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Poésie

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Les mots c’est une roue en mouvement (Jules Tordjman)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



Les mots c’est une roue en mouvement et pourrais-je ordonner leur vertige ?
Ma voix s’aiguise à cette meule.

Gel et silence : le simple cri d’une herbe bouleverserait ce désert.
Découverte surprenante : hennir et devenir vert !

Un arbre s’ébroue, un cheval se couvre de feuilles.
Étendues raides, et pourtant nul coup n’a retenti :
antilopes de la joie, si beaux cadavres.

Qui dérange ainsi le damier de la nuit ? Il va falloir couper cette infatigable main.
L’encre aux doigts d’énigme, les hiéroglyphes de la page.

À peine délivré des mailles de la pensée, je retombe dans les rets du chant.
Être un instant cette mouette qui équilibre toute la mer !

(Jules Tordjman)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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Arbre, arbre (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 12 mai 2017



    
Arbre, arbre. Un jour je serai un arbre.
Avec la maternelle complicité de l’été.
Qu’annoncent
les palombes.

Un jour j’abandonnerai ces mains
dans l’argile encore chaude du silence,
je gravirai le ciel,
aux arbres de telles choses sont consenties.

J’habiterai alors le regard nu,
fatigué du corps, ce désert
recommencé dans les eaux,
tandis que sur les feuilles le brouillard

dépose ses mains humides.
Et le feu.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Le jour net (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 11 mai 2017




    
Le jour net comme un parvis désert,
l’horloge arrêtée,
les marches par où le soleil monte au regard –
ce qui manque : un oiseau qui chante quelque part.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: Matière solaire / Le poids de l’ombre / Blanc sur blanc
Traduction: Michel Chandeigne, Patrick Quillier et Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Demain sera le même jour (Abdellatif Laâbi)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2017



Demain sera le même jour

Demain
sera le même jour
Je n’aurai vécu que quelques instants
le front collé à la vitre
pour accueillir le carrousel du crépuscule
J’aurai étouffé un cri
car personne ne l’aura entendu
en ce désert
Je me serai mis
dans la position du fœtus
sur le siège de ma vieille solitude
J’aurai attendu
que mon verre se vide à moitié
pour y déceler le goût du fiel
Je me serai vu
le lendemain
me réveillant et vaquant
Atrocement semblable

(Abdellatif Laâbi)


Illustration: Pascal Renoux

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Nous sommes toujours en quête (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2017



Illustration: Octavio Ocampo
    

Nous sommes toujours en quête d’un territoire, d’un visage
que nous avons découverts depuis longtemps
et sur lesquels nous fermons les yeux.

Le désert, l’oasis, le corps de l’autre
demeurent comme le promontoire au bout duquel
l’horizon est l’ultime point que nous convoitons.

Le départ aura-t-il jamais lieu ?

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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La mort (Max Alhau)

Posted by arbrealettres sur 3 mai 2017



Illustration: Ernest Biéler

    

La mort
qui est l’inclinaison
la plus extrême de la voix
le revers du visage
quand il n’a plus de nom.
L’absence
les mots dévoyés
laissent
la page déserte
le blanc immense
et seul demeure
le sacrifice
dans sa nudité.

(Max Alhau)

 

Recueil: Présence de la Poésie
Editions: Editions des Vanneaux

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Un ami (Eugénio De Andrade)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2017



Illustration: Bernard Rolland

    

Un ami est quelquefois le désert,
d’autres fois l’eau.

(Eugénio De Andrade)

 

Recueil: Matière Solaire / Poids de l’Ombre / Blanc sur Blanc
Traduction:Michel Chandeigne, Patrick Quillier, Maria Antonia Câmara Manuel
Editions: Gallimard

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Dire (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



Dire : cette vie est un jardin de roses, c’est mentir.

Dire : cette vie est un champ de ruines, c’est mentir.

Dire : je sais les horreurs de cette vie
et je ne m’en lasserai jamais d’en débusquer les merveilles,
c’est faire son travail d’homme et vous le savez bien :

ce genre de travail n’est jamais fini,
c’est comme les images,
elles continuent à trembler après le bain,
bien après la magie des révélations.

Vos images ne sont pas des mirages.
Vos images sont des points d’eau dans le désert.

(Christian Bobin)

 Illustration: Edouard Boubat

 

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J’attends le printemps (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 17 avril 2017



« Vous cherchez du côté du plus grand…
C’est tellement plus simple : J’attends le printemps.
Ce que j’appelle le printemps n’est pas affaire de climat ou de saison.
Cela peut surgir au plus noir de l’année.
C’est même une de ses caractéristiques :
Quelque chose qui peut venir à tout moment pour interrompre, briser
– et au bout du compte, délivrer.

Le printemps n’est rien de compréhensible
– c’est même ce qui lui permet de tenir dans trois fois rien
– un bruit, un silence, un rire.

Il se moque de conclure.
Il ouvre et ne termine jamais.
Il est dans sa nature d’être sans fin.

Ce que j’appelle le printemps ne va pas sans déchirure.
C’est une chose douce et brutale.
Nous ne devrions pas être surpris de ce mélange.
Si nous le sommes, c’est que la vie nous rend distraits.
Nous ne faisons pas assez attention.

Si nous regardions bien, si nous regardions calmement,
nous serions effrayés par la souveraineté de la moindre pâquerette :
elle est là, toute bête, toute jaune.
Pour être là, elle a dû traverser des morts et des déserts.
Pour être là, toute menue,
elle a dû livrer des guerres sans pitié.

Ce que j’appelle le printemps est une chose du même ordre…

Dans le printemps, rien de tranquille ni de gagné d’avance.
Lorsqu’il arrive, nous ne nous y retrouvons plus.
Presque rien n’a changé et ce presque rien change tout.

Nous nous accoutumons trop vite à ce que nous avons.

Dieu merci, le printemps vient remettre du désordre dans tout ça.
Nous découvrons que nous n’avons jamais rien eu à nous,
et cette découverte est la chose la plus joyeuse que je connaisse. »

(Christian Bobin)

 

 

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« Voilà » (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2017



La dernière sonate pour piano de Schubert
m’étant revenue hier soir, par surprise,
une fois de plus, je me suis dit simplement:

« Voilà. »

Voilà ce qui tient inexpliquablement debout,
contre les pires tempêtes,
contre l’aspiration du vide;

voilà ce qui mérite, définitivement, d’être aimé:
la tendre colonne de feu qui vous conduit,
même dans le désert
qui semble n’avoir ni limites, ni fin.

(Philippe Jaccottet)

Illustration

 

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