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Poésie

Posts Tagged ‘rattraper’

LE TEMPS (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2020



Illustration: Gilbert Garcin
    
LE TEMPS

Bête comme un moteur, bête comme un alexandrin,
le temps piétine et bouge et marche tout le temps.
Il ne peut pas rester en place, et son chemin
déroule son tricot de vers à soie bavant.

Le temps n’a pas le temps de perdre ses minutes,
ni de trouver jolies les choses ni les gens.
Il a toujours à faire, et s’il trébuche et bute
il repart tout de suite et rattrape le temps.

Mon échelle à monter aux grand’places d’aurore,
ma douce, ma songeuse, et mon seul passe-temps,
dans le chaud mélangé de notre double corps
nous n’entendons plus les gros sabots du temps.

Il n’est pourtant pas loin, bête comme un ruisseau,
il fait bouger le sang et le tic-tac du coeur,
les onze ou douze pieds de mes vers pas très beaux,
bête comme une rime qu’on saurait par coeur.

(Claude Roy)

 

Recueil: Claude Roy un poète
Traduction:
Editions: Gallimard Jeunesse

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Saturée de saveurs (Thomas Vinau)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2019




    
Saturée de saveurs

Souvent j’ai l’impression
d’être un sachet de thé
dans l’eau tiède du monde
mais parfois me rattrape
la sensation violente
d’être une goutte d’eau
saturée de saveurs
dans une boîte de thé

(Thomas Vinau)

 

Recueil: Juste après la pluie
Traduction:
Editions: Alma

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Cet autre qui est moi (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018



Illustration: René Magritte
    
Cet autre
qui est moi
s’est détaché
légèrement

Il marche
à quelques pas
là-devant

Si loin déjà
je ne saurai
le rattraper

Il lui arrive
aimablement
de se retourner

Je ne nous reconnais pas

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

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Le bonheur est dans le pré (Paul Fort)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite, cours-y vite.
Le bonheur est dans le pré. Cours-y vite. Il va filer.

Si tu veux le rattraper, cours-y vite, cours-y vite.
Si tu veux le rattraper, cours-y vite. Il va filer.

Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite, cours-y vite.
Dans l’ache et le serpolet, cours-y vite. Il va filer.

Sur les cornes du bélier, cours-y vite, cours-y vite.
Sur les cornes du bélier, cours-y vite. Il va filer.

Sur le flot du sourcelet, cours-y vite, cours-y vite.
Sur le flot du sourcelet, cours-y vite. Il va filer.

De pommier en cerisier, cours-y vite, cours-y vite.
De pommier en cerisier, cours-y vite. Il va filer.

Saute par-dessus la haie, cours-y vite, cours-y vite.
Saute par-dessus la haie, cours-y vite. Il a filé !

(Paul Fort)


Illustration

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Système solaire (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2018


PIA03153

je me rattrape
par les yeux
à tous les corps
car chacun
est un soleil
je le sais
puisque je vais
de lumière
en lumière à
chaque rencontre
et je me fais
ainsi de
jour en jour
mon propre
système solaire

(Henri Meschonnic)

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LA ROUE DANS LA ROUE (Seamus Heaney)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2018



    

LA ROUE DANS LA ROUE

Première prise sur le monde :
L’art de faire tourner à la main
Les pédales d’un vélo renversé, imprimant
À la roue arrière une vitesse surnaturelle.
J’aimais en voir disparaître les rayons,
Et le bourdon translucide de l’espace
Entre la jante et le moyeu. Quand on y lançait
Une pomme de terre, le tournoiement de l’air
Vous renvoyait au visage une purée vaporeuse ;
Quand on la frôlait avec une paille,
La paille se mettait à vibrer.
Les pédales avaient une manière de résister
D’abord de façon très tangible
Avant d’entraîner la main
Dans un nouvel élan — et je m’en absorbais
Comme d’un pouvoir soudain absolu: la certitude
Avait rattrapé, relancé l’objet de ma certitude
Dans l’orbite même où tournait le désir.

***

WHEELS WITHIN WHEELS

The first real grip I ever got on things
Was when I learned the art of pedalling
(By hand) a bike turned upside down, and drove
Its back wheel preternaturally fast.
I loved the disappearance of the spokes,
The way the space between the hub and rim
Hummed with transparency. If you threw
A potato into it, the hooped air
Spun mush and drizzle back into your face;
If you touched it with a straw, the straw frittered.
Something about the way those pedal treads
Worked very palpably at first against you
And then began to sweep your hand ahead
Into a new momentum — that all entered me
Like an access of free power, as if belief
Caught up and spun the objects of belief
In an orbit coterminous with longing.

(Seamus Heaney)

 

Recueil: La lucarne
Traduction: Patrick Hersant
Editions: Gallimard

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Petite fleur blanche (Michel Cosem)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2018



Ronde à souhait et brune
elle court dans le pré
et joue à celui qui la rattrapera
Elle rit
toute belle et ronde
et je me souviens des soirs d’avril
où je l’ai vue
petite fleur blanche
tout aussi belle et inconnue

(Michel Cosem)


Illustration: Nicoletta Ceccoli

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SOIR D’ÉTÉ (Ariane Dreyfus)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2018



Illustration: Françoise Rancurel
    
SOIR D’ÉTÉ

C’est le vent qui les appelle

Dehors les enfants ravis
Rattrapent les linges

Grondement sans noirceur
Malgré la porte bousculée

Quand c’est le vent
Et pas la peur

Bien des visages légers
Pourraient se lancer des baisers

Les enfants rentrent en riant car tout était à l’envers
Mais rien perdu
C’est même chaud !

Voluptueuse redressée, la nuit a voulu envahir autrement
Appuyée sur le vent la poussant

Pas d’orage,
L’énorme spectacle de la douceur ensemble.

(Ariane Dreyfus)

 

Recueil: Iris c’est votre bleu
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Il était une fois (Cathy Delanssay)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2018




    
Il était une fois un roi dont la plus jeune fille, lorsqu’il faisait très chaud,
aimait se rafraîchir au bord d’une fontaine cachée dans les bois.
Là, elle s’amusait avec son jouet préféré, une magnifique balle en or,
qu’elle lançait et rattrapait sans jamais se lasser.

Un jour, la balle lui échappa et plouf ! tomba dans l’eau de la fontaine,
qui était si profonde qu’on n’en voyait pas le fond.
Aussitôt, la jeune fille se mit à pleurer des torrents de larmes.

Une affreuse grenouille sortit alors la tête de l’eau.
« Je crois pouvoir t’aider, coassa l’animal.
Mais que me donneras-tu si je rapporte ton jouet ?

– Tout ce que tu voudras ! s’écria la princesse.
Mes habits, mes bijoux, et même ma couronne

Je ne veux ni tes habits, ni tes bijoux, ni ta couronne !
répondit la grenouille.
Je veux seulement être ton amie et pouvoir m’asseoir à ta table,
manger dans ta petite assiette,
boire dans ton petit verre et dormir dans ton petit lit.

(Cathy Delanssay)

 

Recueil: Le Roi Grenouille
Traduction:
Editions: Lito

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LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR (Jean de la Fontaine)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017



 

LE PETIT POISSON ET LE PÊCHEUR

Petit poisson deviendra grand,
Pourvu que Dieu lui prête vie.
Mais le lâcher en attendant,
Je tiens pour moi que c’est folie ;
Car de le rattraper il n’est pas trop certain.

Un Carpeau qui n’était encore que fretin
Fut pris par un Pêcheur au bord d’une rivière.
« Tout fait nombre, dit l’homme en voyant son butin ;
Voilà commencement de chère et de festin :
Mettons-le en notre gibecière. »
Le pauvre Carpillon lui dit en sa manière :
« Que ferez-vous de moi ? je ne saurais fournir
Au plus qu’une demi-bouchée ;
Laissez-moi Carpe devenir :
Je serai par vous repêchée.
Quelque gros Partisan m’achètera bien cher,
Au lieu qu’il vous en faut chercher
Peut-être encor cent de ma taille
Pour faire un plat. Quel plat ? croyez-moi ; rien qui vaille.
– Rien qui vaille ? Eh bien soit, repartit le Pêcheur ;
Poisson, mon bel ami, qui faites le Prêcheur,
Vous irez dans la poêle ; et vous avez beau dire,
Dès ce soir on vous fera frire. »

Un Tien vaut, ce dit-on, mieux que deux Tu l’auras :
L’un est sûr, l’autre ne l’est pas.

(Jean de la Fontaine)

Illustration: Marc Chagall

 

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