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JE VEUX QUE VOUS DISIEZ AUX CHOSES … (Emile Ripert)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2020




JE VEUX QUE VOUS DISIEZ AUX CHOSES …

Je veux que vous disiez aux choses
Que c’est moi qui fait votre émoi ;
Je veux que vous disiez aux roses
Que vous les aimez moins que moi ;

Je veux que vous disiez aux branches
Que mes pas sont plus émouvants
Que le bruit des feuilles qui penchent
Leur frais vertige dans le vent ;

Et que vous disiez aux corolles
Que tous leurs plus vibrants parfums
Sont moins grisants que les paroles
Dont je frôle vos cheveux bruns

Et que vous disiez à l’aurore
Qui s’étire parmi l’Azur
Qu’en mes yeux le jour est encore
Plus profond, plus tendre et plus pur

Je veux que vous disiez aux femmes :
« Votre doux coeur ne m’est de rien ;
Le seul soin que je vous réclame
C’est de ne pas toucher au sien » ;

Que vous disiez à tous les hommes :
« Je me moque de vos désirs ;
Nous ne sommes rien, mais nous sommes
Ceux qui s’aiment pour le plaisir» ;

Et je veux que vous disiez même
Au Seigneur vous ouvrant le ciel :
« Y mettrez-vous celui que j’aime ?
Car c’est là qu’est l’essentiel… »

(Emile Ripert)


Illustration: Marc Chagall

 

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Conte d’amour X (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020



Conte d’amour X

Ce jour-là, les flots bleus susurreront plus bleus
Le long des côtes blanches,
Et du soleil frileux, les rayons plus frileux
Se joueront dans les branches.

Malgré le rude hiver, les fleurs de l’églantier
Souriront grand’ouvertes,
Et l’on verra changer les cailloux du sentier
En émeraudes vertes.

Les loups pour les agneaux auront des soins exquis,
Et sous l’oeil bon des aigles,
Les grands vautours feront la cour, en fins marquis,
Aux colombes espiègles.

Les dames, aux propos galants des séducteurs,
Ne seront pas rebelles,
Et les Almavivas, malgré les vieux tuteurs,
Enlèveront leurs belles.

Car ce jour-là, jour saint, vaillamment attendu,
Dans tes chastes prunelles,
Mes yeux retrouveront le paradis perdu
Des amours éternelles.

Car ce jour-là, les coeurs par le bonheur brisés,
Mes lèvres dans les tiennes,
Nous nous rappellerons en de nouveaux baisers
Nos caresses anciennes.

(Jean Moréas)

Illustration

 

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BESTIAIRE DES AMANTS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2020



Illustration: Pierre Paul Rubens
    
BESTIAIRE DES AMANTS

Amants endormez-vous
après de tendres soins
serrez-vous aimez-vous
vos rêves iront loin
Bien au-delà du jour
au profond du sommeil
du bon-chaud de l’amour
renaîtra le soleil
Un écureuil viendra
Entre vos deux orteils
un lézard glissera
Tous vos amis de nuit
la loutre et le renard
le chat et la fourmi
accourront sans retard
à pas feutrés de rêve
jusqu’au chant de l’alouette
et se mélangeront
sans mordre ni crier
au jaune hérisson
à la fauvette huppée
Les hôtes amicaux
viendront à pas feutrés
jusqu’au cocorico
d’un grand coq très distrait
qui chassera enfin
cette ménagerie
que la soif ni la faim
n’auront jamais surpris
Sur la main de l’enfant aimée
un rossignol vient et se pose
(La gazelle viendrait aussi
mais elle a peur et elle n’ose)

La truite et le chien de mer
s’en vont naviguant de conserve
Le toucan l’étoile de mer
restent tous deux sur la réserve
Devant le bélier qui insiste
pour que le chat touche à ses cornes
ne sachant trop si elle existe
longuement pleure la licorne
La taupe et le corbeau
s’en vont à petits pas
Le renard les chevaux
marchent tout près du rat
et la chauve-souris
veille sur la dormeuse
tandis qu’une perdrix
lui chante une berceuse
La girafe et le chien
le lion le pangolin
le zèbre et la vigogne
flairent les endormis
les lèchent doucement
et parlent en amis
aux fidèles amants
qui s’éveillent enfin
lorsque le réveil sonne
et leur rend leur matin
de vraies grandes personnes.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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MES PENSEES (Taras Chevtchenko)

Posted by arbrealettres sur 28 janvier 2020



Illustration: Taras Chevtchenko
    
MES PENSEES

Mes pensées, mes pensées
Combien vous me torturez !
Pourquoi vous alignez-vous sur ma page
En lignes si tristes ? …
Pourquoi le vent ne vous a-t-il pas éparpillées
Dans la steppe, comme de la vulgaire poussière ?
Pourquoi ne vous êtes vous pas assoupies
Comme l’enfant dans son berceau ? …

*

Le malheur, moqueur, les a fait naître,
En les arrosant de larmes… Pourquoi ne vous ont-elles pas inondées,
Emportées vers la mer, enfouies dans la steppe ?
Personne ne me demanderait ce qui me blesse
Ni pourquoi je maudis mon sort,
Ni pourquoi j’erre dans le monde ? « Je m’en moque »,
Ils n’en parleraient plus ainsi en se moquant …

*

Mes fleurs, mes enfants !
Pourquoi vous avoir aimées, pourquoi vous avoir élevées ?
Y a-t-il un cœur dans le monde entier
Pour vous pleurer ainsi ? .. Peut-être ai-je deviné …
Peut-être y a-t-il une fille,
Cœur tendre, yeux bruns,
Qui pleure sur ces pensées,
Moi, je ne veux plus !
Une larme des yeux noirs de cette demoiselle,
Et le seigneur des seigneurs, je deviendrais !
Mes pensées, mes pensées
Combien vous me torturez !

*

Pour les beaux yeux malicieux
Sous de noirs sourcils
Mon cœur s’est emporté, léger,
Il a chanté la langue,
Il a chanté, habilement,
L’obscurité de la nuit,
Les verts cerisiers sombres du verger,
Les douces caresses de la jeune fille…
Les steppes et les monticules funéraires,
Par l’Ukraine,
Mon cœur ne voulait plus
Chanter dans un autre pays…
(…)

*

Mes pensées, mes pensées
Mes fleurs, mes enfants!
Je vous ai éduquées en prenant soin de vous,
Et maintenant ?
Partez en Ukraine, mes enfants !
Dans notre Ukraine,
Comme des orphelins, à travers les chemins de traverse,
Et moi, moi je vais mourir ici.
Vous trouverez là-bas un cœur sincère
Et de tendres mots
Là, vous trouverez la pure vérité,
Et aussi, peut-être, la gloire …

*

Accepte, ma tendre
Ma chère Ukraine,
Mes innocents enfants
Comme si c’était les tiens.

1839 – Saint-Pétersbourg

***
Думи мої, думи мої

Думи мої, думи мої,
Лихо мені з вами!
Нащо стали на папері
Сумними рядами?..
Чом вас вітер не розвіяв
В степу, як пилину?
Чом вас лихо не приспало,
Як свою дитину?..

*

Бо вас лихо на світ на сміх породило,
Поливали сльози… чом не затопили,
Не винесли в море, не розмили в полі?…
Не питали б люде, що в мене болить,
Не питали б, за що проклинаю долю,
Чого нуджу світом? «Нічого робить»,—
Не сказали б на сміх…

*

Квіти мої, діти!
Нащо ж вас кохав я, нащо доглядав?
Чи заплаче серце одно на всім світі,
Як я з вами плакав?.. Може, і вгадав…
Може, найдеться дівоче
Серце, карі очі,
Що заплачуть на сі думи,—
Я більше не хочу.
Одну сльозу з очей карих —
І пан над панами!
Думи мої, думи мої,
Лихо мені з вами!

*

За карії оченята,
За чорнії брови
Серце рвалося, сміялось,
Виливало мову,
Виливало, як уміло,
За темнії ночі,
За вишневий сад зелений,
За ласки дівочі…
За степи та за могили,
Що на Україні,
Серце мліло, не хотіло
Співать на чужині…
(…)

*

Думи мої, думи мої,
Квіти мої, діти!
Виростав вас, доглядав вас,—
Де ж мені вас діти?
В Україну ідіть, діти!
В нашу Україну,
Попідтинню, сиротами,
А я — тут загину.
Там найдете щире серце
І слово ласкаве,
Там найдете щиру правду,
А ще, може, й славу…

*

Привітай же, моя ненько,
Моя Україно,
Моїх діток нерозумних,
Як свою дитину.

1839, С.-Петербург

***

MEUS PENSAMENTOS

Meus pensamentos, meus pensamentos
Quanto você me tortura!
Por que você se alinha na minha página
Em linhas tão tristes? …
Por que o vento não te dispersou
Na estepe como poeira comum?
Por que você não adormeceu
Como a criança em seu berço? …

*

A desgraça, rindo, deu à luz a eles,
Tomando-as de lágrimas … Por que elas não te inundaram,
Por que eles não te levaram para o mar ou foram enterrados nas estepes?
Ninguém me perguntaria o que me machuca
Nem por que eu amaldiçoo meu destino
Nem por que estou vagando no mundo? « Eu não me importo »,
Eles não falavam dessa maneira tirando sarro …

*

Minhas flores, meus filhos!
Por que você ama, por que você se levantou?
Existe um coração no mundo inteiro?
Chorar tanto assim? .. Talvez eu tenha adivinhado …
Talvez haja uma garota
Coração mole, olhos castanhos,
Quem chora sobre esses pensamentos?
Eu não quero mais!
Uma lágrima dos olhos negros desta jovem
E o senhor dos senhores eu me tornaria!
Meus pensamentos, meus pensamentos
Quanto você me tortura!

*

Para belos olhos travessos
Sob sobrancelhas negras
Meu coração se empolgou, luz,
Ele cantou a língua,
Ele cantou, habilmente,
A escuridão da noite,
As cerejeiras verde-escuras do pomar,
As carícias gentis da garota …
As estepes e os montes funerários,
Pela Ucrânia,
Meu coração não queria mais
Cante em outro país…
(…)

*

Meus pensamentos, meus pensamentos
Minhas flores, meus filhos!
Educando-se e cuidando de si mesmo,
E agora?
Vá para a Ucrânia, meus filhos!
Na nossa Ucrânia,
Como órfãos,
E eu vou morrer aqui.
Você vai encontrar lá um coração sincero
E palavras carinhosas
Lá você encontrará a pura verdade,
E também, talvez, glória …

*

Aceite ,meu doce
Minha querida Ucrânia,
Minhas crianças inocentes
Como se fosse seu.

1839 – São Petersburgo

(Taras Chevtchenko)

 

Site : http://artgitato.com/
Traduction: Français Jacky Lavauzelle / Ukrainien / Portugais Jacky Lavauzelle
Editions:

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Sur les genoux de Terre (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2019



Illustration 
    
Sur les genoux de Terre
Boire le lait tranquille
Et laisser aux feuilles dans le vent
Leur ingénuité — sans soins de
La pensée — Laisser inculte
La chose.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

 

David Hockney  url

Quand le livre où s’endort chaque soir ma pensée,
Quand l’air de la maison, les soucis du foyer,
Quand le bourdonnement de la ville insensée
Où toujours on entend quelque chose crier,

Quand tous ces mille soins de misère ou de fête
Qui remplissent nos jours, cercle aride et borné,
Ont tenu trop longtemps, comme un joug sur ma tête,
Le regard de mon âme à la terre tourné ;

Elle s’échappe enfin, va, marche, et dans la plaine
Prend le même sentier qu’elle prendra demain,
Qui l’égare au hasard et toujours la ramène,
Comme un coursier prudent qui connaît le chemin.

Elle court aux forêts où dans l’ombre indécise
Flottent tant de rayons, de murmures, de voix,
Trouve la rêverie au premier arbre assise,
Et toutes deux s’en vont ensemble dans les bois !

(Victor Hugo)

Illustration: David Hockney

 

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Une étendue de sable (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019




Illustration: ArbreaPhotos
    
Une étendue de sable
La mer au loin. Du vent.

L’image se brouille

Tu te penches pour ramasser
un galet, puis deux

Tu récoltes avec soin
ces vieux témoins du monde

Comme s’ils pouvaient se fendre
et comme si ta chaleur
assurait leur survie

Tu me dis:
«C’est important, les galets»

Tu es belle.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Prends soin de ce corps (Shan Sa)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2019



Illustration: Chloe Yzoard
    
Prends soin de ce corps
Trois mille âmes l’ont habité
Il te conduit
Vaisseau large
De la rivière à la mer
De la mort à la renaissance

(Shan Sa)

 

Recueil: Le vent vif & le glaive rapide
Traduction:
Editions: William Blake & CO. Edit.

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Aux petits soins (Guillaume Siaudeau)

Posted by arbrealettres sur 5 février 2019




    
Aux petits soins

Au fond
de l’appartement
le temps s’étire
une mouche
lui masse
le dos

(Guillaume Siaudeau)

 

Recueil: Inauguration de l’ennui
Traduction:
Editions: Alma

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POUR MON ENFANT FRAIS (Denise Jallais)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



POUR MON ENFANT FRAIS

Comme une petite pêche mûre
Tu vas tomber dans ma vie
Et je te cueillerai avec soin
Pour garder longtemps
Ton odeur de fruit
Et ta peau d’aurore
Tu dormiras
Tes cils sur ta joue
Comme de l’herbe marine
Et je te regarderai
Etonnée d’être à la fois
L’arbre
Et la terre (…)

Noël est plein de sapins
Les repas de famille
Sentent le gigot et l’ennui
Toi
Tu n’y comprends rien
Tu voudrais manger les bougies
Alors
Je te donne Bambi la biche
Et pour mieux t’endormir
Tu lui mords l’oreille

(Denise Jallais)

Illustration: Julia Pappas

 

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