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Posts Tagged ‘danser’

LA FOURMI ET LA CIGALE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2017




    

LA FOURMI ET LA CIGALE

Une fourmi fait l’ascension
d’une herbe flexible
elle ne se rend pas compte
de la difficulté de son entreprise

elle s’obstine la pauvrette
dans son dessein délirant
pour elle c’est un Everest
pour elle c’est un Mont Blanc

ce qui devait arriver arrive
elle choit pafatratement
une cigale la reçoit
dans ses bras bien gentiment

eh dit-elle point n’est la saison
des sports alpinistes
(vous ne vous êtes pas fait mal j’espère ?)
et maintenant dansons dansons
une bourrée ou la matchiche

(Raymond Queneau)

 

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LA BROUETTE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
LA BROUETTE

Commères de tout ce qui se passe au large les mouettes
crient papa maman au-dessus du bastingage
elles dansent dans le ciel pour accompagner la brouette
qui navigue non loin du port avec roulis et tangage

Une brouette que vient faire une brouette sur ce papier
a-t-on jamais vu brouette chevaucher les vagues maritimes
et pourtant elle apparaît au bout du crayon conté
qui la dessine sur les eaux avec une obstination enfantine

Qu’est-ce que cela veut dire à coup sûr cette énigme
réclame un sens profond au poète étonné
s’envolant comme mouette au-dessus des paradigmes
il n’en pousse pas moins la brouette rimée

(Raymond Queneau)

 

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NOCTURNE (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
NOCTURNE

Quand j’ai dansé jusqu’à minuit
la cornemuse a mis ses bottes
quand j’ai payé pour un ouisqui
le revolver a mis sa cape
quand j’ai réclamé un taksi
le réverbère a mis son col
quand j’ai traversé tout Paris
la lune a mis sa veste blanche
et quand je fus près de Neuilly
je mis mes jambes à mon cou

(Raymond Queneau)

 

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Marco (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Mikhaïl Vroubel
    
Marco

Quand Marco passait, tous les jeunes hommes
Se penchaient pour voir ses yeux, des Sodomes
Où les feux d’Amour brûlaient sans pitié
Ta pauvre cahute, ô froide Amitié ;
Tout autour dansaient des parfums mystiques
Où l’âme, en pleurant, s’anéantissait.
Sur ses cheveux roux un charme glissait ;
Sa robe rendait d’étranges musiques
Quand Marco passait.

Quand Marco chantait, ses mains, sur l’ivoire
Évoquaient souvent la profondeur noire
Des airs primitifs que nul n’a redits,
Et sa voix montait dans les paradis
De la symphonie immense des rêves,
Et l’enthousiasme alors transportait
Vers des cieux connus quiconque écoutait
Ce timbre d’argent qui vibrait sans trêves,
Quand Marco chantait.

Quand Marco pleurait, ses terribles larmes
Défiaient l’éclat des plus belles armes ;
Ses lèvres de sang fonçaient leur carmin
Et son désespoir n’avait rien d’humain ;
Pareil au foyer que l’huile exaspère,
Son courroux croissait, rouge, et l’on aurait
Dit d’une lionne à l’âpre forêt
Communiquant sa terrible colère,
Quand Marco pleurait.

Quand Marco dansait, sa jupe moirée
Allait et venait comme une marée,
Et, tel qu’un bambou flexible, son flanc
Se tordait, faisant saillir son sein blanc ;
Un éclair partait. Sa jambe de marbre,
Emphatiquement cynique, haussait
Ses mates splendeurs, et cela faisait
Le bruit du vent de la nuit dans un arbre,
Quand Marco dansait.

Quand Marco dormait, oh ! quels parfums d’ambre
Et de chair mêlés opprimaient la chambre !
Sous les draps la ligne exquise du dos
Ondulait, et dans l’ombre des rideaux
L’haleine montait, rhythmique et légère ;
Un sommeil heureux et calme fermait
Ses yeux, et ce doux mystère charmait
Les vagues objets parmi l’étagère,
Quand Marco dormait.

Mais quand elle aimait, des flots de luxure
Débordaient, ainsi que d’une blessure
Sort un sang vermeil qui fume et qui bout,
De ce corps cruel que son crime absout :
Le torrent rompait les digues de l’âme,
Noyait la pensée, et bouleversait
Tout sur son passage, et rebondissait
Souple et dévorant comme de la flamme,
Et puis se glaçait.

(Paul Verlaine)

 
Découvert ici: https://marinegiangregorio.wordpress.com/

Recueil: Poèmes saturniens
Traduction:
Editions:

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Dans les journaux (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017




    
Dans les journaux

À l’aube elle se leva. Elle bénit ses enfants.
Et les enfants ont rêvé un songe joyeux.
Elle déposa, s’inclinant jusqu’à terre,
Sa toute dernière prosternation.

Kolia ouvrit les yeux. Son soupir de joie
Salua le songe qui bleuissait encore.
Un tintement de verre gronda et s’éteignit:
C’était la porte du bas qui claquait.

Les heures passèrent. Un homme est venu,
Avec, sur son bonnet, un insigne d’étain.
L’homme cognait à la porte, attendait.
Personne n’ouvrait. On jouait à cache-cache.

C’était l’Épiphanie. Il faisait froid et gai.

Ils avaient caché le fichu rouge de maman.
Le matin, elle mettait ce fichu en partant.
Aujourd’hui, elle avait laissé son fichu:
Les enfants s’en allaient le cacher dans les coins.

Le crépuscule affleurait. Les ombres des enfants
Dansaient sur les murs à la lueur des lanternes.
Quelqu’un montait en oomptant les marches,
S’arrêta. Et pleura. Et frappa à la porte.
L’oreille aux aguets ils ouvrirent la porte :

La grosse voisine apportait de la soupe.
Elle dit: «Mangez.» Et puis, comme maman,
Elle se prosterna et bénit les enfants.

Maman ne souffre pas, mes enfants tout roses.
Elle est allée se coucher sur les rails.
À l’excellente femme, à la grosse voisine
Merci, merci. Maman ne pouvait pas…

Elle va bien maintenant. Elle est morte, maman.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Sous le croissant de lune (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



 

 

Illustration: Jean-François de Troy

    

Un enfant pleure. Sous le croissant de lune,
Par les champs se traîne un pèlerin bossu.
Dans le bois, qui se moque de sa bosse ronde —
Quelqu’un de velu, de tordu, de cornu.

Sous le clair de lune, le chemin est pâle.
Des filles pâles se cachent dans les herbes.
Leurs mains, comme des herbes tendres et pâles,
Dans le vent se balancent de gauche à droite.

Le grain bleu chuchote et penche la tête.
Le bossu danse sous la lune cornue.
On entend la trompette d’argent qui appelle.
Quelqu’un s’élance sur le chemin lumineux.

Les filles pâles surgissent des herbes.
Elles tendent les bras vers la connaissance.
Immobile, l’oreille collée à la terre,
Le bossu l’entend qui attend et respire.

Dans le bois, le velu tremble sans bruit.
La lune a roulé dans les blés lumineux.
Un enfant pleure. Et le vent se tait.
La trompette est proche. La nuit impénétrable.

(Alexandre Blok)

 

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La jeune fille chantait dans le choeur de l’église (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



La jeune fille chantait dans le choeur de l’église
Pour tous les fatigués dans un lointain pays,
Pour tous les bateaux partis en mer,
Pour tous ceux qui ont oublié la joie.

Ainsi chantait sa voix, s’envolant vers les voûtes,
Ét un rayon de lumière sur son épaule dansait,
Et chacun la regardait émerger des ténèbres,
Ecoutait chanter sa robe blanche dans la nuit.

Et tous croyaient que la joie allait revenir,
Que les bateaux avaient un havre sûr atteint,
Qu’en pays étranger, les hommes las et seuls,
Une vie claire et sereine avaient enfin trouvée.

Et douce était la voix, brillant le rayon de lumière,
Et seul, là-haut, près de la Porte sacrée,
Pleurait l’enfant participant aux Mystères,
Pleurait parce que personne ne reviendrait jamais !

(Alexandre Blok)

 

 

 

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TOMBEAU DU NÉANT (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017



Illustration: Alexandre Folliot
    
TOMBEAU DU NÉANT

Ci-gît la vie,
ci-gît le rire,
ci-gît tout ce qui planait sur la montagne,
tout ce qui dansait au son de la résine ;
ci-gît un homme qui n’eut que le tort d’exister,
ci-gît un enfant qui crut saisir un peu d’espace.

Mort l’arc-en-ciel, vieux châle décrépi ;
morte la comète, d’avoir voulu se reposer ;
et l’arbre s’est pendu du haut de sa propre cime,
et le vautour s’est étranglé de son aile puissante,
et le poisson explosa en découvrant la brise pure.

« Désolées », disent les roches, et les voilà qui se réduisent en amadou ;
« Peinées », disent les vagues, et les voilà qui se transforment en écailles.
Où est celui qui s’obstinait à devenir lui-même ? on l’a tué ;
où est celui qui cherchait à savoir pourquoi l’on parle
pourquoi l’on pleure ? nulle part, il fut écorché vif.

Ci-gît quoi donc ? personne n’ose en discuter.
Ci-gît, pourquoi le dire ? quelqu’un sur qui déjà galope la bourrasque;
ci-gît ce qui est trop éphémère pour qu’on l’appelle mort ;

ci-gît…
qui donc encore comprend l’épitaphe ?
qui donc encore conçoit le deuil ?
qui donc encore s’émeut de voir
les gens tomber, les choses disparaître ?

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Danse (Georges Moustaki)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2017



 

Danse

Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Libre comme un poisson dans l´eau, comme un oiseau dans l´air,
Léger comme le vent qui danse dans les arbres
Ou le mât d´un bateau qui danse sous la vague.

Danse tant que tu peux danser sur les pavés, sur l´herbe,
Sur une table de bistrot, à l´ombre des tavernes.
Viens, laisse-toi porter par toutes les musiques
Qui sortent d´un piano ou d´un vieux tourne-disque.

Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Danse dans les bras de Margot ou Julie de Nanterre,
Danse pour retrouver l´amour et la folie,
Danse pour éblouir ton âme qui s´ennuie.

Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Pour ne plus porter sur ton dos la mort et la misère
Et tu verras jaillir les sources souterraines,
Et les torrents de joie qui coulent dans tes veines.

Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Danse pour qu´un printemps nouveau balaye les hivers.
Danse comme l´on vit, danse comme l´on aime,
Danse comme on écrit sur les murs un poème.

Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Danse tant que tu peux danser. Viens, le bal est ouvert!
Danse tant que tu peux danser, danse autour de la terre,
Danse tant que tu peux danser. Viens, le bal est ouvert!
{Ad lib}

(Georges Moustaki)

Illustration

 

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Les gens qui voulaient danser (Karen Blixen)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2017




    
Les gens qui voulaient danser trouvaient, elle le savait,
à proximité un endroit où danser.

Ceux qui voulaient acheter un nouveau chapeau trouveraient-demain matin
quand les boutiques ouvriraient-un endroit où l’acheter.

Mais dans tout Copenhague,
il n’y avait pas un seul endroit
où un être humain pût pleurer.

(Karen Blixen)

 

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