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Poésie

Posts Tagged ‘couverture’

La couverture (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019


La couverture du cahier
bleu pâle figure
un château féodal
sur le ciel d’orage de l’image
on a dessiné la Mort tenant sa faux
des feuilles tombées
cachent le sentier
à maisons livides
dans l’une on entend
crier Dieu merci.

(Jean Follain)

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Je ne veux pas passer sur la petite civière (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 24 février 2019



auschwitz Charlotte Delbo 2

Tout à l’heure je cédais à la mort.
A chaque aube, la tentation.

Quand passe la civière, je me raidis.
Je veux mourir mais pas passer sur la petite civière.

Pas passer sur la petite civière
avec les jambes qui pendent et la tête qui pend,
nue sous la couverture en loques.

Je ne veux pas passer sur la petite civière.

(Charlotte Delbo)

Charlotte

 

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La couverture s’écarte (Charlotte Delbo)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



pied nu

La couverture s’écarte.
C’est une femme.
Un squelette de femme.
Elle est nue.
On voit les côtes et les os iliaques.
Elle remonte la couverture sur ses épaules,
continue à danser.
Une danse de mécanique.
Un squelette de femme qui danse.
Ses pieds sont petits,
maigres et nus
dans la neige.

(Charlotte Delbo)

 

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Laisse entrer le vent (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2018




Laisse entrer le vent
Laisse entrer la pluie
Laisse entrer la lande cette nuit,

L’orage bat contre ma vitre,
La nuit se dresse au pied de mon lit,
Laisse entrer la peur,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer les arbres qui se tordent et gémissent,
Laisse entrer le nord cette nuit.

Laisse entrer la puissance sans nom et sans forme
Qui frappe à la porte,
Laisse entrer la glace, laisse entrer la neige,
La fée funeste qui hurle sur- la lande,
Le buisson de fougère sur la colline déserte,
Laisse entrer les morts cette nuit.

Le fantôme qui siffle derrière le muret de pierres,
Les morts qui pourrissent dans la fondrière,
Laisse entrer la foule des ancêtres,
Le désir inassouvi,
Laisse entrer le spectre du seigneur mort,
Laisse entrer les jamais nés cette nuit.

Laisse entrer
Laisse entrer
Laisse entrer
le froid,
l’humide,
la solitude,
les vivants,
les morts,
les ciels inhabités.

Oh comment les doigts vierges peuvent-ils tisser
Une couverture pour le vide ?
Mon coeur craintif concevoir
La gigantesque solitude ?
Une si petite maison contenir
Une assemblée si nombreuse ?
Laisse entrer les morts,
Laisse entrer l’obscurité,
Laisse entrer ton amour cette nuit.

Laisse entrer la neige qui engourdit la tombe,
Laisse entrer le chêne,
Le torrent de montagne et la pierre de montagne,
Laisse entrer la mer amère.

Craintif mon coeur vierge,
Frêle mon corps vierge,
Et dois-je alors avoir pitié
De la furie de l’orage
Qui s’est levé du grand abîme
Avant que la terre soit créée,
Qui verse des cataractes d’étoiles
Et secoue ce monde violent ?

Laisse entrer le feu,
Laisse entrer la puissance,
Laisse entrer la force envahissante.

Que doux soient mes doigts,
Mon coeur plein de pitié,
Puisque je dois lier dans une forme humaine
Une puissance de vie si grande,
Un grand élan de vie sauvage
Qui crie autour de ma maison
Avec tout le désir violent
Ne désirant que ma paix.

Plein de pitié mon coeur doit maintenir
Les étoiles solitaires au repos,
Avoir pitié du cri du corbeau,
Du torrent, des ailes de l’aigle,
De l’eau glacée du petit lac
Et du vent mordant.

Laisse entrer la blessure,
Laisse entrer la douleur,
Laisse entrer ton enfant cette nuit.

***

Let in the wind
Let in the rain
Let in the moors tonight,

The storm beats on my window-pane,
Night stands at my bed-foot,
Let in the fear,
Let in the pain,
Let in the trees that toss and groan,
Let in the north tonight.

Let in the nameless formless power
That beats upon my door,
Let in the ice, let in the snow,
The banshee howling on the moor,
The bracken-bush on the bleak hillside,
Let in the dead tonight.

The whistling ghost behind the dyke,
The dead that rot in mire,
Let in the thronging ancestors
The unfulfilled desire,
Let in the wraith of the dead earl,
Let in the unborn tonight.

Let in the cold,
Let in the wet,
Let in the loneliness,
Let in the quick,
Let in the dead,
Let in the un peopled skies.

Oh how can virgin fingers weave
A covering for the void,
How can my fearful heart conceive
Gigantic solitude ?
How can a house so small contain
.A company so great ?
Let in the dark,
Let in the dead,
Let in your love tonight.

Let in the snow that numbs the grave,
Let in the acorn-tree,
The moutain stream and mountain stone,
Let in the bitter sea.

Fearful is my virgin heart
And frail my virgin form,
And must I then take pity on
The raging of the storm
That rose up from the great abyss
Before the earth was made,
That pours the stars in cataracts
And shakes this violent world?

Let in the fire,
Let in the power,
Let in the invading might.

Gentle must my fingers be
And pitiful my heart
Since I must bind in human form
A living power so great,
A living impulse great and wild
That cries about my house
With all the violence of desire
Desiring this my peace.

Pitiful my heart must hold
The lonely stars at rest,
Have pity on the raven’s cry
The torrent and the eagle’s wing,
The icy water of the tarn
And on the biting blast.

Let in the wound,
Let in the pain,
Let in your child tonight.

(Kathleen Raine)

Illustration: William Blake

 

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Toi qui as peur (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018



Illustration: Annie Predal
    
Toi qui as peur

Ma faible ma si faible
toi qui as peur de ta faiblesse
ma vigne folle au vent tremblant
c’est moi la treille sous tes mains

mon lierre noir toi qui t’écroules
je suis le mur dessous ta peau
mon eau sans forme qui s’enfuit
c’est moi le verre et ton barrage

ne tremble plus je suis l’appui
nuit après jour de tes naufrages
la couverture où l’on t’enroule
ma frissonnante ton radeau

ma naufragée je suis la mer
je te conduis je t’engloutis
je suis la paix sous tes paupières
où tous nos pas ont abouti.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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CHOSE PAUVRE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 14 août 2018



 

Salvador Dali __ solitude-anthropomorphe

CHOSE PAUVRE

Si je n’avais ce prétexte
Couverture qui couvre en dissimulant le fantôme
Cet habit sépulcral et mortuaire
Je pourrais traverser le filet, me transpercer moi-même,
passer dans un autre corps, dans un autre prétexte.
Nuage indéchirable, corps resplendissant.

Si je n’avais un vêtement lourd comme une armure

Lambeaux par lambeaux j’enlèverais la peau
Morceau par morceau je déc ouvrirais la poitrine,
le corps,
Pour dévoiler mon être, pour te contenir dans mon âme

Je me suis dénudé jusqu’au fond jusqu’à mes
ossements ultimes, je suis resté exténué et sans force.

Tu peux maintenant, si tu le veux, me briser
Comme un vase de terre vide
Faire de moi une chose pauvre, une poignée de terre.

(Georges Themelis)

Illustration: Salvador Dali

 

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Telle une femme d’intérieur (Hala Mohammad)

Posted by arbrealettres sur 8 août 2018




    
Telle une femme d’intérieur
J’ouvre mes fenêtres sur celles des voisines
Je m’affiche un peu en chemise de nuit
Derrière les rideaux transparents
Je prépare mon café à feu doux
Je dépoussière le balcon
J’aère mes couvertures
Et j’étale mon linge sur les cordes.

Aux yeux des étrangers je presse le pas
Pour rejoindre ma famille
Je salue à la hâte les voisins
Comme celle dont le bonheur l’attend derrière la porte.

Mes plats n’ont pas d’odeur
Mon linge non plus
Les fenêtres des voisines se sont fermées
Sur la vie en famille.

Telle une femme d’intérieur

Je ferme mes fenêtres.

***

(Hala Mohammad)

 

Recueil: Ce peu de vie
Traduction: Antoine Jockey
Editions: Al Manar

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DISGRACE (Textes chinois)

Posted by arbrealettres sur 19 juillet 2018



Illustration: Goyō Hashiguchi
    
DISGRACE
Inconnu

Mon âme est comme dissoute,
tant j’ai laissé couler de larmes, sur ma couverture de gaze ;
et la cruelle insomnie ne me laisse pas rêver.

Malgré la nuit avancée, une musique et des chants,
retentissent dans un pavillon, proche du mien.
Mon teint n’est pas fané encore…

Pourquoi donc l’Empereur ne m’aime-t-il plus ?…
Ainsi, jusqu’au jour, douloureusement,
je m’interroge, assise auprès du brasero…

(Textes chinois)

 

Recueil: Le Livre de Jade
Traduction: Judith Gautier
Editions: Plon

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UNE APPARENCE (Anise Koltz)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2018




    
UNE APPARENCE

Je ne suis pas moi
je ne suis qu’une apparence

Mon image me couvre
telle une vieille couverture

J’erre comme un point d’interrogation
un verbe sans sujet

(Anise Koltz)

 

Recueil: Somnambule du jour Poèmes choisis
Traduction:
Editions: Gallimard

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ТU ES VRAIMENT FOFOLLE (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 13 juin 2018



Illustration: Toulouse Lautrec
    
ТU ES VRAIMENT FOFOLLE,
Tu cours
Comme le vent du matin,
Tu finiras par te faire écraser : gare aux voitures !
Pourtant j’ai récuré ma petite table,
Et déjà
Le faible éclat du pain est une lumière plus pure.
Reviens donc, si tu veux bien,
J’achèterai une couverture pour mon lit de fer :
Cela va bien
Avec ma pauvreté qui t’aime,
Et que le Seigneur aime aussi.
Et le Seigneur m’aime aussi.
Il ne vient jamais ici dans toute sa clarté
Car il ne veut pas abîmer
Mes yeux pris d’un tel désir de le voir.
Et ils te regarderont avec tant de douceur.
Quand tu seras revenue !
Je t’embrasserai avec précaution,
Je n’arracherai pas ton manteau,
Mais je te dirai toutes les friponneries
Que j’ai inventées depuis ton départ
Pour que tu ries à ton tour.
Tu rougiras,
Tu baisseras les yeux et nous rirons comme des fous.
Les voisins nous entendront,
Les journaliers graves et taciturnes nous entendront,
Et dans leur sommeil las et brisé, ils esquisseront un sourire.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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