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SOUVENIR AU MOMENT DES ADIEUX (Niu Xiji)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
SOUVENIR AU MOMENT DES ADIEUX
(Sur l’air « L’aubépine de montagne »)

La brume timidement
se dissipe,
sur le ciel pâle
les dernières étoiles
peu à peu s’effacent.
La lueur faible
de la lune déclinante
effleure sa joue.
A l’aube nous partageons
les larmes du départ.

Beaucoup a été dit,
mais les mots d’amour
comment les épuiser?
Elle tourne la tête
et à nouveau répète :
« Souviens-toi de ma jupe
de soie verte
et regarde tendrement
les herbes fines partout
où te mèneront tes pas. »

(Niu Xiji)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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SOUVENEZ-VOUS COMME FIÈREMENT… (Bao Zhao)

Posted by arbrealettres sur 16 juin 2021




    
SOUVENEZ-VOUS COMME FIÈREMENT…
(Du cycle « Le chemin épuisant », quinzième poème)

Souvenez-vous
comme fièrement se dressait
la tour de la Poutre de Cyprès,
il n’en reste
que des ruines
envahies de ronces.
N’avez-vous pas vu
que le palais d’Afang,
si splendide,
est devenu un pré bourbeux
où nichent les perdreaux ?
Aujourd’hui,
des rangées de stèles serrées
couvrent les pentes
où jadis des beautés minces
aux manches flottantes
rivalisaient pour conquérir
le monde entier.
Leurs corps précieux
qui valaient leur poids d’or
ont bien changé.
Que le vin et le plaisir
soient notre but !
Ne faisons
que ce que le coeur désire !
Quand, un jour,
nous descendrons
vers l’argile jaune,
nous n’aurons rien
à regretter !

(Bao Zhao)

 

Recueil: Neige sur la montagne du lotus Chants et vers de la Chine ancienne
Traduction: Ferdinand Stočes
Editions: Picquier poche

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AVANT LA NUIT (Léopold Sédar Senghor)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2021




    
AVANT LA NUIT

Avant la nuit, une pensée de toi pour toi, avant que je ne tombe
Dans le filet blanc des angoisses, et la promenade aux frontières
Du rêve du désir avant le crépuscule, parmi les gazelles des sables
Pour ressusciter le poème au royaume d’Enfance.

Elles vous fixent étonnées, comme la jeune fille du Ferlo, tu te souviens
Buste peul flancs, collines plus mélodieuses que les bronzes saïtes
Et ses cheveux tressés, rythmés quand elle danse
Mais ses yeux immenses en allés, qui éclairaient ma nuit.

La lumière est-elle encore si légère en ton pays limpide
Et les femmes si belles, on dirait des images ?
Si je la revoyais la jeune fille, la femme, c’est toi au soleil de Septembre
Peau d’or démarche mélodieuse, et ces yeux vastes, forteresses contre la mort.

(Léopold Sédar Senghor)

 

Recueil: Anthologie Poésie africaine six poètes d Afrique francophone
Traduction:
Editions: Points

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RECUEILLEMENT (Nikiforos Vrettakos)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2021



Illustration: Castanheira Amilcar
    

RECUEILLEMENT

Mes biens, c’est le monde entier.
Je les rassemble dans ce livre comme
le berger ses moutons quand le crépuscule tombe
sur le pré. Non pas qu’il fasse nuit, mais
nos jours sont divins, ainsi que les heures, divines
les minutes, leurs secondes. Quant à moi,
je ne me souviens pas bien, j’ai pourtant
je ne sais pas,
toujours l’impression
que quelqu’un m’a demandé
d’embellir le monde.

(Nikiforos Vrettakos)

 

Recueil: Mon soleil
Traduction: Traduit du grec par Ioannis Dimitriadis
Editions: ainigma.net

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Léthargie (Nakahara Chûya)

Posted by arbrealettres sur 6 mai 2021



Léthargie

Ce qui est anéanti
Serait-ce mon coeur ?
Ce qui est anéanti
Seraient-ce mes rêves ?

De mémoire
Déjà plus
Marchant par les rues
Semblant de vertige

Oui, je n’ai plus aucune exigence
L’impression que vivre encore c’est mal…
Pourtant j’ai bien envie de vivre
Pourtant je n’ai plutôt aucune envie de mourir

Ah ah, quoi qu’il en soit
Vous autres vous disiez quelque chose
Je m’en souviens vaguement
Vous autres vous disiez donc quelque chose

(Nakahara Chûya)


Illustration: Gilbert Garcin

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Des souvenirs (Mahamoud M’Saidie)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2021



Des souvenirs

Au jardin de ton enfance, j’ai pris de l’herbe
J’en ai fait des fleurs dont les pétales sont de l’or.
Sur une de tes plages, j’ai ramassé du sable et
Des morceaux de corail, j’en ai construit
Un château sonore.
J’ai quitté ton univers pour des zones d’ombre
Et des champs de glaces.
Des frissons d’enfer ont longtemps brisé mon
Ame et mon épine dorsale.
Je n’ai pas besoin d’un collier de corail pour me
Souvenir de ton grand bleu.

(Mahamoud M’Saidie)


Illustration

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Cueillie au printemps (Catulle Mendès)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Le poète se souvient d’une fleur…

cueillie au printemps

Une rose d’un mois d’avril
Sous une étoile qui regarde
Éveilla, malice ou mégarde,
mon désir pas encor viril.

C’est ta bouche au rose grésil
Qui fut pour ton page, Hildegarde,
Une rose d’un mois d’avril
Sous une étoile qui regarde.

J’ai connu les deuils, le péril,
Depuis, et l’angoisse hagarde !
mais qu’importe, puisque je garde
Fraîche en mon vieux coeur puéril
Une rose d’un mois d’avril !

(Catulle Mendès)

 

 

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Nocturne (Gabriela Mistral)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2021



Nocturne

Notre Père qui es aux cieux,
pourquoi m’as-tu donc oubliée ?
Tu t’es souvenu du fruit de l’été
quand tu as blessé sa chair de rubis.
Moi je porte aussi blessure à mon flanc,
mais tu ne veux pas regarder vers moi !

Tu t’es souvenu de la grappe noire
et tu l’as donnée au pressoir carmin ;
du peuplier as dispersé les feuilles
avec ton haleine, dans l’air subtil.
Mais dans le vaste pressoir de la mort
tu ne veux encor fouler ma poitrine !

En marchant, j’ai vu s’ouvrir les violettes
mes lèvres ont bu du vent le falerne
et j’ai abaissé, jaunes, mes paupières,
ne voulant plus voir Janvier ni Avril.
J’ai crispé la bouche et j’ai refoulé
la strophe et son flux qui ne doit couler.
Tu as blessé le nuage de l’Automne,
mais tu ne veux pas te tourner vers moi !

Celui qui baisa ma joue m’a trahie ;
i1 m’a reniée pour ma robe de pauvre.
Mon visage en sang lui avais offert
dans ma poésie, comme Toi au linge.
Pour ma nuit au Jardin des Oliviers
Jean a été lâche et l’Ange, ennemi.

L’infinie fatigue est venue enfin,
jusque dans mes yeux elle s’est fichée :
fatigue du jour en train de mourir
et de l’aube qui doit lui succéder ;
fatigue du ciel quand il est étain
et fatigue aussi du ciel indigo !

Je délace ma sandale martyre
et, tresses dénouées, demande à dormir.
Perdue dans la nuit, j’élève vers Toi
cette clameur-1à que tu m’as apprise :
Notre Père qui es aux cieux,
pourquoi m’as-tu donc oubliée !

(Gabriela Mistral)

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Nous restons figés parfois… (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2021




Illustration: Robert Doisneau
    
Nous restons figés parfois…

Nous restons figés parfois
au milieu d’une rue,
d’un mot
ou d’un baiser,
les yeux immobiles
comme deux longs verres d’eau solitaire,
la vie immobile
et les mains inertes entre un geste et celui qui aurait suivi,
comme si elles n’étaient plus nulle part.
Nos souvenirs alors sont d’un autre
dont à peine nous nous souvenons.

C’est comme si nous prêtions notre vie pour un temps,
sans l’assurance qu’elle nous sera rendue
et sans que personne nous l’ait demandée,
mais en sachant qu’elle sert alors
à quelque chose qui nous concerne plus que tout.

La mort n’est-elle un prêt, elle aussi,
au milieu d’une rue
d’un mot
ou d’un baiser ?

***

Nos quedamos a veces detenidos
en medio de una calle,
de una palabra
o de un beso,
con los ojos inmóviles
como dos largos vasos de agua solitaria,
con la vida inmóvil
y las manos quietas entre un gesto y el que hubiera seguido,
como si no estuvieran ya en ninguna parte.
Nuestros recuerdos son entonces de otro,
a quien apenas recordamos.

Es como si prestásemos la vida por un rato,
sin la seguridad de que nos va a ser devuelta
y sin que nadie nos la haya pedido,
pero sabiendo que es usada
para algo que nos concierne más que todo.

¿No será también la muerte un préstamo,
en medio de una calle,
de una palabra
o de un beso?

(Roberto Juarroz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Poésie verticale
Traduction: Traduit de l’espagnol (Argentine) par Roger Munier
Editions: Points

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Noire la page où je t’écris (Vénus Khoury-Ghata)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2021




    
[…]
noire la page où je t’écris
je t’écris parce que tu ne sais plus écrire que tu
récites sans te tromper l’alphabet du néant

je t’écris sans écrire
les passants marchent sur mes mots
mes consonnes sont rêches mes
voyelles sont nues

je t’écris pour éteindre le feu qui dévore mes doigts dès qu’ils
touchent ton nom

Dieu de l’oubli
dans quelle poche gardes-tu ceux qui partent
et pourquoi permets-tu que l’on se souvienne

(Vénus Khoury-Ghata)

 

Recueil: Demande à l’obscurité
Traduction:
Editions: Mercure de France

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