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Poésie

Posts Tagged ‘parfait’

Anneaux du temps (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

coeur miroir

Anneaux du temps

Des anneaux du temps, qui toujours à neuf
se succèdent, certains furent étranglés au point
que je ne me rappelle que l’horreur de suffoquer.
Dans d’autres, larges et informes, j’ai erré perdue
sans la moindre prise à quoi m’accrocher. Les plus nombreux,
indifférents et pâles, se massaient
les uns sur les autres, soudés à l’instant
sans le moindre point de suture.
Rares sont ceux qui acceptent de repartir
et pour peu de temps. Mais au moins celui-ci, le dernier
aujourd’hui dont se referme le cercle, reste parfait
en mon coeur : un cadre doré entoure
un miroir de joie. Je demande seulement de
sauver cette image. Et qu’une même fulgurance
te la révèle et l’entoure, à la tombée de l’heure
en ton miroir jumeau.

(Margherita Guidacci)

 

 

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C’est bon, je vais me taire (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



C’est bon, je vais me taire
Assez chanté pour vous, pour moi
J’adresse mon poème au Roi
— Même pas —
Je n’adresse rien à personne
Je ne sais plus, je m’abandonne
Je m’abandonne à qui ? Je m’abandonne à quoi ?
Je ne sais plus, je crois
Que la mort suffit à soi-même
Elle est venue avec le vent
Le vent la sème
Au long du temps

Il eût été peut-être
Trop simple et trop parfait
De n’être pas, de ne pas naître

Pourquoi tant de discours, pourquoi toutes ces heures
Comme des oiseaux blancs, comme, voyez ici
Ces mouettes dans la pluie
Dans le vent, dans la vie
Dans le vent de ma vie.

Inventons-nous, inventez-vous, moi je m’invente
En ciré sous la pluie
Par des envols, dans des novembres
Je me tais mais je chante.

Au convoi de Jopic Le Louz
Chacun pour soi et Dieu pour tous

(Antony Lhéritier)

Illustration: Jean-Michel Follon

 

 

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ETERNEL ET PERISSABLE (Gyula Illyès)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Jean-Pierre Augier_les vieux assis [1280x768]

ETERNEL ET PERISSABLE

Nous étions sur le balcon, la nuit tombait.
— ce que la lumière et le jour n’avaient fait —
l’ombre dessinait lentement ton visage
et tes paroles à la tristesse sage.

Comme sous la main d’un artiste et d’un maître
on voit des détails, l’essentiel apparaître,
hors du temps surgit ton image éternelle
rapidement tes paroles te modèlent

L’oeuvre a triomphé de l’ombre et du déclin
tableau de Rembrandt, peut-être du Titien
parfaite et si pure — immortelle, immuable.

Mais j’eus peur de l’oeuvre où tu ne peux vieillir,
pour me rassurer, mes doigts ont dû saisir
tendrement ta main vivante et périssable.

(Gyula Illyès)

Illustration: Jean-Pierre Augier

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La jeune veuve (Claudine Helft)

Posted by arbrealettres sur 14 mai 2018



Illustration: Alfred Stevens
    
La jeune veuve

Soudain vieillie en son combat
la jeune femme sur qui tombe la mort
comme guerre sur l’aurore.
Elle est la clé d’une mutinerie
contre la vie, celle aux seins de voiles,
capitaine au long cours d’amour
à la cuisse de chair,
peuplée
de cratères et d’orages fondateurs.
Elle porte son mal ravaudé
de fantasmes et son enfer
d’un ciel sans heures
celle du jamais, du jadis et du jasmin
la jeune femme sur qui tombe la mort
comme grêle au printemps
celle du toujours, du parfait, du regret
arraisonnée au port de l’absolu
nue soudain en sa défaite.

(Claudine Helft)

 

Recueil: Une indécente éternité
Traduction:
Editions: De la Différence

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La neige, le vent, les étoiles (Alexandre Romanès)

Posted by arbrealettres sur 9 mai 2018



La neige, le vent, les étoiles:
si le coeur est parfait,
pourquoi vouloir plus?

(Alexandre Romanès)

Illustration

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Chats (Anne Hébert)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Chats

Leurs yeux
Ont les profondeurs glauques
Où l’or se mêle au vert
Des étangs les plus secrets.

Leurs yeux
Sont des rets mouvants,
Fascinants
Comme la flamme.

Leur regard
En croissant de lune,
Entre leurs paupières
À demi-fermées
Se moque dignement
De nous, pauvres,
Qui ne savons
Même pas faire ronron !

Pupilles dilatées,
Quelle folie sublime
Vous possède,
Tandis que vous nous jugez,
Tristes sages ?

Éminences
Feutrées,
Tachetées ou barrées,
Est-ce de colère
Que vous griffez ?
Est-ce de mépris
Que vous dormez ?

Grâce parfaite,
Qu’on dirait consciente,
De quel temple égyptien
Sortez-vous ?

« Savez-vous seulement
Comment on parle à un Dieu ?
Vous rendez-vous compte
De l’honneur
Qu’est pour vous
Votre caresse sur mon pelage ? »

Jamais tout à fait apprivoisés,
Divins et diaboliques ;
Sur nos coussins,
Sans que la civilisation
Ne les ait gâtés,
Les chats posent
Et continuent un rêve
De mille et mille siècles.

(Anne Hébert)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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Stances de l’impossible (Adamis Jamyn)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



 

Duy Huynh -  (44)

Stances de l’impossible

L’été sera l’hiver et le printemps l’automne,
L’air deviendra pesant, le plomb sera léger :
On verra les poissons dedans l’air voyager
Et de muets qu’ils sont avoir la voix fort bonne.
L’eau deviendra le feu, le feu deviendra l’eau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.

Le mal donnera joie, et l’aise des tristesses !
La neige sera noire, et le lièvre hardi,
Le lion deviendra du sang acouardi,
La terre n’aura point d’herbes ni de richesses ;
Les rochers de soi-même auront un mouvement
Plutôt qu’en mon amour il y ait changement.

Le loup et la brebis seront en même étable
Enfermés sans soupçon d’aucune inimitié ;
L’aigle avec la colombe aura de l’amitié
Et le caméléon ne sera point muable :
Nul oiseau ne fera son nid au renouveau
Plutôt que je sois pris d’un autre amour nouveau.

La lune qui parfait en un mois sa carrière
La fera en trente ans au lieu de trente jours ;
Saturne qui achève avec trente ans son cours
Se verra plus léger que la lune légère :
Le jour sera la nuit, la nuit sera le jour
Plutôt que je m’enflamme au feu d’un autre amour.

Les ans ne changeront le poil ni la coutume,
Les sens et la raison demeureront en paix,
Et plus plaisants seront les malheureux succès
Que les plaisirs du monde au coeur qui s’en allume.
On haïra la vie, aimant mieux le mourir
Plutôt que l’on me voie à autre amour courir.

On ne verra loger au monde l’espérance ;
Le faux d’avec le vrai ne se discernera,
La fortune en ses dons changeante ne sera,
Tous les effets de mars seront sans violence,
Le soleil sera noir, visible sera Dieu
Plutôt que je sois vu captif en autre lieu.

(Adamis Jamyn)

Illustration: Duy Huynh

 

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Le caillou (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2018



 

Le caillou

le caillou est une créature
parfaite

égal à lui-même
protégeant ses limites

empli exactement
d’un sens de pierre

dont l’odeur ne rappelle rien
n’effraie pas ne suscite pas de désir

son ardeur et sa froideur
sont justes et pleines de dignité

je suis pétri de remords
quand je le tiens dans ma paume
et que son noble corps
est empreint d’une fausse chaleur

– Les cailloux ne se laissent pas apprivoiser
ils nous regarderont jusqu’à la fin
d’un œil calme très clair

(Zbigniew Herbert)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Un peintre (Béatrice Douvre)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2018




    
Un peintre

Un grand départ d’oiseaux pousse le ciel très haut
Tous les nuages délivrent ton aurore,
Une aurore quand ton corps est nu et reposé
Quand l’âge des lueurs t’abandonne

Mouvement encore ardent de ton enfance
Élevant des tentes grises dans le vent
Ô loi parfaite et vive de ton sang
Et la circulation secrète de tes sueurs

Tu pars pour un repos immense des images
Et tu désires déjà les feuilles
Celles seulement fragiles et jaunes des patries
Quand pour toi j’en recueille en mon fragile sein

Et tu désires encore que l’apparence soit
Toutes les vitres dévoilées
Entrouvre alors cette fenêtre sourde

Pour un ciel un grand ciel sans nuage d’oiseaux.

(Béatrice Douvre)

 

Recueil: Oeuvre poétique
Traduction:
Editions: Voix d’Encre

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La sphère (Pierre Garnier)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2018



Illustration
    
La sphère est le vol parfait

(Pierre Garnier)

 

Recueil: Ornithopoésie
Traduction:
Editions: Des Vanneaux

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