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Poésie

Posts Tagged ‘vivre’

Fraternité (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019




    
Fraternité

Tout est coups et blessures brûlantes,
sans pardon à qui que ce soit.
Blessée comme toi et blessante,
je vivais en fonction de toi.

Le pur frôlement, celui de l’esprit,
que chaque frôlement accroît,
nous l’éprouvons en vieillissant
inversé en silence le plus froid

***

Bruderschaft

Alles ist Wundenschlagen,
und keiner hat keinem verziehn.
Verletzt wie du und verletzend,
lebte ich auf dich hin.

Die reine, die Geistberührung,
um jede Berührung vermehrt,
wir erfahren sie alternd,
ins kälteste Schweigen gekehrt.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Profession de foi (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Nathalie Mounier
    
Profession de foi

Je ne peux vivre sans ressentir la présence toujours
D’une étincelle de feu clair.
Mon coeur préfère errer éternellement
Que se rafraîchir dans le courant du jour.

Je cherche l’amour aux ultimes confins
Et brûle de me dissoudre enfin,
Quand bien même tous les appuis me lâchent,
Me jouant aux mains du Malin.

Je me tiens rayonnante devant les plus profonds abîmes,
afin de connaître leur sens ultime
Et il m’est permis aux heures magiques
D’aller à l’origine, au fond des énigmes.

***

Bekenntnis

Ich kann nicht leben ohne einen Funken
Von hellem Feuer stets zu fühlen.
Mein Herz wird lieber ewig wandern,
Als sich im Strom des Tages kühlen.

Ich suche Liebe an den letzten Grenzen
Und gliihe mich einmal zu lösen,
Selbst wenn mich aile Pfeiler lassen,
Mich spielend in die Hand des Bösen.

Ich stehe strahlend vor den tiefsten Gründen,
Um ihren letzten Sinn zu sehen
Und darf in zauberhaften Stunden
Bis an der Rätsel Urgrund gehen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Mes yeux désarmés demandent Grâce (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2019



Illustration: Robert Cattan
    
Mes yeux désarmés demandent
Grâce. Mais que faire alors
Que devant moi on prononce
Le nom bref et si sonore ?

Je marche dans la campagne,
Le long des tas de rondins ;
Le vent printanier est libre
De souffler où il veut bien,

Et mon coeur languide entend
Que là-bas – secret supplice ! –
Mon ami vit et respire
Et ose n’être pas triste.

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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Envole-moi (Jean-Jacques Goldman)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2019




Envole-moi

Minuit se lève en haut des tours
Les voix se taisent et tout devient aveugle et sourd
La nuit camoufle pour quelques heures
La zone sale et les épaves et la laideur

J’ai pas choisi de naître ici
Entre l’ignorance et la violence et l’ennui
J’m’en sortirai, j’me le promets
Et s’il le faut, j’emploierai des moyens légaux

Envole-moi …
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi …
Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots
Envole-moi

Pas de question ni rébellion
Règles du jeu fixées mais les dés sont pipés
L’hiver est glace, l’été est feu
Ici, y’a jamais de saison pour être mieux

J’ai pas choisi de vivre ici
Entre la soumission, la peur ou l’abandon
J’m’en sortirai, je te le jure
A coup de livres, je franchirai tous ces murs

Envole-moi …
Loin de cette fatalité qui colle à ma peau
Envole-moi …
Remplis ma tête d’autres horizons, d’autres mots
Envole-moi

Me laisse pas là, emmène-moi, envole-moi
Croiser d’autres yeux qui ne se résignent pas
Envole-moi, tire-moi de là
Montre-moi ces autres vies que je ne sais pas
Envole-moi …
Regarde moi bien, je ne laur ressemble pas
Me laisse pas là, envole-moi
Avec ou sans toi, je n’finirai pas comme ça
Envole-moi, envole-moi, envole-moi …

(Jean-Jacques Goldman)

 

 

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La forme de tes yeux (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2019


Amedeo Modigliani - Reclining Nude

La forme de tes yeux
ne m’apprend pas à vivre.

 

(Paul Eluard)

 

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Nuits sans sourire (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019



Le plus profond sommeil animal végétal
Me fait naître et survivre dans la nuit sans bornes.

Dans les yeux assez d’ombre pour y voir la nuit
Pour voir la plus ancienne image de la nuit

Prolongée jusqu’à moi bonne nuit sur ce lit.

De grandes femmes nues annulent le désert
Ce monde est sous l’empire de la chair glorieuse.

Tout est en un instant réduit à l’abandon
Du reflet d’une robe dans un miroir vide.

Pour connaître la forme et le poids de ses seins
La plus belle au matin s’enferme dans ses bras.

Le coeur dissimulé dans ce blanc coquillage
Elle échappe à la crue sanglante des aurores.

Des corps filigranés de leur squelette pâle
Confirment le fossile éclaircissent la gangue.

Les voûtes de la nuit caresses idéales
Herbes jamais nouées vont plus haut que le temps.

L’espace de la terre ainsi s’entrouvre et vit.

(Paul Eluard)

Illustration: Paul Delvaux

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Notre rire efface le désert du ciel (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 26 octobre 2019


néant

 

Celle que j’aime incarne mon désir de vivre
Je l’ai prise au présent elle reste au présent
Sa douce nudité dispense la lumière

L’air pur passe plus pur de sa bouche à ses yeux
Elle voit tout pour moi et je choisis pour elle
La feuille au coeur de l’arbre et le point clair de l’eau

Elle est l’arbre et la feuille et fait déborder l’eau
Nous naissons l’un à l’autre ensemble à chaque aurore
Et notre rire efface le désert du ciel.

(Paul Eluard)

 

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Une vallée de larmes de joie et de douleurs (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2019



Une vallée de larmes
de joie et de douleurs,
une vallée où nul
ne peut vivre sans pardon
ni garder une miette
pour soi.
Mais la beauté s’obtient
par l’amitié
d’une chose plus belle.
Ni vu ni connu :
il faut mourir pour renaître.

(Maurice Chappaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Wojtek Siudmak

 

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LE SOMMEIL (Henri De Régnier)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Ingrid Tusell  (29)

LE SOMMEIL

Penses-tu que ces fleurs, ces feuilles et ces fruits,
Et cet âpre laurier plus amer que la cendre,
Penses-tu que mes mains pour eux les aient cueillis?

Si j’ai mêlé tout bas à l’onde des fontaines
Les larmes que leur eau pleure encore aujourd’hui,
Crois-tu que j’ignorais combien elles sont vaines?

Si, debout, j’ai marché sur le sable changeant,
Était-ce pour marquer mon pas sur son arène,
Puisqu’il n’en reste rien quand a passé le vent?

Et pourtant j’ai voulu être un homme et me vivre
Et faire tour à tour ce que font les vivants;
J’ai noué la sandale à mon pied pour les suivre.

Amour, haine, colère, ivresse, j’ai voulu,
Par la flûte de buis comme au clairon de cuivre,
Entendre dans l’écho ce que je n’étais plus.

Si j’ai drapé mon corps de pourpres et de bures,
N’en savais-je pas moins que mon corps était nu
Et que ma chair n’était que sa cendre future?

Non, ce laurier sans joie et ces fruits sans désir,
Et la vaine rumeur dont toute vie est faite,
Non, tout cela, c’était pour pouvoir mieux dormir

L’ombre définitive et la nuit satisfaite!

(Henri De Régnier)

Illustration: Ingrid Tusell

 

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Pour détruire un jour d’été (Max Pol Fouchet)

Posted by arbrealettres sur 24 octobre 2019



 

Don Hong-Oai  , Pine Peak

Pour détruire un jour d’été
Le seul envol d’un oiseau
Vent froid au revers des plaines
Les hameaux de sang caillés

Notre coeur est nostalgie
Une terre à nos pas inconnue
Regret de ne plus habiter
Et nous n’y avons pas vécu

D’autres chemins jamais foulés
Celui-ci nous semble un otage
Le regret le désir mêlés
Espoir et deuil ont le même âge

La montée d’un aile au soir
Souligne le jour qui tombe
Quelle braise encore empêche
Le feu d’accepter la cendre ?

(Max Pol Fouchet)

Illustration: Don Hong-Oai

 

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