Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘se souvenir’

Allégeance (René Char)

Posted by arbrealettres sur 12 juin 2019



Allégeance

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima ?

Il cherche son pareil dans le vœu des regards.
L’espace qu’il parcourt est ma fidélité.
Il dessine l’espoir et léger, l’éconduit.
Il est prépondérant sans qu’il y prenne part.

Je vis au fond de lui comme une épave heureuse.
A son insu, ma solitude est son trésor.
Dans le grand méridien où s’inscrit son essor,
Ma liberté la creuse.

Dans les rues de la ville, il y a mon amour.
Peu importe où il va dans le temps divisé.
Il n’est plus mon amour, chacun peut lui parler.
Il ne se souvient plus ; qui au juste l’aima et
L’éclaire de loin pour qu’il ne tombe pas ?

(René Char)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Illustration: Leonid Afremov

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’Oreille cassée (Michel Serres)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2019




    
L’Oreille cassée
Le vivant, le vrai

Nos visages ravagés de rides se souviennent des sillons de larmes
et notre colonne vertébrale se voûte sous le poids des tristesses passées.

Un corps vivant ne reste pas longtemps vierge et lisse;
la santé, la joie de vivre n’excluent pas les coups ;

bien au contraire, nous n’existons que de souffrances vaillantes contre l’adversité ;
les bons organismes présentent une tête burinée, un corps las et courageux,
une puissance dévastée, mais toujours debout.

Avant le premier coup de corne,
comment savoir si le torero se conduit avec courage ?

Il n’y a de vrai vivant que déchiré.
Les cicatrices renforcent.

Il n’y a de vérité que falsifiée.
Le faux plaide pour le vrai.

Il n’y a de bonté que tentée.

Quelle vertu sans tribulations ?
Il n’y a de bon système que cassé.
Si tout marche, rien ne marchera.

Chaque épreuve me précipite au devant de ce fétiche :
il n’y a de vrai dieu que blessé.

(Michel Serres)

 

Recueil: Hergé mon ami
Traduction:
Editions: Le Pommier

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

EVADNE (René Char)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2019



 

Bruno Di Maio 191

EVADNE

L’été et notre vie étions d’un seul tenant
La campagne mangeait la couleur de ta jupe odorante
Avidité et contrainte s’étaient réconciliées
Le château de Maubec s’enfonçait dans l’argile
Bientôt s’effondrerait le roulis de sa lyre
La violence des plantes nous faisait vaciller
Un corbeau rameur sombre déviant de l’escadre
Sur le muet silex de midi écartelé
Accompagnait notre entente aux mouvements tendres
La faucille partout devait se reposer
Notre rareté commençait un règne
(Le vent insomnieux qui nous ride la paupière
En tournant chaque nuit la page consentie
Veut que chaque part de toi que je retienne
Soit étendue à un pays d’âge affamé et de larmier géant).

C’était au début d’adorables années
La terre nous aimait un peu je me souviens.

(René Char)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: Bruno Di Maio

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La pierre aqueuse (Rémy Belleau)

Posted by arbrealettres sur 15 mai 2019


 


Annabelle Verhoye 7

 

La pierre aqueuse

C’était une belle brune
Filant au clair de la lune,
Qui laissa choir son fuseau
Sur le bord d’une fontaine,
Mais courant après sa laine
Plongea la tête dans l’eau,

Et se noya la pauvrette
Car à sa voix trop faiblette
Nul son désastre sentit,
Puis assez loin ses compagnes
Parmi les vertes campagnes
Gardaient leur troupeau petit.

Ah ! trop cruelle aventure !
Ah ! mort trop fière et trop dure !
Et trop cruel le flambeau
Sacré pour son hyménée,
Qui l’attendant, l’a menée
Au lieu du lit, au tombeau.

Et vous, nymphes fontainières
Trop ingrates et trop fières,
Qui ne vîntes au secours
De cette jeune bergère,
Qui faisant la ménagère
Noya le fil de ses jours.

Mais en souvenance bonne
De la bergère mignonne,
Emus de pitié, les dieux
En ces pierres blanchissantes
De larmes toujours coulantes
Changent l’émail de ses yeux.

Non plus yeux, mais deux fontaines,
Dont la source et dont les veines
Sourdent du profond du coeur ;
Non plus coeur, mais une roche
Qui lamente le reproche
D’Amour et de sa rigueur.

Pierre toujours larmoyante,
A petit flots ondoyante,
Sûrs témoins de ses douleurs ;
Comme le marbre en Sipyle
Qui se fond et se distille
Goutte à goutte en chaudes pleurs.

Ô chose trop admirable,
Chose vraiment non croyable,
Voir rouler dessus les bords
Une eau vive qui ruisselle,
Et qui de course éternelle,
Va baignant ce petit corps !

Et pour le cours de cette onde
La pierre n’est moins féconde
Ni moins grosse, et vieillissant
Sa pesanteur ne s’altère :
Ainsi toujours demeure entière
Comme elle était en naissant.

Mais est-ce que de nature
Pour sa rare contexture
Elle attire l’air voisin,
Ou dans soi qu’elle recèle
Cette humeur qu’elle amoncelle
Pour en faire un magasin ?

Elle est de rondeur parfaite,
D’une couleur blanche et nette
Agréable et belle à voir,
Pleine d’humeur qui ballotte
Au dedans, ainsi que flotte
La glaire en l’oeuf au mouvoir.

Va, pleureuse, et te souvienne
Du sang de la plaie mienne
Qui coule et coule sans fin,
Et des plaintes épandues
Que je pousse dans les nues
Pour adoucir mon destin.

(Rémy Belleau)

Illustration: Annabelle Verhoye

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Se souvenir des gestes (Daniel Leduc)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



Se souvenir
des gestes
dans l’arbre

que le vent
ébauche

avec
les premières feuilles
du printemps

les cigognes
tracent
une phrase
dans le ciel

avant
de se percher
sur un mot

le seul mot
qui fera nid

pourquoi

le seul mot
couvé

par l’uni-
vers

(Daniel Leduc)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

CHANSON DE ROUTE (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 4 mai 2019



CHANSON DE ROUTE

Il fait beau sur les chemins
Et les filles ont des ailes
Pour sauver jusqu’à demain
Ce qu’on ose attendre d’elles

Prenant lundi pour mardi
Comme un oiseau les éveille
La plus gentille s’est dit
Qu’il lui tardait d’être vieille

Nul amour n’aura chanté
Sans mourir de son murmure
Qu’on n’est plus d’avoir été
Le frisson de ce qui dure

Tout ce qu’on laisse en chemin
Se souvient avec ses ailes
Qu’à l’amour sans lendemain
Le cours de l’onde est fidèle

(Joë Bousquet)

Illustration: Arnold Böcklin

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Ma face dans la poussière de l’humilité (Saadi)

Posted by arbrealettres sur 1 mai 2019



 

Robert Liberace 12

Ma face dans la poussière de l’humilité,
Chaque matin quand je me souviens de Toi je dis:
O Toi que je n’oublie jamais,
Penses-tu jamais à moi ?

(Saadi)

Illustration: Robert Liberace

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

MÉLÈZES (Renée Brock)

Posted by arbrealettres sur 21 avril 2019



 

Illustration
    
MÉLÈZES

Te souviens-tu du sable à deux ?
Me voici seule sur la neige.
Je t’écris, petit amoureux,
Dos aux squelettes des mélèzes,
Dans l’odeur du genévrier.

Je t’ai perdu, mon amoureux.

Ô de ce temps sableux avais-je,
Comme une avare en ses greniers,
Mis trop peu de ce sable à deux ?

(Renée Brock)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A la lumière du jour (Abbas Kiarostami)

Posted by arbrealettres sur 18 avril 2019



A la lumière du jour
Personne ne se souvient
Du ver luisant

(Abbas Kiarostami)

Posted in méditations | Tagué: , , , | Leave a Comment »

Pas à pas (Tahar Bekri)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019



Pas
à pas

Il sillonnait les déserts sans haltes
Et se souvenait :
Quand tu arrives au bout du chemin
Continue ta marche

Que vienne mourir dans tes bras, le météore

***

Step
by step

He furrowed the deserts without respite
And remembered :
When you arrive at the end of the path
Keep on walking

Let what comes die in your arms, the meteor

(Tahar Bekri)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , | 2 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :