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Posts Tagged ‘se souvenir’

Chaque matin (Roja Chamankar)

Posted by arbrealettres sur 26 janvier 2022




    
Chaque matin

Chaque matin
Je me réveille en sursaut
Je me dépêche
J’accroche les dauphins bleus à ma chevelure
Je mets du rose sur mes lèvres
Suivant les traces de tes lèvres
Je mets la table
Et je t’appelle

Puis
Je me souviens
Depuis l’automne
Tu n’es plus là
Et moi, je me suis réveillée en sursaut
Je me suis dépêchée
J’ai accroché les dauphins bleus à ma chevelure
J’ai mis du rose sur mes lèvres
Suivant les traces de tes lèvres
J’ai mis la table et puis
Je t’ai appelé…

(Roja Chamankar)

Recueil: Quand on n’a que l’amour
Editions: Bruno Doucey

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Tu récites pour toi seul (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 2 janvier 2022



Illustration
    
Tu récites pour toi seul des vers anciens
et tout en toi-même est plus proche et plus nu.

sous le masque du dormeur le temps doucement va
les années les minutes les semaines les mois.

il te souvient des femmes dans la rue l’une
aux maigres épaules portant des choses lourdes.

l’autre passait avec des gestes d’adieu belle
comme une île ou une phrase inachevée.

celle-ci qui riait aux éclats dans le feuillage
obscur et dont le nom était imprononçable.

et celle-là voyageuse aux couleurs du monde
avec ses énormes bagages et ses robes lyriques.

à l’autre bout de ta nuit ceux que nul ne connaît
qui ne font aucun détour posant cartes sur table.

et ceux qui emportent dans leur coeur leur ordure
et leur toit des chiens morts des rouleaux secrets des fleurs nouvelles.

ta mère aux bras flottants qui ne pouvait comprendre
toute ronde si petite et les yeux couleur d’encre.

tu as pris dans ses yeux le goût de l’être et des iris
mais tout s’éloigne ainsi qu’un vol d’oiseaux. le ciel

se déplace. et ça n’en finit pas les errances
à travers nuits et jours au gré des vents, la vie

ses mornes champs ses gares ses travaux ses villages
ses grimaces, la tristesse sur la face des gens.

et l’infini désert recommence au matin :
tu récites pour toi seul des vers anciens.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Le nom perdu
Editions: Gallimard

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Coin de rue (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021


 


 

-Coin-de-rue [1280x768]

Coin de rue

J’ me souviens d´un coin de rue
Aujourd´hui disparu
Mon enfance jouait par là
Je me souviens de cela
Il y avait une palissade
Un taillis d´embuscades
Les voyous de mon quartier
V’naient s´y batailler

A présent, il y a un café,
Un comptoir flambant qui fait d’ l´effet
Une fleuriste qui vend ses fleurs aux amants
Et même aux enterrements

Je revois mon coin de rue
Aujourd´hui disparu
Je me souviens d´un triste soir
Où le cœur sans espoir
Je pleurais en attendant
Un amour de quinze ans
Un amour qui fut perdu
Juste à ce coin de rue

Et depuis, j´ai beaucoup voyagé
Trop souvent en pays étrangers
Mondes neufs, constructions ou démolitions
Vous m’ donnez des visions

Je crois voir mon coin de rue
Et soudain apparus
Je retrouve ma palissade
Mes copains, mes glissades
Mon muguet d’deux sous d’printemps
Mes quinze ans… mes vingt ans
Tout c’ qui fut et qui n´est plus
Tout mon vieux coin de rue.

(Charles Trenet)

Illustration

 

 

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Mon village englouti (Charles Trenet)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2021



 

villag eenglouti jpg [1280x768]

Mon village englouti

Mon village au fond de l´eau
Se souvient des heures si proches
Quand volait, dans le jour nouveau,
Le son joyeux de ses cloches.
Mon village au fond de l´eau
Se souvient du bruit des enclumes
Dont j´entends encore les échos,
Vibrant sous un manteau d´écume
Et la voix des peupliers
Jamais, jamais je n´ai pu l´oublier.

Tant de souvenirs engloutis
Dorment là, sous l´onde isolée,
Depuis qu´un barrage maudit
A noyé ma verte vallée.

Mon village au fond de l´eau
Se souvient de choses jolies,
D´un amour qui fut si beau,
Soleil de toute ma vie…
A présent qu´a sonné le glas,
L´amour est mort, fut-il volage?
Et mon cœur est triste et bien las.
Mon cœur, pareil à ce village,
Ce village au fond de l´eau
Dont seul j´entends les soupirs, les sanglots.

(Charles Trenet)

Illustration

 

 

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LA COMPLAINTE D’AUTEUIL (Paul Gilson)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2021



 

Camille Pissarro   La-Marchande-de-Marrons-Fiore-de-la-St-Martin-Pontoise [1280x768]

LA COMPLAINTE D’AUTEUIL

LA joueuse de violon
qui jouait avec ses mouflons
et la marchande de marrons
tournant son cornet de chansons
me rappellent ce dimanche
mort de mille et un chagrins
où je retenais par la main
l’enfant voleur de pervenches

Au pavillon des trépassés
las de s’être tant délassés
tous les échos du temps passé
à manger des parfaits glacés
renvoyaient leurs mots de passe
que brouillait dans le faux jour
une amazone de velours
sur fond de trompe de chasse

Mémoire promeneuse en deuil
L’enfant plus fourré qu’écureuil
s’était fait un chapeau de feuilles
de saules du bosquet d’Auteuil
et les ombres de la mare
mêlaient dans un air d’adieu
les deux paillettes de ses yeux
au vol plané des fanfares

Sur le chemin des écoliers
en aurais-je tant oublié
entre un rond point de canotier
et le gant rouge d’un mercier
Ohé folle hop militaire
et toi chantre du mourron
qui pour un sou de carillon
sortais d’un globe de verre

Ici haut comme ici bas
en passant de vie à trépas
se peut-il qu’il ne reste pas
la moindre trace de mes pas
Cet enfant c’était moi-même
emporté dans un tour de vent
Mais qu’importent les absents
si je me souviens que je t’aime

(Paul Gilson)

Illustration: Camille Pissarro

 

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ARRÊT D’UNE MINUTE… (Serge Lardans)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2021




ARRÊT D’UNE MINUTE…

Parce que c’est important,
de temps en temps,
je m’offre une minute de silence…
En hommage, bien sûr,
à ma mémoire future !
Mais aussi,
cet instant précis,
pour comprendre que je vis.

Toucher et caresser un objet,
goûter et savourer un bruit,
écouter le bruit de la rue,
regarder les nuages qui passent,
sentir cette odeur de terre mouillée
laquelle s’ajoute
celles de l’herbe et des feuilles, mêlées,
ah ! respirer, respirer profondément,
et intensément, comprendre que je vis,
une fois, une seule fois,
quel que soit le décor,
mais seul dépositaire de ce cadeau :
ma vie, ce trésor
perdu dans le temps…

Quand vous m’accorderez
la minute de silence
qui est due
à ceux qui ne sont plus,
quand vous vous souviendrez de moi,
vous penserez à tout cela…

(Serge Lardans)

Illustration

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Comment combiner parole et silence sans altérer la Réalité? (Fêng Hsüeh)

Posted by arbrealettres sur 14 octobre 2021




Un moine demanda un jour à maître Fêng Hsüeh:
« La parole altère la transcendance (de la Réalité),
et le silence altère la manifestation.
Comment combiner parole et silence sans altérer la Réalité? »

Le maître répondit:
« Je me souviendrai toujours du paysage printanier que je vis un jour dans le Chiang Nan.
Les perdrix gloussaient parmi les fleurs parfumées, alors dans leur éclat! »

(Fêng Hsüeh)

Illustration

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Un weekend sur deux (Christophe Maé)

Posted by arbrealettres sur 11 octobre 2021




    
Un weekend sur deux

Hé Joe! Tu fais quoi là?
Mais t’es qui là, Joe?
T’as l’coeur qui s’emballe, tu dis qu’t’es amoureux
Mais elle s’ra toujours jeune quand tu s’ras déjà vieux
Elle a quoi? Ses vingt ans? Et tout son maquillage?
Mais c’est rien vingt ans contre vingt ans de mariage

Moi j’te dis ça comme ça, c’est même pas mes affaires
Ça peut arriver, c’est vrai, mais j’peux pas t’laisser faire
Tu pourras vivre avec mais pas vivre sans eux
Chez toi ils font la tête, Joe, depuis qu’tu t’sens moins vieux

Je sais dans ton coeur c’est la fiesta
Quand je te vois danser, t’es qui là?
Je sais dans ton coeur c’est la fiesta
Mais chez toi ça danse pas

T’as l’coeur qui s’emballe, tu dis qu’t’es amoureux
Moi j’te parie cent balles que c’est d’la poudre aux yeux
C’est tout nouveau tout beau, ça donne les yeux qui brillent
Mais souvent on s’enflamme, Joe, pour un feu de brindilles

Ouais souviens-toi, au tout début ta femme tu l’emmener promener
Et du jour au lendemain tu l’envoies balader
Moi j’te dis ça comme ça, c’est même pas mes affaires
On sait jamais c’qu’on gagne, Joe, mais je sais c’que tu perds

Je sais dans ton coeur c’est la fiesta
Quand je te vois danser, t’es qui là?
Je sais dans ton coeur c’est la fiesta
Mais chez toi ça danse pas

Hé Joe!
Penses-y à deux fois, Joe, avant de partir trop vite
Tu y as pensé aux p’tites mains derrière la vitre?
Du train qui part en gare quand un weekend sur deux
Ils te diront au revoir, Joe, comme l’on dit « adieu »

Je sais dans ton coeur c’est la fiesta
Quand je te vois danser, t’es qui là?
Je sais dans ton coeur c’est la fiesta
Mais chez toi ça danse pas

Esta noche mi fiesta no va a parar
Que me dejen tranquilo que quiero disfrutar
Hay momentos tan sabrosos en la vida
No los puedo ignorar
Estan bella que no me puedo controlar
Es mi vida y yo la quiero gozar
Solamente quiero disfrutar
Disfrutar de la vida, ‘ta bueno ya

Hé Joe! Mais t’es qui là, Joe

(Christophe Maé) (Paul Ecole / Bruno Dandrimont / Valentin Aubert)

 

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Postérité du chêne (Robert Momeux)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2021



Postérité du chêne

Innocence de l’arbre
Que des oiseaux visitent
On ne saura jamais
Quelle heure est la plus longue
Cependant que dans des couloirs
Où des générations de mères ont passé
Le bois poli par tant de mains
Se souvient des orages
Et des longues neiges d’hiver
Lorsqu’il était au coeur de la forêt
Pareil à tant de ses frères si hauts
Et non cette barre d’appui
Que plus personne ne regarde
Tant d’habitude on la sait là.

(Robert Momeux)

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SOUVENIR AU MOMENT DES ADIEUX (Niu Xiji)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
SOUVENIR AU MOMENT DES ADIEUX
(Sur l’air « L’aubépine de montagne »)

La brume timidement
se dissipe,
sur le ciel pâle
les dernières étoiles
peu à peu s’effacent.
La lueur faible
de la lune déclinante
effleure sa joue.
A l’aube nous partageons
les larmes du départ.

Beaucoup a été dit,
mais les mots d’amour
comment les épuiser?
Elle tourne la tête
et à nouveau répète :
« Souviens-toi de ma jupe
de soie verte
et regarde tendrement
les herbes fines partout
où te mèneront tes pas. »

(Niu Xiji)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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