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Posts Tagged ‘nid’

A FLEUR DE CHANCE (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2022


 


Paige Bradley (6)

A FLEUR DE CHANCE

tu n’es pas venue d’aussi loin qu’on le penserait
tu n’as fait que ralentir ta marche à ma hauteur
j’ai trouvé ta tête près de moi comme une lettre sur ma table
comme une lettre que je n’ai pas besoin de décacheter
pour savoir ce qu’elle contient
et que tout s’y décline en clins d’herbe
en chevauchées d’écume à la poursuite du plus haut diamant rétif dans son nid d’aigle
désormais l’imprévu et l’habituel se confondent pour nous dans un grand cri de distraction
une seule rue suffit à nous rendre semblables
la barricade de la vie c’est un sourcil qui se hausse
la petite chanson de l’écolier puni qui trompe l’ennui dans un coin sombre
l’inaperçu nous berce comme un domaine acquis d’une seule caresse de la main
nous nous dirigeons l’oreille légère au fil rompu des torrents,
sur les deux rives les éventails mettent une pudeur d’enlèvement
nous sautons d’une roche à l’autre
notre sourire est le cerceau qui nous précède à fleur de chance
notre rôle n’a jamais été aussi beau
nous cultivons la première morsure des superstitions de l’avenir.

(Georges Henein)

Illustration: Paige Bradley

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LÉGENDE (Marcel Béalu)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2022




Illustration
    
LÉGENDE

Deux amants sont devenus arbre
Pour avoir oublié le temps

Leurs pieds ont poussé dans la terre
Leurs bras sont devenus des branches

Toutes ces graines qui s’envolent
Ce sont leurs pensées emmêlées

La pluie ni le vent ni le gel
Ne pourront pas les séparer

Ils ne forment plus qu’un seul tronc
Dur et veiné comme du marbre

Et sur leurs bouches réunies
Le chèvrefeuille a fait son nid

(Marcel Béalu)

Recueil: 35 siècles de poésie amoureuse
Traduction:
Editions: Saint-Germain-des-Prés Le Cherche-Midi

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L’OBSTINATION DU PLAISIR (Vangelis Kassos)

Posted by arbrealettres sur 2 mai 2022




    
L’OBSTINATION DU PLAISIR

pareil à l’oiseau migrateur
qui à son retour
retrouve son nid détruit

pareil à l’aube
qui d’un chant
dégringole
pierre blanche dans le silence

le corps s’obstine

le corps revient à l’assaut
coup de feu dans l’oubli

(Vangelis Kassos)

 

Recueil: Cent poèmes
Traduction: Ioannis Dimitriadis
Editions: http://www.ainigma.net

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QUIA HORTULANUS ESSET (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 30 avril 2022



Illustration: Salvadore Dali    
    
QUIA HORTULANUS ESSET

Je suis l’ouvrier du silence,
L’au-delà des gestes humains,
L’obole qui contrebalance
L’or des Césars entre vos mains.

Je suis l’innocence de l’aube
Et l’oeuf fragile au fond du nid;
Les replis usés de ma robe
Ont la largeur de l’infini.

Je suis plus vendu qu’un esclave,
Et, plus qu’un pauvre, abandonné;
Je suis l’eau céleste qui lave
Le sang que pour vous j’ai donné.

Les lys et les agneaux, mes frères,
Sont comme moi sans défenseur;
Je revêts tous ceux qui pleurèrent
D’une cuirasse de douceur.

Peu m’importe que l’on me nie :
Je suis l’obscur et l’insulté
Semant sa sueur d’agonie
Aux sillons du futur été.

Je suis la neige qui prépare
La lente éclosion des fleurs;
Deux bras ouverts, vivante barre,
Diamètre de vos douleurs.

La rose à mes côtés relève
Son visage innocent et beau;
Le bois mort s’humecte de sève;
Et la Madeleine au tombeau,

Moite encor des larmes versées,
Reconnaît, dieu qui sanglota,
Le jardinier aux mains percées
Sous l’arbre noir du Golgotha.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

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Un jour l’empereur (Inconnu)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2022



    
Un jour l’empereur avait admiré, en se promenant,
un prunier aux fleurs roses
et il voulait le faire transporter dans son jardin;
il envoya un messager pour déraciner l’arbre.
La maîtresse de l’enclos où se trouvait le prunier répondit:


Puisqu’il le désire,
Celui que chacun bénit,
Cela doit suffire;
Mais au rossignol que dire
Lorsqu’il cherchera son nid?

(Inconnu)

Recueil: Poëmes de la libellule
Traduction: Judith Gautier
Editions: Beaux-Arts de Paris

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« J’élève une rose… » (José Saramago)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2022



Illustration: Chantal Dufour
    
« J’élève une rose… »

J’élève une rose, et tout s’illumine
Comme ne le fait la lune, ni ne le peut le soleil :
Serpent de lumière ardente et enroulée
Ou vent de cheveux qui secoue.

J’élève une rose, et je crie vers les oiseaux
Qui ponctuent le ciel de nids et de chants.
Je bats sur le sol l’ordre qui décide
L’union des démons et des saints.

J’élève une rose, un corps et un destin
Contre le froid de la nuit qui se hasarde,
Et de la sève de la nuit et de mon sang
Je construis de la pérennité dans la vie brève.

J’élève une rose, et je laisse, et j’abandonne
Tout ce qui est douloureux de blessures et de frayeurs.
J’élève une rose, oui, et j’écoute la vie
Dans le chant des oiseaux sur mes épaules.

***

«Ergo urna rosa…»

Ergo urna rosa, e tudo se ilumina
Corno a lua não faz nem o sol pode:
Cobra de luz ardente e enroscada
Ou viento de cabelos que sacode.

Ergo urna rosa, e grito a quantas aves
O céu pontuam de ninhos e de cantos,
Bato no chão a ordem que decide
A união dos demos e dos santos.

Ergo urna rosa, um corpo e um destino
Contra o frío da nuite que se atreve,
E da seiva da rosa e do meu sangue
Construo perenidade em vida breve.

Ergo urna rosa, e deixo, e abandono
Quanto me dói de mágoas e assombros.
Ergo urna rosa, sim, e ouço a vida
Neste cantar das aves nos meus ombros.

(José Saramago)

Recueil: Les poèmes possibles
Traduction: Nicole Siganos
Editions: Jacques Brémond

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Jean-Daniel (Charles-Ferdinand Ramuz)

Posted by arbrealettres sur 6 mars 2022



Illustration: Marfa Indoukaeva
    
Jean-Daniel

I

Ce jour-là, quand je t’ai vue,
j’étais comme quand on regarde le soleil;
j’avais un grand feu dans la tête,
je ne savais plus ce que je faisais,
j’allais tout de travers comme un qui a trop bu,
et mes mains tremblaient.

Je suis allé tout seul par le sentier des bois,
je croyais te voir marcher devant moi,
et je te parlais,
mais tu ne me répondais pas.

J’avais peur de te voir, j’avais peur de t’entendre,
j’avais peur du bruit de tes pieds dans l’herbe,
j’avais peur de ton rire dans les branches;
Et je me disais: «Tu es fou,
ah! si on te voyait, comme on se moquerait de toi! »
Ça ne servait à rien du tout.

Et, quand je suis rentré, c’était minuit passé,
mais je n’ai pas pu m’endormir.
Et le lendemain, en soignant mes bêtes,
je répétais ton nom, je disais: « Marianne… »
Les bêtes tournaient la tête pour entendre;
je me fâchais, je leur criais: « Ça vous regarde?
allons, tranquilles, eh! Comtesse, eh! la Rousse… »
et je les prenais par les cornes.

Ça a duré ainsi trois jours
et puis je n’ai plus eu la force.
Il a fallu que je la revoie.
Elle est venue, elle a passé,
elle n’a pas pris garde à moi.

II

Les amoureux, c’est pour les filles
comme un écureuil dans un arbre;
elles s’amusent à le voir grimper:
sitôt qu’il est loin, il est oublié.
Elles ne pensent qu’à des bagues,
à des chapeaux, à des colliers;
qu’est-ce que çа leur fait qu’on souffre?
sitôt qu’on est loin, on est oublié.

C’est des miroirs à alouettes,
ça brille à distance, mais, quand on est près,
ça n’est plus rien que des morceaux de verre.
Il faut être bien fou pour leur courir après.

Ces filles, c’est comme des poupées
faites avec des ficelles et du carton;
ça a des joues en porcelaine,
ça a le ventre plein de son.

Mais on a beau dire et beau faire,
on n’y peut rien:
quand on est pris, c’est qu’on l’est bien.

III

Je lui demandé pardon dans mes pensées
de l’avoir ainsi méprisée.
Je sais qu’elle est douce et qu’elle a bon coeur.

Je sais qu’elle ne me connaît pas
et qu’il serait bien étonnant
qu’elle eût fait attention à moi
puisqu’elle ne me connaît pas.

Seulement il est dur d’être seul quand on aime.
On est comme fou, on se met en colère,
on pleure, on rit, sans savoir pourquoi.
On n’est pas juste quelquefois,
tant on a mal au coeur qui aime.

Mon coeur a mal, et moi je suis
comme un oiseau qui s’est envolé
et qui ne peut plus se poser,
et qui se sent bien fatigué
loin de son nid.

IV

Elle vit avec sa mère qui est vieille.
Elle l’aide à tenir le ménage.
Elle lave la vaisselle,
elle fait le dîner et les savonnages,
elle travaille du matin au soir:
il n’y a pas beaucoup de filles
qui font comme elle leur devoir.

Quand elle coud, ses doigts vont vite
comme au jeu de pigeon vole,
sa tête se penche sous la lampe,
sous la lampe sa tête se penche,
elle est appliquée et vaillante.

Elle laisse passer les jours
sans regret du temps qui s’en va,
ayant bien employé ses heures.
Le temps s’en va, elle demeure;
et sa vie est comme un ruisseau
qui coule d’un cours bien régulier,
sous les frênes et les noisetiers,
avec les oiseaux qui viennent y boire
et l’ombre errante vers le soir
des arbres noirs sur le ciel rose.

Et les mois et les mois viendront:
quand sera-t-elle comme elle est,
bonne et gaie, à coudre et à faire la cuisine,
dans une maison qui serait à nous,
dans une maison qui serait notre maison?

V

Car, moi, je suis pauvre et sa mère est riche.
Elle a une ferme et des champs,
elle a de l’argent
tout plein son armoire.

Elle a des chevaux, des boeufs et des vaches,
deux domestiques toute l’année,
des ouvriers quand l’ouvrage est pressant;
sa grange est pleine, ses étames de même;
et elle veut un gendre qui soit riche comme elle.

Il faudrait sans doute qu’on vienne
et qu’on lui dise: «Donnez-moi
votre fille, j’ai du bien
autant que vous;
j’ai comme vous des prés, des vaches et des bois,
alors c’est à égalité, n’est-ce pas ? »
Mais qu’on aime sa fille, elle n’y pense même pas.

Elle aura pour gendre un coureur d’auberges,
une espèce de beau parleur
qui fait briller ses écus
pour qu’on sache qu’il a de quoi…
Et je n’ai que mon amour, moi.

Seulement aussi amenez-m’en un
qui travaille davantage,
qui boude moins à l’ouvrage,
qui se lève de plus grand matin.

Je dis que des bons bras, c’est de l’argent comptant;
et je porterais des montagnes,
si on me disait: C’est pour Marianne.

VI

Quand le jour est mort, une lampe brille.
C’est la lampe, la petite lampe
que tu as à ta fenêtre,
Marianne, par les temps noirs,
pour les pauvres gens qui sont sur les routes.

On n’a plus peur; on voit de loin la lampe, on dit:
« C’est la lampe de Marianne,
elle est à coudre dans sa chambre avec sa mère »;
et on va vers la lumière,
parce qu’on sait que la porte s’ouvrira.

C’est comme une étoile, celle
qui guidait les bergers dans la nuit de Noël
et ils ont été amenés par elle
dans l’étable chaude où était la crèche
entre le boeuf et l’âne.

Là où la lampe brille, là aussi il fait chaud.
Celui qui vient pousse la porte et dit bonsoir.
On ne voit pas ses yeux sous son grand chapeau.
Sa moustache est givrée, il se fait déjà tard,
et il tient à la main un gros bâton d’épine.

Moi, je suis comme un papillon de nuit
qui tourne autour de la lumière.
Je me glisse le long des murs comme un voleur
pour te voir par la fenêtre.

Je n’ose pas entrer; je n’ose pas heurter;
je regarde de loin
le linge que tu tiens.
Je reste ainsi longtemps sans bouger de mon coin,
les yeux tendus vers toi,
mais c’est mon coeur qui va pour moi.

Il va vers toi, il se tient bien tranquille;
il est dans l’ombre de tes rideaux
il est dans l’aiguille qui brille,
il est dans le fil que tu casses
de temps en temps entre tes dents.

A quoi songes-tu? Sais-tu que je suis là?
Quand je te vois rêver, je pense que c’est à moi;
je ris ensuite de ma sottise.
Mais j’attends quand même
et sans savoir quoi,
jusqu’à ce que ta lampe s’éteigne.

VII

Le dimanche matin, elle va à l’église.
Le clocher a l’air d’un peu se pencher
pour mieux voir les fleurs dans les prés
comme ferait une petite fille
qui cueille un bouquet en chantant;
et la cloche dans le clocher
sonne d’abord un long moment.

Les femmes passent deux par deux;
elles sont en noir par respect pour le bon Dieu,
elles ont leur psautier dans la main.

Les hommes attendent qu’elles soient entrées
devant le porche en causant du beau temps,
du prix du bétail, des travaux des champs;
et il y a tant d’oiseaux dans les haies
que les branches se balancent
comme quand il fait du vent.

Alors, elle aussi, elle vient, elle a des gants blancs,
une robe bleue, un chapeau de paille;
elle traverse la place,
elle entre, je ne la vois plus.

La cloche se tait, le sonneur descend,
ses gros souliers dans l’escalier
font un bruit comme quand on bat en grange;
les gens dans l’église attendent en silence;
le pasteur, avec sa robe noire,
son chapeau de soie et son rabat blanc,
approche d’un air grave dans l’ombre des arbres.
Et je me sens si seul que je voudrais pleurer…

Je serais sur le banc, assis à côté d’elle;
quand elle chanterait, j’écouterais sa voix
et elle pencherait la tête pour prier.

VIII

Comme tu es jolie sur le petit sentier,
où tu vas, portant ton panier
avec le pain et le café
pour les quatre-heures.
L’ombre des cerisiers glisse sur tes épaules,
il fait chaud, les gens se reposent,
assis dans l’herbe, tout en causant,
et, te voyant venir, ils disent:

« Voilà Marianne avec son panier. »
Ils sont contents, parce qu’ils ont faim,
ayant travaillé qu’ils n’en peuvent plus
et le foin qui sèche sent fort au soleil.

Ils te disent: «Vous avez fait
la paresseuse! »
Tu dis: « Mais non, il n’est pas quatre heures. »
Un des ouvriers regarde à sa montre,
il dit: « Que si! il est quatre heures et cinq! »
Et tout le monde
éclate de rire sans savoir pourquoi.

C’est peut-être que le café
est meilleur quand tu le verses.
Tu fais plaisir à regarder
avec ton gros jupon d’indienne;
tu fais plaisir avec cette façon que tu as
de sourire en tendant la miche
et d’avoir soin qu’on soit toujours servi.

IX

Elle est venue un soir pour la première fois.
Il faisait nuit, elle est venue sans bruit.
Je regardais partout, je ne voyais personne
et j’entendais mon coeur battre dans le silence.
Mais, quand je l’ai vue, j’ai eu presque peur
et j’aurais voulu me sauver.

Elle venait entre les saules,
elle allait lentement, est-ce qu’elle avait peur aussi ?
Ou bien est-ce que c’était de l’ombre ?

Je suis allé vers elle, je lui ai dit bonjour.
« Alors, comme ça, ça va bien? »
« Oui, merci. » Nous n’avons plus su que dire.
Il y avait un arbre, l’étang était tout près,
le vent a passé dans les roseaux
et j’ai senti sa main trembler.
« Écoute, est-ce qu’on fait un petit tour? »
« On nous verrait, non, j’aime mieux… »
« On pourrait s’asseoir. » « Ce n’est pas la peine. »
J’ai voulu parler, mais je n’ai pas pu
et elle était déjà partie.

X

Elle m’a dit: «J’ai bien senti
tout de suite
que tu serais mon bon ami
N’est-ce pas? la première fois
qu’on se voit,
on ne s’aime pas,
pour bien dire, encore,
mais çа vient tout tranquillement
avec le temps.
Parce que, tu sais, ma mère est bien bonne
et je l’aime bien aussi,
mais ce n’est pas tout dans la vie.
On peut travailler du matin au soir
et être bien sage, çа n’empêche pas
qu’on pense parfois à des choses.

On se dit: «Il y en a qui ont des enfants,
il y en a qui se sont fait
des trousseaux d’une beauté
qu’on ne peut pas s’imaginer,
et on rêve à se marier
quand même. »

Elle m’a dit: «Je t’aime tellement
qu’il me faudrait bien venir à cent ans
pour t’aimer jusqu’au bout
et que je ne sais pas si j’y arriverais. »
Elle m’a dit: «Et toi, est-ce que tu m’aimes autant? »
« Ah! lui ai-je dit, qu’est-ce que tu penses? »
Et je lui ai serré la main
tellement fort qu’elle a crié.

XI

J’ai été au soleil et je pensais à toi.
Tu es toujours avec moi,
comme avant, mais avec un sourire,
à présent que je sais que, moi aussi, je vais
à tes côtés dans ta pensée.

Des oiseaux tombaient des branches,
l’herbe était fleurie, les foins mûrissaient;
j’avais ma faux, j’ai fauché,
ma faux allait toute seule.

Je suis revenu chercher la charrette,
j’ai chargé mon herbe; la roue grinçait
comme quand tu chantes pour le plaisir
ou pour te tenir compagnie.

Et puis le soir venu, j’ai pensé : « Que fait-elle? »
Je m’étais assis sur un banc,
j’avais mis mes mains dans mes poches;
je fumais ma pipe, je te voyais venir;
et tu étais dans la fumée
comme un de ces anges avec des ailes bleues
qui sont dans les livres.

XII

Je ne sais pas pourquoi
d’autres fois je suis triste
et je n’ai de coeur à rien faire.
Il faudrait faucher, il faudrait semer,
mais je dis: «Tant pis!» qu’il pleuve ou qu’il grêle,
ça m’est bien égal.
C’est ainsi quelquefois sans raison,
à cause d’une manière qu’elle a eue de me parler,
à cause d’un air qu’elle a eu de me regarder,
à cause de son rire,
à cause de sa voix qui était changée et de ses yeux
qui se sont baissés devant les miens,
comme si elle me cachait quelque chose.

Et pourtant je suis heureux quand même.
Je l’accuse à tort parce que je l’aime.
C’est pour me faire mal, et puis je me repens.
J’ai honte de moi, je me dis: «Tout va bien»;
et le bonheur me revient
comme quand la lune sort
de derrière un gros nuage.

XIII

Si ta mère savait pourtant que nous nous aimons,
et que le soir je viens t’accompagner
jusque tout près de la maison,
si elle savait que nous nous fréquentons
et que, cette fois, c’est pour de bon,
que dirait-elle ?

Elle qui a un front ridé,
des mains noires toutes tremblantes,
elle qui ne se souvient plus
de sa jeunesse;
elle qui a oublié le temps où elle allait danser,
et qui ne sait plus ce que c’est
tout le bonheur qu’on a d’aimer,
ta mère, qu’est-ce qu’elle penserait?

Nous ne parlons pas de ces choses
pour ne pas gâter notre bonheur;
nous nous regardons seulement
pour nous redonner du courage.
Car nous ne faisons rien de mal,
n’est-ce pas? il est naturel
d’être amoureux comme nous sommes;
ils ont tous été comme nous.
Et je dis: «Vois-tu, il faudra s’aimer d’autant plus,
d’autant plus fort, d’autant plus doux;
alors peut-être que ta mère aura pitié,
et elle nous laissera nous aimer. »

XIV

Marianne a pleuré, il faisait du soleil,
la cuisine était rose.
Ses larmes coulaient sur ses joues.
Elle a pris son mouchoir, elle a pleuré dedans,
elle s’est assise, n’ayant plus de force.

«Est-ce que c’est vrai que tu l’aimes tant? »
Marianne n’a rien répondu.
«J’aurais voulu pour toi quelqu’un d’autre. »

Marianne a secoué la tête.
«J’ai la raison que tu n’as pas,
j’ai connu la vie, je suis vieille.
Il n’y a pas que l’amour,
l’amour est beau, mais l’amour passe,
tandis que l’argent, ça dure une vie
et qu’on en laisse à ses enfants.»

Marianne a pleuré si fort
qu’on l’entendait depuis dehors.

« Mais maintenant que je t’ai dit ce que je pensais,
je ne voudrais pas te faire de la peine.
Prends ton amoureux si tu l’aimes… »

Marianne a levé la tête
et elle a cessé de pleurer.
« Je crois que c’est un bon garçon,
il aura soin de la maison,
il ne boit pas, il est sérieux,
eh bien, puisque tu le veux,
mariez-vous et soyez heureux. »

Elle a embrassé sa mère sur le front,
elle l’a prise par le cou:
«Tu permettras que je te l’amène?…
Tu verras que j’avais raison. »

XV

Le jour de notre noce, j’y pense tout le temps,
il fera un soleil comme on n’a jamais vu;
il fera bon aller en char
à cause du vent frais qui vous souffle au visage,
quand la bonne jument va trottant sur la route
et qu’on claque du fouet pour qu’elle aille plus fort.
On lui donnera de l’avoine,
en veux-tu, en voilà;
on l’étrillera bien qu’elle ait l’air d’un cheval
comme ceux de la ville;
et trotte! et tu auras ton voile qui s’envole,

et tu souriras au travers
parce qu’il aura l’air
de faire signe aux arbres
comme quand on agite un mouchoir au départ.

On se regardera, on dira: « On s’en va,
on commence le grand voyage;
heureusement qu’il n’y a pas
des océans à traverser. »
Et quand nous serons arrivés,
la cloche sonnera, la porte s’ouvrira,
l’orgue se mettra à jouer;
tu diras oui, je dirai oui;
et nos voix trembleront un peu
et hésiteront à cause du monde
et parce qu’on n’aime à se dire ces choses
que tout doucement à l’oreille.

XVI

Notre maison est blanche, elle est sous les noyers,
ta mère tricote près de la fenêtre;
iI fait chaud, on va moissonner,
mais, comme les foins sont rentrés,
on a un moment pour se reposer.

Tu mets les verres sur la table pour le dîner.
Du rucher, je te vois passer dans la cuisine,
et ta chanson me vient parmi
le bourdonnement des abeilles.

Ta mère s’est levée, elle a mis son tricot
et ses aiguilles dans la corbeille;
elle a l’air heureux de vivre avec nous,
nous sommes heureux de vivre avec elle.

Ne sommes-nous pas heureux de nous aimer,
d’être ensemble, de travailler,
de voir mûrir les foins, les moissons se dorer,
et, plus tard, vers l’automne,
les arbres plus lourds du poids de leurs fruits
jusqu’à terre se pencher?

Tu vas dans la maison, faisant un petit bruit,
et, du matin au soir, c’est toi qui veilles à tout;
pendant que, moi, je vais faucher
et que les chars rentrent grinçants,
hauts et carrés,
comme des petites maisons roulantes.

VII

Un jour je te verrai venir un peu plus lasse
et lourde d’un fardeau que tu n’as pas connu,
tandis que s’épaissit ta taille,
marchant dans le jardin où les roses fleurissent
et je t’aimerai encore un peu plus.

Je songe que tu portes deux vies
et qu’il me faut donc t’aimer doublement
pour toi-même et puis pour celui
qui va naître de tes souffrances.

Je sens que j’ai grandi vers de nouveaux aspects
d’où le monde paraît avec des tristesses,
mais missi avec des joies accrues en nombre;

et, quand je sens ta main s’appuyer sur mon bras,
et l’ombre de ton front se poser sur ma joue,
il me semble avancer sûrement avec toi
vers la réalisation d’une promesse.

XVIII

L’enfant que nous aurons ne nous quittera pas.
Il grandira dans la campagne.
Il sera paysan comme nous.
Il portera la blouse comme son père a fait,
et, comme son père, il traira les vaches;
il fera les moissons, il fera les regains,
il fauchera les foins;
il étendra peu à peu son domaine;
et, lorsque nous serons trop vieux,
quand l’heure du repos sera pour nous venue,
il nous remplacera, maître de la maison.

Il aimera comme nous avons aimé;
les jeux de nos petits-enfants
entoureront notre vieillesse.

Ce sera une après-midi de beau temps;
je serai assis au soleil,
j’aurai joint les mains sur ma canne,
il fera clair sur la campagne;
et toi, utile encore avec tes vieilles mains,
tu iras et viendras, tout près, dans le jardin,
nous acheminant ainsi ensemble
vers l’autre repos, qui est sans fin.

Nos derniers jours seront paisibles,
nous aurons fait ce que nous devions faire;
il y a une tranquillité qui vient,
une grande paix descend sur la terre.

Nous nous parlerons du passé:
te souviens-tu du jour où tu avais pleuré,
te souviens-tu du jour de nos noces?
on avait sonné les deux cloches
qu’on voyait bouger en haut du clocher.

Te souviens-tu du temps des cerises
et on se faisait avec des boucles d’oreilles,
et du vieux prunier qu’on secouait
pour en faire tomber les prunes?

Le cadet des garçons arrive alors et dit:
«Grand’mère, la poule chante,
elle a fait l’oeuf. »
«Va voir dans la paille, mon ami.»
Et nous sourions de le voir qui court
tant qu’il peut, à travers la cour,
sur ses grosses jambes trop courtes.

(Charles-Ferdinand Ramuz)

Recueil: Le Petit Village
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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UNE SCÈNE DE NUIT (Huguette Bertrand)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2021




    
Poem in French, English, Spanish, Dutch and in Arabic, Armenian, Bangla, Catalan, Chinese, Farsi, German, Greek, Hebrew, Hindi, Icelandic, Indonesian, Irish (Gaelic), Italian, Japanese, Kiswahili, Kurdish, Macedonian, Malay, Polish, Portuguese, Romanian, Russian, Serbian, Sicilian, Tamil

Poem of the Week Ithaca 703 “A NIGHT SCENE”,
Huguette Bertrand, Canada

– All translations are made in collaboration with Germain Droogenbroodt –

***

UNE SCÈNE DE NUIT

Une scène de nuit
est une œuvre grandiose
qui se déploie en silence
à la tombée du jour

elle fait son nid
dans les regards étoilés
au passage d’un clair de lune
embrase les cœurs étonnés

dans un silence partagé
bouscule les rêves
et toutes les tragédies.

(Huguette Bertrand), Canada

***
A NIGHT SCENE

A night scene
is a grand work
displayed in silence
as dusk sets

it makes its nest
in the starry eyes
when the moonlight passes
embracing the astonished hearts

in a shared silence,
it jostles all the dreams
and all the tragedies.

HUGUETTE BERTRAND, Canada

***

UNA ESCENA NOCTURNA

Una escena nocturna
es una obra grandiosa
se extiende en silencio
al atardecer

hace su nido
en los ojos estrellados
al paso de la luz de la luna
abrasa los corazones asombrados

en un silencio compartido
empuja los sueños
y todas las tragedias.

HUGUETTE BERTRAND, Canada
Traducción Germain Droogenbroodt – Rafael Carcelén

***

EEN NACHTSCÈNE

Een nachtscène
is een grandioos werk
ze ontplooit zich in stilte
als de avond valt

ze maakt haar nest
in met sterren bezaaide blikken
bij het voorbijtrekken van een maanlicht
omhelst ze de verbaasde harten
in een gedeelde stilte
verdringen zich de dromen
en al de drama’s.
HUGUETTE BERTRAND, Canada
Vertaling Germain Droogenbroodt

***

مَشْهَدٌ لَيْلِي

هُوَ
عَمَلٌ ضَخْمٌ
يَتِمُّ عَرْضُهُ فِي صَمْتٍ عٍندَ غُرُوبِ الشَّمْسِ.
يَصْنَعُ عُشَّهُ فِي العُيُونِ المُرَصَّعَةِ بِالنُّجُومِ عِنْدَمَا يَمُرُّ ضَوءُ القَمَرْ
لِيَحْتَضِنَ القُلُوبَ المَشْدُوهَة.

فِي صَمْتٍ مُشْتَرَكٍ ، يُزَعْزِعُ الأَحْلَامَ وَكًلَ المَآسِي.
هوجيت بيرتراند » Huguette Bertrand  » ، كندا
ترجمة للعربية: عبد القادر كشيدة

Translated into Arab by Mesaoud Abdelkader

***

ԳԻՇԵՐԱՅԻՆ ՏԵՍԱՐԱՆ

Մեծ արար է
գիշերային տեսարանը
լռության մեջ,
երբ մթնշաղն է ընկնում:

Այն տեղավորվում է
աստղալի աչքերում,
երբ սահում է լուսնի լույսը՝
փարվելով զարմացած սրտերին:

Համընդհանուր լռության մեջ
այն խափանում է երազանքներն
ու բոլոր ողբերգություննրը:

Հյուջիեթ Բերթրան, Կանադա
Translated into Armenian by Armenuhi Sisyan
Հայերեն թարգմանեց Արմենուհի Սիսյանը

***

একটি রাত্রির দৃশ্য

একটি রাত্রির দৃশ্য
একটি মহীয়ান কাজ
প্রকাশিত হয় নীরবতায়
যখন নেমে আসে গোধূলি ।

এটি তৈরি করে তার নীড়
আকাশ ভরা তারার চোখে
যখন চাঁদের কিরণ চলে যায়
আশ্চর্যান্বিত হৃদয়কে আলিঙ্গন করে ।

একটি অংশের নীরবতায়,
এটি ঝাঁকুনি দেয় স্বপ্নমালা গুলিকে
আর সকল বিয়োগান্তক ঘটনা গুলিকে ।

হুগুয়েট বার্ট্র্যান্ড, কানাডা
Bangla Translation: Tabassum Tahmina Shagufta Hussein

***

UNA ESCENA NOCTURNA

Una escena nocturna
és una obra grandiosa
s’estén en silenci
al capvespre

fa el seu niu
als ulls estrellats
al pas de la llum de la lluna
abrasa els cors sorpresos

en un silenci compartit
empeny els somnis
i totes les tragèdies.

HUGUETTE BERTRAND, Canadà
Traducció al català: Natalia Fernández Díaz-Cabal

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夜 景
一个夜景
是一部壮丽的作品
静默中展示于
暮色降临时。

它筑巢于
星光般的眼睛里
当月光流逝时
怀揽着惊讶的心灵。

在共享的静默中,
它碰撞梦想
和所有的不幸。

原 作:加拿大 忽格特·伯特兰德
汉 译:中 国 周道模 2021-10-26
Translated into Chinese by Willam Zhou

***

منظره‌ی شب

منظره‌‌ی شب
کاری باشکوه‌ست
در سکوت غروب
نمایش داده می‌شود.

در چشمان پرستاره
لانه می‌کند
وقتی مهتاب می‌تابد
قلب‌های حیران را در آغوش می‌گیرد.

در سکوتی مشترک
رویاها را می‌تکاند
و همه‌ی غم‌ها را.

اوگت برتراند، کانادا
ترجمه: سپیده زمانی
Translated into Farsi by Sepedih Zamani

***

EINE NACHTSZENE

Eine Nachtszene
ist ein großartiges Werk,
sie entfaltet sich in der Stille
der Abenddämmerung

sie baut ihr Nest
im Angesicht der Sterne
beim Vorbeiwandern des Mondlichts
umarmt sie die staunenden Herzen

in einer gemeinsamen Stille
schüttelt sie ab die Träume
und alle Tragödien.

HUGUETTE BERTRAND, Kanada
Übersetzung Germain Droogenbroodt – Wolfgang Klinck

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ΝΥΧΤΕΡΙΝΗ ΣΚΗΝΗ

Η νυχτερινή σκηνή
έργο τέχνης και σιωπής
καθώς έρχεται η εσπέρα
και φτιάχνει τη φωλιά της

στ’ αστέρια μάτια
καθώς περνά το φεγγάρι
κι αγκαλιάζει κατάπληκτες καρδιές
Στη σιγαλιά που μοιράζεται

ξεσηκώνει τα όνειρα
κι όλες τις τραγωδίες

Μετάφραση Μανώλη Αλυγιζάκη
Translated into Greek by Manolis Aligizakis

***

סצנת לילה / הוגואט ברטרנד
HUGUETTE BERTRAND, Canada

סְצֵנַת לַיְלָה
הִיא יְצִירָה גְּרַנְדְּיוֹזִית
מֻצֶּגֶת בִּדְמָמָה
בְּעֵת דִּמְדּוּמִים.

הִיא יוֹצֶרֶת אֶת קִנָהּ
בְּעֵינַיִם זְרוּעוֹת כּוֹכָבִים
כְּשֶׁאוֹר הַיָּרֵחַ חוֹלֵף
חוֹבֵק אֶת הַלְּבָבוֹת הַנִּדְהָמִים.

בִּדְמָמָה מְשֻׁתֶּפֶת,
הוֹדֶפֶת אֶת הַחֲלוֹמוֹת
וְאֶת כָּל הַטְּרָגֶדְיוֹת.

תרגום מאנגלית לעברית: דורית ויסמן
Translated into Hebrew by Dorit Weisman

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एक रात का दृश्य

एक रात का दृश्य
एक महान कार्य है
मौन में प्रदर्शित
शाम ढलते ही।

यह अपना घोंसला बनाता है
तारों वाली आँखों में
जब चाँदनी गुज़र जाती है
तो हैरान दिलों को गले लगा लेती है।

एक साझा चुप्पी में,
यह सपनों को धक्का देता है
और सभी त्रासदियों को ।

ह्यूगेट बर्ट्रेंड, कनाडा
Hindi translation by Jyotirmaya Thakur.

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SJÓNARSPIL NÆTURINNAR

Sjónarspil næturinnar
er tilkomumikið
og rís í þögn
er degi hallar.

Það gerir sér hreiður
fyrir augum stjarna
meðan máninn líður
og kveikir í undrandi hjörtum

þegar allt þegir
ryðjast fram draumar
og allir harmleikirnir.

HUGUETTE BERTRAND, Kanada
Þór Stefánsson þýddi
Translated into Icelandic by Thor Stefansson

***

PANORAMA MALAM

Panorama malam
adalah pekerjaan agam
ditampilkan dalam diam
Ketika senja terbenam.

membuat sarang
di mata berbintang
saat cahaya bulan berselang
merangkul hati yang tercengang.

Dalam keheningan yang dibagi,
mengacak-acak mimpi
dan segala macam tragedi.

HUGUETTE BERTRAND, Canada
Translated into Indonesian by Lily Siti Multatuliana

***

RADHARC OÍCHE

Radharc oíche
magnum opus
sa chiúnas
sa chlapsholas.

Déanann sé nead
sna réaltaí
faoi sholas na gealaí
le hiontas ina chroí.

I gciúnas na hoíche
bualann le brionglóidí
baineann tuairt as tubaistí.

HUGUETTE BERTRAND, Ceanada
Aistrithe go Gaeilge ag Rua Breathnach
Translated into Irish (Gaelic) by Rua Breathnach

***

SCENA DI NOTTE

Una scena notturna
è un’opera grandiosa
si svolge in silenzio
al finire del giorno

fa il suo nido
negli occhi stellati
al passaggio del chiaro di luna
infiamma i cuori attoniti

in un silenzio condiviso
scuote tutti i sogni
e tutti i drammi

HUGUETTE BERTRAND, Canada
Traduzione di Lidia Chiarelli

***

夜の情景

日が暮れるとき
沈黙の中で映し出される
夜の情景は壮大だ

それは
月が通り過ぎ、
驚愕する心を抱きしめる時
星々の灯りに安息を与える

それは静けさを分かち合うなかで
すべての夢と悲劇を
押しのける

ユゲット・バートランド(カナダ)
Translated into Japanese by Manabu Kitawaki

***

ENEO LA USIKU

Eneo la usiku
ni kazi kuu
inayo onyeshwa kukiweko kimya
nyakati za jioni.

Iinatengeneza kiota chake
katika macho muundo wa nyota
wakati mwangaza wa mwezi unapopita na kukumbatana na moyo ulioshangaa.

Kwa kimya kilicho shirikishwa,
ndoto zinageuzwa
pamoja na mikasa yote.

Shairi limetafsiriwa na Bob Mwangi Kihara
Translated into Kiswahili by Bob Mwangi Kihara

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DÎMENEKÎ ŞEVÎNÎ

Dîmenekî şevînî
şakarekî nayab
xwe di hêminya
hingûrê de belavdike

ew hêlîna xwe
di çehvên ronahiya stêran de
dema derbaziya tirîfeya hêvê dijenîne
û dilên matmayî hemêzdike

di hêminiyeke hevbeş de
ew xewnan dihejîne
û hemî perjenan.

HUGUETTE BERTRAND, Keneda
Translation into Kurdish by Hussein Habasch

***

НОЌНА СЦЕНА

Ноќната сцена
е грандиозна работа
преоктирана во тишина
штом мракот ќе дојде.

Си гради гнездо
во ѕвездените очи
кога месечевата светлина ќе помине
гушкајќи ги вчудоневидените срца.

Во споделената тишина,
ги растура соништата
и сите трагедии.

HUGUETTE BERTRAND, Canada/ ИГЕТ БЕРТРАНД, Канада
Превод од англиски на македонски: Даниела Андоновска-Трајковска
Translation from English into Macedonian: Daniela Andonovska Trajkovska

***

SUASANA MALAM

Suasana malam
hebat ciptaannya dipaparkan dalam sunyi
apabila senja menjelma.

Dibinanya sarangnya
dalam pandangan berbintang
apabila cahaya purnama berlalu
mendakapi hati-hati yang kagum.

Dalam kesunyian bersama,
ia mengasaki mimpi
dan segala tragedi.

HUGUETTE BERTRAND, Canada
Malayan translation by Dr. Irwan Abu Bakar

***

SCENA NOCY

Scena nocy
to wspaniały twór.
Rozwija się w ciszy
kiedy zapada zmrok.

Swoje gniazdo wije
w rozgwieżdżonych spojrzeniach
gdy blask wędrującego księżyca
rozpala zdumione serca.

Rozdając ciszę
przywołuje marzenia
i wszelkie tragedie.

HUGUETTE BERTRAND, Kanada
Translated to Polish: Mirosław Grudzień – Anna Maria Stępień

***

UMA CENA NOCTURNA

Uma cena nocturna
é uma obra grandiosa
desdobra-se em silêncio
ao cair da noite

faz o seu seu ninho
nos olhos estrelados
numa passagem do luar
incendeia os corações atónitos
num silêncio partilhado
projectam-se os sonhos
e todas as tragédias.

HUGUETTE BERTRAND, Canadá
Tradução portuguesa: Maria do Sameiro Barroso

***

O SCENĂ NOCTURNĂ

O scenă nocturnă
e o operă grandioasă,
clădită în tăcere
la ceas de asfințit

își face cuib
în ochii înstelați
sub clar de lună trecătoare
fierbând inimi mirate

în liniștea împărtășită
se învolburează vise
și atâtea tragedii.

HUGUETTE BERTRAND, Canada
Traducere: Gabriela Căluțiu Sonnenberg
Translated into Romanian by Gabriela Căluțiu Sonnenberg

***

НОЧНАЯ ПЬЕСА

Ночная пьеса –
великий спектакль
он начинается
в вечернем молчании

он начинается
в звездных бликах глаз
в пролете лунного света
в объятиях удивленных сердец

в общей тишине
теснятся мечты
и драмы.

ЮГЕТТ БЕРТРАН, Канада
Translated into Russian by Daria Mishueva

***

NOĆNI PRIZOR

Noćni prizor
je veličanstveno delo
izloženo u tišini
u smiraju dana.

Pravi gnezdo
u zvezdanim očima
kada mesečev sjaj prođe
grleći zadivljena srca.

U zajedničkoj tišini,
upravlja snovima
i svim tragedijama.

HUGUETTE BERTRAND, Canada
Sa engleskog prevela S. Piksiades
Translated into Serbian by S. Piksiades

***

NA SCENA NOTTURNA

Na scena notturna
È un capulavoru
Ammustratu n silenziu
Quannu scinni a sira.

Si fa lu nidu
Nta l’occhi stiddati
Quannu la luna passa
Abbrazzannusi li cori miravigghiati.

Nta nu silenziu condivisu
Strantuna li sogni
E tutti li traggedii.

HUGUETTE BERTRAND, Canada
Traduzioni in sicilianu di Gaetano Cipolla

***

_ஓர் இரவுக் காட்சி
ஓர் இரவுக் காட்சி
அருமையான சிறப்பான ஆக்கம்
கதிரவன் மறையும் நேரத்தில்
அமைதியில் காணப்படும்

வியந்த உள்ளங்களைத்
தழுவிச்செல்லும்
நிலவொளி கடந்துசென்று
விண்மீன்களின் கண்களில்
அதன் கூட்டைக் கட்டுகிறது

பகிர்ந்த அமைதியில்
அனைத்துக் கனவுகளையும்
அனைத்து அவல நிகழ்ச்சிகளையும்

ஆடச்செய்து!
ஆக்கம்
ஹ்யுகட் பெர்ட்ரண்ட்- கானடா.

Translated into Tamil by DR. N V Subbaraman

 

Recueil: ITHACA 703
Editions: POINT
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Les perles de rose (Gilbert Saint-Pré)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2021




Les perles de rose

Si tu veux inventer un collier,
Tiens, voici comment procéder.
De bon matin, te réveiller,
Dans les rosiers, te promener.

Tu verras des perles de rosée,
Sur les roses elles sont accrochées.
Une bonne poignée tu cueilleras,
Dans une boîte tu les rangeras.

Un cheveu d’or pour les assembler,
Un tout petit noeud pas trop serré,
Ainsi tu auras un joli collier,
Aussi souple que celui d’une fée.

(Gilbert Saint-Pré)

Illustration

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Le pêcheur au soleil (Lise Deharme)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2021




Le pêcheur au soleil

La ligne d’or
danse sur l’eau
de chaque rayon
sort un oiseau.

Pêcheur qui dort
abasourdi
croit que le lac
est plein de nids.

(Lise Deharme)

Illustration

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