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Poésie

Posts Tagged ‘iriser’

CREPUSCULE ANTIQUE (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



CREPUSCULE ANTIQUE

Le jet d’eau, derrière le palais mort
Jaillit et grandit, et s’élève et pleure —
Et les gouttes dans le soir tombent, meurent,
En s’irisant de bleu, de sang et d’or.

Sur l’eau une file de cygnes blancs…
Le parc emprunte au lac son tendre rêve,
Le couchant pare les cygnes, sans trêve
Les irisant de bleu, d’or et de sang.

Les sculptures gisent là, tristement,
Rêvant dans leur blancheur et elles pleurent
Et le couchant les colore en cette heure
Les irisant de bleu, d’or et de sang.

(George Bacovia)

Illustration: Patricia Blondel

 

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Essor (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 15 octobre 2018



Essor

Par un sentier grimpant sous les cytises
j’ai débouché sur un pré de scabieuses
et aperçu sur la rosée qu’irise
le jour naissant, prête à l’essor, la buse.

Je me suis allongé pour ne plus voir
des arbres que leur cime et ne savoir
des vivants que leur cœur quand le langage
en confie la rumeur au vent sauvage.

(Jean Grosjean)


Illustration

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Le poëme de la femme (Théophile Gautier)

Posted by arbrealettres sur 7 avril 2018



Illustration: Auguste Clésinger
    
Le poëme de la femme
Marbre de Paros

Un jour, au doux rêveur qui l’aime,
En train de montrer ses trésors,
Elle voulut lire un poème,
Le poème de son beau corps.

D’abord, superbe et triomphante
Elle vint en grand apparat,
Traînant avec des airs d’infante
Un flot de velours nacarat :

Telle qu’au rebord de sa loge
Elle brille aux Italiens,
Ecoutant passer son éloge
Dans les chants des musiciens.

Ensuite, en sa verve d’artiste,
Laissant tomber l’épais velours,
Dans un nuage de batiste
Elle ébaucha ses fiers contours.

Glissant de l’épaule à la hanche,
La chemise aux plis nonchalants,
Comme une tourterelle blanche
Vint s’abattre sur ses pieds blancs.

Pour Apelle ou pour Cléoméne,
Elle semblait, marbre de chair,
En Vénus Anadyomène
Poser nue au bord de la mer.

De grosses perles de Venise
Roulaient au lieu de gouttes d’eau,
Grains laiteux qu’un rayon irise,
Sur le frais satin de sa peau.

Oh ! quelles ravissantes choses,
Dans sa divine nudité,
Avec les strophes de ses poses,
Chantait cet hymne de beauté !

Comme les flots baisant le sable
Sous la lune aux tremblants rayons,
Sa grâce était intarissable
En molles ondulations.

Mais bientôt, lasse d’art antique,
De Phidias et de Vénus,
Dans une autre stance plastique
Elle groupe ses charmes nus.

Sur un tapis de Cachemire,
C’est la sultane du sérail,
Riant au miroir qui l’admire
Avec un rire de corail ;

La Géorgienne indolente,
Avec son souple narguilhé,
Etalant sa hanche opulente,
Un pied sous l’autre replié.

Et comme l’odalisque d’Ingres,
De ses reins cambrant les rondeurs,
En dépit des vertus malingres,
En dépit des maigres pudeurs !

Paresseuse odalisque, arrière !
Voici le tableau dans son jour,
Le diamant dans sa lumière ;
Voici la beauté dans l’amour !

Sa tête penche et se renverse ;
Haletante, dressant les seins,
Aux bras du rêve qui la berce,
Elle tombe sur ses coussins.

Ses paupières battent des ailes
Sur leurs globes d’argent bruni,
Et l’on voit monter ses prunelles
Dans la nacre de l’infini.

D’un linceul de point d’Angleterre
Que l’on recouvre sa beauté :
L’extase l’a prise à la terre ;
Elle est morte de volupté !

Que les violettes de Parme,
Au lieu des tristes fleurs des morts
Où chaque perle est une larme,
Pleurent en bouquets sur son corps !

Et que mollement on la pose
Sur son lit, tombeau blanc et doux,
Où le poète, à la nuit close,
Ira prier à deux genoux.

(Théophile Gautier)

 

Recueil: Émaux et Camées
Traduction:
Editions: Gallimard

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Final (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



 


    
Final

De même quand la vie laissée derrière
revient légère, à peine dans le pas
fugace de l’air, du nuage, du verre
qui au soleil irise son vide courbe,

de même, grissaille au lever du jour
ou ombre d’un oiseau sur le plafond,
et moins qu’image, que souvenir, survol
du baiser sur la bouche déjà oubliée,

j’assiste à ta naissance de l’absence,
auréole des jeux d’eau où tu t’amuses
avec l’enfance souple des reflets,

et à nouveau se hisse dans ce désert
ta dure essence qui me livre, amour,
à la vaine espérance du miroir.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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C’est l’heure exquise (Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



La lune blanche
Luit dans les bois;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…

Ô bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…

Rêvons, c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…

C’est l’heure exquise.

(Verlaine)

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C’est l’heure exquise (Paul Verlaine)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2017



La lune blanche
Luit dans les bois;
De chaque branche
Part une voix
Sous la ramée…

O bien-aimée.

L’étang reflète,
Profond miroir,
La silhouette
Du saule noir
Où le vent pleure…

Rêvons: c’est l’heure.

Un vaste et tendre
Apaisement
Semble descendre
Du firmament
Que l’astre irise…

C’est l’heure exquise.

(Paul Verlaine)

Illustration: ArbreaPhotos

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PUDEUR (Juana de Ibarbourou)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2016



PUDEUR

I.

Vous et moi, devant la face bleue de safre
De cette féerique après-midi,

Les mots restent noués, immobiles
Dans nos gorges d’adolescents émus.

Tout orange, le temps coule délicatement
A nos pieds,
Murmure, chuchote, rit, se tait,

Une rose fraîcheur tombe sur nos épaules
Prises dans les fines dentelles de la pudeur.

Tremblants, nous ne savons que faire
Des rêves enfermés dans nos mains.

II.

Fermons nos yeux, laissons le mystère du silence
Révéler au jour, dans la langue des dieux,
L’innocente poésie de nos âmes.

Que le soleil pur à la lumière d’or
Frôle nos cils
Pour rendre plus profonds nos regards !

Que les fioles des heures, pleines de couleurs,
Irisent et enluminent nos vies !

Ecoutons les chants que tissent
Avec tant de passion rouge
Les fleurs des lauriers-roses
Et les ailes joyeuses des oiseaux.

III.

Ainsi, avec les doux bruits de l’air
Et des herbes, à l’ombre des allées ouvertes sur l’infini,
S’écrit le livre essentiel de chaque cœur.

Ah, tous ces mots tus
Qui disent si clairement et avec tant de précision,
L’invisible désormais, l’impalpable empire
De l’amour.

***

PUDOR

I

Tu y yo, delante del rostro azul de safre
de esta tarde mágica.

Las palabras quedan anudadas, inmóviles
en nuestras gargantas de adolescentes conmovidos.

Aloque, el tiempo se hunde delicadamente
a nuestros pies,
murmura,, susurra , ríe, calla.

Una rosa fresca cae sobre nuestros hombros
asidos en los finos encajes del pudor.

Temblorosos, no sabemos que hacer,
los sueños se aprisionan en nuestras manos.

II

Cerremos nuestros ojos, dejemos el misterio del silencio
revelar al día, en la lengua de los dioses,
La poesía inocente de nuestras almas.

¡ Que el sol puro a la luz de oro
roce con nuestras pestañas
haciendo más profundas nuestras miradas!

¡ Qué los frascos de las horas, plenos de colores,
irisen e iluminen nuestras vidas!

Escuchemos los cantos que tejan
con tanta pasión roja
las flores de las adelfas
y las alegres alas de las aves.

III.

Así, con el dulce sonido del aire
yde las hierbas, a la sombra de las alamedas abiertas sobre el infinito,
se escribe el libro esencial de cada corazón.

Oh, todas estas palabras calladas
que dicen tan claramente y con tanta precisión,
el invisible, impalpable imperio
del amor.

(Juana de Ibarbourou)

Illustration: Fabienne Contat

 

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Les petites Maillol (Claude Adelen)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2016



Dans ces labyrinthes frais et verts
on voit les petites Maillol, fluviatiles,
océanes, antiques, l’Eté, Flore et Pomone
nues, ou drapées bien en chair, les fruits

Désirables qu’elles portent! Autre chose
que de la couleur, la forme des saisons,
autre chose que des mots, ou simplement un désir

De mots. Comme si ventre, seins et bras
et offrande de pomme ou d’orange
étaient matière de souffle et fougue du jour d’été
qui ébouriffe et irise les jets d’eau.

Dans le bronze ou le plomb
ces formes lisses de fesses,
cuisses et seins,
et l’asile obscur des bras
où parfois rêve un visage

Qui n’est visage de personne,
ou tête pensive dans la paume,
la Méditerranée et la Nuit. Oublieuses,
nues dans le sommeil noir des mots,
cette couleur étrangère
qu’ont les yeux fermés, cette couleur d’oubli

Qui coule de l’été dans les plis secrets
du coude et de l’aine,
dans l’entrejambe et l’absence de sexe,
là où rien ne parle, la source,
la bouche d’énigmes.

La Douleur, solitaire,
masse de femme, opulente, inaccessible,
au milieu de la pelouse.

Sur la surface lisse déroulée
dans la lumière du soir presque irréelle
et que laque un soleil acrylique de cinq heures,
autour de l’étrangère qui s’est assise là,

Claudiquent les étourneaux comme un seul geste,
en tout sens. Quelle calligraphie trempe
dans l’encre de chine ces porte-plume?
quelle main invisible guide leurs becs avides?
ils sautillent, ils crient,

Sur l’herbe de soie ils écrivent
la douleur, l’incompréhensible idéogramme.

Grâces mille neuf cent, sculpturales garces!
« C’te grosse vache de Vénus »
tandis que la Baigneuse relève
pour le bain de minuit son chignon,
d’autres, des vivantes

Des loquaces en robes blanches
agitent leurs mains
bagues qui scintillent dans le soir,
(et leurs autres étoiles secrètes),

Elles passent, ces alertes, ces éphémères,
le portable à l’oreille et l’ambre
du regard dans les veines de l’air
tandis que le jet d’eau

D’heures lasses s’affaisse,
on est visage et sourire noyé
à ces fleurs d’ophélies qui nous survolent,
bloc de parole creuses
au fond de l’eau.

Une ronde immobile d’enfance,
les trois Nymphes graciles
en conciliabule,

Et leurs paumes offertes
à des blancheurs qui tombent,
pétales, papillons, aux invisibles
aux silencieuses chutes de l’heure
qui viennent leur manger dans la main,

Paumes qui offrent, ou qui recueillent
les mots enténébrés de l’enfance. Chacune
présent à l’autre
cette fleur au coeur noir, et c’est encore

L’avide et le feu de l’été très proche
toute aile qui de ces mains ouvertes
s’échappe et fait tourner
les miroirs de l’air.

(Claude Adelen)

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Les bonnes souvenances (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2015



Les bonnes souvenances

Irisant le ciel gris de nos mornes pensées,
Ravivant les soleils éteints des renouveaux,
Elles passent toujours au fond de nos cerveaux,
Un bon souris sur des lèvres jamais plissées.
Leur prunelle est l’aurore, et leur natte tressée
Est fulgurante ainsi que l’éclat des flambeaux.
Leur prunelle est la nuit, et, sur le cou massée,
Leur chevelure est bleue ainsi que les corbeaux.

Aux accords pénétrants d’anciennes ritournelles,
Elles bercent nos coeurs pleins d’ennui; ce sont elles
Qui pansent doucement nos blessures mortelles,
Elles qui, sur nos cils, viendront sécher nos pleurs.
Et le temps, émondeur de beautés et de fleurs,
Met sur leur front vieilli de plus fraîches couleurs.

(Jean Moréas)

Illustration: Malinowsky

 

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Ici (André du Bouchet)

Posted by arbrealettres sur 29 août 2015



arc_en_ciel_blanc
il y a quelquefois, après le labour,
comme un arc-en-ciel de terre
dont le dégradé irise les terres en surplomb de la route,
ici.

(André du Bouchet)

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