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JE SENS QUE JE SUIS (John Clare)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2018



    
JE SENS QUE JE SUIS

Je sens que je suis je sais seulement que je suis
Que je foule la terre non moins morne et vacant
Sa geôle m’a glacé de sa ration d’ennui
A réduit à néant mes pensées en essor
J’ai fui les rêves passionnés dans le désert
Mais le souci me traque — je sais seulement que je suis
J’ai été un être créé parmi la race
Des hommes pour qui ni temps ni lieux n’avaient de bornes
Un esprit voyageur qui franchissait l’espace
De la terre et du ciel comme une idée sublime —
Et libre s’y jouait comme mon Créateur
Une âme sans entraves — comme l’Éternité
Reniant de la terre le vain le vil servage
Mais à présent je sais que je suis — voilà tout

***

I FEEL I AM

I feel I am I only know I am
And plod upon the earth as dull and void
Earth’s prison chilled my body with its dram
Of dullness and my soaring thoughts destroyed
I fled to solitudes from passion’s dream
But strife pursued — I only know I am
I was a being created in the race
Of men disdaining bounds of place and time
A spirit that could travel o’er the space
Of earth and heaven like a thought sublime —
Tracing creation like my Maker free
A soul unshackled — like eternity
Spurning earth’s vain and soul debasing thrall —
But now I only know I am — that’s all

(John Clare)

 

Recueil: Poèmes et Proses de la Folie de John Clare
Traduction: Pierre Leyris
Editions: Mercure de France

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Voici le long festin de pierres (Ernest Delève)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



 

Max Mitenkov  the_fogman_by_vimark-d462ddz

Voici le long festin de pierres
Toutes celles qui m’ont blessé
L’orgue moulu par les idoles
Dont les crocs ont percé le masque
Me joue une messe burlesque
Les yeux aimés la belle épaule
L’ange de moi s’est détourné
Tous les poisons sont vendangés

Voici le grand festin amer
Où tous mes regrets sont muets
Je n’ose pas les regarder
Un regard les ferait pleurer
C’est le festin du grand désert
Tous les mirages me condamnent
Encore au loin l’ange ricane
Tous les poisons il faut les boire

Voici qu’au grand festin de mots
Il règne un silence de mort
Les mots d’amour sont défendus
Et je consterne les convives
A peine ai-je osé murmurer
J’entends ses pas fuir mon ouïe
J’écoute et je m’entends mourir
Me souvenant des pas anciens

Quelques-uns dans les escaliers
En se hâtant vers quelque fête
Faisaient rouler un bruit de dés
Dans le coeur inquiet du poète
Et je gagnais en ce temps-là
Je te gagnais à chaque pas
As-tu oublié nos baisers
L’art du désert va m’effacer

Qui a joué qui a gagné
Ma sirène dans la tempête
Et moi je suis le naufragé
Reclus dans la terre promise
L’amour est là à partager
Personne ne vient y toucher
Et la maison qui abritait
Ce que l’amour pouvait sauver

Est vide et sur le palier noir
Dédié au parfum que tu laisses
C’est le froid seul qui est resté
Tu as oublié d’emporter
Ton souvenir que j’embrassais
Derrière la porte fermée
Toi la beauté qui n’apparais
Que pour chasser celle des autres

Sans fin les bruits du monde passent
Leur rouleau de fer sur mes rêves
Pour te préparer un chemin
Mais tu n’arrives pas j’écoute
Je n’entends que les pas des autres
Reviens reviens que je te dise
Ferme les yeux quand je t’embrasse
Que vois-tu je vois le beau temps

(Ernest Delève)

Illustration: Max Mitenkov

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L’Azur (Stéphane Mallarmé)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2018



L’Azur

De l’éternel Azur la sereine ironie
Accable, belle indolemment comme les fleurs,
Le poète impuissant qui maudit son génie
A travers un désert stérile de Douleurs.

Fuyant, les yeux fermés, je le sens qui regarde
Avec l’intensité d’un remords atterrant,
Mon âme vide. Où fuir ? Et quelle nuit hagarde
Jeter, lambeaux, jeter sur ce mépris navrant ?

Brouillards, montez ! Versez vos cendres monotones
Avec de longs haillons de brume dans les cieux
Que noiera la marais livide des automnes
Et bâtissez un grand plafond silencieux !

Et toi, sors des étangs léthéens et ramasse
En t’en venant la vase et les pâles roseaux,
Cher Ennui, pour boucher d’une main jamais lasse
Les grands trous bleus que font méchamment les oiseaux.

Encor ! que sans répit les tristes cheminées
Fument, et que de suie une errante prison
Eteigne dans l’horreur de ses noires traînées
Le soleil se mourant jaunâtre à l’horizon !

– Le Ciel est mort. – Vers toi, j’accours ! Donne, ô matière
L’oubli de l’Idéal cruel et du Péché
A ce martyr qui vient partager la litière
Où le bétail heureux des hommes est couché.

Car j’y veux, puisqu’enfin ma cervelle vidée
Comme le pot de fard gisant au pied d’un mur,
N’a plus l’art d’attifer la sanglotante idée,
Lugubrement bâiller vers un trépas obscur.

En vain ! L’Azur triomphe, et je l’entends qui chante
Dans les cloches. Mon âme, il se fait voix pour plus
Nous faire peur avec sa victoire méchante,
Et du métal vivant sort en bleus angélus !

Il roule par la brume, ancien et traverse
Ta native agonie ainsi qu’un glaive sûr ;
Où fuir dans la révolte inutile et perverse ?
Je suis hanté. L’Azur ! L’Azur ! L’Azur ! L’Azur !

(Stéphane Mallarmé)


Illustration retirée sur demande de l’artiste

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Les lointains sont invisibles (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018




    
les lointains sont invisibles
nos larmes dépareillées
les morts inexperts reviennent
chercher dans nos voix désertes
un peu du poids qui leur manqua

avec des bribes d’enfance
des jeux qui n’en finissaient pas
des rires au goût de fruit mûr
des regards à la dérobée
nous ne ferons pas même une heure

la paix du galet sur ta paume
ne la bois pas toute entière
laisse au vent prendre sa part
des mots dont tu voudrais qu’ils crient

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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Et si ces flèches qui nous percent (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2018



    

et si ces flèches qui nous percent
prédisaient plus déserte brûlure
où les noms même s’évaporent
quand viendras-tu péninsule
aventurée d’haleines et d’oiseaux
ces récifs nous voulons que les vaisseaux s’y brisent
et nous y perdre corps et biens
cherchant au fond de la mer la lueur
d’une étoile à jamais future

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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MALGRÉ TOUT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    

MALGRÉ TOUT

Traîne-moi avec des chaînes sur les pierres
Enfonce les torrents et les mers dans ma gorge
Comme un coquelicot mets ton fer sur ma gorge
Fais chanter mes genoux dans l’étau des murailles
Blanchis mes os comme un chien du désert
Porte mon crâne à deux mains lampe brisée
Allume-moi torche vivante aux carrefours
Crucifie-moi à la voilure des navires
Aux fenêtres des maisons en partance
O flamme lèche-moi comme une poutre basse
Ecrase-moi de tout ton poids triste saison
Recouvre-moi de feuilles mortes
Je ne parlerai pas
Je ne sais pas ce que tu veux me faire dire
Je suis innocent de tous mes crimes
Je suis fermé à la parole
Je suis un grand silence qui bouge
Je n’ai pas à te rendre compte de mon amour.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Seul sait danser le boiteux (Yves Mabin Chennevière)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2018



Illustration: Valère Prosperi

    
— Seul sait danser le boiteux,
seul sait voir l’aveugle,
seul rêve l’insomniaque,

Si tu veux connaître
la fraîcheur de la source,
interroge le désert
qui l’a engloutie,

Réserve au chant que tu inventes
les sons les plus rares de ta voix,
aux mots que tu écris
l’usage le plus souple de tes doigts,
aux corps que tu aimes
les plus forts battements de ton coeur,
aux luttes que tu assumes
l’énergie de ton sang ;

(Yves Mabin Chennevière)

 

Recueil: Variations du sensible
Traduction:
Editions: De la Différence

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LA FEMME AGEE (Martine Hadjedj)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



LA FEMME AGEE

Autrefois, j’étais belle, j’attirais les regards,
Sur mon glorieux passage, les hommes se retournaient,
Le monde et ses égards, oui, tout m’appartenait,
A présent, je suis vieille, j’ai perdu mon pouvoir.

J’ai reçu bien des roses ; leurs épines m’ont blessée,
Après les jours heureux suivaient les nuits glaciales,
J’ai affronté déserts, tempêtes, et chacals,
Et sans jamais plier, j’ai lutté, supporté.

Mais tous ces coups du sort, reçus en pleine face,
En laissant sur ma peau, d’indélébiles traces,
Ont fortifié mon âme, comme un muscle qui travaille.
Elle devenait plus belle, après chaque bataille.

Et vous tous qui pensez, sa beauté s’est fanée,
Emportée par le temps, eh bien vous vous trompez,
Car de cette sombre pierre qu’était mon cœur, avant,
Les intempéries de la vie en ont fait un diamant.

Derrière mes yeux, délavés par tant de larmes versées,
Et mes paupières ridées, usées par les tourments,
Se cache mon âme ; regardez-la, et vous verrez,
Comme je suis belle, bien plus belle… qu’à vingt ans !

(Martine Hadjedj)

 

 

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IL ÉTAIT LA FOI (Martine Hadjedj)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018




IL ÉTAIT LA FOI

Reposant sur le rien
Bâtie sur le néant
Aucun signe au loin
Ni terre sous mes pieds
Sur laquelle s’appuyer
Rien de visible, rien de tangible
Juste une petite voix
Le murmure du silence
Un chemin très étroit
Et si peu fréquenté
Une simple intuition
Qui devient certitude
Juste une graine minuscule
Un grain de sénevé
Fécondé par l’amour
Patient, persévérant,
Qui se transforme en arbre
Tout petit, qui grandit,
Jusqu’à être infini
Des racines bien plantées
Dans le roc, un rocher
Une ferme assurance
Une force immense
Qui déplace des montagnes
Fait fleurir le désert
Sépare les flots
Et calme la tempête
Il était la foi!

(Martine Hadjedj)

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LE MOT (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2018




    
LE MOT

Glisse-toi dans les sources du mot
Escalade ses dunes
Voltige avec ses ailes
Joue avec ses pierres
Revêts ses bigarrures
Chante ses harmonies
Danse ses fièvres
Traverse ses déserts
Mange son blé.

(Andrée Chedid)

 

Recueil: Par-delà les mots
Traduction:
Editions: Flammarion

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