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SANS MÉTAPHORE (Kazue Shinkawa)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



 

Ana Cruz  Fruit-defendu

SANS MÉTAPHORE
HIYU DE NAKU

Les pêches après avoir mûri tombent : comme l’amour
L’incendie des dépôts des quais s’éteint : comme l’amour
Les matins du septième mois s’engourdissent : comme l’amour
Le porc dans la maison d’un pauvre tenancier maigrit : comme l’amour

Oh!
Sans métaphore
Moi l’amour
L’amour cette chose je la cherchais et

Des choses comme l’amour
J’en ai rencontré je ne sais combien mais
Elles ne pouvaient s’accrocher à moi
Pas plus qu’à un fétu de paille flottant sur la mer,
dans la paume de cette main

Aussi moi ai-je essayé de parler d’une autre façon
Mais après tout là également l’amour était une métaphore

L’amour : gouttes sucrées qui tombent une à une des pêches
L’amour : incendie des dépôts des quais poudre à explosion
flamme qui se dresse verticalement
l’amour : matins étincelants du septième mois
l’amour : un cochon qui grossit tout rond

Il me ferma la bouche avec ses lèvres
Et me prit dans ses bras cet homme
Ténèbres d’un parc Feuilles des arbres qui embaument Jet d’eau qui jaillit
Dans tous les sens c’était comme l’amour dans tous les sens

Les heures ont passé par-dessus les heures seules
Elles portaient une lame parfaitement aiguisée sur ma joue
Elles ont fait couler du sang

(Kazue Shinkawa)

Illustration: Ana Cruz

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MANÈGE (René de Obaldia)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



MANÈGE

Les chevaux de bois sont pas tous en bois
Les petits cochons vont pas tous en rond.

La dernière fois
Le cheval de bois
Que j’avais monté
Voulait m’renverser.
J’ai pris son oreille
Je lui ai mordu
Le sang de l’oreille
Je lui ai tout bu.
Alors il m’a dit :
« Pourquoi tu m’fais mal ?
Je n’suis qu’un cheval
Tu n’es pas gentil. »
Et il m’a promis
Que quand je voudrais
Il m’emporterait
Jusqu’au Paradis !

Le petit cochon
Aux yeux de cochon
Que j’avais monté
Un beau jour d’été
Voulait s’échapper
Des autres cochons.
Il courait si vite
Qu’il faillit me tuer,
Ça sentait les frites
De tous les côtés !
Mais j’tirai si fort
Sur sa queue en or
Qu’elle me resta
Entre les dix doigts.
Je l’ai rapportée
L’soir, à la maison,
Ça sert aux diners
Comme tire-bouchon.

Les chevaux de bois sont pas tous en bois
Les petits cochons vont pas tous en rond.

(René de Obaldia)

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Le jour est passé. Je l’ai vu passer (Israël Eliraz)

Posted by arbrealettres sur 21 juillet 2017



Le jour est passé. Je l’ai vu passer
sur le mur de la vieille maison, derrière la fenêtre.
Passé le jour.

Penser et repenser à toi : mais quoi ?
à ce que j’écris ici sur toi.

Je dois parler de moi à toi.
Le silence est inutile.
Te verrai-je demain ?

Tu es à nouveau avec moi derrière la fenêtre
remplie de feuilles. À la vue de mon corps tu commences
doucement à voir ton corps.

Ce qui passe n’est pas seulement l’hiver.
Le jour passe, meurt dans la fenêtre, je l’ai vu
passer, passé le jour.

(Israël Eliraz)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Charles Dwyer

 

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Adieux à la Sirène (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 juillet 2017



    Illustration: Victor Nizovtsev
    
Adieux à la Sirène

Je t’ai gardée, auprès de moi, toute une nuit…
Et maintenant retourne à la mer, ma Sirène !
Vers la mer, tour à tour menaçante ou sereine,
Car ton front se détourne et mon regard te fuit…

Retourne à cette mer toujours renouvelée,
Vers laquelle en secret ton songe amer revient,
Qui t’a bercée, et qui t’appelle et te retient,
Grande comme les cieux, et, comme eux, étoilée !

Toi que mes yeux en pleurs ne reverront jamais,
Qui ne peux habiter la maison chaude et tendre
Où fut notre bonheur, qui ne peux plus m’entendre,
Va, plonge dans les flots, Sirène que j’aimais !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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INSOMNIE (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 17 juillet 2017



INSOMNIE

Je dis : ma Mère. Et c’est à vous que je pense, ô Maison!
Maison des beaux étés obscurs de mon enfance, à vous
Qui n’avez jamais grondé ma mélancolie, à vous
Qui saviez si bien me cacher aux regards cruels, ô
Complice, douce complice ! Que n’ai-je rencontré
Jadis, en ma jeune saison murmurante, une fille
A l’âme étrange, ombragée et fraîche comme la vôtre,
Aux yeux transparents, amoureux de lointains de cristal.
Beaux, consolants à voir dans le demi-jour de l’été !
Ah ! j’ai respiré bien des âmes, mais nulle n’avait
Cette bonne odeur de nappe froide et de pain doré
Et de vieille fenêtre ouverte aux abeilles de juin !
Ni cette sainte voix de midi sonnant dans les fleurs !
Ah ces visages follement baisés ! ils n’étaient pas
Comme le vôtre, ô femme de jadis sur la colline !
Leurs yeux n’étaient pas la belle rosée ardente et sombre
Qui rêve en vos jardins et me regarde jusqu’au cœur
Là-bas, au paradis perdu de ma pleureuse allée
Où d’une voix voilée l’oiseau de l’enfance m’appelle,
Où l’obscurcissement du matin d’été sent la neige.
Mère, pourquoi m’avez-vous mis dans l’âme ce terrible,
Cet insatiable amour de l’homme, oh ! dites, pourquoi
Ne m’avez-vous pas enveloppé de poussière tendre
Comme ces très vieux livres bruissants qui sentent le vent
Et le soleil des souvenirs et pourquoi n’ai-je pas
Vécu solitaire et sans désir sous vos plafonds bas.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration: Remedios Varo Uranga

 

 

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La cuisine est si calme (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



 

La cuisine est si calme
En ce matin d’avril
Qu’un reste de grésil
Rend plus dominical.

Le printemps, accoudé
Aux vitres, rit de voir
Son reflet dans l’armoire
Soigneusement cirée.

Les chaises se sont tues.
La table se rendort
Sous le poids des laitues
Encor lourdes d’aurore.

Et à peine entend-on,
Horloge familière,
L’humble cœur de ma mère
Qui bat dans la maison.

(Maurice Carême)

 

 

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VOLUPTE (Camille Lemercier d’Erm)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



   Illustration: Jolly Koh
    
VOLUPTE

Rentrons à la maison du Bonheur ! Le soir pleut.
Ma bouche a la douceur de ton édredon bleu
Et de ta houppe en duvet blanc comme ton âme;
Ma lèvre a la douceur des horizons de flamme
Où passent des nuages roux, fauve bétail ;
Ma langue a la douceur des plumes d’éventail
Dont j’agace tes seins fiers de leurs pointes roses,
La douceur des jours gris et des neiges moroses
Des neiges que le couple attendri des amants
Voit tomber sur les toits douloureux et fumants,
Comme l’effloraison du verger des étoiles ;
Ma langue a la douceur flottante de tes voiles,
La douceur de tes cils longs comme des cheveux
Et la douceur de tes impudiques aveux.
Ma langue te sera plus douce qu’un poème.
Plus douce que ton bain parfumé d’ambre, et même
Plus douce que mon cœur mûri comme un fruit lourd ;
Ma bouche te sera plus douce que l’amour.
Et ma bouche est à loi, ma divine maîtresse !
Ta chair voluptueuse ignore sa caresse.

(Camille Lemercier d’Erm)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Chaque nuit, sur la maison de verre (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 7 juillet 2017



Chaque nuit, sur la maison de verre,
vole cette balbutiante poussière d’homme
entre notre sommeil et le fracas des étoiles.

(Jean Joubert)


Illustration: Sabin Balasa

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Il y a un charme, par exemple, dans chaque coquillage (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 3 juillet 2017



Les murs ne tombent pas
[4]

Il y a un charme, par exemple,
dans chaque coquillage :

continue, la poussée marine
n’a aucune prise sur le corail,

os, pierre, marbre
taillés du dedans par cet artisan,

le coquillage :
huître, palourde, mollusque

est maître-maçon concevant
la merveille de pierre :

pourtant cet ermite flasque, amorphe
en dedans, comme la planète

ressent le fini,
il limite l’orbite

de son être, sa maison,
temple, fanum, lieu saint :

il déverrouille les portails
à intervalles fixes :

poussé par la faim,
il s’ouvre au flot de la marée :

mais l’infinité ? non,
de rien-de-trop :

je sens ma propre limite,
mes dents de nacre se referment

devant l’invasion du poids
illimité de l’océan ; l’eau infinie

ne peut me briser, oeuf en coquille ;
cercle fermé, complet,

immortel, je connais la force brutale
de la marée, de l’étale

tout autant que la lune ;
l’obscurité de pieuvre

est impuissante devant
sa froide immortalité ;

ainsi je sais à ma façon
que la baleine

ne peut me digérer:
sois ferme dans ta petite orbite statique,

limitée, et les dents de requin
des circonstances externes

te recracheront :
sois indigeste, dure, résistante,

pour que, vivant au- dedans,
tu engendres, soi-hors-du-soi,

altruiste,
cette perle-de-grand-prix.

***

There is a spell, for instance,
in every sea-shell:

continuous, the sea thrust
is powerless against coral,

bone, stone, marble
hewn from within by that craftsman,

the shell-fish:
oyster, clam, mollusc

is master-mason planning
the stone marvel:

yet that flabby, amorphous hermit
within, like the planet

senses the finite,
it limits its orbit

of being, its house,
temple, fane, shrine:

it unlocks the portals
at stated intervals:

prompted by hunger,
it opens to the tide-flow:

but infinity? no,
of nothing-too-much:

I sense my own limit,
my shell jaws snap shut

at invasion of the limitless,
ocean-weight; infinite water

can not crack me, egg in egg-shell;
closed in, complete, immortal

full-circle, I know the pull
of the tide, the lull

as well as the moon;
the octopus-darkness

is powerless against
her cold immortality;

so I in my own way know
that the whale

can not digest me:
be firm in your own small, static, limited

orbit and the shark jaws
of outer circumstance

will spit you forth:
be indigestible, hard, ungiving,

so that, living within,
you beget, self-out-of-self,

selfless,
that pearl-of-great-price.

(Hilda Doolittle)

Illustration: Vladimir Kush

 

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Je rame (Henri Michaux)

Posted by arbrealettres sur 30 juin 2017



Illustration: André Clouâtre
    
L’ivresse ne te quitte plus
Te couche à gauche
Te couche à droite
Te couche sur le sol pierreux du chemin
Je rame
Je rame
Je rame contre tes jours

Dans la maison de la souffrance tu entres

Je rame
Je rame
Sur un bandeau noir tes actions s’inscrivent
Sur le grand oeil blanc d’un cheval borgne
roule ton avenir

JE RAME

(Henri Michaux)

 

Recueil: Face aux verrous
Editions: Gallimard

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