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Posts Tagged ‘fragile’

LES VIOLIERS (Charles Le Goffic)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2019



 

violier-

LES VIOLIERS

Ne retire pas ta douce main frêle;
Laisse sur mes doigts tes doigts familiers :
On entend là-bas une tourterelle
Gémir sourdement dans les violiers.

Si près de la mer que l’embrun les couvre
Et fane à demi leurs yeux violets,
Les fragiles fleurs consolaient à Douvre
Un royal enfant captif des Anglais.

Et, plus tard encor, je sais un jeune homme,
Venu fier et triste au val d’Arguenon,
Dont le coeur se prit à leur tiède arome
Et qui soupirait en disant leur nom.

Ainsi qu’à Guérin et qu’au prince Charle,
Dame qui te plais sous ce ciel brumeux,
Leur calice amer sourit et te parle
Et de son odeur t’enivre comme eux.

C’est qu’un soir d’été, sur ces mêmes grèves,
Des touffes d’argent du mol arbrisseau
Se leva pour toi le plus doux des rêves
Et que notre amour les eut pour berceau.

Et peut-être bien que les tourterelles
Ont eu le secret des fragiles fleurs :
Un peu de ton âme est resté sur elles,
Et dans leur calice un peu de tes pleurs.

(Charles Le Goffic)

Illustration

 

http://wies61.zoom.nl/

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IMITATION DES FLEURS (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 2 septembre 2019



 

IMITATION DES FLEURS

Puisque l’on vous dit
que les fleurs parlent
n’écoutez plus les gigolos
Imitez donc les abeilles
les papillons les coccinelles

Les lilas sont infidèles
bien plus que les artichauts
les chardons et les résédas
Imitez donc la glycine tendre
comme la poitrine d’un oiseau

Votre emblème n’est-il pas la pensée
coeur clairvoyant fleur sincère
aussi fragile qu’une larme
mais après les fleurs de la terre
acceptez toutes les fleurs du ciel
qui chantent le jour rêvent la nuit

(Philippe Soupault)

Illustration: Nita Bertaudière

 

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Amour (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019




    
Amour

Amour, tu ne reviens plus vers mes yeux morts;
et comme mon coeur idéaliste te pleure.
Mes calices attendent tous ouverts
tes hosties d’automne et tes vins d’aurore.

Amour, croix divine, abreuve mes déserts
de ton sang d’astres qui rêve et qui pleure.
Amour, tu ne reviens plus vers mes yeux morts
qui redoutent et désirent tes larmes d’aurore!

Amour, je ne t’aime pas quand tu es distant
balançant entre tes fards de joyeuse bacchante,
et tes traits fragiles et fades de femme.

Amour, viens sans chair, d’un ichor qui étonnera;
et que moi, comme un Dieu, je sois l’homme
qui aime et engendre sans plaisir sensuel!

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Dieu (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2019



Illustration: Jeannette Guichard-Bunel
    
Dieu

Je sens Dieu marcher
tellement en moi, avec le soir et la mer.
Ensemble nous allons avec lui. La nuit tombe.
Ensemble nous sombrons dans la nuit, orpheline Solitude…

Mais je sens Dieu. Et même il semble
qu’il me dicte je ne sais quelle bonne couleur.
Comme un hospitalier, il est bon et triste;
s’étiole un tendre dédain d’amoureux :
son coeur doit lui faire très mal.

Oh, mon Dieu, je m’approche tout juste de toi,
maintenant que j’ai tant d’amour ce soir; maintenant
que dans la fausse balance des seins,
je mesure et pleure une fragile Création.

Et toi, comme tu pleureras… Toi, amoureux
d’un si énorme sein giratoire…
Je te sacre DIEU, parce que tu aimes tant;
parce que tu ne souris jamais; parce que ton coeur
toujours doit te faire très mal.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Au temps de la mort des marjolaines (Stuart Merrill)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2019



 

Au temps de la mort des marjolaines,
Alors que bourdonne ton léger
Rouet, tu me fais, les soirs, songer
A tes aïeules les châtelaines.

Tes doigts sont fluets comme les leurs
Qui dévidaient les fuseaux fragiles.
Que files-tu, soeur, en ces vigiles,
Où tu chantes d’heurs et de malheurs ?

Seraient-ce des linceuls pour tes rêves
D’amour, morts en la saison des pleurs
D’avoir vu mourir toutes les fleurs
Qui parfumèrent les heures brèves ?

Oh ! le geste fatal de tes mains
Pâles, quand je parle de ces choses,
De tes mains qui bénirent les roses
En nos jours d’amour sans lendemains !

C’est le vent d’automne dans l’allée,
Soeur, écoute, et la chute sur l’eau
Des feuilles du saule et du bouleau,
Et c’est le givre dans la vallée.

Dénoue – il est l’heure – tes cheveux
Plus blonds que le chanvre que tu files ;
L’ombre où se tendent nos mains débiles
Est propice au murmure des voeux.

Et viens, pareille à ces châtelaines
Dolentes à qui tu fais songer,
Dans le silence où meurt ton léger
Rouet, ô ma soeur des marjolaines !

(Stuart Merrill)

Illustration: Gustave Courbet

 

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L’espoir est une veilleuse fragile (Bernard Mazo)

Posted by arbrealettres sur 13 août 2019



 

L’espoir est une veilleuse fragile

Sur cette terre vouée au désastre
Nous tenons nous résistons
Nous nous arc-boutons
Contre vents et marées
Défiant le soleil des armes
Son éclat meurtrier.

Car il faut persister persister sans fin
Dans l’âpreté des jours
Comme si l’on ne devait jamais mourir…

Dans ce poème ce n’est pas moi qui vous parle
Dans ce poème ce n’est pas ma voix que vous entendez
Mais ce qui me traverse et me maintient :
L’ombre désespérée de la beauté
Cet espoir infini au cœur des hommes

Car dans nos mains qui tremblent
Cette petite lueur de l’espoir
Est une veilleuse fragile
Au cœur de la nuit carnassière…

(Bernard Mazo)

 

 

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Regret (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



 

Jean-Jacques Henner er

Regret

Des roses de Lormont la rose la plus belle,
Georgina, près des flots nous souriait un soir :
L’orage, dans la nuit, la toucha de son aile,
Et l’Aurore passa triste, sans la revoir !

Pure comme une fleur, de sa fragile vie
Elle n’a respiré que les plus beaux printemps.
On la pleure, on lui porte envie :
Elle aurait vu l’hiver ; c’est vivre trop de temps !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jean-Jacques Henner

 

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Le mystère de la beauté (Nuno Júdice)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2019



 

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Le mystère de la beauté

L’absolu s’est manifesté dans un verre
d’eau, quand le soleil est apparu derrière un nuage
et lui a donné un éclat inattendu dans le plus
gris des matins. Parfois, pense l’agnostique,
ce qui est invraisemblable naît d’une simple explication
logique comme si le hasard n’existait pas. Ce qu’il
fait, cependant, c’est se mettre à la place de l’homme
qui n’accepte pas que la beauté puisse naître de rien,
quand il découvre qu’il est à la frontière entre ce
qu’on sait et ce qu’on n’a pas même besoin de
comprendre. C’est pour ça que, en buvant l’eau, j’ai senti
l’éclat du matin me remplir l’âme, comme
si l’eau était plus qu’un liquide incolore
et inodore. Cependant, quand j’ai posé le verre vide,
que j’ai senti le manque de la lumière qui l’avait rempli, j’ai pensé :
comme elle est fragile cette petite beauté,
peut-être aurait-il mieux valu que je reste avec ma soif

(Nuno Júdice)

Illustration

 

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Fragile destin du plaisir que l’on cueille (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2019



Il est vain de chercher d’inutiles raisons
Au fragile destin du plaisir que l’on cueille

(Jean de la Ville de Mirmont)

 

 

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Fragile est la terre (Reiner Kunze)

Posted by arbrealettres sur 17 juin 2019



Fragile est la terre au-dessus des sources: aucun
arbre ne doit être abattu, aucune racine
arrachée

les sources pourraient
tarir

Combien d’arbres ont été
abattus, combien
arrachés
en nous

(Reiner Kunze)

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