un rien vous mettait en colère.
Vos caprices, changeants comme un spectre solaire,
Boudaient, criaient, mordaient ainsi que des marmots.

Aujourd’hui, dans vos yeux plus durs que des émaux,
L’orgueil calme fleurit tel qu’une fleur polaire.
Indifférente à tout, votre humeur me tolère
Et ne se cabre plus sous l’éperon des mots.

Ah ! qu’un éclair de rage en tes regards s’allume!
Fâches-toi ! frappe-moi ! prends mon front pour enclume !
Déchire-moi le cœur en lambeaux ! Manges-en!

Réveille-toi, terrible, en tigresse des jungles!
Mais ne me jette pas, avec l’air méprisant.
Ce sourire poli, poli comme tes ongles.

(Jean Richepin)

 Illustration: Martial Barrault

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

C’est comme un arc-en-ciel (Lama Guendune)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



C’est comme un arc-en-ciel

Le bonheur ne se trouve pas
avec beaucoup d’effort et de volonté,
mais réside là, tout près,
dans la détente et l’abandon.

Ne t’inquiète pas, il n’y a rien à faire.
Tout ce qui s’élève dans l’esprit
n’a aucune importance,
parce que n’a aucune réalité.

Ne t’y attache pas.
Ne te juge pas.
Laisse le jeu se faire tout seul,
s’élever et retomber, sans rien changer,
et tout s’évanouit, et recommence à nouveau,
sans cesse.

Seule cette recherche du bonheur
nous empêche de le voir.

C’est comme un arc-en-ciel
que l’on poursuit sans jamais le rattraper.
Parce qu’il n’existe pas, et a toujours été là,
et t’accompagne à chaque instant.

Ne crois pas à la réalité des expériences
bonnes ou mauvaises,
elles sont comme des arcs-en-ciel.

À vouloir saisir l’insaisissable,
on s’épuise en vain.

Dès lors qu’on relâche cette saisie,
l’espace est là, ouvert, hospitalier, et confortable.

Alors profites-en.
Tout est à toi, déjà. Ne cherche plus.

Ne vas pas chercher dans la jungle inextricable
l’éléphant qui est tranquillement à la maison.

Rien à faire.

Rien à forcer.

Rien à vouloir.

Et tout se fait tout seul.

(Lama Guendune)

Illustration: Laszló Mindszenti

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Le tigre et le curé (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Le tigre et le curé

Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
«Prions», se dit l’abbé. «Seigneur, je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien.»
Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.
Le fauve en tout cas s’agenouille :
«Seigneur», dit-il, bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

Posted in humour | Tagué: , , , , , , , , , , , , | 3 Comments »

VOICI LE TEMPS… (Sophia de Mello Breyner Andresen)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2017



VOICI LE TEMPS…

Voici le temps
De la jungle la plus obscure

Même l’air bleu devint barreaux
Et impure la lumière du soleil

Voici la nuit
Dense de chacals
Lourde d’amertume

Voici le temps où les hommes renoncent.

***

ESTE E O TEMPO…

Este é o tempo
Da selva mais obscura

Até o ar azul se tornou grades
E a luz do sol se tornou impura

Esta é a noite
Densa de chacals
Pesada de amargura

Este é o tempo em que os homens renunciam.

(Sophia de Mello Breyner Andresen)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ma vie près de l’eau (Lorine Niedecker)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2016



hfad026001, 2009-10-06, 11:03 ,  8C, 3248x3888 (504+2144), 100%, Repro 2.2 v2,  1/60 s, R62.3, G48.8, B58.4

 

ma vie près de l’eau

ma vie
près de l’eau –
Écoute

la première
grenouille
du printemps

ou la planche
sur le sol froid
qui craque

Les rats musqués
rongent
les portes

de la jungle verte
des arts et lettres
Razzia

des lapins
sur mes laitues
Un bateau

deux –
pointés vers
ma grève

sous les envols
gouttes d’ailes
traîne d’algues

de la tendre
et grave –
Eau

***

my life
by water —
Hear

spring’s
first frog
or board

out on the cold
ground
giving

muskrats
gnawing
doors

no wild green
arts and letters
Rabbits

raided
my lettuce
One boat

two —
pointed toward
my shore

thru birdstart
wingdrip
weed-drift

of the soft
and serious —
Water

(Lorine Niedecker)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MES FRÈRES… (Nâzim Hikmet)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



 

MES FRÈRES…

Mes frères
Il faut pouvoir atteler nos poèmes
à la charrue du boeuf maigre
Il faut qu’ils s’enfoncent jusqu’aux genoux
Dans la vase des rizières
Il faut qu’ils posent toutes les questions
Il faut qu’ils moissonnent toutes les lumières
Il faut que nos poèmes telles des bornes kilométriques jalonnent les routes
Il faut qu’ils soient le signal avant-coureur de l’approche de l’adversaire
Il faut qu’ils battent le tam-tam dans la jungle
Et tant que sur la terre un seul pays ou même un seul homme est esclave
Et tant qu’il reste au ciel ne serait-ce qu’un seul nuage atomique
Il faut qu’ils donnent tous leurs biens, nos poèmes corps et âme à la grande liberté.

(Nâzim Hikmet)

Illustration: Marc Legris

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Famines (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2016



Famines

Notre péché : nous mangeâmes le monde
Et ses forêts en de cruelles faims.
Je m’habillais de soleil, d’altitude
Pour saluer mon ange : le condor,
Et je régnais sur une orange rouge
Et qui brûlait : la terre sous mes pas.

Je danserai loin de vos lits funèbres.
Jungles, pampas, steppes, disparaissez !
Tel je vous garde avec neige et royaume,
Où fut mon rire, il naquit une fleur.

Le cormoran pour mes larmes. Le cygne
Pour page blanche où je vous écrirai.
Et l’albatros pour tracer le paraphe
D’un autre vol où la faim renaîtra.

(Robert Sabatier)

Illustration

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Liberté (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2016



Liberté

Sur mes cahiers d’écolier
Sur mon pupitre et les arbres
Sur le sable sur la neige
J’écris ton nom

Sur toutes les pages lues
Sur toutes les pages blanches
Pierre sang papier ou cendre
J’écris ton nom

Sur les images dorées
Sur les armes des guerriers
Sur la couronne des rois
J’écris ton nom

Sur la jungle et le désert
Sur les nids sur les genêts
Sur l’écho de mon enfance
J’écris ton nom

Sur les merveilles des nuits
Sur le pain blanc des journées
Sur les saisons fiancées
J’écris ton nom

Sur tous mes chiffons d’azur
Sur l’étang soleil moisi
Sur le lac lune vivante
J’écris ton nom

Sur les champs sur l’horizon
Sur les ailes des oiseaux
Et sur le moulin des ombres
J’écris ton nom

Sur chaque bouffée d’aurore
Sur la mer sur les bateaux
Sur la montagne démente
J’écris ton nom

Sur la mousse des nuages
Sur les sueurs de l’orage
Sur la pluie épaisse et fade
J’écris ton nom

Sur les formes scintillantes
Sur les cloches des couleurs
Sur la vérité physique
J’écris ton nom

Sur les sentiers éveillés
Sur les routes déployées
Sur les places qui débordent
J’écris ton nom

Sur la lampe qui s’allume
Sur la lampe qui s’éteint
Sur mes maisons réunies
J’écris ton nom

Sur le fruit coupé en deux
Du miroir et de ma chambre
Sur mon lit coquille vide
J’écris ton nom

Sur mon chien gourmand et tendre
Sur ses oreilles dressées
Sur sa patte maladroite
J’écris ton nom

Sur le tremplin de ma porte
Sur les objets familiers
Sur le flot du feu béni
J’écris ton nom

Sur toute chair accordée
Sur le front de mes amis
Sur chaque main qui se tend
J’écris ton nom

Sur la vitre des surprises
Sur les lèvres attentives
Bien au-dessus du silence
J’écris ton nom

Sur mes refuges détruits
Sur mes phares écroulés
Sur les murs de mon ennui
J’écris ton nom

Sur l’absence sans désir
Sur la solitude nue
Sur les marches de la mort
J’écris ton nom

Sur la santé revenue
Sur le risque disparu
Sur l’espoir sans souvenir
J’écris ton nom

Et par le pouvoir d’un mot
Je recommence ma vie
Je suis né pour te connaître
Pour te nommer

Liberté.

(Paul Eluard)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 8 Comments »

Qu’un mot puisse être perdu (Pascal Quignard)

Posted by arbrealettres sur 3 mars 2016



Qu’un mot puisse être perdu,
cela veut dire: la langue n’est pas nous-mêmes.
Que la langue en nous est acquise,
cela veut dire: nous pouvons connaître son abandon.
Que nous puissions être sujets à son abandon,
cela veut dire que le tout du langage
peut refluer sur le bout de la langue.
Cela veut dire que nous pouvons rejoindre l’étable
ou la jungle ou l’avant-enfance ou la mort.

(Pascal Quignard)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE VENT (Yves Martin)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2015


 


 

Vincent Van Gogh [1280x768]

LE VENT

Le vent ne te brûlera. Jungles, déserts, cessez !
Voici la ville. Quel était ce secret longuement poursuivi ?
Là, tu trouveras le vin droit, la phrase franche.
Au port, ruissellent les voiliers, bagarrent les saumures.

Ah! s’asseoir aux terrasses des cafés des après-midi entières !
Les filles songent. Les garçons durcissent le tabac.
Au pays, ta mère est au jardin, ta soeur coud
A la croisée, parfois s’enflamment ses longues nattes.

Tant de force, de coeur, d’aventures féroces !
Mers ouvertes. Continents pris, abandonnés !
Pour quel secret ? Ecoute. Les platanes frémissent.
Prends ton chapeau. Avance. Enferme tes mains dans les miennes.
Tu ne seras jamais seul.

(Yves Martin)

Illustration: Vincent Van Gogh

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :