Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘griser’

Regardons-le (André Durand)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019


Arbre-oiseau

Il s’est posté sur la plus haute feuille
pour en toiser le monde:
il est à peine plus gros qu’un insecte,
ses ailes dont il se grise laissent encore
passer du jour, son jaune est frais sorti de l’oeuf:
regardons-le avant qu’il ne ressemble à tout.

(André Durand)

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ÉLÉGIE (Alexandre Pouchkine)

Posted by arbrealettres sur 28 novembre 2018



Alexandre Pouchkine
    
ÉLÉGIE

La défunte gaieté des années de folie
me pèse au cœur comme un vin mal cuvé.
Mais, tel le vin, les chagrins d’autrefois
en vieillissant sont en moi plus puissants.
Morne voie que la mienne.
Je ne vois que labeurs et malheurs
sur les eaux troubles de l’avenir.

Et pourtant, mes amis, je ne veux pas mourir.
Je veux vivre. Et penser, et souffrir;
je le sais bien, des jouissances viendront
se mêler aux émois, aux chagrins, aux soucis,
des sons harmonieux reviendront me griser,
un poème entrevu m’arrachera des larmes ;
et peut-être qu’au temps douloureux de l’adieu
l’amour fera sur moi rayonner son sourire.

(Alexandre Pouchkine)

 

Recueil: Poésies
Traduction: Louis Martinez
Editions: Gallimard

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LA SOIF DE VIVRE (Jean de la Ville de Mirmont)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2018



LA SOIF DE VIVRE

Sur la ville endormie et sa paisible rue,
L’odeur des prés fauchés dans la campagne, au loin,
L’odeur nocturne, dont toute l’ombre est émue,
M’enveloppe et pénètre en moi, me grise au point
Que je ne puis dormir et reste dans l’attente
De je ne sais quel mal dont mon âme a besoin,
Car ce soir est trop doux et la douleur me tente.

Je désire la vie éparse en ce moment
Où tant de joies et tant de plaintes ignorées
Se mêlèrent au souffle égal et pur du vent
Qui vient mourir ici aux rideaux des croisées.

(Jean de la Ville de Mirmont)

Illustration: René Magritte

 

 

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Désir d’Amour (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 4 août 2018



Illustration: Carole Cousseau
    
Désir d’Amour

JE voudrais te dire des choses
Que nulle oreille n’entendit
Et sur ton sein cueillir les roses
Que nul encore ne cueillit

Pour tes yeux pleins de lueurs chaudes
Pour ton corps aux parfums subtils
Je voudrais trouver dans mes rôdes
Parmi la nuit d’autres myrtils

Car je sais qu’aucun homme encore
N’a goûté ton hautain baiser
O ton baiser ! le faire éclore
Sur tes lèvres, ô me griser !

(Renée Vivien)

 

Recueil: Dans un coin de violettes
Editions: E. SANSOT & Cie

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MÉLODIES (Patricia Ruiz-Gamboa)

Posted by arbrealettres sur 25 juillet 2018



Illustration: Stefan Blöndal
    
MÉLODIES

Au clavier des jardins je joue des symphonies,
Où le chant du rossignol grisé par la pluie,
A la couleur de ces lointaines et pures folies,
Qui tourbillonnent en grappes et ont le goût des fruits.

Au clavier de la vie j’invente des mélodies,
Où le ciel dévoile son lamento aux aurores,
Aux vagues du silencieux, au marbre de la nuit,
Qui, tel un velours sombre cache aux yeux mille trésors.

Au clavier des étangs je pleure assez souvent,
Quand mes mains engourdies brassant des gerbes folles,
Jouent encore et toujours le leitmotiv du vent,
Et que jaillit de l’aube un rire creux et frivole.

Au clavier de l’amour, passion et frénésie,
Cristal et jade purs d’un merveilleux tableau,
Je m’envole avec toi vers un bleu paradis,
Et j’en oublie mes doigts torturant le piano.

(Patricia Ruiz-Gamboa)

 

Recueil: Concerto pour une plume
Traduction:
Editions: ARCAM

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Le bateau rose (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2018



Illustration: Georges Jeanclos
    
Le bateau rose

Je m’embarquerai, si tu le veux,
Comme un gai marin quittant la grève,
Sur les flots dorés de tes cheveux,
Vers un paradis fleuri de rêve.

Ta jupe flottante au vent du soir
Gonflera ses plis comme des voiles,
Et quand sur la mer il fera noir,
Tes grands yeux seront mes deux étoiles.

Ton rire éclatant de vermillon
Fera le fanal de la grand’hune.
J’aurai ton ruban pour pavillon
Et ta blanche peau pour clair de lune.

Nos vivres sont faits et nos boissons
Pour durer autant que le voyage.
Ce sonts des baisers et des chansons
Dont nous griserons tout l’équipage.

Nous aborderons je ne sais où,
Là-bas, tout là-bas, sur une grève
Du beau pays bleu, sous un ciel fou,
Dans le paradis fleuri de rêve.

(Jean Richepin)

 

 

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Les aventures du coeur (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 22 juin 2018



Elle est ignorante et libre,
Et sa candeur la défend.
Elle a tout, accent qui vibre,
Chanson triste et rire enfant,

Tout, le caquet, le silence,
Ces petits pieds familiers
Créés pour l’invraisemblance
Des romans et des souliers,

Et cet air des jeunes Èves
Qu’on nommait jadis fripon,
Et le tourbillon des rêves
Dans les plis de son jupon.

Cet être qui nous attire,
Agnès cousine d’Hébé,
Enivrerait un satyre,
Et griserait un abbé.

Devant tant de beautés pures,
Devant tant de frais rayons,
La chair fait des conjectures
Et l’âme des visions.

Au temps présent l’eau saline,
La blanche écume des mers
S’appelle la mousseline;
On voit Vénus à travers.

Le réel fait notre extase;
Et nous serions plus épris
De voir Ninon sous la gaze
Que sous la vague Cypris.

Nous préférons la dentelle
Au flot diaphane et frais;
Vénus n’est qu’une immortelle;
Une femme, c’est plus près.

Celle-ci, vers nous conduite
Comme un ange retrouvé,
Semble à tous les coeurs la suite
De leur songe inachevé.

L’âme admire, enchantée
Par tout ce qu’a de charmant
La rêverie ajoutée
Au vague éblouissement.

Quel danger!on la devine.
Un nimbe à ce front vermeil!
Belle, on la rêve divine,
Fleur, on la rêve soleil.

Elle est lumière, elle est onde,
On la contemple. On la croit
Reine et fée, et mer profonde
Pour les perles qu’on y voit.

Gare, Arthur! gare, Clitandre!
Malheur à qui se mettait
À regarder d’un air tendre
Ce mystérieux attrait!

L’amour, où glissent les âmes,
Est un précipice; on a
Le vertige au bord des femmes
Comme au penchant de l’Etna.

On rit d’abord. Quel doux rire!
Un jour, dans ce jeu charmant,
On s’aperçoit qu’on respire
Un peu moins facilement.

Ces feux-là troublent la tête.
L’imprudent qui s’y chauffait
S’éveille à moitié poète
Et stupide tout à fait.

Plus de joie. On est la chose
Des tourments et des amours.
Quoique le tyran soit rose,
L’esclavage est noir toujours.

On est jaloux; travail rude!
On n’est plus libre et vivant,
Et l’on a l’inquiétude
D’une feuille dans le vent.

On la suit, pauvre jeune homme!
Sous prétexte qu’il faut bien
Qu’un astre ait un astronome
Et qu’une femme ait un chien.

On se pose en loup fidèle;
On est bête, on s’en aigrit,
Tandis qu’un autre, auprès d’elle,
Aimant moins, a plus d’esprit.

Même aux bals et dans les fêtes,
On souffre, fût-on vainqueur;
Et voilà comment sont faites
Les aventures du coeur.

Cette adolescente est sombre
À cause de ses quinze ans
Et de tout ce qu’on voit d’ombre
Dans ses beaux yeux innocents.

On donnerait un empire
Pour tous ces chastes appas;
Elle est terrible; et le pire,
C’est qu’elle n’y pense pas.

(Victor Hugo)


Illustration: Myrtille Henrion Picco

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Paméla (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



 

Illustration: Yann Rivron
    
Paméla
Tango chanté

1
À Séville,
Belle ville,
Plus tranquille
Qu’à Bell’ ville
L’ beau Dédé fait travailler sa belle.
Aux «Señors» amoureux qui l’appellent
Elle vend
Pour de l’argent
Son beau corps ardent;
Plus félin’ qu’une Espagnole
Ell’ les affole,
Si bien qu’un jour,
Pâmé d’amour,
Don Pedro creva comme un tambour!

Refrain
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou,
Et tes soeurs
Dans leurs ardeurs
Les plus grisantes
A leurs possesseurs
Paraissent languissantes;

2
Paméla, tes yeux vainqueurs
Percent tous les coeurs
Paméla, ton corps pervers
Est comme un enfer!
Paméla, poupée d’amour
Née dans nos faubourgs,
Tu es le plus beau bijou
De l’Andalou
Un Alcade
De Grenade
En balade,
Par bravade,
Voulut voir la fameuse hétaïre
Se vantant qu’ell’ ne pourrait l’ séduire,
Mais devant
Ce corps troublant
Il tomba dément,
Et depuis ce jour fatal
D’vint radical
Si bien qu’un jour,
Grisé d’amour,
Il creva Alphons’ comme un tambour!

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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FÊTE (Jean-Louis Chrétien)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2018



Illustration: Guy Leroy
    

FÊTE

il est tard la fumée des feux d’herbe
sait mieux que nous le tourbillon des gestes
ce vin nous grise que le vent verse

je dessine avec de feints mystères
l’horoscope des pierres qui sont là
elles se font planètes nous tournons

au son soudain de ses aigres guitares
la pluie si nue que j’ai peine à la voir
saura-t-elle reconduire les lieux

(Jean-Louis Chrétien)

 

Recueil: Entre Flèche et Cri
Traduction:
Editions: Obsidiane

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ART POÉTIQUE (René Guy Cadou)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2018




    
ART POÉTIQUE

Quand ce sera la nuit
Et toi tout seul dans une limousine
Quelque part sur une route de forêt
Quand ce sera nuit noire
Ô mon poète aie garde d’allumer tes phares
Appuie de toutes tes forces sur le champignon de la beauté
Sans rien savoir
Et sans souci du flot battant ton pare-brise
Enfonce-toi comme un noyé dans la nuit rageuse qui grise

Tu as perdu la direction
Le Nord l’étoile les feux de position
Et tu sens soudain un grand choc
Tu es couché tout près de toi dans la verdure
Tu es comme mille petits trous de serrure
Qui regardent dans ta tête éclatée
Les éléments épars de la beauté

Et qui viendrait te chercher là
Quand tu disposes de toi-même
Secrètement pour un destin
Qui ne peut plus te laisser seul
N’appelle pas
Mais entends ce cortège innombrable de pas.

(René Guy Cadou)

 

Recueil: Poésie la vie entière
Traduction:
Editions: Seghers

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