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Poésie

Posts Tagged ‘parfait’

PROVINCES (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2018



PROVINCES
A Fernand Derôme.

Les dieux de bois sur les cités
Ouvrent des ailes vermoulues.
Je porte en moi de longs soirs gris
Brouillés de province et d’ennui.
Loin de la ville des luthiers
Bragards et valétudinaires,
J’erre à travers mon vieux Poitiers
Bossué comme une taupinière.
Maisons étales de sommeil
Et cathédrales englouties
Sous les vagues longues du temps.
Toute cette mélancolie
S’enfle comme un beau soir de fête,
Eclaire une rose parfaite
A l’ombre lasse d’un clocher.
Je porte aussi le lion des Flandres
Martelé de coups de soleil
Et le haut beffroi non pareil
Où tournent sans fin les corneilles.
Je porte en moi des cris d’oiseaux,
Je porte en moi des vols de cloches,
Et les perles des carillons,
Et des frairies et des ducasses,.
Et des assemblées d’accueillage.
Je porte en moi de clairs villages,
D’autres aux murs poreux de lave,
Des cortèges de mariages
De longs enterrements sans fin.
Je porte en moi ma propre fin
Et mon silence, et mon courage…

(Maurice Fombeure)


Illustration: William Lamboley

 

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Montagne de printemps, nuit de lune (Yu Leang-Che)

Posted by arbrealettres sur 12 août 2018



Illustration: Ohara Koson   
    
Montagne de printemps, nuit de lune

La montagne de printemps déborde d’instants parfaits.
Jouons jusqu’à la nuit dans l’oubli du retour !
Je puise de l’eau – la line à mes mains se love;
Je taquine les fleurs – leurs senteurs m’inondent.

La joie efface le proche et le lointain.
Comment partir, prisonnier des parfums ?
Au Sud, quand la cloche frémit,
Les terrasses glissent dans le bleu subtil.

(Yu Leang-Che)

Recueil: La montagne vide Anthologie de la poésie chinoise (IIIè – XIè siècle)
Traduction: Patrick Carré et Zéno Bianu
Editions: Albin Michel

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ROSE ET GADOUE (Norge)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2018


ROSE ET GADOUE

Rose disait à gadoue:
Tout finira bien, ma soeur,
Feu nous mangera les joues,
Feu nous mangera le coeur.
Serons gaîment vendangées,
Serons gaîment mélangées
Et de nous-mêmes gorgées,
Infiniment propagées.
Ainsi poudre de lumière,
Irons luire pour toujours
A la face délétère
Du Parfait qui nous entoure.

(Norge)

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La révélation (Herbert Zbigniew)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018




    
La révélation

deux ou trois
fois
j’ai été sûr

de toucher au fond des choses
de savoir
le tissu de ma formule
fait d’allusions comme le Phédon
avait aussi la précision
d’une équation d’Heisenberg

assis immobile
les yeux embués
je sentais mon épine dorsale
gagnée d’une claire certitude

la terre s’arrêta
et le ciel s’arrêta
mon immobilité
était presque parfaite

le facteur sonna
je dus rincer la théière
préparer du thé

Shiva leva le doigt
les objets célestes et terrestres
reprirent leur course

je revins dans la pièce
fini le calme parfait
l’idée du verre
s’était renversée sur la table

assis immobile
les yeux embués
empli de vide
soit de désir

si cela m’arrive encore
ni la sonnette du facteur
ni la clameur des anges ne me troublera

je serai assis
immobile
contemplant
le coeur des choses

une étoile morte

une goutte noire d’infini

(Herbert Zbigniew)

 

Recueil: Corde de lumières oeuvres poétiques complètes
Traduction: Brigitte Gautier
Editions: LE BRUIT DU TEMPS

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La chose même est Tout, qui n’est pas (Roger Munier)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2018



La chose même est Tout, qui n’est pas :
la chose. Qui n’est qu’en n’étant pas la chose.
La pierre est Tout qui n’est :
la pierre qu’en se voilant de soi.
Mais cela, tu l’atteins en atteignant : la pierre.

Car le voile est la pierre même,
si la pierre n’est que le voile.
Il est la chose même si la chose est le voile.
Car elle est voile, mais de soi.

Ce galet de la plage, comme s’il était seul au monde,
à lui seul le monde, le Seul.
Parfaite idole.
Dans la tempête, Il y a beaucoup plus que la tempête,
et dans le jour serein qui suit,
beaucoup plus que le jour serein.

(Roger Munier)

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J’AI CHERCHÉ DANS CETTE VILLE (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2018



    

J’AI CHERCHÉ DANS CETTE VILLE

J’ai cherché dans cette ville une rue parfaite
pour son silence et la splendeur de ses pierres,

dans cette rue, la maison la plus simple, habitée
d’un peuple calme et désinvolte

d’artisans, d’ombres, d’oiseaux de nuit.

Une femme oppose au mur laiteux de ma chambre
le miel de ses jeunes épaules.

Insolite dans le grand deuil de son immense chevelure,
bougeant parfois comme une voile,
caressant la fenêtre, un livre,
un couteau
de ses doigts légers comme plume,

intouchable, intouchée,

elle occupe armée le mince territoire où je vaque.

L’ai-je vraiment élue ?
M’a-t-elle vraiment choisi ?
Une autre ne saurait-elle aussi bien, aussi mal, ouvrir et
fermer tour à tour mes yeux qui cherchent un miroir ?

(Jean Joubert)

 

Recueil: Anthologie personnelle
Traduction:
Editions: Actes Sud

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Dans des univers provisoires (Karel Logist)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2018




    
Dans des univers provisoires
tu vas tu vogues sans consigne
ni de prudence ni de gloire,
tu navigues pour trouver l’Autre,
le virtuel alter ego
et tu caresses des chairs d’écran
froides comme des amours parfaites.

(Karel Logist)

 

Recueil: J’arrive à la mer
Traduction:
Editions: De le Différence

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J’appuie sur un bouton (Emmanuelle Le Cam)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2018



Illustration: Salvador Dali
    
J’appuie sur un bouton.

Dans la tête
le poème sort.

« Magique? »

cat c’est soudain presque
parfait d’être au monde!

Oh, (prenez pitié)
ne plus
jamais connaître
rien d’autre
que cette abolition
des distances entre

moi
et moi-même.

(Emmanuelle Le Cam)

 

Recueil: Unique demeure
Traduction:
Editions: Le dé bleu

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Anneaux du temps (Margherita Guidacci)

Posted by arbrealettres sur 10 juin 2018



 

coeur miroir

Anneaux du temps

Des anneaux du temps, qui toujours à neuf
se succèdent, certains furent étranglés au point
que je ne me rappelle que l’horreur de suffoquer.
Dans d’autres, larges et informes, j’ai erré perdue
sans la moindre prise à quoi m’accrocher. Les plus nombreux,
indifférents et pâles, se massaient
les uns sur les autres, soudés à l’instant
sans le moindre point de suture.
Rares sont ceux qui acceptent de repartir
et pour peu de temps. Mais au moins celui-ci, le dernier
aujourd’hui dont se referme le cercle, reste parfait
en mon coeur : un cadre doré entoure
un miroir de joie. Je demande seulement de
sauver cette image. Et qu’une même fulgurance
te la révèle et l’entoure, à la tombée de l’heure
en ton miroir jumeau.

(Margherita Guidacci)

 

 

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C’est bon, je vais me taire (Anthony Lhéritier)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



C’est bon, je vais me taire
Assez chanté pour vous, pour moi
J’adresse mon poème au Roi
— Même pas —
Je n’adresse rien à personne
Je ne sais plus, je m’abandonne
Je m’abandonne à qui ? Je m’abandonne à quoi ?
Je ne sais plus, je crois
Que la mort suffit à soi-même
Elle est venue avec le vent
Le vent la sème
Au long du temps

Il eût été peut-être
Trop simple et trop parfait
De n’être pas, de ne pas naître

Pourquoi tant de discours, pourquoi toutes ces heures
Comme des oiseaux blancs, comme, voyez ici
Ces mouettes dans la pluie
Dans le vent, dans la vie
Dans le vent de ma vie.

Inventons-nous, inventez-vous, moi je m’invente
En ciré sous la pluie
Par des envols, dans des novembres
Je me tais mais je chante.

Au convoi de Jopic Le Louz
Chacun pour soi et Dieu pour tous

(Antony Lhéritier)

Illustration: Jean-Michel Follon

 

 

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