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Posts Tagged ‘crucifier’

MARAIS DE YEUN ELEZ (Xavier Grall)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2019



 

MARAIS DE YEUN ELEZ

MARAIS DE YEUN ELEZ

Parmi les chiens bleus
je partirai sans dire rien
dans les marais de Yeun Elez

Je laisserai glisser toute chair
dans la terre triste de Botmeur
les larmes lisseront pierres

Je partirai sans maudire rien
muet, inutile, sans paupières
dans l’inutilité des tourbes

Lasses sont les âmes
de trop aimer sans recevoir
fourbues les pluies de féconder rien

Peuple errant des maudits
crapauds clabaudant aux étangs
sonnent les glas à Brennilis

Passion selon l’Ankou
les poètes aux enfers descendent
fous les vents sur les collines

Dans les marais de Yeun Elez
l’archange ne répond pas aux mourants
crient les landes à minuit

Plaisirs mauvais qui me crucifient
c’est fini, je m’en vais aux marais
traînant ma plainte et ma légende

(Xavier Grall)

 

 

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FLEURS DE CARÊME (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018




    
FLEURS DE CARÊME

Primerose, anémone, mousse et campanule
Poussent au royaume de la croix

Et le bourgeon pourpre du frêne
Dresse l’épée qui verse Son sang.

Les épines qui percent Son front,
De tendres pétales les entourent

Car dans chaque fleur réside le secret
De l’arbre qui crucifie.

Jardin près de l’eau claire
Tous ceux qui entrent ici doivent mourir !

***

LENTEN FLOWERS

Primrose, anemone, bluebell, moss
Grow in the kingdom of the cross

And the ash-tree’s purple bud
Dresses the spear that sheds his blood.

With the thorns that Pierce his brow
Soft encircling pelais grow

For in each flower the secret lies
Of the tree that crucifies.

Garden by the water clear
All must die that enter here !

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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La chouette (Pierre Garnier)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018



Illustration
    
la chouette, visage humain

les étoiles aussi sont nocturnes.

le soir on entend la note claire
du hibou petit duc
invisible
comme Dieu.

naguère les paysans
les crucifiaient aux portes des granges.
elles étaient, prétendaient-ils,
de mauvais augure.

On l’avait dit aussi du Christ

(Pierre Garnier)

 

Recueil: Ornithopoésie
Traduction:
Editions: Des Vanneaux

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UNE VOIX VENUE DE L’OLIVERAIE (Mahmoud Darwich)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018




    
UNE VOIX VENUE DE L’OLIVERAIE

L’écho est venu de l’oliveraie.
J’étais crucifié sur le feu
Et je disais aux corbeaux : Ne me dévorez pas.
Je pourrais rentrer à la maison,
Le ciel pourrait pleuvoir,
Et il pourrait…
Éteindre ce bois carnassier!

Un jour je descendrai de ma croix.
Mais alors, comment
Rentrer chez moi, nu et nu-pieds ?

(Mahmoud Darwich)

 

Recueil: La terre nous est étroite
Traduction: Elias Sanbar
Editions: Gallimard

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MALGRÉ TOUT (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2018




    

MALGRÉ TOUT

Traîne-moi avec des chaînes sur les pierres
Enfonce les torrents et les mers dans ma gorge
Comme un coquelicot mets ton fer sur ma gorge
Fais chanter mes genoux dans l’étau des murailles
Blanchis mes os comme un chien du désert
Porte mon crâne à deux mains lampe brisée
Allume-moi torche vivante aux carrefours
Crucifie-moi à la voilure des navires
Aux fenêtres des maisons en partance
O flamme lèche-moi comme une poutre basse
Ecrase-moi de tout ton poids triste saison
Recouvre-moi de feuilles mortes
Je ne parlerai pas
Je ne sais pas ce que tu veux me faire dire
Je suis innocent de tous mes crimes
Je suis fermé à la parole
Je suis un grand silence qui bouge
Je n’ai pas à te rendre compte de mon amour.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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Ma main d’avoir touché ton corps (Alain Borne)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2017




    
Ma main d’avoir touché ton corps
saura-t-elle mieux écrire.

Les mêmes heures
sonnent dans le même air
et de nouveau nous voici séparés
par elles et par lui.

Mais le souvenir de ton approche
est une encre nouvelle
à laquelle sans cesse je reviendrai
afin d’étendre devant moi
une autre lumière et une autre ombre.

Mais mon désir de toi
est une nébuleuse
où je trie déjà des étoiles neuves.

Mais la promesse de ton corps
me crucifie avant de me fleurir
et c’est avec ton léger fantôme
que je couche ici déjà
de plume et de pensée.

(Alain Borne)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Curandera

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Dehors c’est un couchant (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    
Dehors c’est un couchant, sombre joyau
enchâssé dans le temps,
et une profonde ville aveugle
de ne pas t’avoir vue.
Le soir se tait ou chante.
Quelqu’un libère les désirs
que le piano crucifiait.
Sans cesse, la multitude de ta beauté.

(Jorge Luis Borges)

 

Recueil: L’or des tigres
Traduction: Ibarra
Editions: Gallimard

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Accablé (Adonis)

Posted by arbrealettres sur 1 novembre 2017



Illustration: Andrew Murray
    
Accablé par les blessures, par la nuit, ligoté
Dans mes doutes, livré à ma flamme
Je loue ma migration en toi, dans ta nudité
Dans le secret de ta toute-puissante faiblesse
Nul choix : entre ma liberté et toi
Je vis dans la félicité
Crucifiée sur mes remparts

(Adonis)

 

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Idylle ancienne (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 10 juillet 2017



Idylle ancienne

Nous vivions dans la légèreté
Et empruntions des routes intérieures
Qui menaient jusqu’au fond de nous-mêmes

Je voyais dans ton regard
Le paysage qui était derrière moi
Avec tout le sable de la plage
Et toutes les vagues de la mer
Ou toute l’herbe de la campagne
Avec le ruisseau qui reflétait le profil de ton sein
Et le ciel qui prenait la couleur de tes yeux

Nous nous cachions derrière les buissons
Qui étaient animés d’une vie mystérieuse
Qui nous poussait l’un vers l’autre dans un élan charnel

Les cheveux dans le vent comme une crinière
Ton corps galopait dans le pré
Je le poursuivais avant de l’atteindre
Pour le rouler dans l’herbe épaisse
Et le crucifier sur la roue de mon désir

Maintenant je me glisse sur la perspective
Jusqu’au bout de la digue que la mer asperge
Où nous connûmes cet amour inextinguible
Ton image se cache toujours au fond du miroir
De la chambre que tu occupas
Dans ce café du port où venaient tous les marins

Le soir ferme ses paupières sur le regard du jour
Mais où est le souvenir des échos disparus ?

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Jean-Baptiste Valadié

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Le complice (Jorge Luis Borges)

Posted by arbrealettres sur 23 juin 2017



 

Le complice

On me crucifie et je dois être la croix et les clous,
On me tend la coupe et je dois être la ciguë.
On me trompe et je suis le mensonge.
On me brûle et je dois être l’enfer.
Je dois rendre grâce et hommage à chacun des instants du temps.
Ma nourriture, c’est toutes les choses.
Le poids précis de l’univers, l’humiliation, l’allégresse.
Je dois justifier ce qui me blesse.
Qu’importe mon bonheur ou mon malheur.
Je suis le poète.

(Jorge Luis Borges)

Illustration: Misha Gordin

 

 

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