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Dans la respiration sont incluses deux grâces (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 27 décembre 2018



Dans la respiration sont incluses deux grâces:
Aspirer l’air, et s’en délivrer.
L’un oppresse, l’autre soulage;
Tel est le merveilleux mélange de vie.
Remercie donc Dieu quand il te presse,
Et remercie-le encore quand il te relâche à nouveau.

***

Im Atemholen sind zweierlei Gnaden:
Die Luft einziehn, sich ihrer entladen.
Jenes bedrängt, dieses erfrischt;
So wunderbar ist das Leben gemischt.
Du danke Gott, wenn er dich presst,
Und dank’ ihm, wenn er dich wieder entlässt.

(Goethe)

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Certaine clarté Oblique (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018



Certaine clarté Oblique,
L’Après-midi d’Hiver –
Oppresse, comme la Houle
Des Hymnes Liturgiques –

Céleste Blessure, elle ne laisse
Aucune cicatrice,
Mais une intime différence –
Là où les Sens, résident –

Nul ne peut l’enseigner – Non –
C’est le Sceau du Désespoir –
Une affliction impériale
Que des Airs on nous envoie –

Elle vient, le Paysage écoute –
Les Ombres – retiennent leur souffle –
Elle s’en va, on dirait la Distance
Sur la face de la Mort –

(Emily Dickinson)


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QUAND TU VIENS CHEZ MOI… MON COEUR (Charles Aznavour)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2018



 

QUAND TU VIENS CHEZ MOI… MON COEUR

Quand tu viens chez moi
Je ne sais pourquoi
Je suis ému comme un enfant
Mon coeur
Je suis angoissé
Jusqu’à ce baiser
Qui vient dissiper
Ma peur profonde
Et quand simplement
Amoureusement
Tu viens te coller contre moi
Mon coeur
A sentir ton corps
Là contre mon corps
Je m’enivre de ta tiédeur
L’envie de s’aimer
Nous prend tout entier
Et comme on le sait d’avance
On baisse les yeux
Et c’est merveilleux
De candeur et d’inconscience
Quand tu viens chez moi
II entre avec toi
Un tourbillon de volupté
Mon coeur
Un je ne sais quoi
Qui fait mal de joie
Qui nous oppresse et nous saisit
Mon coeur
Et quand vient le jour
Abattus d’amour
On s’endort quand tu viens chez moi.

(Charles Aznavour)

Illustration

 

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À QUELQUES-UNS SEULEMENT (Alfred Kolleritsch)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2018



    

À QUELQUES-UNS SEULEMENT

Laissez le beau, là оù il est,
tout de précipitation. Le désir
d’être sans pouvoir, oppresse :
pressentiment sans issue.

Par-là tout vouloir. S’enfoncer plus avant
vers une autre limite, l’élan,
qui la trouve, est le début,
l’offre infinie de la fin.

***

NUR EINIGEN I

Das Schöne zu lassen, dort,
das Überstürzende. Die Lust,
ohne Macht zu sein, bedrängt :
die Ahnung ohne Ausweg.

Aus dem Wolken hinaus. Tiefer
zu einer anderen Grenze, der Schwung,
der sie findet, ist der Anfang,
das Schenkende, unendliche Ende.

(Alfred Kolleritsch)

 

Recueil: La conspiration des mots
Traduction: Françoise David-Schaumann et Joël Vincent
Editions: Atelier la Feugraie

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Albert – Maria Correspondance 1944-1959 (Albert Camus)(Maria Casarès)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018




    
Je me sens si gauche, si maladroit,
avec cette sorte d’amour inemployé qui me reste sur la poitrine
et qui m’oppresse sans me donner de joie.

*

Entre des êtres qui s’aiment,
n’y a-t-il pas une place
où ils peuvent toujours se rencontrer ?

*

Tout d’un coup j’ai concentré sur un seul être
une force de passion qu’auparavant
je déversais un peu partout, au hasard,
et à toutes les occasions.

*

Aimer un être, ce n’est pas seulement le dire ni même le sentir
c’est faire les mouvements que cela commande.
Et je sais bien que le mouvement de cet amour qui m’emplit
me ferait traverser deux mers et trois continents pour être près de toi.

*

Qu’est-ce que je vais devenir si tu ne m’aimes pas comme j’ai besoin que tu m’aimes,
Je n’ai pas besoin que tu me trouves « attachant », ou compréhensif ou n’importe quoi.
J’ai besoin que tu m’aimes et je te jure que ce n’est pas la même chose.

*

Mon seul désir serait de me taire près de toi,
comme à certaines heures, ou de me réveiller, toi encore endormie,
de te regarder longuement, attendant ton réveil.
C’était cela, mon amour, c’était cela le bonheur !
Et c’est lui que j’attends encore.

*

Tout à l’heure, la nuit était pleine d’étoiles filantes.
Comme tu m’as rendu superstitieux,
je leur ai accroché quelques voeux qui ont disparu derrière elles.
Qu’ils retombent en pluie sur ton beau visage, là-bas,
si seulement, tu lèves les yeux vers le ciel, cette nuit.
Qu’ils te disent le feu, le froid, les flèches, les velours,
qu’ils te disent l’amour, pour que tu restes toute droite,
immobile, figée jusqu’à mon retour, endormie toute entière,
sauf au coeur, et je te réveillerai une fois de plus …

*

Moi aussi, je pense à toi, en chair, trépidante.
Ton air de frégate, les cordages noirs de tes cheveux

*

J’étouffe, la bouche ouverte, comme un poisson hors de l’eau.
J’attends que vienne la vague, l’odeur de nuit et de sel de tes cheveux.

*

Il fait lourd et chaud.
C’est une journée pour le silence, les corps nus,
les pièces ombreuses et l’abandon
Ma pensée a la couleur de tes cheveux.

*

Comme je t’attends.
L’eau monte dans mon coeur.

*

Il est faux que l’amour aveugle.
Il rend perceptible au contraire ce qui sans lui ne viendrait pas à l’existence
et qui est pourtant ce qu’il y a de plus réel en ce monde:
la douleur de celui qu’on aime.

*

Moi aussi je m’ennuie, je ne guéris pas de toi.
Je te cherche la nuit, je pense à toi le jour. Je suis seul.
Ah! Mon cher amour, ma désirable,
ne me laisse pas en chemin, ne te refroidis pas toute entière.
Laisse une braise, une toute petite braise,
et je saurai la ranimer jusqu’à ce que tu sois à nouveau crépitante entre mes bras.
J’embrasse ta bouche, étroitement.

*

Le plaisir qui finit en gratitude, c’est la fleur humide des jours.

*

Je t’embrasse, en orage, et aussi avec des sources inépuisables de tendresse.

*

Quand donc ma veste et ta jupe seront accrochées au même clou ?

*

Ma jeunesse c’est toi. Mon ardeur, ma force de désir et d’amour,
mon amour de la vie, c’est toi.
Bientôt, n’est-ce pas ? Bientôt mes bras frais, ton corps tiède, l’eau de ta bouche.
Je t’aime, ma chérie, ma bien-aimée. Et si mi madre me pregunta…
Au revoir, rose noire, où je boirai toute ma vie.
Je t’embrasse, je t’embrasse encore.
Le vent hurle à nouveau, je te désire.

*

Je t’embrasse, je t’habille de mes baisers.

Albert

(Albert Camus)(Maria Casarès)

 

Recueil: Correspondance 1944-1959
Traduction:
Editions: Gallimard

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III (Elégie de la Maison des Morts) (Edmond-Henri Crisinel)

Posted by arbrealettres sur 9 juin 2018




    
III (Elégie de la Maison des Morts)

Quand le soir est trop lourd d’angoisse, quand le miel
Du jasmin dans la nuit vous oppresse, on s’évade.
Mais les murs sont trop hauts. Ils montent jusqu’au ciel.
On reste prisonnier, pour toujours, dans la rade.

Calme, breuvage amer, cet excès de douleur.
Ô lumière ennemie ! et vous, roses parterres !
Sachant que, jamais plus, la fleur ne sera fleur,
Par delà les œillets je regarde la terre.

(Edmond-Henri Crisinel)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Oeuvres (complètes)
Traduction:
Editions: L’âge d’homme

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LA JEUNE MARIÉE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2018



LA JEUNE MARIÉE

Élever une fille pour lui faire épouser un soldat,
Mieux vaudrait à sa naissance la jeter sur la route.

Seigneur, j’ai natté mes cheveux, le jour de nos fiançailles,
Mais notre lit n’a pas eu le temps de se réchauffer.
Au coucher de soleil, je suis devenue votre femme,
Et nous nous sommes séparés aux premières lueurs de l’aube !

Maintenant je pense à la mort qui vous menace à chaque instant.
L’Angoisse m’oppresse. Mon cœur se déchire.

Je m’étais promis de vous suivre partout…
Mais j’ai senti que ma présence vous aurait soucié davantage.

Ne prononcez pas trop souvent le nom de votre jeune épouse.
Sans oublier jamais votre devoir de soldat.

(La Flûte de Jade)

 

 

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SORTILÈGES VUS DE LOIN (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 10 avril 2018




    
SORTILÈGES VUS DE LOIN

Choses pleines de douceur,
Choses pleines de tendresse,
— Les grenouilles, les souris —
Je songe à vous quand m’oppressent
Les caresses de Paris.

Aux poissons dans les clairières
Et dans l’aube des rivières,
Au bruit des écluses d’eau…
Les cloches au bord du soir
Et les forêts immobiles
Où chassent trop de regards.

Cette mer des sortilèges
A tant baigné mon enfance
Que je reste sans défense
Devant ses bateaux de liège,
Contre ses armées de roses,
Sur ses abîmes où rôde
Une salamandre d’or…

Une chanson d’étincelles
Naît du feu, monte et s’endort.
Les roses tremblent dans l’eau,
Sur ce jardin qu’elle émeut,
En riant de ses pieds nus
Et de barques sur les fleuves
Fraîches de chants reconnus.

(Maurice Fombeure)

 

Recueil: A dos d’oiseau
Traduction:
Editions: Gallimard

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La Beauté m’oppresse à mourir (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2018



La Beauté m’oppresse à mourir
Beauté aie pitié de moi
Mais si j’expire aujourd’hui
Que ce soit en face de toi –

(Emily Dickinson)

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L’énigme en lettres de feu (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Boyan Dimitrov
    

L’énigme en lettres de feu
S’écrit sur le mur orbe et sourd.
Un songe de pavots rouge et or
Se penche sur moi et m’oppresse.

La nuit je me cache dans les grottes,
Où j’oublie les austères miracles,
À l’aube — des chimères bleues
Miroitent sous la voûte éclatante.

Je fuis dans les instants passés,
J’ai peur et je ferme les yeux,
Au milieu du livre qui froidit —
Une tresse d’or de jeune fille.

Déjà le firmament se penche,
Un songe noir m’étreint la poitrine.
Ma fin est écrite, elle est proche,
Là-devant — la guerre et l’incendie.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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