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Posts Tagged ‘sortir’

D’un grand trou noir… (Paule Guerard)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2019



Illustration: Angèle Corominas

    

D’un grand trou noir…

D’un grand trou noir
Sortit
Comme si de rien n’était
L’enfant

Dans sa petite main fermée
Se trouvait
Tout recroquevillé en boule
Le rire

Et quand l’enfant le lança
Dans l’air
Il éclata comme une fleur blanche
Au printemps

(Paule Guerard)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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Drôle de pays (Marianne Van Hirtum)

Posted by arbrealettres sur 27 novembre 2019




    
Drôle de pays

Ce fut une étrange matinée-feuille
une étrange matinée-verte
les oiseaux tombaient des arbres
comme des feuilles les oiseaux tombaient,
bientôt le sol fut jonché d’oiseaux tombés
drôle de pays.
Il pleuvait des feuilles rapides denses comme la pluie,
sorties de nuages crevés.
Drôle de pays,
il n’y eut plus que des enfants,
couraient perdus hagards cherchaient,
– ne trouvaient pas.
Ces enfants étaient faits de pluie
lorsque s’entrouvraient leurs manteaux on les voyait
d’eau glacée trempés.
Ils avaient d’immenses yeux bleus
dont ils se servaient pour se battre
que dans leurs querelles ils se jetaient au visage,
qui tombés sur la terre vous regardaient, vous regardaient.

Ne cesseront plus de vous regarder.

(Marianne Van Hirtum)

 

Recueil: Bris de vers Les émeutiers du XXè siècle
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

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UN VENT FRAPPE (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Maurycy Trebacz

    
UN VENT FRAPPE

Un vent frappe à la vitre
Silence en ma maison
Silence en ma maison comme dans mon coeur

Je fais ce que je veux
Ma tête tombe sur la table
Je la relève et regarde au-dehors
Regarde dans la rue

On frappe à la porte
Et je dis Entrez
Et je dis Entrez, qui donc, peu m’importe
Si, cela m’importe
Nul pourtant ne vient
Je dis Qu’il en soit ainsi c’est fort bien.

Je bondis soudain
Je sors dans la rue
Je sors dans la rue et puis je reviens
Ayant acheté des noix
Ces noix les ai-je achetées?
Pour quel invité?
Suis-je allé vraiment acheter des noix?

Il y a des noix et puis du raisin
Alors peut-être aller chercher du vin?
Aller chercher du vin très vite?
Je bondis encore
Je sors dans la rue et puis je reviens
Avec une fiole de vin

Ce vin l’ai-je acheté?
Pour quel invité?
Suis-je allé vraiment acheter du vin ?
Un vent frappe à la vitre
Silence en ma maison
Silence en ma maison comme dans mon coeur.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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PERSONNE NE VIENDRA (H. Leivick)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



Illustration: Marc Chagall
    
PERSONNE NE VIENDRA

Dans les bougeoirs brûle la cire,
Calme maison.
Une main, les soufflant, renverse
Les lumignons.

Une autre main soudain s’approche
Les rallumant.
La mère porte un grand suaire
Pour vêtement.

Le père est assis, qui ne bouge
Et ne se plaint –
Mais ce qu’il a dit, quand il parle,
Nul n’en sait rien.

Quelqu’un surgit, et la seconde
Aussitôt sort –
Une autre bougie renversée,
S’éteint encore.

Par la fenêtre à demi close
Regarde alors
L’astre du matin, blanc et rouge,
Le clair d’aurore.

(H. Leivick)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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LE TANAH DIT (Joseph Rolnik)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
LE TANAH DIT
(extrait)

Des tuiles, des planches, des vitres,
Et martèle, et façonne, et bats,
Assemble-les, plus vite, vite,
Le jour s’assombrit et s’en va.

Le jour s’assombrit et s’en va,
Et tout à coup surgit la nuit,
Tu restes perdu dans ton champ
Sans avoir fini ton abri.

Des tuiles, des planches, des vitres,
Rien ne peut sortir de cela,
Le vent disperse ta demeure
Avant que monte le soleil.

(Joseph Rolnik)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Encore une fois (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019




    
Encore une fois

Dans une eau depuis longtemps gelée
J’entends encore une vague estivale glisser,
Dans un ciel, que j’ai déjà perdu,
Je vois tous les jours encore des étoiles briller.

Du feu d’un soleil mes joues sont empourprées,
Et encore une fois ma bouche aussi veut s’enflammer,
Alors, sorties du rêve depuis longtemps passé,
Toutes les roses recommencent à fleurir.

***

Noch einmal

In einem Wasser, das längst zugefroren,
Hör ich noch eine Sommerwelle gehen,
An einem Himmel, den ich schon verloren,
Seh aile Tage ich noch Sterne stehen.

Von einer Sonne leuchten meine Wangen
Und noch einmal will auch mein Mund erglühen
Und aus dem Traume, der schon lang vergangen,
Beginnen aile Rosen neu zu bliihen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Ah! le rossignol (Ryôkan)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2019



Ah! le rossignol
son chant m’a sorti d’un rêve –
le riz du matin

(Ryôkan)

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Hortensia, couronne impériale (J.J. Grandville)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2019



Hortensia, couronne impériale

Les Grecs et les Romains, les Grecs surtout,
adoraient les couronnes de fleurs.
Celui qui se serait présenté au cirque,
à l’académie, au théâtre, sur la place publique,
sans sa couronne aurait passé pour un fou.
Il n’était pas plus permis alors de se montrer sans couronne,
que de sortir sans chapeau aujourd’hui.
Pour les gens chauves, la couronne remplaçait la perruque.
Aussi tous les philosophes s’en paraient;
Socrate lui-même ne manquait jamais de ceindre son front de fleurs.
César, chauve à trente ans, dut à la couronne
l’avantage de cacher longtemps cet inconvénient aux beautés de Rome.
On sait qu’à l’âge de quatre-vingts ans, Anacréon se parait d’une couronne de roses.

Avec la couronne, il n’y avait plus de vieillards,
on était toujours jeune avec des fleurs sur le front et une longue
robe flottante; aussi les anciens ne connaissaient-ils pas
cet être tremblottant, souffreteux, catharreux, ridé, ratatiné
que nous nommons un vieillard.

Je ne parle pas d’Alcibiade, il changeait de couronnes trois fois par jour.
C’était le premier coiffeur d’Athènes qui venait la lui placer sur la tête.
Il y avait des fashionables qui portaient leur couronne
à droite ou à gauche, en avant ou en arrière;
les uns la posaient d’un air crâne sur un seul côté,
les autres l’enfonçaient bien sur les oreilles
pour se garantir des rhumes de cerveau.
Ceux-là étaient les propriétaires, les rentiers du marais, les bonnets de coton de l’antiquité.
Quand tous les convives avaient des couronnes de fleurs
sur la tête, un dîner triste était impossible.
Les fleurs portent à la gaîté;
aussi ni à Rome ni à Athènes on ne connaissait l’usage des dîners officiels.
Ils ne sont permis que depuis la suppression des couronnes.

(J.J. Grandville)

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Nostalgie (Roger-Pol Droit)

Posted by arbrealettres sur 2 novembre 2019




    
Nostalgie

Je me souviens
De la baleine qui se cache à l’eau
De la rivière
Qui suit son cours
Sans sortir de son lit

Du grand-père
Qui n’était pas vitrier
Et de zéro plus zéro
Égale la tête à toto

C’était classe
Élémentaire
Laïc
Républicain
Amusant
Tu veux du Zan?

C’était il y a très
Très longtemps
Poil aux dents

(Roger-Pol Droit)

 

Recueil: Où sont les ânes au Mali
Traduction:
Editions: Seuil

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Il n’y a plus de porte (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019


Il n’y a plus de porte
part à deux si j’entre où tu es
si tu sors tu viens avec moi.

(Paul Eluard)

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