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LE PETIT PRINCE (Richard Seff)

Posted by arbrealettres sur 11 septembre 2018



 

LE PETIT PRINCE

On ne sait pas qui il est
On ne sait pas d’où il vient
Il est né avec la rosée du matin
Une rose entre ses mains
Voyageur de l’infini
Jeune prince de la lumière
Tu connaissais tous les secrets de la nuit
Les chemins de l’univers

J’attendrai ton retour
Jusqu’à la fin des jours
J’attendrai ton retour
Prince blond de l’amour

Il est venu sur la terre
Et n’a vu qu’un grand désert
Quelques fleurs sauvages, un renard argenté
Et un poète égaré
Il s’ennuyait bien souvent

De sa rose, de ses volcans
Il a demandé au serpent son ami
De le ramener chez lui

J’attendrai ton retour
Jusqu’à la fin des jours
J’attendrai ton retour
Prince blond de l’amour (bis).

(Richard Seff)

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PENDANT QUE (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



 

Alex Alemany_alexalemanyadolescente02

PENDANT QUE

Pendant que les bateaux
Font l’amour et la guerre
Avec l’eau qui les broie
Pendant que les ruisseaux
Dans les secrets des bois
Deviennent des rivières

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que le soleil
Plus haut que les nuages
Fait ses nuits et ses jours
Pendant que ses pareils
Continuent des voyages
Chargés de leurs amours

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que les grands vents
Imaginent des ailes
Aux coins secrets de l’air
Pendant qu’un soleil blanc
Aux sables des déserts
Dessine des margelles

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

Pendant que les châteaux
En toutes nos Espagnes
Se font et ne sont plus
Pendant que les chevaux
Aux cavaliers perdus
Traversent des montagnes

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime
Pendant qu’un peu de temps
Habite un peu d’espace
En forme de deux coeurs
Pendant que sous l’étang
La mémoire des fleurs
Dort sous son toit de glace

Moi Moi je t’aime Moi Moi je t’aime

(Gilles Vigneault)

Illustration: Alex Alemany

 

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POÈME VOTIF (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



POÈME VOTIF

Pour ce pays qui est déjà la mer
Avec ses pins chanteurs et ses yeux de bruyère ;

pour ces vagues couchées en leur voilure d’ombre
Et ces noyés captifs et ces oiseaux qui sombrent ;

Pour cette allée où je vais seul, brisant les branches,
Et ce duvet de neige dans les nids du silence ;

Pour ces jours de fruits mûrs, d’abeilles vendangeuses
Et ces buissons d’orties jonchés de tubéreuses ;

Pour ce voyage à perdre haleine où je n’atteins
Que des coraux épars et des phares éteints ;

Pour le lierre du vent et l’écume océane
Et les chambres désertes et le coeur qui se fane.

(Michel Manoll)

Illustration: ArbreaPhotos

 

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QUEEN ANN’S LACE (William Carlos Williams)

Posted by arbrealettres sur 1 septembre 2018



 

Queen_Anne's_lace_on_Prince_Edward_Island

QUEEN ANN’S LACE

SON corps n’est pas si blanc
que les pétales d’anémone, ni si doux — ni
quelque chose d’aussi vague. C’est un champ
de carottes sauvages, qui s’empare
du champ ; l’herbe
ne le domine pas.
Il n’est pas question, ici, de blancheur,
aussi blanc que cela soit, avec un grain de beauté pourpre
au coeur de chaque fleur.
Chaque fleur est un empan
de blancheur. Partout
où sa main s’est posée il y a
une petite tache pourpre. Chaque partie
fleurit sous son toucher
vers où les fibres de son être
rayonnent une à une, chacune vers son but,
jusqu’à ce que le champ entier soit
un blanc désir désert, une seule et même tige,
un massif, fleur à fleur,
un pieux souhait à la blancheur passée —
ou rien.

***

QUEEN ANN’S LACE

HER body is not no so white as
anemone petals nor so smooth — nor
so remote a thing. It is a field
of the wild carrot taking
the field by force; the grass
does not raise above it.
Here is no question of whiteness,
white as can be, with a purple mole
at the center of each flower.
Each flower is a hand’s span
of her whiteness. Wherever
his hand has lain there is
a tiny purple blemish. Each part
is a blossom under his touch
to which the fibers of her being
stem one by one, each to its end,
until the whole field is a
white desire, empty, a single stem,
a cluster, flower by flower,
a pious wish to whiteness gone over
or nothing.

(William Carlos Williams)

 

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Le voyou (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 30 août 2018



Le voyou

Je m’balade le soir
Au fond des vieilles ruelles
Au milieu des poubelles
Sous un grand ciel tout noir

Les deux mains dans les poches
Je parcours l’boulevard
Sifflant comme un gavroche
Ou un oiseau bavard

Tous les pauvres gamins
De mon triste quartier
Se tiennent par la main
Assis des jours entiers

Je leur dis des merveilles
Sous leur regard farouche
Un rire fend leur bouche
Des lèvres aux oreilles

Ces gosses qui ne voient
En leurs quatre saisons
Qu’un lugubre horizon
Sont pendus à ma voix

Eux qui pour jouer n’ont
Qu’un désert terrain vague
Ils rêveront qu’ils sont
Soulevés par la vague

Je leur dis que l’oiseau
Chante en do ou en si
Perché sur un roseau
Qui pousse loin d’ici

Ils n’veulent pas me croire
Et pourtant mon histoire
Je la certifie vraie
Et l’écris à la craie.

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration

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Notre vie (Robert Mallet)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018




    
Notre vie
tourne-t-elle
autour de notre mort?
Est-ce la mort
qui contourne la vie?
est-ce le tournoiement
de la toupie
sur elle-même
le grand tournis
de la planète
à flanc de soleil
le tourniquet
entre rêve et réel
le détournement
des ombres
par une ombre moins noire
ou le tournoi
de deux éclairs
dans l’éblouissement?
Est-ce le tourbillon
des sources
au cirque du désert
le tour du puits
brillant de lune
en ses entrailles
la margelle et l’anneau
autour des remous
les remous de la nuit
autour du secret?

Mais si c’était
autour de rien
la chose à mieux savoir
et le désir
autour de tout
de changer la boue
en poussière
et de souffler
sur la poussière
pour mettre à nu
la peau de tout?

(Robert Mallet)

 

Recueil: Presqu’îles presqu’amours
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE TROUPEAU (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2018



 

LE TROUPEAU

Troupeau, toi qui à travers le faubourg poussiéreux
t’en vas au soir et dont me plaît l’odeur

que tu laisses sur ton passage, toi qui as tant de chemin à faire
parmi la fureur des voitures et le tintement

des trams, où la vie se hâte le plus,
que tu vas lentement, serré contre toi-même !

Troupeau, toi que j’aimai dès l’enfance égarée,
par toi la douleur se fait au coeur plus aiguë ;

et il me vient comme un désir de me mettre à genoux,
comme si je voyais dans ta masse laineuse

quelque chose de saint que nul autre ne voit,
et d’antique et de très vénérable.

Un vieux te mène, sur des pieds incertains,
un Dieu pour toi, peuple dans le désert.

(Umberto Saba)

 

 

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LA CARAVANE DE MES MOTS (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

caravane

LA CARAVANE DE MES MOTS

La caravane de mes mots
traverse la page
désert blanc
sans repères
sans points d’eau

(Anise Koltz)

Illustration

 

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Le monde (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



 

David Hockney 1280

Le monde, jamais si beau que désert.
Dans la paix de l’ordre.

(Claude Michel Cluny)

Illustration: David Hockney

 

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JOUR ET NUIT… (Claude Michel Cluny)

Posted by arbrealettres sur 22 août 2018



 

Don Hong-Oai dunes-hoops1

JOUR ET NUIT…

Jour et nuit le désert
l’ombre est faite de pierres

La vipère de sable
espère un oiseau crédule

Le crépuscule allume
le feu ras des collines

Le sol est fou de sel
et gémit sous les pas

Un seul soir a détruit
tous les lacs de l’été

et ce chemin perdu
dans l’attente de rien.

(Claude Michel Cluny)

Illustration: Don Hong-Oai

 

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