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Poésie

Posts Tagged ‘oublier’

Tu bougeais mon enfant secret (Marie-Jeanne Durry)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



Tu bougeais mon enfant secret.
Te retournais-tu au fond de moi ?
Ta main naissante m’effleurait.
Muette dans l’ombre j’épiais ton souffle à venir.

Jamais je n’oublierai ta caresse si légère,
au plus obscur du sang, au plus nocturne de l’amour.
Tu te rendormais je ne savais plus si j’étais vivante.

Mais tout à coup le plumage enfoui frissonnait de nouveau,
et la noirceur autour de moi était d’une telle transparence
que j’aurais pu voler.

(Marie-Jeanne Durry)

Illustration 

 

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CHANSON POUR MA MORT (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2019



 

CHANSON POUR MA MORT

Bien que natif du Nord,
Ne suis brave ni fort.
La vie, je l’ai aimée
Et veux t’aimer, ô mort,
— Ma mort, et cependant
Je ne te choisirai.

D’amour j’eus dans ma vie
Autant qu’amour se peut :
J’aimai, sans être aimé,
Etant aimé, j’aimai.
Mort, en toi j’oublierai
Aujourd’hui qu’en ma vie
Je n’ai rien fait qu’aimer.

Je sais, c’est ennuyeux
De mourir, mais mourrai
— Quand tu seras servie —
Sans d’immenses regrets
De cette amère vie,
Que j’ai, pourtant, aimée.

(Manuel Bandeira)

Illustration: Ibara

 

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Que faut-il oublier? (Claude-Hélène Lambert)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2019



Pour suivre sans faillir
Le vol de l’hirondelle
Pour écouter le pic frapper le hêtre
Et chercher vers le ciel
Le grand élan des arbres

Que faut-il oublier?
Que faut-il oublier?

(Claude-Hélène Lambert)


Illustration

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La fleur L’étoile Le caillou (François David)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Ne respire pas la fleur
Pose-la sur tes yeux
sens ses pétales de velours
Murmurer la plainte apaisée
De sa peau vive sur tes cils.

Ne regarde pas l’étoile
En ta poitrine ressuscite
Le suc fragile du souvenir
Au triste et lent givre des soirs
La rousseur de sa flamme
N’oublie pas.

Ne marche pas sur le caillou
saisis-le
Et sur ta paume pressée devine
La secrète douleur de la mer
Lorsqu’il aura creusé sa vague.

(François David)


Illustration

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Sans l’oublier (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



 

Jonathon Earl Bowser -1-1024

Sans l’oublier

Sans l’oublier, on peut fuir ce qu’on aime.
On peut bannir son nom de ses discours,
Et, de l’absence implorant le secours,
Se dérober à ce maître suprême,
Sans l’oublier !

Sans l’oublier, j’ai vu l’eau, dans sa course,
Porter au loin la vie à d’autres fleurs ;
Fuyant alors le gazon sans couleurs,
J’imitai l’eau fuyant loin de la source,
Sans l’oublier !

Sans oublier une voix triste et tendre,
Oh ! que de jours j’ai vus naître et finir !
Je la redoute encor dans l’avenir :
C’est une voix que l’on cesse d’entendre,
Sans l’oublier !

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Jonathon Earl Bowser

 

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DEUX CHEVAUX (Armand Bernier)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



DEUX CHEVAUX

Deux chevaux arrêtés au sommet d’une côte.
L’un d’eux, avec douceur, s’est rapproché de l’autre
Et lui a raconté quelque chose à l’oreille.
Son propos pacifique évoquait des merveilles
Et j’ai vu son haut front d’animal s’éclairer.
— « Patience, a-t-il dit. Gardons-nous d’oublier
Qu’il est un monde où les chevaux n’ont plus de charge,
Un monde où l’on est libre, où l’horizon est large,
Un monde où l’on peut vivre heureux, à gambader
Avec d’autres chevaux amis, dans les vergers.
Ne dors pas, cette nuit, dans l’écurie obscure.
Détourne tes regards des misérables murs
Et de la crèche oblique où ta faim se repaît.
Ne mange pas, non plus, comme un cheval épais.
Veille longtemps, et tu verras, par la lucarne,
Des chevaux bleus courir dans le ciel plein d’étoiles ».
Ce voeu d’évasion, hélas, s’arrête ici.
Un homme est survenu. L’attelage est parti.
Les chevaux, dans le vent, branlaient leurs lourdes têtes
Emportant, loin de moi, leur univers de bêtes.

(Armand Bernier)

 

 

 

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O ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée ? (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2019



Je me suis embarqué sur un vaisseau qui danse
Et roule bord sur bord et tangue et se balance.
Mes pieds ont oublié la terre et ses chemins ;
Les vagues souples m’ont appris d’autres cadences
Plus belles que le rythme las des chants humains.

A vivre parmi vous, hélas ! avais-je une âme ?
Mes frères, j’ai souffert sur tous vos continents.
Je ne veux que la mer, je ne veux que le vent
Pour me bercer, comme un enfant, au creux des lames.

Hors du port qui n’est plus qu’une image effacée,
Les larmes du départ ne brûlent plus mes yeux.
Je ne me souviens pas de mes derniers adieux…
O ma peine, ma peine, où vous ai-je laissée ?

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration

 

 

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J’écrirai ce poème (Alain Bosquet)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




J’écrirai ce poème
pour qu’il me donne
un fleuve doux
comme les ailes du toucan
j’écrirai ce poème
pour qu’il t’offre une aurore
quand il fait nuit
entre ta gorge et ton aisselle
j’écrirai ce poème
pour que dix mille marronniers
prolongent leurs vacances
pour que sur chaque toit
vienne s’asseoir une comète
j’écrirai ce poème
pour que le doute de ce vieux loup
parte en exil
pour que tous les objets reprennent
leurs leçons de musique
j’écrirai ce poème
pour aimer comme on aime par surprise
pour respecter comme on respecte en oubliant
pour être digne
de l’inconnu de l’impalpable
j’écrirai ce poème
mammifère ou de bois
il ne me coûte rien
il m’est si cher
il vaut plus que ma vie

(Alain Bosquet)

 

 

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Par une porte entrouverte (Josée Tripodi)

Posted by arbrealettres sur 29 juin 2019



Illustration: Pablo Picasso
    
Par une porte entrouverte
Sur tout ce que j’ai oublié
Je regarde ma vie

Vieille Demoiselle de Picasso
En quatre dimensions

Un œil à l’envers
Le nez en travers
Les pieds sur la mer
La tête ici
Ou là-bas

D’aujourd’hui
Et d’hier
Je regarde ma vie

En biais

(Josée Tripodi)

 

Recueil: Le temps court plus vite que moi
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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SOUVENT J’OUBLIAIS (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 juin 2019




    
SOUVENT J’OUBLIAIS

Souvent j’oubliais le sens des actes les plus simples.

Par exemple, devant l’employé du métro qui poinçonne les billets :
« Bonjour! ça va? » disais-je en lui tendant la main et en soulevant mon chapeau.
Mais l’autre hausse les épaules : « Vous fichez pas du monde! Vot’ billet! »

Un soir, rentrant chez moi, j’ai comme un vague souvenir
qu’il me faut crier quelque chose dans l’allée de l’immeuble.
Mais quoi? Misère, je ne le sais plus, je l’ai oublié.
Je murmure d’abord « Bonne nuit! » puis, élevant peu à peu la voix :
« L’addition!… Un hareng de la Baltique, un!… Les jeux sont faits!… Waterloo!… Vade retro… »
La concierge, furieuse, se lève en papillotes et m’insulte.

Je prends congé de mes amis Z… qui habitent au septième étage, sans ascenseur.
On m’accompagne sur le seuil de l’appartement.
Soudain, apercevant l’escalier, je suis pris de panique et pense, dans un éclair :
« C’est quelque chose qui sert à monter, non à descendre! » je ne vois plus les marches,
mais l’espace vertical qu’elles découpent de haut en bas :
une falaise abrupte, une faille, un précipice affreux!

Affolé, étourdi par le vertige, je crie : « Non! Non! Retenez-moi! »
Je supplie mes amis de me garder chez eux pour la nuit. En vain.
Pas de pitié : on me pousse, en plaisantant, vers l’abîme.
Mais moi, hurlant comme un homme qu’on assassine, je résiste,
je m’arc-boute, — finalement je cède, perds l’équilibre,
manque la première marche, tombe et me casse une jambe.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: La part de l’ombre
Traduction:
Editions: Gallimard

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