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Poésie

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Au dehors l’arbre est là (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 21 octobre 2017


arbre

Au dehors l’arbre est là et c’est bon qu’il soit là,
Signe constant des choses qui plongent dans l’argile.

Il est vert, il est grand, il a des bras puissants.

Ses feuilles comme des mains d’enfant qui dort
S’émeuvent et clignent

(Guillevic)

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Des frères partout (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



Illustration: Gao-Xingjian
    
Oui, des frères partout.
(Je le sais, je le sais!)

Ils sont seuls comme nous.
Palpitants de tristesse.

La nuit, ils nous font signe!

(Jules Laforgue)

 

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La graine (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
La graine

Semez la graine le grain doré prodiguera ses racines
non pas sur le rocher et la route pavée
récoltez-le mûr dans la poussière brune
protégez-le de la chaleur ou du givre
le grain vit à l’intérieur de sa coque.

Quel infini secret ! la graine minuscule
enfouie sous la poussière n’attend qu’un signe
celui du printemps d’un rayon de lumière du soleil du jour.

(Hannah Senesh)

 

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ÉLIS (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2017



Illustration: Charles-Paul Chaigneau

    

ÉLIS
I
Le silence est parfait de ce jour d’or.
Sous les vieux chênes
Tu apparais, Élis, un enfant qui repose, yeux grands ouverts.

Le sommeil des amants se mire en leur azur.
A tes lèvres
Leurs roses soupirs se sont tus.

Vers le soir le pêcheur releva les lourds filets.
Un bon berger mène
Son troupeau paître au long de la forêt.
O que tout est juste, Élis, en chacun de tes jours !

Aux murailles nues
Choit doucement le bleu silence de l’olivier.
Le chant obscur d’un vieillard expire.

Une barque d’or
Berce ton coeur, Élis, au ciel solitaire.

2
Dans la poitrine d’Élis un tendre carillon tinte
Le soir venu,
Quand sa tête retombe au coussin noir.
Une bête bleue
Saigne doucement dans le fourré de ronces.
Là se dresse à l’écart un arbre brun;
Ses fruits bleus sont tombés des branches.

Des étoiles et des signes
S’abîment doucement dans l’étang du soir.

Derrière la colline il y a l’hiver.

Des ramiers bleus
Boivent la nuit la sueur glacée
Qui coule du front de cristal d’Élis.

Solitaire, sans trêve
Résonne au long des murs noirs le vent de Dieu.

(Georg Trakl)

 

Recueil: Ving-quatre poèmes
Traduction: Gustav Roud
Editions: La Délirante

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Etrangers l’un à l’autre (Ismaïl Kadaré)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2017



Etrangers l’un à l’autre

L’un à l’autre depuis longtemps étrangers,
entre nous tout a été dit;
comme des pierres qui ont cessé de rouler,
chacun a arrangé sa propre vie.

Nul chemin, aucun sentier
ne nous relie plus nulle part,
comme au Moyen Age ces villes retranchées
derrière tours, douves et remparts.

La nuit, pourtant, quand mon cerveau lassé
condamne portes et fenêtres,
tu sais, pour t’y glisser,
un passage que tu es seule à connaître.

Longeant ses circonvolutions
comme les allées d’un jardin,
tu entres dans mes rêves par effraction
et m’adresses en riant des signes de la main.

Quand dans le ciel les étoiles commencent
à pâlir, soudain inquiète,
à pas rapides tu t’éloignes en silence
par ce chemin que tu es seule à connaître.

Au jour la vie reprend, immuable;
l’un comme l’autre, chacun de son côté,
reste muré dans sa froideur imprenable
comme au Moyen Age les villes fortifiées.

(Ismaïl Kadaré)


Illustration: Pieter Bruegel l’Ancien

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Le mot bleu (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

Le mot bleu fait partie de l’impossible.
Une note colorée déplace le centre.
Cela pourrait être une veste oubliée sur un portail,
Comment entrer dans ce cadre à mille lieues ?
Il n’y a pas de porte.
C’est écrit avec des signes solaires
D’une écriture phénycienne avec des taches de lichen.
Le sphynx étire ses pattes.
Un homme vient de passer.
Il y a des remous. L’air est habité.

(Jean Malrieu)

 

Recueil: EN PAYS DE VERTIGE
Editions: Le Verbe et l’Empreinte

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La Belle (Jean Malrieu)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2017




    
La Belle

Ce que j’ai gagné, c’est la mort.
Transparente, universelle.
Elle a mes yeux ouverts, regarde.
Depuis que je l’ai gagnée, elle me suit…

Elle ne promet rien et donne tout.
Elle fuit ?
Je la cherche.
Je voulais vivre ?
Elle apparaît.

« Je ne t’ai point abandonné, dit-elle.
Je te connais par cœur. »…
Ne nous attendrissons pas.

Rien n’est pressé.
Nous avons le temps.
Personne ne nous attend….

Depuis que je me suis noyé sans le savoir,
je n’ai jamais cessé de faire
de la mousse et de l’écorce.

Très jeune, très vieux, je ne sais,
je joue avec toi comme avec une petite fille.
Je sais seulement que tu es douce
comme la neige qui étouffe…

Je ne savais pas que j’avais à t’aimer.
Ce que j’ai cherché ailleurs, c’est ta jeunesse,
celle qui donne au songe le goût de risquer sa vie.

J’ai failli être immortel.
Quelle blague !…
Si j’ai aimé les fleurs, les fruits, les êtres,
tu me les prêtas.
Je te les rends.

Préparons les noces.
La mariée n’est jamais trop belle.
Fais signe.
Quand tu voudras.

(Jean Malrieu)

 

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La Poésie (Pierre Jean Jouve)

Posted by arbrealettres sur 20 septembre 2017




    
La Poésie est une pensée
– un état psychique – d’agglutination;
c’est-à-dire que des tendances,
des images, des échos de souvenir vague,
des nostalgies, des espérances,
y apparaissent en même temps
et comme collés ensemble,
provenant de hauteurs tout à fait différentes.

Ou encore la Poésie ressemble à certains rêves,
parfaitement absurdes en apparence,
et qui s’éclairent brusquement
si on le déroule à l’envers.

La poésie est tout à fait une chose d’âme.

***

La Poésie est un langage pour ainsi dire magnétisé,
porteur d’une charge, et différent essentiellement du langage parlé,
voire même de la prose écrite;

par ce langage doit se produire l’unité
au plus haut degré entre la pensée et la parole,
entre le sens et le signe,
entre une résultante de toutes les masses psychiques en mouvement
et le déroulement agréable des syllabes.

Tout cela coexiste parce que tout cela naît ensemble.

(Pierre Jean Jouve)

 

Recueil: Apologie du poète
Editions: Fata Morgana

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Le silence est un message de l’ombre (Amina Saïd)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017



 

le silence est un message de l’ombre
qui ne franchit aucun seuil et se nourrit
de la lumière et de son absence

le silence est un signe quand la parole
fait erreur ou reste inachevée

le silence est un jardin du ciel
qui adresse au ciel une prière muette
en forme de paysage

le silence est une question
posée à la question

le silence est la maison où habite le poème
où il prend corps
tout en se condamnant au silence

le silence est une musique dont les notes
sont les planètes et leurs étoiles

le silence est une saison où mûrit le fruit
d’un poème sans mots

le silence est une vibration de l’immobile
un chant à naître dans la gorge
d’oiseaux en forme de voyelles

le silence est une errance
qui indique discrètement le chemin
au milieu du chemin

le silence est la main qui ouvre le poème
la voix tremblée de l’âme d’où surgit
ce que nous sommes et ne sommes pas

le silence est le rêve de l’être qui rêve
sa naissance d’avant sa naissance
et tait son premier cri

le silence est le miroir qui lave la parole
dans l’eau la plus nue de la parole

le silence est un miracle inachevé
où le monde prend forme d’un seul coup

(Amina Saïd)

 
Illustration

 

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Emporte-moi (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2017




    
Emporte-moi

Emporte-moi, langage, emporte-moi.
Si je suis nu, le mot se fait navire.
Au loin cette île offre-t-elle un asile
ou le point fixe où rêve ma statue ?

Je marcherai s’il le faut sur la mer
pour te trouver, pour adorer tes lettres
et pour scander tes syllabes d’azur,
à tout jamais pour me mêler à toi

car je t’habite en te logeant moi-même,
soleil issu du corps dont je caresse
la chevelure. Et ta bouche salée
vient se poser sur celle qui te nomme.

Le chant du mot danse dans le visible,
le mouvement dessine le silence
où tu parais tel un roi sans couronne
pour te nommer tout en parlant d’un autre.

Emporte-moi langage en tes naufrages,
glissons unis, glissons dans les abysses.
Nous renaîtrons à la faveur d’un signe
de la voix neuve inscrite sur nos fronts.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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