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Poésie

Posts Tagged ‘vivre’

Cassures (Elsie Suréna)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Bruno Walpoth -Zoom

Cassures

Nudités des jours
Écoulés sans surprise
Les uns
À la suite
Des autres
Est-ce cela vivre?

Amitiés aussi incertaines
Aussi maladroites parfois
Qu’une écriture tremblée
Est-ce cela vivre?

Brèves amours
Qui se suivent
Et se ressemblent
Tel un cheminement
De fourmis folles
Est-ce cela vivre?

Île natale aussi présente en moi
Qu’en gestation dans ses eaux à rompre
Là-bas où le facteur plaint les miens
Est-ce cela vivre?

Pays cassé au ras de nos rêves
Toujours blessé de vents contraires
Et chaque jour un peu plus délaissé
Parviendrai-je au bout du voyage
À me rencontrer face à face
Pour mieux te revenir et enfin vivre?

(Elsie Suréna)

Illustration: Bruno Walpoth

 

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Et avec ça, madame ? (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018



 

Christian Schloe - Austrian Surrealist Digital painter - Tutt'Art@ (90)

Et avec ça, madame ?

Insiste, persiste, essaye encore.
Tu la dompteras cette bête aveugle qui se pelotonne.
Aujourd’hui des fous et des sots se promènent par la ville.
Parole, on les prend pour des sages.
L’équilibre et la lucidité sont un des cas de la folie humaine.
Insiste, persiste, essaye encore.
Connaissant de ton destin ce qu’homme digne du nom doit en connaître.
Résolu comme un homme digne de ce nom doit être résolu.
Revenu de bien des illusions dans le domaine du rêve et de l’amitié.
Rêvant et aimant autant qu’en ta jeunesse,
Moins la duperie.
Insiste et persiste encore
Capable de parler des étoiles et du ciel et de la nuit et du jour, de la mer,
des montagnes et des fleuves.
Mais plus dupe.
Ni désespéré.
Moins encore résigné.
Dur comme la pierre et t’effritant comme elle.
En marche vers la force dont le chemin est aussi celui de la mort
Mais résolu à aller aussi loin, aussi longtemps que possible.
C’est-à-dire vivre.

(Robert Desnos)

Illustration: Christian Schloe

 

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Le Mal De Vivre (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



    

Le Mal De Vivre

Ça ne prévient pas quand ça arrive
Ça vient de loin
Ça c´est promené de rive en rive
La gueule en coin
Et puis un matin, au réveil
C´est presque rien
Mais c´est là, ça vous ensommeille
Au creux des reins

Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu´il faut bien vivre
Vaille que vivre

On peut le mettre en bandoulière
Ou comme un bijou à la main
Comme une fleur en boutonnière
Ou juste à la pointe du sein
C´est pas forcément la misère
C´est pas Valmy, c´est pas Verdun

Mais c´est des larmes aux paupières
Au jour qui meurt, au jour qui vient
Le mal de vivre
Le mal de vivre
Qu´il faut bien vivre
Vaille que vivre

Qu´on soit de Rome ou d´Amérique
Qu´on soit de Londres ou de Pékin
Qu´on soit d´Egypte ou bien d´Afrique
Ou de la porte Saint-Martin
On fait tous la même prière
On fait tous le même chemin
Qu´il est long lorsqu´il faut le faire
Avec son mal au creux des reins

Ils ont beau vouloir nous comprendre
Ceux qui nous viennent les mains nues
Nous ne voulons plus les entendre
On ne peut pas, on n´en peut plus
Et tous seuls dans le silence
D´une nuit qui n´en finit plus
Voilà que soudain on y pense
A ceux qui n´en sont pas revenus

Du mal de vivre
Leur mal de vivre
Qu´ils devaient vivre
Vaille que vivre

Et sans prévenir, ça arrive
Ça vient de loin
Ça c´est promené de rive en rive
Le rire en coin
Et puis un matin, au réveil
C´est presque rien
Mais c´est là, ça vous émerveille
Au creux des reins

La joie de vivre
La joie de vivre
Oh, viens la vivre
Ta joie de vivre

(Barbara)

 

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Dis ! Quand Reviendras-tu ? (Barbara)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2018



    

Dis ! Quand Reviendras-tu ?
Voilà combien de jours, voilà combien de nuits…
Voilà combien de temps que tu es reparti !
Tu m’as dit ;
Cette fois, c’est le dernier voyage,
Pour nos coeurs déchirés, c’est le dernier naufrage.
Au printemps, tu verras, je serai de retour.
Le printemps, c’est joli, pour se parler d’amour :

(Version Femme : Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Nous irons voir ensemble les jardins refleuris,
(Je n’ai pas la vertu des femmes de marins.)
Et déambulerons dans les rues de Paris !

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

Le printemps s’est enfui depuis longtemps déjà,
Craquent les feuilles mortes, brûl’nt les feux de bois…
A voir Paris si beau en cette fin d’automne,
Soudain je m’alanguis, je rêve, je frissonne…
Je tangue, je chavire, et comme la rengaine ;
Je vais, je viens, je vire, je tourne, je me traîne…
(Version Femme: Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Ton image me hante, je te parle tout bas…
(Je n’ai pas la vertu des femmes de marins.)
Et j’ai le mal d’amour et j’ai le mal de Toi !

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

J’ai beau t’aimer encor, j’ai beau t’aimer toujours.
J’ai beau n’aimer que toi, j’ai beau t’aimer d’amour…
Si tu ne comprends pas qu’il te faut revenir,
Je ferai de nous deux, mes plus beaux souvenirs…
Je reprendrai la rout’, le Monde m’émerveill’.
J’irai me réchauffer à un autre Soleil…
(Version Femme: Je ne suis pas de cell’s qui meurent de chagrin,)
Je ne suis pas de ceux qui meurent de chagrin…
(Je n’ai pas la ver-tu des femmes de marins.)
Je n’ai pas la vertu des Chevaliers anciens.

Dis !
Quand reviendras-tu ?
Dis ! au moins le sais-tu ?
Que tout le temps qui passe
Ne se rattrape guère…
Que tout le temps perdu
Ne se rattrape plus !

(Barbara)

 

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Je t’aime, toi (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Je t’aime, toi… Mais ne va point me plaindre,
Arbre de vie aux fruits délicieux,
Puisque ta forme et ses dons précieux
Sur tous mes cieux ne cessent de se peindre.

Oui, tous mes jours… Mais les nuits le font mieux :
A peine vient ma lampe de s’éteindre
L’ombre s’éveille, et mes regards de feindre
Ce qu’ils verraient et virent dans tes yeux.

L’obscurité m’ouvre ta chambre claire
Où si souvent ton sourire m’apprit
A t’inventer ce qui pourrait te plaire…

Ô pour ma soif de toi seule et d’esprit
Est-il au monde une autre récompense
Qu’être à nous deux la tendresse qui pense ?

(Paul Valéry)

Illustration: Françoise Martin-Marie

 

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Son fils et lui (Norge)

Posted by arbrealettres sur 22 mai 2018



Son fils et lui

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils était un bel homme
Doux qui avait débuté comme
Charpentier, puis, vers les trente ans,
S’était mis à prêcher les gens.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils, je le vois encore
Raisonnant, redressant les torts,
Et suivi de quelques nomades,
Guérissant partout les malades.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Mais son fils acquit un prestige
Merveilleux dû à ses prodiges
De tendresse et de vérité.
On l’aimait, rien qu’à l’écouter.

Non, lui, je ne l’ai pas connu.

D’ailleurs, il s’intéressait peu
A ce fils assez malchanceux
Qui se rendit antipathique
A tous les pouvoirs politiques.

Non, lui, je ne l’ai pas connu,

Et pourtant, son fils l’adorait.
I1 disait : moi, ce que j’espère
Et qu’à tous je souhaiterais
C’est d’aller vivre chez mon père.

Non, lui, je ne l’ai pas connu.

I1 ne fit absolument rien
Pour sauver ce fils, un vrai saint
Qui fut jugé par injustice
Et mourut dans d’affreux supplices.

Mais lui, je ne l’ai pas connu.

(Norge)

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VIVRE D’ATTENDRE (Henri Meschonnic)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2018



 

enfant Varsovie

VIVRE D’ATTENDRE

vivre d’attendre
attendre de vivre
mais le ciel est en nous
puisque nous le respirons
l’enfant ne passe toujours pas
en moi
c’est lui qui voit
par moi
c’est moi qui marche par lui
les bras levés dans la tête
le vélo vole à travers champs
maintenant les bombes
explosent ailleurs
les autres tombent quelque part en moi
c’est pourquoi j’ai mal
mais c’est ainsi qu’on se parle
entre inconnus si proches
nous nous racontons nos guerres
les souvenirs ont la main
sur le ventre pour s’endormir

(Henri Meschonnic)

 

 

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Une vallée de larmes de joie et de douleurs (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Une vallée de larmes
de joie et de douleurs,
une vallée où nul
ne peut vivre sans pardon
ni garder une miette
pour soi.
Mais la beauté s’obtient
par l’amitié
d’une chose plus belle.
Ni vu ni connu :
il faut mourir pour renaître.

(Maurice Chappaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Wojtek Siudmak

 

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CANTIQUES SPIRITUELS DE L’ÂME (Saint Jean de la Croix)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Illustration: Marc Chagall
    
CANTIQUES SPIRITUELS DE L’ÂME

I
Où vous étes-vous caché, mon bien-aimé ?
Vous m’avez abandonnée dans les gémissements ;

Vous avez pris la fuite comme un cerf,
Après m’avoir blessée;
Je suis sortie après vous en criant ;
mais déjà vous vous en étiez allé.

II
Pasteurs, autant que vous êtes qui irez
Par les cabanes à la colline,
Si par hasard vous voyez
Celui que je chéris plus que tout le monde,
Dites-lui que je languis,
que je suis tourmentée, que je me meurs.

III
En cherchant mes amours,
J’irai par ces montagnes et par ces rivages ;
Je ne cueillerai point de fleurs,
Je ne craindrai pas les bêtes sauvages,
Et je passerai par les forts et par les frontières.

IV
O forêts, ô épaisseurs,
Plantées par la main de mon bien-aimé !
O pré toujours vert,
Émaillé de fleurs!
Dites si mon amant a passé par vos campagnes.

V
En répandant mille grâces,
Il a passé à la hâte par ces forêts,
Et en les regardant
De sa seule figure,
Il les a laissées revêtues de sa beauté.

VI
Hélas qui me pourra guérir?
Ah! donnez-vous véritablement tout à moi;

Ne m’envoyez plus
D’ici en avant des messagers,
Qui ne peuvent dire ce que je souhaite.

VII
Et tous autant qu’ils sont qui s’appliquent à vous connaître,
Me parlent de mille grâces qui viennent de vous ;

Mais alors ils me blessent davantage,
Et me laissent toute mourante;
Ils disent je ne sais quoi en bégayant,
Mais ils ne s’expliquent pas clairement.

VIII
Mais comment subsistez-vous,
O vie, ne vivant pas où vous vivez,
Puisque les traits qui vous viennent des choses
que vous connaissez en votre bien-aimé,
vous donnent la mort?

IX
Pourquoi donc avez-vous blessé ce coeur,
Et pourquoi ne l’avez-vous pas guéri?
Et puisque vous l’avez dérobé,
Pourquoi l’avez-vous laissé?
Pourquoi ne prenez-vous pas la proie que
vous avez faite ?

X
Éteignez mes ennuis,
Que personne que vous ne peut adoucir ;
Que mes yeux vous voient,
Puisque vous êtes leur lumière ;
Je ne désire les avoir que pour vous.

XI
Faites voir votre présence,
Et que votre beauté me fasse mourir :
Considérez que la maladie d’amour ne se guérit bien
que par la présence et par la figure.

XII
O fontaine cristalline,
Si dans vos surfaces argentées
Vous formiez promptement les yeux que je désire,
Et que j’ai ébauchés dans mes entrailles !

XIII
Détournez vos yeux,mon bien-aimé,
Parce que je m’envole.
Revenez, ma colombe;
Car le cerf qui est blessé paraît sur le haut de la colline,
Et le vent de votre vol le rafraîchit…

XIV
Mon bien-aimé est comme les montagnes,
Comme les vallées solitaires et pleines de bois,

Comme les îles étrangères,
Comme les fleuves qui coulent avec bruit,
Comme le souffle des doux zéphyrs.

XV
Il est comme une nuit tranquille
Qui approche de l’aurore naissante ;
Comme une musique sans bruit,
Comme une solitude harmonieuse,
Comme un souper qui recrée et qui attire l’amour.

XVI
Notre lit est couvert de fleurs,
Entrelacé de cavernes de lions,
Teint de pourpre,
Fait sur la paix,
Couronné de mille boucliers d’or.

XVII
Après vos vestiges,
Les jeunes filles courent au chemin,
Au toucher d’une étincelle,
Au vin mixtionné,
Aux odeurs d’un baume divin.

XVIII

J’ai bu dans la cave intérieure de mon bien-aimé;
Et quand je suis sortie
Par toute cette plaine,
Je ne connaissais plus rien,
Et j’ai perdu le troupeau que je suivais auparavant.

XIX
Là il m’a donné ses mamelles,
Là il m’a enseigné une science très-savoureuse ;

Et je me suis donnée effectivement toute à lui,
sans réserver aucune chose ;
Là je lui ai promis d’être son épouse.

XX
Mon âme et toute ma substance s’emploient à son service;
Je ne garde plus mon troupeau, et je ne fais plus d’autre office,
Car tout mon exercice est d’aimer.

XXI
Si donc d’ici en avant
on ne me voit plus dans les prés,
et si on ne m’y trouve plus,

Dites que je me suis perdue;
car, étant tout enflammée d’amour,
je me suis volontairement perdue;
mais ensuite on m’a recouvrée.

XXII
De fleurs et d’émeraudes
Choisies dès le grand matin,
Nous ferons des bouquets.
Fleuris en votre amour,
Et liés de l’un de mes cheveux.

XXIII
Dans ce seul cheveu
Que vous avez considéré volant sur mon cou,

Et que vous avez regardé sur mon cou,
Vous avez été lié,
Et vous avez été blessé par l’un de mes yeux.

XXIV
Lorsque vous me regardiez,
Vos yeux m’imprimaient votre grâce ;
C’est pourquoi vous m’aimez.
En cela mes veux méritaient d’adorer ce qu’ils voyaient en vous.

XXV
Ne me méprisez pas ;
Car si vous avez trouvé en moi une couleur noire,

Vous pouvez maintenant me regarder.
Après que vous m’avez déjà regardée,
Car vous m’avez laissé de la grâce et de la beauté.

XXVI
Prenez-nous les renards,
Car notre vigne est déjà fleurie,
Pendant que nous faisons un bouquet de roses,

En forme de pomme de pin,
Et qu’aucun ne paraisse dans nos collines.

XXVII
Arrête-toi, vent du septentrion, qui donnes la mort;

Viens, vent du midi, qui réveilles les amours ;

Souffle par mon jardin,
Et que ses odeurs se répandent,
Et que mon bien-aimé se repaisse entre les fleurs.

XXVII
L’épouse est maintenant entrée
Dans l’agréable jardin qu’elle désirait,
Et elle repose à son gré,
Le cou penché,
Sur les doux bras de son bien-aimé.

XXIX
Sous un pommier
Je vous ai épousée ;
Là je vous ai donné la main,
Et vous avez été réparée
Où votre mère avait été violée.

XXX
Oiseaux, qui avez les ailes légères,
Lions, cerfs, daims sautants,
Montagnes, vallées, rivages,
Eaux, vents, ardeurs,
Craintes, gardes de nuit,

XXXI
Par les lyres agréables,
Et par le chant des syrènes, je vous conjure
D’apaiser votre colère,
Et de ne point toucher la muraille,
Afin que l’épouse dorme plus sûrement.

XXXII
O nymphes de Judée,
Pendant qu’entre les fleurs et les rosiers
L’ambre gris répand son parfum,
Demeurez dans les faubourgs,
Et ne touchez pas le seuil de nos portes.

XXXIII
Cachez-vous, mon bien-aimé,
Et tournez le visage pour regarder les montagnes,

Et ne le dites à personne ;
Mais, au contraire, voyez les campagnes
De celle qui va par les îles étrangères.

XXXIV
La colombe blanche
Revint dans l’arche avec une branche d’olivier;

Et la chaste tourterelle
Trouve sa compagne qu’elle désire
Dans les rivages verts.

XXXV
Elle vivait dans la solitude;
Et elle a mis son nid dans la solitude :
Et son bien-aimé seul
La conduit dans la solitude;
Il est ainsi blessé d’amour dans la solitude.

XXXVI
Réjouissons-nous, mon bien-aimé;
Allons nous regarder dans votre beauté.
Sur la montagne ou sur la colline,
D’où coule une eau pure;
Entrons plus avant dans l’épaisseur.

XXXVII
Et incontinent nous irons ensemble
Aux sublimes cavernes de la pierre,
Qui sont fort cachées,
Et nous entrerons là,
Et nous y goûterons le jus des grenades.

XXXVIII
Là vous me montreriez
Ce que mon âme prétendait ;
Et là même vous me donneriez encore aussitôt,

O ma vie, ce que vous m’aviez donné l’autre jour.

XXXIX
L’agréable souffle du vent,
Le doux chant du rossignol,
Le bois et son agrément,
Pendant la nuit sereine,
Avec la flamme qui consume et qui n’est pas fâcheuse.

XXXX
Aminadab n’était vu de personne,
Et il ne paraissait pas ;
Le siège s’adoucissait,
Et la cavalerie descendait
A la vue des eaux.

***

I
Adonte te eseondiste,
Amado, y me dexaste con gemido ?

Como ciervo huiste,
Aviéndome herido;
Sali iras ti clamando, y eras ido.

II
Pastores, los que fuerdes
Allá por las majadas al otero,
Si por ventura vierdes
Aquel que yo mas quiero,
Dezidle que adolezco, peno, y muero.

III
Buscando mis amores
Iré por essos montes y riberas;
Ni cogeré las flores,
Ni temeré las fieras,
Y passaré las fuertes, y fronteras.

IV
O bosques y espessuras,
Plantadas por la mano de mi amado !
O prado de verduras !
De flores esmaltado,
Dezid si por vosotras ha passade

V
Mil gracias derramando
Passó por estos sotos con presura,
Y yéndolos mirando
Con sola su figura
Vestidos los dexó de su hermosura.

VI
Ay quien podrá sanarme !
Acaba de entregarte va de vero,

No quieras embiarme
De oy mas ya mensagero,
Que no saben dezirme lo que quiero

VII
Y todos quantos vagan

De li me van mil gracias referiendo,

Y todas mas me liagan,
Y déxame muriendo
Un no se que, que
Queda balbuciendo.

VIII
Mas como perseveras,
O vida, no viviendo donde vives,
Y haziendo porque mueras,
Las flechas que recibes,
De lo que del amado en ti concibes?

IX
Porqué pues has Ilagado
Aqueste corazon , no le sanaste ?
Y pues me le lias robado,
Porqué asi le dexaste,
Y no tomas et robo que robaste ?

X
Apaga mis enojos,
Pues que ninguno basta à dehazellos,
Y véante mis ojos,
Pues qu’ ere lumbre dellos,
Y solo para ti quiero tenellos.

XI
Descubre tu presencia,
Y máterne tu vista y hermosura ;
Mira que la dolencia
De amor no bien se cura,
Sino con la presencia y la figura.

XII
O cristalina fuente,
Si en essos tus semblantes plateados,
Formasses de repente los ojos deseados,

Que tengo en mis entrañas dibuxados.

XIII
Apartaos, amado,
Que voy de buelo.
Buelete, paloma,
Que el ciervo vulnerado
Por el otero assoma,
Y el ayre de tu buelo fresco toma.

XIV
Mi amado, las montañas,
Los valles solitarios nemorosos,

Las insulas estranas,
Los rios sonorosos
El silvo de ios ayres amorosos.

XV
La noche sossegada,
En par de los levantes del aurora,
La musica callada,
La soledad sonora,
La cena que recrea, y enamora.

XVI
Nuestro lecho florido,
De cuevas de leones enlaçado ;
En purpura teñido,
De paz edificado,
Con mil escudos de oro coronado.

XVII
A zaga de tu huella,
Las jovenes discurren al camino,
Al toque de centella,
Al adobado vino,
Emissiones de bàlsamo divino.

XVIII
En la interior bodega de mi amado bebi,
Y quando salla,
Por toda aquesla vega,
Ya cosa no sabia,
Y el ganado perdi, que antes seguia.

XIX
Alli me dió su pecho,
Alli me enseñó ciencia muy sabrosa :

Vo le di de hecho ;
A mi, sin dexar cosa,
Alli le prometi de ser su esposa.

XX
Mi alma se ha empleado, y todo mi caudal en su servicio;
Ya no guardo ganado, ni ya tengo otro oficio,
Que ya solo en amares mi exercicio.

XXI
Pues ya si en et exido de oy
mas no fuere vista ni hallada;

Direis, que me he perdido;
que andando enamorada,
mehize perdedizà, y fui ganada.

XXII
De flores y esmeraldas
En las frescas mañanas escogidas
Haremos las guirnaldas,
En tu amor florezidas,
Y en un cabello mio entretexidas.

XXIII
En solo aquel cabello,
Que en mi cuello volar consideraste,

Mirastele en mi cuello,
Y en él preso quedaste,
Y en uno de mis ojos te Ilagaste.

XXIV
Quando tu me mirabas,
Tu gracia en mi tus ojos imprimian ;
Por esso me amabas,
Y en esso merecian,
Los mios adorar lo que en ti vian.

XXV
No quieras despreciarme ;
Que si color moreno en mi hallaste,

Ya bien puedes mirarme,
Despues que me miraste,
Que gracia, y hermosura en mi dexaste.

XXVI
Cogédnos las eaposas,
Que está ya florecida nuestra viña,
En tanto que de rosas,

Hazemos una piña,
Y no paresca nadie en la montiña.

XXVII
Detente cierço muerto,

Ven austro que recuerdas los amores ;

Aspira por mi huerto,
Y corran sus odores,
Y pacerá et amado entre las flores.

XXVII
Entrado se ha la esposa,
En el ameno huerto deseado,
Ya su sabor reposa,
El cuello reclinado,
Sobre los dulzes braços del amado.

XXIX
Debaxo del mançano
Alli con migo fuiste desposada ;
Alli te di la mano,
Y fuiste reparada
Donde tu madre fuera violada

XXX
A las aves ligeras,
Leones, ciervos, gamos saltadores,
Montes, valles, riberas,
Aguas, ayres, aidores,
Y miedos de la noche veladores,

XXXI
Por las amenas liras,
Y cantos de syrenas os conjuro,
Que cessen vuestras iras,
Y no toqueis al muro,
Porque la esposa duerma mas seguro.

XXXII
O ninfas de Judea,
En tanto que en las flores y rosales
El ambar parfumea,
Morad en los arrabales,
Y no querais locar nuestros umbrales.

XXXIII
Escóndete, carillo,
Y mira con tu haz á las montañas,

Y no quieras dexillo;
Mas mira las campañas,
De la que va por insulas extrañas.

XXXIV
La blanca palomica
A la arca con el ramo se ha tornado;

Y ya la tortolilla,
Al socio deseado,
En las rilteras verdes ha hallado.

XXXV
En soledad vivia ;
Y en soledad ha puesto ya su nido :
Y en soledad la guia,
A solas su querido,
Tambien en soledad de amor herido.

XXXVI
Gozémonos, amado,
Ya vámonos á ver en tu hermosura,
Al monte ó al collado,
Do mana et agua pura ;
Entremos mas adentro en la espesura.

XXXVII
Y luego alas subidas
Cabernas de la piedra nos iremos,
Que estan bien escondidas,
Y alii nos entraremos,
Y el mosto de granadas gustaremos.

XXXVIII
Alli me mostrarias,
Aquello que mi alma prelendia,
Y luego me darias

Alli tu, vida mia, aquello que me diste el otro dia.

XXXIX
El aspirar del ayre
El canto de la dulce filomela,
El soto y su donayre,
En la noche serena,
Con llama que consume, y no da pena.

XXXX
Que nadie lo miraba Aminadab,
Tam poco parecia,
Y el cerco sossegava,
Y la caballeria,
A vista de las aguas descendia.

(Saint Jean de la Croix)

http://www.abbaye-saint-benoit.ch/saints/carmel/jeandelacroix/jeandelacroix08.htm#_Toc134006116

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Poésie (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018




Poésie

Même s’il fut un temps
Où ma poésie, souffrante, me faisait plus de mal
Une larme au bord des cils
Un pleur sur un sourire pâle,
Même s’il fut un temps
Où ma poésie était défoulement,
Je n’y renonce pas pour autant…

Ma poésie, tu es la fleur perdue
Dans une immensité de béton,
L’oiseau, égaré ou repu,
Posé sur le coin d’un balcon,
Le bleu, rose ou argent à l’horizon,
Le rire inattendu
Qui surgit au détour d’une rue,
La bonté reflétée dans un regard ému…
Mais aussi cette tendre laideur,
Dépouillée de toute frayeur
Parce qu’en la scrutant
On y découvre à tout moment
Un peu de réconfort, pas de peur
Devant la fuite du temps,
Peut-être une âme sœur…

Ma poésie, tu n’es pas un message,
Ma poésie, tu n’es pas sage,
Tu es volupté,
Plaisir de regarder,
Aimer, adorer…
Ma poésie, tu es mon cœur déployé,
Mes sentiments exhalés:
Tu es tendresse, tu es chaleur,
Tu sais sourire à toute heure,
Mais aussi me faire pleurer…

Ma poésie,
Merci
A travers toi,
Je vois,
A travers toi,
Je vis…

(Mireille Gaglio)

 

 

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