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Poésie

Posts Tagged ‘oublier’

L’AMPHION (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2017




    
L’AMPHION

Le Paris que vous aimâtes
n’est pas celui que nous aimons
et nous nous dirigeons sans hâte
vers celui que nous oublierons

Topographies ! itinéraires !
dérives à travers la ville !
souvenirs des anciens horaires !
que la mémoire est difficile…

Et sans un plan sous les yeux
on ne nous comprendra plus
car tout ceci n’est que jeu
et l’oubli d’un temps perdu

(Raymond Queneau)

 

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Tout périra (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Illustration: Georges Jeanclos
    

Tout périra — la mère, et la jeunesse,
L’épouse trahira, l’ami te quittera.
Apprends à goûter cette autre douceur
En te mirant dans le cercle polaire et froid.

Vers le pôle lointain mène ta barque,
Parmi les murs de glace — on oublie peu à peu
Comme on aimait, luttait et périssait là-bas,
Oublie-le, ce pays des passions anciennes.

Et aux frémissements de la longue froideur
Habitue doucement ton âme fatiguée,
Pour qu’elle n’ait plus besoin de rien, ici,
Quand de là-bas jailliront les clartés.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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Plus tu appelles le repos (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Plus tu appelles le repos
Plus terrible est la vie, plus terrible.
Le brouillard humide rampe à travers champs,
Le brouillard humide rentre dans ta poitrine
Le long du velours des nuits…

Oublie, oublie ce que fut la vie,
Oublie ce qu’elle sera à nouveau…
Des champs déserts vient la brume en rampant…

Dormir, dormir
Seulement !
Mais, de toute façon,
Quelqu’un te réveillera !

(Alexandre Blok)

 

 

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FLORENCE (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



Florence 1

FLORENCE

I
Meurs, Florence, ô Judas,
Disparais dans les ténèbres séculaires !
A l’heure de l’amour, je t’oublierai,
A l’heure de la mort, je ne serai pas avec toi !

O belle, moque-toi de toi-même,
Car tu as perdu ta beauté !
Un rictus putride, un rictus de mort
A défiguré tes traits !

S’égosillent tes automobiles,
Sont hideuses tes maisons,
A la jaune poussière européenne
Pourquoi donc t’es-tu livrée !

Dans la poussière, tintent les vélocipèdes,
Là, où le saint moine fut brûlé,
Là, où Léonard a su percer les ténèbres,
Où Fra Beato un rêve bleu a rêvé !

Tu réveilles les Médicis somptueux,
Tu piétines tes propres lis,
Mais tu ne sais pas te faire renaitre,
De la poussière, de la cohue des boutiques !

Le long gémissement nasillard de la messe
Et l’odeur de cadavre des roses dans tes églises,
Tout le poids de la tristesse séculaire,
Disparais donc dans les siècles purificateurs !

IV
Les pierres surchauffées brûlent
Mon regard enfiévré.
Les iris brumeux, dans la fournaise
Semblent vouloir s’envoler.

O tristesse sans issue,
Je te connais par coeur !
Dans le ciel noir de l’Italie
Je mire mon âme noire.

(Alexandre Blok)

 

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La jeune fille chantait dans le choeur de l’église (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2017



La jeune fille chantait dans le choeur de l’église
Pour tous les fatigués dans un lointain pays,
Pour tous les bateaux partis en mer,
Pour tous ceux qui ont oublié la joie.

Ainsi chantait sa voix, s’envolant vers les voûtes,
Ét un rayon de lumière sur son épaule dansait,
Et chacun la regardait émerger des ténèbres,
Ecoutait chanter sa robe blanche dans la nuit.

Et tous croyaient que la joie allait revenir,
Que les bateaux avaient un havre sûr atteint,
Qu’en pays étranger, les hommes las et seuls,
Une vie claire et sereine avaient enfin trouvée.

Et douce était la voix, brillant le rayon de lumière,
Et seul, là-haut, près de la Porte sacrée,
Pleurait l’enfant participant aux Mystères,
Pleurait parce que personne ne reviendrait jamais !

(Alexandre Blok)

 

 

 

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La Chanson d’Ophélie (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Arthur Spear
    
La Chanson d’Ophélie

Hier, il m’a dit tant de mots,
Murmuré tant de mots terribles…
Il partit par la route chagrine
Et moi, ce que fut la veillée —
je l’ai oublié.

Était-ce hier — ou longtemps?
Pourquoi est-il silencieux?
Je n’ai pas retrouvé mes lys dans le champ,
Je n’ai pas cherché le saule —
Le saule pleureur.

Hier encore! C’est à moi, pourtant,
Que ces mots s’adressaient — ces baisers…
Je ne sais, j’oublierai — je tairai,
Ce que murmuraient les rives —

murmuraient les rives.
pans chaque brin d’herbe je voyais
Son visage chéri, et terrible…
ll suivit le même sentier
par où s’en alla le passé —

s’en alla le passé…
Dans les champs me suis réfugiée,
Et s’en est allé le chagrin.
Était-ce hier — ou longtemps?
C’est à moi que s’adressaient ces mots, ces baisers —
et tous ces baisers.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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L’énigme en lettres de feu (Alexandre Blok)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Boyan Dimitrov
    

L’énigme en lettres de feu
S’écrit sur le mur orbe et sourd.
Un songe de pavots rouge et or
Se penche sur moi et m’oppresse.

La nuit je me cache dans les grottes,
Où j’oublie les austères miracles,
À l’aube — des chimères bleues
Miroitent sous la voûte éclatante.

Je fuis dans les instants passés,
J’ai peur et je ferme les yeux,
Au milieu du livre qui froidit —
Une tresse d’or de jeune fille.

Déjà le firmament se penche,
Un songe noir m’étreint la poitrine.
Ma fin est écrite, elle est proche,
Là-devant — la guerre et l’incendie.

(Alexandre Blok)

 

Recueil: Le Monde terrible
Traduction:Pierre Léon
Editions: Gallimard

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LA CONSCIENCE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Xing Jianjian 
    
LA CONSCIENCE

Est-ce toi dans cette petite vie
Dans l’intérieur si mal tenu de ma poitrine
Tu fais si peu de bruit que je crains de te perdre
Et tu passes sur moi comme une main mouillée
Je peux t’abandonner comme au cours d’un voyage
On oublie dans un lit d’hôtel ou d’un meublé
Une fatigue de dix ans un corps maussade
Malgré moi je saurai bien te retrouver
Au détour d’un jour creux et doux comme une ruine
Dans l’avenue trop courte où mes jours sont comptés
Car j’ai besoin de toi comme l’enfant prodige
Ballotté dans les draps brûlants de la pensée
Se réveille en criant c’en est trop du vertige
Un peu d’eau douce
Dans cette grande solitude salée
Je saurai te donner toujours la préférence
Ce peu de moi si loin de moi qui me revient
Épousé par tant d’angles durs de murs atroces
Cette balle sanglante et triste comme un poing.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Comme un oiseau dans la tête
Traduction:
Editions: Points

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Déjà je ne trouve plus ton visage… (Hélène Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Illustration: Edward Hopper
    
Déjà je ne trouve plus ton visage…

Déjà je ne trouve plus ton visage
Qui dérive sous l’épaisseur des jours
Et déjà ta voix m’arrive si basse
Que je ne sais plus écouter ton chant
Me faudra-t-il oublier ton image
Me perdre sans toi dans une autre nuit
Pour qu’au fond de l’ombre et de la souffrance
Naisse le printemps qui nous est promis.

Tu m’es revenu ce matin
Le soleil est sur la maison
Si je savais le retenir
Dans la corbeille d’un beau jour
Peut-être viendrais-tu parfois
Faire halte au milieu de ta nuit
Et dormir encore avec moi
Dans la paille de ses rayons.

Il y avait tant de silence
Tant de présence dans cette chambre
Toutes les lampes
Sur nos lèvres le même sourire
Que lorsqu’Elle est venue vers toi
Elle avait le visage du printemps.

Je sais que tu m’as inventée
Que je suis née de ton regard
Toi qui donnais lumière aux arbres
Mais depuis que tu m’as quittée
Pour un sommeil qui te dévore
Je m’applique à te redonner
Dans le nid tremblant de mes mains
Une part de jour assez douce
Pour t’obliger à vivre encore.

(Hélène Cadou)

 

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Je n’ai pas oublié (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 décembre 2017



Je n’ai pas oublié cette maison d’école
Où je naquis en février dix-neuf cent vingt
Les vieux murs à la chaux ni l’odeur du pétrole
Dans la classe étouffée par le poids du jardin

(René Guy Cadou)

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