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Si j’embaumais en moi l’amour (François Mauriac)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2019



Si j’embaumais en moi l’amour que je te voue,
Si je te couchais, morte, avec les autres morts,
La terre frémirait toujours de jeunes corps,
La lueur de ton sang rougirait d’autres joues.

Si je crevais mes yeux, tous les yeux inconnus
Du monde flamberaient dans ma nuit éternelle,
Et mon esprit rapace irait brûler ses ailes
Aux grands phares vivants que je ne verrais plus.

(François Mauriac)

 

 

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LE PRESAGE (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



LE PRESAGE

Oui, je vais le revoir, je le sens, j’en suis sûre !
Mon front brûle et rougit ; un charme est dans mes pleurs ;
Je veux parler, j’écoute et j’attends … doux augure !
L’air est chargé d’espoir … il revient … je le jure …

Me voici sur la route, et j’ai fui ma fenêtre.
Trop de fleurs l’ombrageaient … Quoi ! c’est encor l’été ?
Quoi ? les champs sont en fleurs ? Le monde est habité ?
Hier, c’est donc lui seul qui manquait à mon être ?
Hier, pas un rayon n’éclairait mon ennui ;
Dieu ! … l’été, la lumière et le ciel, c’est donc lui !

Oui, ma vie ! oui, tout rit à deux âmes fidèles.
Tu viens : l’été, l’amour, le ciel, tout est à moi,
Et je sens qu’il m’éclôt des ailes
Pour m’élancer vers toi.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration

 

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LES TROIS SOEURS (René Char)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2019



LES TROIS SOEURS

Mon amour à la robe de phare bleu,
je baise la fièvre de ton visage
où couche la lumière qui jouit en secret.

J’aime et je sanglote. Je suis vivant
et c’est ton coeur cette Étoile du Matin
à la durée victorieuse qui rougit avant
de rompre le combat des Constellations.

Hors de toi, que ma chair devienne la voile
qui répugne au vent.

(René Char)

Illustration: Andrzej Malinowski 

 

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Secrets (Georges Friedenkraft)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2019



Illustration: Sigrid Hofmann
    
Secrets

Je ne peux te dire mes secrets
Car mes secrets mûrissent encore en moi
(Meier, poétesse chinoise contemporaine)

Je ne peux te dire mes secrets

Mes secrets sont des graines de fenouil
Enfermées dans leur prison d’humus
Mais qui rêvent de germer

Mes secrets sont des chenilles
Doucement assoupies dans la chaleur du cocon
Mais qui rêvent de devenir papillons

Je ne peux te révéler mes secrets si troubles
Ils te feraient rougir comme une écolière
Ils te feraient frémir comme un saule à la première brise

Non, laisse mes secrets mûrir en moi
Laisse-les exploser à la vie
Alors peut-être, si tu es patiente
Un jour je te les dirai

***

GEHEIMEN

Ik kan je mijn geheimen niet verklappen
Want mijn geheimen rijpen nog in mij
(Meier, hedendaagse Chinese dichteres)

Ik kan je mijn geheimen niet verklappen

Mijn geheimen zijn zaden van venkel
Opgesloten in hun gevangenis van humus
Maar die dromen om te ontkiemen
Mijn geheimen zijn rupsen
Rustig sluimerend in de warmte van de cocon
Maar die dromen om vlinders te worden
Ik kan je mijn warrige geheimen niet onthullen
Ze zouden je doen blozen als een schoolmeisje
Ze zouden je doen huiveren als een wilg in de eerste wind
Nee, laat mijn geheimen in mij rijpen
Laat ze ontploffen en tot leven komen
Dan misschien, als je geduldig bent,
Zal ik ze je op een dag verklappen .

***

SECRETS

I cannot tell you about my secrets
as my secrets are still ripening inside me
(Mei Er, contemporary Chinese poet)

I cannot tell you my secrets.

My secrets are seeds of fennel
locked up in their humus prison
but dreaming to germinate.

My secrets are caterpillars
gently asleep inside the warmth of the cocoon
but dreaming to become butterflies
I cannot reveal to you my shady secrets.
They would make you blush like a schoolgirl.
They would make you tremble like a willow at the first breeze.
No, let my secrets ripen inside me.
Let them explode to life,
and, maybe if you are patient,
one day I will talk to you about them.

***

SECRETOS

No puedo desvelarte mis secretos
Porque mis secretos aún maduran dentro de mí
(Mei Er, poeta contemporánea chino)

No puedo desvelarte mis secretos
Mis secretos son semillas de hinojo
Encerrados en su prisión de humus
Pero que sueñan con germinar
Mis secretos son gusanos
Dormitando suavemente al calor del capullo
Pero que sueñan convertirse en mariposas
No puedo revelarte mis secretos tan enmarañados
Que te sonrojarían como a una colegiala
Te estremecerían como a un sauce con la primera brisa
No, deja que mis secretos maduren en mí
Déjalos que se abran a la vida
Quizás entonces, si eres paciente
algún día te los desvelaré.

***

秘 密
我不能告诉你我的秘密
因为我的秘密还在我体内成熟
——中国当代诗人 梅尔

我不能告诉你我的秘密

我的秘密是茴香的种子
被关在他们的腐殖质监狱里
但在梦想发芽。

我的秘密是毛虫
温柔地睡在茧壳的温暖里
但在梦想着化蝶

我不能向你透露我暧昧的秘密。
它们会让你脸红得像个女学生。
它们会让你像柳树一样在初春风中颤抖。

不,让我的秘密在我体内成熟。
让它们爆炸成生命,
如果你有耐心的话,
总有一天我会和你谈起它们。

***

GEHEIMNISSE

Ich kann dir meine Geheimisse nicht sagen/enthüllen
Den meine Geheimnisse reifen noch in mir
(Mei Er, chinesische Lyrikerin der Gegenwart)

Ich kann dir meine Geheimnisse nicht enthüllen
Meine Geheimnisse sind Samen des Fenchels
In ihrem Gefängnis von Humus eingesperrt
Aber sie träumen davon, zu keimen.
Meine Geheimnisse sind Raupen
Ruhig schlummernd in der Wärme des Kokons
Aber sie träumen davon, Schmetterlinge zu werden
Ich kann dir meine wirren Geheimnisse nicht enthüllen
Sie würden dich wie ein Schulmädchen erröten lassen
Sie würden dich wie eine Weide in der ersten Brise schaudern lassen
Nein, lass meine Geheimnisse in mir reifen
Lass sie explodieren und Leben werden
Dann vielleicht, wenn du geduldig bist
Werde ich sie dir eines Tages erzählen.

(Georges Friedenkraft)

 

Recueil: Germain Droogenbroodt ITHACA 568
Traduction: Néerlandais Germain Droogenbroodt / Anglais Wan Hua Chapouthier –Stanley Barkan / Espagnol Rafael Carcelén / Chinois William Zhou / Allemand Wolfgang Klinck /
Editions:

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Le muguet rougit (Richard Rognet)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2018




Le muguet rougit — le
sang tire à soi
les blancs, nous
sommes suspendus
au-dessus du chagrin,

désarticulés, gauches,
paroles défleuries,
mémoire au rebut,

nous bourlinguons
dans nos noirceurs,
nos bouches s’unissent,
ténèbres — traversée
des étoiles mortes.

(Richard Rognet)

Illustration

 

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Madame, autour de vous tant de grâce étincelle (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2018


 


Albert Lynch _A_Lady_With_A_Fan

 

Madame, autour de vous tant de grâce étincelle.
Mens blanda in corpore blando.

Madame, autour de vous tant de grâce étincelle,
Votre chant est si pur, votre danse recèle
Un charme si vainqueur,
Un si touchant regard baigne votre prunelle,
Toute votre personne a quelque chose en elle
De si doux pour le coeur,

Que, lorsque vous venez, jeune astre qu’on admire,
Éclairer notre nuit d’un rayonnant sourire
Qui nous fait palpiter,
Comme l’oiseau des bois devant l’aube vermeille,
Une tendre pensée au fond des coeurs s’éveille
Et se met à chanter !

Vous ne l’entendez pas, vous l’ignorez, madame.
Car la chaste pudeur enveloppe votre âme
De ses voiles jaloux,
Et l’ange que le ciel commit à votre garde
N’a jamais à rougir quand, rêveur, il regarde
Ce qui se passe en vous.

(Victor Hugo)

Illustration: Albert Lynch

 

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Matin d’Octobre (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



 

François Malespine -janvier-2013-matin-d_automne

Matin d’Octobre

C’est l’heure exquise et matinale
Que rougit un soleil soudain.
A travers la brume automnale
Tombent les feuilles du jardin.

Leur chute est lente. Ou peut les suivre
Du regard en reconnaissant
Le chêne à sa feuille de cuivre,
L’érable à sa feuille de sang.

Les dernières, les plus rouillées,
Tombent des branches dépouillées :
Mais ce n’est pas l’hiver encor.

Une blonde lumière arrose
La nature, et, dans l’air tout rose,
On croirait qu’il neige de l’or.

(François Coppée)

Illustration: François Malespine

 

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PHIDYLÉ (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 23 septembre 2018



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PHIDYLÉ

Offre un encens modeste aux Lares familiers,
Phidylé, fruits récents, bandelettes fleuries ;
Et tu verras ployer tes riches espaliers
Sous le faix des grappes mûries.

Laisse, aux pentes d’Algide, au vert pays Albain,
La brebis, qui promet une toison prochaine,
Paître cytise et thym sous l’yeuse et le chêne ;
Ne rougis pas ta blanche main.

Unis au romarin le myrte pour tes Lares.
Offerts d’une main pure aux angles de l’autel,
Souvent, ô Phidylé, mieux que les dons plus rares,
Les Dieux aiment l’orge et le sel.

Plus de neiges aux prés. La Nymphe nue et belle
Danse sur le gazon humide et parfumé ;
Mais la mort est prochaine; et, nous touchant de l’aile,
L’heure emporte ce jour aimé.

Un vent frais amollit l’air aigu de l’espace;
L’été brûle ; et voici, de ses beaux fruits chargé,
L’Automne au front pourpré; puis l’hiver, et tout passe
Pour renaître, et rien n’est changé.

Tout se répare et chante et fleurit sur la terre ;
Mais quand tu dormiras de l’éternel sommeil,
O fier patricien, tes vertus en poussière
Ne te rendront pas le soleil!

(Leconte de Lisle)

Illustration: Jean-Francis Auburtin

 

 

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UNE VIE QUI N’EST PLUS… (Jean Rousselot)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2018



 

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UNE VIE QUI N’EST PLUS…

Une vie qui n’est plus qu’une petite enclume
Un langage qui s’interdit toute écume
Tout juste ce qu’il faut pour la cuisine
Le gaz et le loyer
Vous voyez ?

Trop encore pour n’avoir pas à rougir
Des mots qui ne sont pas des choses
Mais le deviennent
Et nous emplâtrent
Et nous encadrent
Dans la vérité

Pas assez pour l’oxygène
Pas assez pour l’amour.
N’importe quel amour.

(Jean Rousselot)

Illustration: Jean-Claude Forez

 

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QUI A MARCHE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 6 septembre 2018



 

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QUI A MARCHE

Qui a marché sur ces terres,
Qui a arpenté ces champs détrempés par le sang,
Qui a rêvé par ces routes ?

N’était-ce pas — attends — Peter Bezruc,
quand il composait les chants de Silésie,
Ces poèmes graves, pleins de plomb ?
Je regardais : un collier d’acier,
Oh, et du sang — oh — du sang affreux
Qui dégouttait comme du plomb,
De sorte que le champ en rougit,
Que la route en rougit.

« Peter Bezruc, attends! attends !
Moi aussi comme toi j’ai un collier
Et à moi aussi
Le sang dégoutte des lèvres éclatées!  »

Peter avance, encadré par les policiers.
Ils attendent qu’il ploie,
Qu’il courbe l’échine —
Et au tournant, la voisine :
 » Peter, Peter !  » Et elle éclate en sanglots.
Mais Peter ne se courbe pas.
Que sont la souffrance et la mort
A qui se meurt pour la Justice!

Qui a marché sur ces terres ?
Il ressemblait tout à fait à Peter,
Le sang de sa bouche dégouttait,
Il portait les montagnes sur ses épaules;
Et il a haussé les épaules
Et les montagnes ont résonné;
Et il a replié son bras,
Et les fers se sont brisés,
Et il a ouvert ses bras,
Et cela a tonné dans les carrières.

Qui a marché sur ces champs
Tel un bon agneau blanc,
Et n’a pas même soufflé mot,
Quand on l’a conduit au cachot ?

(Srecko Kosovel)

 

 

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