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Poésie

Posts Tagged ‘perte’

Une spécialiste (Pnina Amit)

Posted by arbrealettres sur 3 octobre 2017



Une spécialiste ès pertes
autrefois j’échangeais l’océan par une montagne lointaine
une montagne
par un vrai désert un désert par l’amour fugace d’un homme
lui-même par l’espoir et l’espoir par un oiseau proche de mon âme

la nuit des biches traversent la place Habimah
la rosée matinale témoigne de l’essence du courir

et si je désire la douceur de l’eau
pas d’échange possible

(Pnina Amit)


Illustration

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CHANT (Mario Luzi)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2017



    

CHANT

Où vas-tu toi qui dans le vent aride parcours
une de ces routes sans saisons
où derrière les murs lumineux
tout pas qui résonne excite les chiens
et réveille l’écho ? Vus de la maison
d’où je te regarde, où le corps vit,
mouvement et quiétude se défont.

Je t’invoque pour la nuit
qui vient et pour le sommeil ;
toi qui souffres, toi seule peux me secourir
en ce passage aveugle du temps
au temps, en cet âpre voyage
de ce que je suis à ce que je serai
vivant une vie dans la vie,
dormant un sommeil dans le sommeil.
Toi, adorée, qui souffres comme moi,
me prend un vertige à penser
que le temps, froid
parmi les astres, sur les tempes et tout autre, contient
ta naissance, ta maladie, ta mort,
ta présence dans mon ciel et ta perte.

***

CANTO

Dove vai che nel vento ando corn
una di quelle vie senza stagioni
dietro i cui mur luminosi
un passo che rintroni aizza i cani
e sveglia Peco ? Visti dalla casa
da cui ti guardo, dove il corpo vive,
movimento e quietudine si sfanno.

T’invoco per la noue
che viene e per il sonno ;
tu che soffri, tu sola puoi soccorrermi
in questo cieco transito dal tempo
al tempo, in questo aspro viaggio
da quel che sono a quello che sari)
vivendo una vita nella vita,
dormendo un sonno nel sonno.
Tu, adorata, che soffri come me,
di cui mi dà vertigine pensare
che il tempo, questo freddo
tra gli asti e supe temple e altro, contiene
la nascita, la malattia, la morte,
la presenza nel mio cielo e la perdita.

(Mario Luzi)

 

Recueil: Dans l’oeuvre du monde
Traduction: Philippe Renard, Bernard Simeone
Editions: Editions Unes

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Le chant du Minotaure (Roland Dauxois)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2017



Le chant du Minotaure

Ici habite toujours le Minotaure

Ce labyrinthe n’est pas
une figure,
pas même un symbole,
ni une mise en scène
il est la réalité éprouvée,
la réalité révélée,
le piège réel
dans lequel s’engouffre l’homme
au cœur battant.
Lieu de tous les prodiges,
de toutes les pertes,
de toutes les alliances,
ce lieu d’où la raison ne peut fuir
sans compromettre la beauté de ses ailes.

(Roland Dauxois)

Découvert ici chez laboucheaoreilles

Illustration

 

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IL Y A …(Dominique Joye)

Posted by arbrealettres sur 19 septembre 2017



 

Regard

IL Y A …

Il y a la forêt de roses, certains soirs dans l’extase
Où des orages de soleils coulent à la source de tes yeux.

Il y a les saisons de couleurs, des nuits de ton amour
Comme une étrange liberté à l’ivresse du temps perdu.

Il y a les papillons de lumière qui volent dans nos têtes
Pour oublier l’araignée de la faim endormie dans la raison du sommeil.

Il y a la perte des étoiles dans le froissement du vent
Et ta bouche sur la mienne qui donne l’énergie aux ténèbres.

Il y a la beauté de l’horizon dans la courbure des blés,
Comme la volupté de l’eau des désirs de mon corps.

Il y a la griffe du sang sur l’étendue de la mer
Où la main de notre espace cueille l’orchidée du matin.

Il y a la neige des vagues qui gonfle la voilure de l’ombre
Jusqu’à l’absence d’un regard dans la retenue des astres.

Il y a l’azur de la pluie bu par le pourpre des jasmins
Dans les champs de nénuphars où s’envolent des hirondelles.

Il y a l’étreinte de la souffrance, l’échange d’un sourire
Et le besoin de tes yeux jusqu’à la folie de vivre.

(Dominique Joye)

 

 

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QUE FERAY-JE? (Jean Boyer)

Posted by arbrealettres sur 18 septembre 2017



 


    
QUE FERAY-JE?

Que feray-je ? Que diray-je ?
De quel costé tourneray-je,
Mes plus douloureux accents ?
A vous rochers et montagnes,
A vous forests et campagnes,
Qui m’estes icy présens.

Quoy ? pourray-je bien me plaindre,
Et vous dire sans rien craindre
Mes plus cuisantes douleurs ?
Le tourment qui trop m’afflige
A vous déclarer m’oblige
Le sujét de mes malheurs.

Oseray-je bien le dire
La cause de mon martire
Aux driades de ces bois ?
O ! passions non pareilles !
Les forests n’ont point d’oreilles
Pour ouï ma triste voix.

Je ferey donc pénitence,
Dans l’effroyable silence
Des plus solitaires lieux,
A toujours mourir et vivre :
Car c’est mourir que survivre
A la perte de son mieux.

***

What shall I do? What shall I say?
Where shall I turn,
My most painful tones?
To you, rocks and mountains,
To you, forests and countryside,
That are present here for me.

What? Might I really complain
And tell you without any fear
My most smarting pains?
The torment that afflicts me too greatly
Obliges me to declare to you
The subject of my ordeals.

Might I dare utter
The cause of my martyrdom
To the dryads of these woods?
O! matchless passions!
The forests have no ears
To hear my sad voice.

So I shall repent,
In the frightful silence
Of the most solitary places,
To ever die and live:
For to survive is to die
To the loss of his best.

***

Was werd‘ ich tun? Was werd‘ ich sagen?
In welche Richtung wende ich
Mein schmerzlichstes Fragen?
Euch ruf‘ ich‘s zu, ihr Felsen und Gebirge,
Ihr Wälder und Wiesen,
Die ihr hier liegt vor mir.

Wie? Könnt ich wohl hier klagen
Und euch ohn‘ Ängste sagen
Mein‘ allerschmerzlichste Pein?
Die Unruh‘, die mich zu sehr quält,
Euch zu erklär‘n mich pflichtet
Den Inhalt meines Unglücks.

Sollt‘ ich es denn wohl wagen,
Den Grund mein‘s Leid‘s zu sagen
Den Dryaden dieses Hains?
Oh, Leiden ohnegleichen,
Die Wälder können gar nicht lauschen,
Zu hören mein‘ traur‘ge Stimm‘.

Ich werde also büßen,
In der furchtbaren Stille
Der einsamsten Ort‘ alldort.
Ich werde immer sterben und auch leben,
Denn es heißt sterben, wenn man muss überleben
Sein Liebstes, das man verlor.

(Jean Boyer)

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A Mme du Châtelet (Voltaire)(François Marie Arouet)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2017




Emilie du Châtelet   
    
A Mme du Châtelet

« Si vous voulez que j’aime encore,
Rendez-moi l’âge des amours ;
Au crépuscule de mes jours
Rejoignez, s’il se peut, l’aurore.

Des beaux lieux où le dieu du vin
Avec l’Amour tient son empire,
Le Temps, qui me prend par la main,
M’avertit que je me retire.

De son inflexible rigueur
Tirons au moins quelque avantage.
Qui n’a pas l’esprit de son âge,
De son âge a tout le malheur.

Laissons à la belle jeunesse
Ses folâtres emportements.
Nous ne vivons que deux moments :
Qu’il en soit un pour la sagesse.

Quoi ! pour toujours vous me fuyez,
Tendresse, illusion, folie,
Dons du ciel, qui me consoliez
Des amertumes de la vie !

On meurt deux fois, je le vois bien :
Cesser d’aimer et d’être aimable,
C’est une mort insupportable ;
Cesser de vivre, ce n’est rien. »

Ainsi je déplorais la perte
Des erreurs de mes premiers ans ;
Et mon âme, aux désirs ouverte,
Regrettait ses égarements.

Du ciel alors daignant descendre,
L’Amitié vint à mon secours ;
Elle était peut-être aussi tendre,
Mais moins vive que les Amours.

Touché de sa beauté nouvelle,
Et de sa lumière éclairé,
Je la suivis; mais je pleurai
De ne pouvoir plus suivre qu’elle.

(Voltaire)(François Marie Arouet)

 

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Au-delà des étoiles (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    
Au-delà des étoiles il y a d’autres mondes,
Il y a d’autres formes d’amour à naître.

Des perspectives infinies s’ouvrent devant toi,
Des centaines de caravanes sont en marche.

Ne te satisfais pas de ce monde de la couleur et du parfum :
Il existe d’autres jardins, d’autres nids.

Pourquoi te chagriner de la perte d’un nid ?
Il existe d’autres lieux pour les cris et les plaintes.

Tu es un faucon royal qui prend son essor :
Il y a devant toi d’autres firmaments!

(Mohammad Iqbal)

 

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A présent (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration: Nupur Choudhary 
    
A présent le souci de parler
sur tant d’évidences
pèse lourd
Le livre est à sa fin
sans plus de forces
Les formes aimables
le débordent

Et donc regarde-moi
C’est ma supplique
A la dérobée regarde-moi
Puis viens vers tous ces signes
noircis en juste perte
Accorde-leur l’amitié
d’un long regard

Que ta noblesse les anime

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Les jours sont à présent trop brefs (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017




    
Les jours sont à présent trop brefs
et les années
On se perdra l’un l’autre
s’étant aimés
s’aimant
de cette perte même
Déjà nos corps trébuchent
un fil encore se tend
les mains qui le tressent
se touchent à distance

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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Sur chaque objet docile qui l’ignore (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2017




    
Sur chaque objet docile
qui l’ignore
pèse le poids indécidable
de la perte
Quels mots pour eux
une fois aveuglé le regard
qui doucement les palpe
Quelle amitié
pour couvrir de son aile
ces figures muettes

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: Fragments d’un corps incertain
Editions: Cheyne

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