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Poésie

Posts Tagged ‘désert’

À GENTILLY (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020



Illustration: Georges-Henri Manesse
    
À GENTILLY

Il est pour tout mortel, soit que, loin de l’envie,
Un astre aux rayons purs illumine sa vie ;
Soit qu’il suive à pas lents un cercle de douleurs,
Et, regrettant quelque ombre à son amour ravie,
Veille auprès de sa lampe, et répande des pleurs ;

Il est des jours de paix, d’ivresse et de mystère,
Où notre coeur savoure un charme involontaire,
Où l’air vibre, animé d’ineffables accords,
Comme si l’âme heureuse entendait de la terre
Le bruit vague et lointain de la cité des morts.

Souvent ici, domptant mes douleurs étouffées,
Mon bonheur s’éleva comme un château de fées,
Avec ses murs de nacre, aux mobiles couleurs,
Ses tours, ses portes d’or, ses pièges, ses trophées,
Et ses fruits merveilleux, et ses magiques fleurs.

Puis soudain tout fuyait : sur d’informes décombres
Tour à tour à mes yeux passaient de pâles ombres ;
D’un crêpe nébuleux le ciel était voilé ;
Et, de spectres en deuil peuplant ces déserts sombres,
Un tombeau dominait le palais écroulé.

Vallon ! j’ai bien souvent laissé dans ta prairie,
Comme une eau murmurante, errer ma rêverie ;
Je n’oublierai jamais ces fugitifs instants ;
Ton souvenir sera, dans mon âme attendrie,
Comme un son triste et doux qu’on écoute longtemps !

(Victor Hugo)

 

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La soif (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



La soif pour découvrir
les points d’eau dans le désert.
Ils sont enfouis par cette soif
où meurt et naît le beau désir,
qu’appelle un seul vocable,
l’eau douce à la bouche intérieure,
au cœur désert qui fait fleurir
les puits cachés dans le sable,
l’âme à sec pour l’assouvir.

(Jean Mambrino)


Illustration : Gilles Blazy

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Amour désenchanté (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020




    
Amour désenchanté
désert glacé coeur éclaté
c’est fini elle est partie.
Ciel gris hiver ennui
oui ça arrive aussi
amour déglingué
le ressort a cassé.
Portes fermées volets tirés
il faut panser les plaies.
Et puis par la serrure perce un rai de lumière
jamais vraiment l’amour ne désespère
un souffle d’air et sous la cendre
rougeoie la braise.

Demain
oui demain
à nouveau
j’aimerai.

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

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QUAND L’HIVER (David Hofstein)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



 

Illustration: Alexeї Kondratievitch Savrassov
    
QUAND L’HIVER

Quand l’hiver couvre au soir les terres de Russie
Quel vent de solitude immense sur la vie !

Un vieux cheval au loin tire un traîneau grinçant
Sous la neige un chemin dont je suis le passant.

Dans le dernier recoin de ciel illuminé
Un bouquet de lueurs tristement s’est fané.

Voici qu’un blanc désert s’étend à l’horizon
Au loin je vois semés quelques toits de maisons;

Là-bas un hameau dort, enfoui sous la neige,
La maison juive où les sentiers vont en cortège.

Simple maison, pourtant les fenêtres sont larges,
Moi l’aîné des enfants je revois mon village ;

Voilà mon cercle étroit, petit monde tranquille
Une fois par quinzaine on se rend à la ville

Et l’on rêve en silence à de plus vastes plaines,
Pistes, routes là-bas, enneigées et lointaines.

Les pleurs cachés au fond des coeurs comme des gemmes
Ou des grains attendant vainement qu’on les sème.

Quand l’hiver couvre au soir les terres de Russie
Quel vent de solitude immense sur la vie !

(David Hofstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Désir (Chryssa Nikolakis)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2020



Illustration: Herbert James Draper
    
Désir

Je te veux comme un ange déchu
ayant atteint son Ciel
et ayant bu à la source de cristal.
Je te veux ainsi qu’une fleur
qui a découvert la fontaine de Castalie
dans un désert d’Israël.
Je te veux semblable à un lac
qui aspire à son évasion,
à l’océan limpide
pour s’y unir avec moi.

J’aimerais pouvoir être le vent léger
sur tes lèvres
pour recevoir le baiser de ton eau
mais ta coupe est trop petite,
comment peut-elle me désaltérer ?

***

ΠΟΘΟΣ
Σε θέλω
σαν έκπτωτος άγγελος
που έφτασε στον Παράδεισο
κι ήπιε από πηγή καθάρια.
Σε θέλω
σαν λουλούδι
στην Ιουδαία έρημο
που βρήκε την Κασταλία Πηγή.
Σε θέλω
σαν λίμνη που αποζητά το αταξίδευτο
Ωκεανός να γίνει ν’ αποδράσει.
Σε θέλω
άνεμος γίνομαι στα χείλη σου
φιλί να με κεράσεις
μα είναι το λαγήνι σου μικρό
και πώς θα με χορτάσεις;

***

***

LONGING

I want you like a fallen angel
who reached his Heaven
and drank water from the crystal spring.
I want you like a flower
that discovered the Castalian Spring
in a Jewish desert.
I want you like a lake
that yearns for its escape
to the untraveled ocean
in which to merge.

I wish I could become
light wind upon your lips
to get the kiss of your water.
But your pitcher is too small
how can it quench me?

***

***

***

***

DESIDERANDO

Ti voglio come un angelo caduto
che ha raggiunto il suo paradiso
e bevuto acqua da una fonte di cristallo.
Ti voglio come un fiore
che ha scoperto la Fonte Castalia
in un deserto ebreo.
Ti voglio come un lago
che ha trovato la sua via di fuga
verso un oceano incontaminato
nel quale fondersi.

Vorrei poter diventare
un vento leggero sulle tue labbra
per essere baciato dalla tua acqua.
Ma la tua brocca è troppo piccola
– come potrai dissetarmi?

***

DESEJO

Desejo-te como um anjo caído
que alcançou o seu Céu
e bebeu a água do manancial cristalino.
Desejo-te como uma flor
que descubriu a fonte de Castália
num deserto judeu.
Desejo-te como um lago
anseia a sua fuga
ao oceano original,
para misturar-se com ele.

Quisera ser o vento suave
sobre os teus lábios
para receber de tua água o beijo
mas tua jarra é demasiado pequena
como poderia me refrescar?

***

DESEO

Te deseo como un ángel caído
que llegó a su Cielo
y bebió el agua del manantial cristalino.
Te deseo como una flor
que descubrió la fuente de Castalia
en un desierto judío.
Te deseo como un lago
que anhela su fuga
al océano prístino,
para mezclarse con él.

Quisiera ser el suave viento
sobre tus labios
para recibir de tu agua el beso
pero tu jarra es demasiado pequeña
¿cómo podría refrescarme?

***

DORINȚĂ

Te ador, ești îngerul căzut
și înălțat la ceruri,
bând apa cristalină.
Te ador ca floarea care află
izvorul de cleștar castilian
din al evreilor deșert.
Te ador ca lacul ce visează
să-și afle albia ce duce
spre-ntinsul ocean,
spre împreunare.

Aș vrea să fiu eu boare
ce buzele-ți alină
și apa ți-o sărută,
– dar nu-i prea mic potirul,
pentru a mă sătura?

***

***

VERLANGEN

Ich will dich als ein gefallener Engel
der seinen Himmel erreichte
und aus der kristallklaren Quelle Wasser trank
Ich will dich wie eine Blume.
die die Kastalische Quelle entdeckte
in einer jüdischen Wüste.
Ich will dich als einen See.
der sich sehnt nach seinem Auslauf
nach dem unberührten Ozean,
um sich mit ihm zu vereinigen.

Ich wünschte ich würde sanfter Wind
auf deinen Lippen
damit dein Wasser mich küsse,
aber dein Krug ist zu klein,
wie kann er mich laben?

***

VERLANGEN

Ik wil je als een gevallen engel
die zijn Hemel bereikte
en water dronk uit de kristalheldere bron.
Ik wil je als een bloem
die de Castalische bron ontdekte
in een joodse woestijn.
Ik wil je als een meer
dat hunkert naar zijn ontsnapping,
naar de ongerepte oceaan,
om er mij mee te vermengen.

Ik wou dat ik de lichte wind
op jouw lippen kon zijn
om van jouw water de kus te krijgen
maar jouw kruik is te klein,
hoe kan hij me laven?

(Chryssa Nikolakis)

 

Recueil: ITHACA 608
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Grec / Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Manolis Aligizakis – Stanley Barkan/ Népalais Keshab Sigdel / Arabe Hope Bouchareb / Chinois Zhou Dao Mo / Italien Luca Benassi / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Hébreu Dorit Wiseman / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt /
Editions: POINT

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Une bonne fortune (Alfred de Musset)

Posted by arbrealettres sur 3 janvier 2020



Une bonne fortune

Il ne faudrait pourtant, me disais-je à moi-même,
Qu’une permission de notre seigneur Dieu,
Pour qu’il vînt à passer quelque femme en ce lieu.
Les bosquets sont déserts ; la chaleur est extrême ;
Les vents sont à l’amour l’horizon est en feu ;
Toute femme, ce soir, doit désirer qu’on l’aime.

S’il venait à passer, sous ces grands marronniers,
Quelque alerte beauté de l’école flamande,
Une ronde fillette, échappée à Téniers,
Ou quelque ange pensif de candeur allemande :
Une vierge en or fin d’un livre de légende,
Dans un flot de velours traînant ses petits pieds ;

Elle viendrait par là, de cette sombre allée,
Marchant à pas de biche avec un air boudeur,
Ecoutant murmurer le vent dans la feuillée,
De paresse amoureuse et de langueur voilée,
Dans ses doigts inquiets tourmentant une fleur,
Le printemps sur la joue, et le ciel dans le coeur.

Elle s’arrêterait là-bas, sous la tonnelle.
Je ne lui dirais rien, j’irais tout simplement
Me mettre à deux genoux par terre devant elle,
Regarder dans ses yeux l’azur du firmament,
Et pour toute faveur la prier seulement
De se laisser aimer d’une amour immortelle.

(Alfred de Musset)


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L’ÉTÉ (André Velter)

Posted by arbrealettres sur 25 décembre 2019



L’ÉTÉ

Joie nouvelle d’une fièvre
D’une saison secrète
Moins friables par surcroît de ténèbres
Ou avis de grand frais
Et cette marque au fer
Qui charme le destin
Sous un bracelet de cuir

Un écart volontaire a tout désarçonné
L’horizon s’est retrouvé avec un peu plus de ciel
Un peu plus de latitude inconnue
Et un projet de coupe claire

Au point du jour
C’est déjà le beau midi de la lumière
L’ardeur dans les coursives qui ouvrent sur le désert
Comme on étreint cet impossible été
Au goût de soufre et de miracle
En se regardant dans les yeux

(André Velter)

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Sous les niaoulis (Louise Michel)

Posted by arbrealettres sur 22 décembre 2019



Sous les niaoulis

Sous les niaoulis, les arbres des tribus,
Nous écoutons les flots aux murmures confus.

Il faut que l’aurore se lève;
Chaque nuit recèle un matin.
Pour qui la veille n’est qu’un rêve,
L’herbe folle deviendra grain.
Les flots roulent, le temps s’écoule,
Le désert deviendra cité.
Sur les mornes que bat la houle
S’agitera l’humanité.

Nous apparaîtrons à ces âges
Comme nous voyons maintenant
Devant nous les tribus sauvages,
Dont les rondes vont tournoyant;
Et de ces races primitives,
Se mêlant au vieux sang humain,
Sortiront des forces actives
L’homme monte comme le grain.

Sur les niaoulis gémissent les cyclones.
Sonnez, ô vents des mers vos trompes monotones!

(Louise Michel)


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RAYONS (Jacob-Zvi Sharguel)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2019



    

RAYONS

Tu es jeune
Et tes jarres sont vides.
Si vaste le désert au loin s’étend.
Dirai-je que la soif va te détruire ?
Moi pourtant je m’en suis allé, hors du désert,
Et puis dans le désert, sur le pas des étoiles,
Et j’ai cherché – tant de sources promises.
Alors le soir pâle est tombé
Et moi –
J’ai commencé à te désirer

Tu es jeune
Et tes jarres sont vides.
Et elles n’ont point d’eau ni de vin –
Pourtant tous les soleils pâlissent
Comparés aux colliers que tressent tes rayons.

(Jacob-Zvi Sharguel)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans une larme du temps (Rivka Basman)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
Dans une larme du temps
Comme il est dur
De sertir
Un sourire,
Une mélodie
Se couvre
De nuages
Le chemin
Du berceau.
Seul le bleu, ce bleu-là,
Galope
Sur un faon
Et veut percer de part en part
Le brouillard
Et le
Temps

Un désert verdoyant
Est-il impossible ?
Je suis un désert verdoyant,
Mon aridité fleurit,
Mes étoiles éteintes
M’illuminent par le regard,
Parmi les sables
Je vois des traces
Éparpillées –
Qui donc les découvrira ?
Permettez-moi de demander encore
Est-ce qu’un désert
Peut verdir ?

Il arrive parfois
Que même une abeille
Oublie son gîte et son travail
Et reste la dernière
Sur un arbre
À cause d’un lilas en fleur,
La grande nuit ne l’effraie pas
Qui tourbillonne avec l’ailleurs.
Alentour il n’y a personne,
Elle seulement,
Amoureuse
Jusqu’à la mort
En fleur.

(Rivka Basman)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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