Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vivre’

UN FEU DISTINCT… (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

Brad Kunkle Seer_lrg-780x530

UN FEU DISTINCT…

Un feu distinct m’habite, et je vois froidement
La violente vie illuminée entière…
Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant
Ses actes gracieux mélangés de lumière.

Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,
Après le premier temps de sommeil malheureux;
Quand le malheur lui-même est dans le noir épars
Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.

Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille
N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,
Et mon rire étranger suspend à mon oreille,

Comme à la vide conque un murmure de mer,
Le doute, — sur le bord d’une extrême merveille,
Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille?

(Paul Valéry)

Illustration: Brad Kunkle

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

HORS DES LANGAGES (Pierre Béarn)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



HORS DES LANGAGES

Je ne veux pas choisir
entre ceux qui vécurent
dans l’imagerie des frontons
et ceux qui s’illuminent en révolte
drapés de couleurs arrogantes.

Je ne veux pas choisir
entre ceux qui condamnent
et ceux qui sont condamnés
car ne sont-ils pas tour à tour
innocents et coupables ?
victimes et bourreaux ?

Je ne veux pas choisir entre les vérités
façonnées d’illusions étant nées du langage.

Je ne veux pas trancher du juste et de l’injuste.
Je ne sais plus ce qui est bien
ce qui est mal
dans les fornications de l’orgueil
et du désir de vaincre.
La victoire a toujours raison.

le ne voudrais connaître
que la vérité du sang
et son poids de honte dans l’absurde,
son poids d’impuissance,
son poids de désespoir.

Je me sens nègre et chinois
mongol et breton.
La couleur des drapeaux
toujours outrée
me rend aveugle.
Je me veux libéré des couleurs
et de leurs frontières.

Les hommes
je les porte en moi dans mon sang
dressés les uns contre les autres en appétit.

Englués inutilisables des connaissances,
Vieillards méprisants de l’élite,
et Vous les jeunes loups la haine aux dents
réjouissez-vous !
la vermine fera de vous tous des égaux.

Et vous voici fourmis ailées lancées
à la conquête de l’espace
décrété terre des hommes !

Bravo !
la Lune était un croissant pour votre faim
mangez-la !

La Terre n’en restera pas moins un caillou
perdu dans l’univers hydrocéphale.

Infinitésimal grouillement dans l’infini
que lui veux-tu ?

Ambitieuses machinations de l’ombre
au détriment de la lumière,
dénigrements organisés,
verbiages peinturlurés du Mensonge,
équilibres de bulles de savon,
masques qui flambent d’être masques,
maladies honteuses du Bonheur,
je vous déteste, Politiques !

Je ne veux pas choisir entre vos uniformes,
vos religions utilitaires,
vos imageries combatives,
vos justices nourries de vengeances.

Dans l’absurdité des confrontations
un soldat vaut un soldat
et tous les dieux se ressemblent.

La Justice est un ciel que vous profanez.

Je ne veux pas choisir
entre le contremaître condamné par sa réussite
à n’être plus revendicateur en France
et l’ouvrier de Léningrad
qui devint commissaire du peuple en Ukraine.

Je ne veux pas choisir entre les tribus
les peuples
les langues
les façons de vivre.

La Droite, la Gauche, le Centre.

Je veux rester libre de vivre
à la lumière de mon coeur
seul s’il le faut
et les mains vides
rêvant à l’Humanité sauvée des langages.

(Pierre Béarn)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

AUTOUR DE KEROUZAC’H (Paol Keineg)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Charles Augustin Lhermitte  jeune fille bretonne

AUTOUR DE KEROUZAC’H

Je viens de plus loin que le paysage.
Les prophètes massacrés ont disposé de hauteur en hauteur les tas de pierre du désastre.
Par le chemin de roses rouges une jeune fille découvre ses limites et ne croit pas à la mort.
Je l’ai perdue des yeux après le champ de maïs. Est-elle morte ?

Parce que le vent est le seul assaut dans ce pays de patience, je n’imagine pas de frontière au besoin de vivre.
Ma souffrance, je la réduis en poudre : je me fie à mon instinct.

(Paol Keineg)

Illustration: Charles Augustin Lhermitte

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

S’il existait (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



&
 

Illustration: Anna Lea Merritt

nbsp;   

S’il existait

S’il existait
Un Dieu de l’amour
Nous vivrions encore aujourd’hui
Dans l’Éden
De peuple à peuple
De toi à toi

Si tu n’existais point
O Dieu de l’amour
Nous n’existerions pas

Rien n’existerait

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , | Leave a Comment »

Seule (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




    
Seule

Je vis solitaire
Avec le chant

Mes questions
Demeurent inachevées

Le ciel répond
Non
Oui

Je ne sais
Où la fin commence
Et le début s’achève

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Pays maternel (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration
    
Pays maternel

Ma patrie est morte
Ils l’ont réduite
En cendre

Je vis
dans mon pays maternel
Le verbe

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Pays maternel
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qu’est-il besoin de mots, quand l’amour a fait le coeur ivre ? (Kabîr)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



 

    

Qu’est-il besoin de mots,
quand l’amour a fait le coeur ivre ?

J’ai refermé mon manteau sur Le diamant;
pourquoi de nouveau l’ouvrirai-je ?

Le plateau de la balance montait tant que sa charge était légère :
à présent que le voici plein qu’ai-je besoin de vérifier la pesée ?

Le cygne a pris son vol vers les lacs par au-delà de la montagne ;
qu’importent pour lui désormais les bassins et les douves ?
C’est en toi que vit ton Seigneur;
tes paupières de chair pourront bien se fermer.

« Mon frère, écoute ! Mon Seigneur,
qui ravit mes yeux, s’est uni lui-même avec moi »
dit Kabîr.

***

Where is the need of words,
when love has made drunken the heart ?

I have wrapped the diamond in my cloak;
why open it again and again?

When its load was light, the pan of the balance went up :
now it is full, where is the need for weighing?

The swan has taken its flight to the lake beyond the mountains;
why should it search for the pools and ditches any more ?
Your Lord dwells within you : why need your outward eyes be opened?

Kabîr says : « Listen, my brother! my Lord,
who ravishes my eyes, has united Himself with me. »

(Kabîr)

 

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Un nuage nuancier (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



Illustration: Arturo Souto
    
Un nuage nuancier
traverse le ciel de la ville

nu, le corps s’appuie
au chambranle blanc de la fenêtre.

On vit sur un rebord heureux du temps
de quoi se souvenir.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Suis née (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017



    

Suis née, vis
par « et », plus « et »

enfant et mûre et vieille,
éveillée et dormant,
écrivant, voyageant,

j’attends le zéro « et »

dispersée, alors,
sans avoir découvert
ce que j’ajoutais
à quoi j’ajoutais

qui à quoi rendit
ce « et » sempiternel, à la fin rabouté au néant.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le soleil tombe (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2017



    Illustration
    
Le soleil tombe.
Un jour, il tombera du haut
de son existence

son haut pas très haut
(étoile
de petit rang).

Nous ?

Tombés
avant lui.

En cette fin d’après-midi pourtant
c’est une jacinthe
que dans l’auto arrêtée sur la route, nous recevons en plein dans les yeux

ou la trace brillante d’un escargot sur une feuille

plus fortes
que la fin en marche.

Nous acceptons alors de vivre avec le provisoire.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :