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Poésie

Posts Tagged ‘vivre’

LA NUIT (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




LA NUIT

Je connais peu la nuit
mais la nuit semble me connaître
et en plus m’assiste, comme si elle m’aimait,
couvre ma conscience de ses étoiles.

Peut-être la nuit est-elle la vie et le soleil la mort.
Peut-être la nuit est-elle rien
et les conjectures sur elle rien
et les êtres qui la vivent rien.
Peut-être les mots sont-ils seuls à exister
dans l’énorme vide des siècles
qui nous griffent l’âme de leurs souvenirs.

Mais la nuit doit savoir la misère
qui s’abreuve de notre sang et de nos idées.
Elle doit jeter sur nos regards de la haine
les sachant pleins d’appétits, de désunions.

Mais il arrive que j’entends la nuit pleurer dans mes os.
Son immense larme délire
et crie que quelque chose est parti pour toujours.
Un jour, nous reviendrons à être.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

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Nous vivons ici-bas une main serrée sur la gorge (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




Nous vivons ici-bas une main serrée sur la gorge.
Que rien ne soit possible était chose connue de
ceux qui inventaient des pluies et tissaient des
mots avec la torture de l’absence. C’est pourquoi il
y avait dans leurs prières un son de mains éprises
du brouillard.

(Alejandra Pizarnik)

 

 

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EXIL (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2018




EXIL

Cette manie de me savoir un ange,
sans âge,
sans mort où me vivre,
sans piété pour mon nom
ni pour mes os qui pleurent à la dérive.

Et qui n’a pas un amour ?
Et qui ne jouit pas parmi des coquelicots ?
Et qui ne possède pas un feu, une mort,
une peur, une chose horrible,
même avec des plumes,
même avec des sourires ?

Sinistre délire que d’aimer une ombre.
L’ombre ne meurt pas.
Et mon amour
n’embrasse que ce qui flue
comme lave de l’enfer :
une loge secrète,
fantômes en douce érection,
prêtres d’écume
et surtout anges,
anges radieux comme des couteaux
qui se lèvent dans la nuit
et dévastent l’espérance.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration: Paul Delvaux

 

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Saluez bas ce drapeau (Marc-Adolphe Guégan)

Posted by arbrealettres sur 11 novembre 2018



drapeau [800x600]

Le sabre

Une oeuvre d’art, la poignée
De ce sabre fier.
Comme on embellit le crime!

***

Le quart

Quart en forme de sébile.
Piètre insigne
Des mendiants de la gloire.

***

Progrès

On tue à distance.
Plus de mains sanglantes.
La guerre est très propre.

***

Reportage

Le moribond criait: Maman!
De l’arrière, le journaliste
A entendu: Vive la France!

***

Testament

De sa poitrine déchirée
Sortit, en guise d’âme,
Un portrait de fillette blonde.

***

Cimetière

Petite croix. Epitaphe.
Ci-gît le soldat Gribouille.
Il mourut pour vivre libre.

***

L’emblème

Saluez bas ce drapeau.
On en fit l’emplette
L’autre jour dans mon bazar.

(Marc-Adolphe Guégan)

 

 

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CHANSON DE L’AMANT QUI REVIENT SEUL (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018



Illustration: Andrey Bobir
    
CHANSON DE L’AMANT QUI REVIENT SEUL

Six mois peut-être
Depuis le jour
Qui vit paraître
Ce double amour.

Plus sur la mousse
Des longs chemins
Ne vient la douce
M’offrant ses mains.

Le brouillard monte
Dans ce bosquet
Qui la vit prompte
Au jeu coquet.

Plus de caresses,
Fronts défrisés;
Plus de tendresses,
Coeurs dégrisés.

Près de la stèle
Vain rendez-vous
De l’infidèle
Et du jaloux!

Sous la ramée,
Bois vermoulus,
La Bien-Aimée
Ne viendra plus.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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DES MORTES LES PLUS DÉPLORABLES (André Berry)

Posted by arbrealettres sur 7 novembre 2018




    
DES MORTES LES PLUS DÉPLORABLES

Je pleure à double et long ruisseau
Les mortes qui sont au tombeau.
Plus chaudes les larmes arrivent
Quand je pense aux mortes qui vivent.

(André Berry)

 

Recueil: Poèmes involontaires suivi du Petit Ecclésiaste
Traduction:
Editions: René Julliard

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À transmettre (Jean Pérol)

Posted by arbrealettres sur 3 novembre 2018




    
À transmettre

Le seul et juste mot où tous nous irons boire
C’est une coupe immense, le vin y est diamant,
Nos lèvres seront rouges

C’est de vivre qu’il s’agit,

Vivre mon grand drapeau
Vivre comme le vent
Vivre mon joli mot
Vivre va partout

Leur dire, dire et redire

Que ton chant et ton sang
Et ton coeur et tes fleurs
Que ta chair et ton air
Et ton pain et ton vin

C’est de paix qu’il s’agit.

(Jean Pérol)

 

Recueil: Poésie I (1953-1978)
Traduction:
Editions: De la Différence

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L’ÉCART (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 30 octobre 2018



 

Aat Verhoog (14)

L’ÉCART

Souvent j’habite mon corps
jusqu’aux creux des aisselles
Je me grave dans ce corps
jusqu’aux limites des doigts
Je déchiffre mon ventre
Je savoure mon souffle
Je navigue dans mes veines
à l’allure du sang

Sur mes pommettes la brise prend appui
Mes mains touchent aux choses
contre ma chair ta chair m’établit

Souvent d’être mon corps
J’ai vécu
Et je vis

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je l’entrevois
martelé par les jours
assailli par le temps

Souvent d’un point sans lieu
J’assourdis mon histoire
De l’avant à l’après
je conjugue l’horizon

Souvent d’un point sans lieu
Ce corps je le distance

Et de cet écart même
en alternance
Je vis.

(Andrée Chedid)

Illustration: Aat Verhoog

 

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Que d’yeux (Jules Laforgue)

Posted by arbrealettres sur 27 octobre 2018



 

Juliette Brigand-Damville 20

Que d’yeux, en éventail, en ogive, ou d’inceste,
Depuis que l’Etre espère, ont réclamé leurs droits !
Ô ciels, les yeux pourrissent-ils comme le reste ?
Oh ! qu’il fait seul ! oh ! fait-il froid !
Oh ! que d’après-midi d’automne à vivre encore !
Le Spleen, eunuque à froid, sur nos rêves se vautre !
Or, ne pouvant redevenir des madrépores,
Ô mes humains, consolons-nous les uns les autres.
Et jusqu’à ce que la nature soit bien bonne,
Tâchons de vivre monotone

(Jules Laforgue)

Illustration: Juliette Brigand-Damville

 

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Comme les plantes (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2018




    
Comme les plantes nous vivons appariés au soleil.
Notre projet n’est-il pas de nous fondre à la flamme ?
À un détail absolu ?

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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