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Poésie

Posts Tagged ‘dehors’

Méfiance (Raymond Carver)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2020




    
Méfiance

Essayant d’écrire un poème alors qu’il fait encore noir dehors,
il a la sensation incontestable d’être observé.
Posant la plume il regarde autour de lui. Au bout d’une minute,
il se lève pour parcourir les pièces de sa maison.
Il vérifie les placards. Rien, bien sûr.
N’empêche, il ne veut courir aucun risque.
Il éteint les lampes et s’assied dans le noir.
Fumant sa pipe jusqu’à ce que la sensation se soit dissipée
et que dehors monte la lumière. Il regarde
la feuille blanche devant lui. Puis se lève
pour faire encore une fois le tour de la maison.
Le bruit de sa respiration l’accompagne.
Autrement rien. Évidemment.
Rien.

(Raymond Carver)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Jacqueline H. jeem-Pierry Carasso et Emmanuel Moses
Editions: De l’olivier

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TEMPLE (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 1 juin 2020



TEMPLE

Le vent est de pierre.

Les grands rochers
circulent
entre les arbres.

Les feuilles fusent
en éclats blessés.

Le ciel d’or vert.

Tout est serré fermé
le dedans dehors.

Ouvert.

(Jean Mambrino)


Illustration: David Lazar

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Cantique de la Voie II (Xuan Jue)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2020




    
Cantique de la Voie II

Pur miroir du coeur, reflet infini
Éclairant le vide aux mondes sans nombre
En lui toutes choses se montrent, ombres, lumières
Perle irradiante : ni dedans ni dehors

(Xuan Jue)

 

Recueil: L’Ecriture poétique chinoise
Traduction: François Cheng
Editions: du Seuil

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LE THEATRE DES TABLEAUX VIVANTS (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2020




LE THEATRE DES TABLEAUX VIVANTS

Un homme s’arrêta voir les tableaux vivants
dans un théâtre aujourd’hui mort
ô mains, ô coeurs, ô veines fines
des femmes exposées en silence !
les dorures du plafond
les cariatides énormes
encadraient leurs chairs de mères ;
le décor était un faux printemps ;
pas un seul cri d’enfant
ne remuait l’assemblée
et dehors tous les toits s’étaient couverts de neige.

(Jean Follain)

Illustration

 

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CHANSON POUR LES BAPTÊMES (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2020




    
CHANSON POUR LES BAPTÊMES

Mélancolie Mélancolie
quel joli nom pour une jeune fille
Neurasthénie Neurasthénie
quel vilain nom pour une vieille fille

Je cherche un nom pour un garçon
un nom d’emprunt un nom de guerre
pour la prochaine et la dernière
pour la dernière des dernières

Espoir Peut-être Agénor
ou Singulier ou Dominique
un nom à coucher dehors
au temps des bombes atomiques

Mais je préfère Nuit
pour celle que j’aime et chéris
Nuit brune Nuit douce
Nuit claire comme eau de source

(Philippe Soupault)

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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Il se lavait dehors en pleine nuit (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2020



Il se lavait dehors en pleine nuit.
Le firmament brillait d’âpres étoiles.
La cuve refroidit, pleine à ras bords,
Et le rayon est comme du sel sur la hache.

A double tour on a fermé la grille.
La terre est rude en toute conscience.
On chercherait en vain plus pure trame
Que la vérité de la toile fraîche.

Dans la cuve l’étoile fond comme du sel
Et l’eau froide est de plus en plus noire,
Et plus pure la mort, plus âcre le malheur,
Et la terre plus cruelle et plus vraie.

(Ossip Mandelstam)


Illustration

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APPEL POUR LA SOLITUDE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2020



 

Misha Gordin crowd49 [1280x768]

APPEL POUR LA SOLITUDE

Si je pouvais en moi-même me dérober,
Vivre inconnu, inconnu,
Me dissoudre
Dans l’alliage muet de la nuit et des songes.

Si je pouvais déserter le dehors,
Saoul de tumulte, de vitesse,
En moi-même plonger dans le cosmos,
Me sentir un avec Lui —

Je suis pris dans la foule qui s’agite, résiste,
Malade d’avoir tant crié,
Je suis pris, dans la foule qui s’éteint, se meurt,
Je me hâte vers, le triomphe, sachant que je ne m’abattrai
Qu’avec la hache qui m’abattra,
Et je pressens la plainte que j’élèverai vers Lui.

(Srecko Kosovel)

Illustration: Misha Gordin

 

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Pas (Robert Creeley)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2020




Pas

Pas plus loin dehors
qu’à l’intérieur –
pas plus près d’ici
que là.

(Robert Creeley)

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DERNIER COULOIR (Géo Libbrecht)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



DERNIER COULOIR

Ce soir dans la paix des pipes
la mémoire est un plat froid,
la salive sur la lippe
remonte de l’autrefois.
On est toujours loin des nôtres
— entre eux et soi que de croix : —
quand tu te souviens de toi,
songeur, c’est encore un autre.
Au printemps des papillons
tu revois passer la morte,
elle suit le couloir long
et disparaît par la porte.

*

La voix de l’éclair te parle,
Renoue avec le passé
sous l’averse et la tempête
dans la nuit des girouettes
en prose et cristal français
tu ne comprends pas sa flamme.
Invente pour chaque image
l’énigme au double visage :
du dehors ou du dedans
lequel est le plus prenant ?

(Géo Libbrecht)

 

 

 

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MYSTÈRE DU MONDE (Aron Lutski)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2020



Illustration: Danilo Ricciardi
    
MYSTÈRE DU MONDE

Découvert – c’est couvert au-delà de soi,
Il n’est point de nudité,
La nudité est masquée,
Chaque nudité sous une peau se dissimule,
Sur chaque peau, la protégeant, naît une pellicule
Pour interdire au sauvage dehors
D’assaillir l’intérieur.
Pas un frôlement
Pas même un léger souffle,
Rien
Le rien lui-même est un danger.

(Aron Lutski)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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