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Poésie

Posts Tagged ‘brûler’

Fleurs (Louise de Vilmorin)

Posted by arbrealettres sur 3 avril 2020


Fleurs promises, fleurs tenues dans tes bras,
Fleurs sorties des parenthèses d’un pas,
Qui t’apportait ces fleurs l’hiver
Saupoudrées du sable des mers?
Sable de tes baisers, fleurs des amours fanées
Les beaux yeux sont de cendre et dans la cheminée
Un coeur enrubanné de plaintes
Brûle avec ses images saintes.

(Louise de Vilmorin)

Illustration

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LES EAUX ET LES FORÊTS (Philippe Jaccottet)

Posted by arbrealettres sur 2 avril 2020



Nicholas Hely Hutchinson e488bb [1280x768]

 

LES EAUX ET LES FORÊTS

I
La clarté de ces bois en mars est irréelle,
tout est encor si frais qu’à peine insiste-t-elle.
Les oiseaux ne sont pas nombreux; tout juste si,
très loin, où l’aubépine éclaire les taillis,
le coucou chante. On voit scintiller des fumées
qui emportent ce qu’on brûla d’une journée,
la feuille morte sert les vivantes couronnes
et suivant la leçon des plus mauvais chemins,
sous les ronces, on rejoint le nid de l’anémone,
claire et commune comme l’étoile du matin.

II
Quand même je saurais le réseau de mes nerfs
aussi précaire que la toile d’araignée,
je n’en louerais pas moins ces merveilles de vert,
ces colonnes, même choisies pour la cognée,
et ces chevaux de bûcherons… Ma confiance
devrait s’étendre un jour à la hache, à l’éclair,
si la beauté de mars n’est que l’obéissance
du merle et de la violette, par temps clair.

III
Le dimanche peuple les bois d’enfants qui geignent,
de femmes vieillissantes; un garçon sur deux saigne
au genou, et l’on rentre avec des mouchoirs gris,
laissant de vieux papiers près de l’étang… Les cris
s’éloignent avec la lumière. Sous les charmes,
une fille retend sa jupe à chaque alarme,
l’air harassé. Toute douceur, celle de l’air
ou de l’amour, a la cruauté pour revers,
tout beau dimanche a sa rançon, comme les fêtes
ces taches sur la table où le jour nous inquiète.

IV
Toute autre inquiétude est encore futile,
je ne marcherai pas longtemps dans ces forêts,
et la parole n’est ni plus ni moins utile
que ces chatons de saule en terrain de marais :
peu importe qu’ils tombent en poussière s’ils brillent,
bien d’autres marcheront dans ces bois qui mourront,
peu importe que la beauté tombe pourrie,
puisqu’elle semble en la totale soumission.

(Philippe Jaccottet)

Illustration: Nicholas Hely Hutchinson

 

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PERDUE ET RETROUVÉE (Philippe Soupault)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2020




    
PERDUE ET RETROUVÉE

Si vous me dites ce que je pense
et que le temps est perdu
je croirai que vous oubliez
la chance et la vérité

Perdue dans la forêt
des vérités éclatantes
la lune se tait
et vous dormez

Mes rêves ne sont pas à vendre
et je ne donne que le reflet
de ce qui brûle et dévore
l’angoisse et l’amour mêlés

(Philippe Soupault)

 

Recueil: Poèmes et poésies
Traduction:
Editions: Grasset

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SÉRIEUX SPIRITUEL (Iuliana Pașca)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2020



Illustration: Tineke Storteboom
    
SÉRIEUX SPIRITUEL

Une sombre symbiose de pensées,
errant parmi des connexions d’étoiles
exige d’enterrer aussi mon âme
quand je mourrai.

Perçant la peau rugueuse
telle une mère en deuil
j’étreindrai le cœur brûlant.

Des abysses non encore pollués
nos âmes réunies amèneront
des personnes raisonnables.

Alors seulement persistera la lumière
qui émane de l’intérieur.

***

GRAVEDAD ESPIRITUAL

Una oscura simbiosis de pensamientos,
vagando entre las sinapsis de las estrellas
exige también enterrar mi alma
cuando me muera.

Atravesando su piel áspera,
abrazaré el corazón caliente
como una madre de luto.

Desde las simas aún no contaminadas
nuestras almas unidas
traerán a la vida humanos brillantes.

Sólo entonces perdurará la luz
que viene de adentro.

***

GRAVIDAD ESPIRITUAL

Uma obscura simbiose de pensamentos,
vagueando pelas sinapsis das estrelas
exige que enterre também a minha alma
quando morrer.

Passando pela sua pele áspera,
abraçarei o coração ardente
como uma mãe de luto.

Das profundidades ainda não contaminadas
as nossas almas unidas
trarão à vida brilhos humanos.

Só então perdurará a luz
vinda de dentro.

***

GRAVITÀ SPIRITUALE

Un’oscura simbiosi del pensiero
vagando attraverso le sinapsi delle stelle
chiede di seppellire anche la mia anima
quando muoio.

Attraverso la sua ruvida pelle,
abbraccerò il suo cuore incandescente
come una madre in lutto.

Dalle ancora incontaminate profondità,
le nostre anime unite
daranno vita ai luminosi esseri umani.

Solo allora rimarrà la luce
brillando dal di dentro.

***

Gravità spirituali

Na scura simbiosi di
Passiari ntra li sinapsi di li stiddi
Dumanna puru di vurricari la me arma
Quannu moru.

Pirciannu la peddi rascusa
M’abbrazzu lu cori cauddu
Comu na matri a luttu.

Di li prufunnità senza macchi
Li notri armi
Darannu vita a essiri nteliggenti.

Sulu tannu la luci dura ancora
Brillannu internamenti.

***

GRAVITAȚIE SPIRITUALĂ

O simbioză obscură de gânduri
rătăcite printre sinapse de aștri
cere să-mi îngropați și sufletul
atunci când voi muri.

Trecându-i prin pielea aspră,
voi cuprinde inima fierbinte
ca o mamă îndoliată.

Din adâncul încă neîntinat
sufletele noastre unite
vor naște oameni strălucitori.

Abia atunci va dăinui lumina,
venind dinăuntru.

***

SPIRITUAL GRAVITY

An obscure symbiosis of
wandering through the synapses of stars
demands also to bury my soul
when I die.

Passing through its rough skin,
I’ll embrace the hot heart
like a mourning mother.
From the still undefiled depths,

our united souls
will bring to life bright beings.

Only then shall the light last
glowing from within.

***

GEESTELIJKE ZWAARTEKRACHT

Een duistere symbiose van gedachten,
dwalend door de verbindingen van de sterren
eist om ook mijn ziel te begraven
als ik zal sterven.

Door de ruwe huid dringend
zal ik als een rouwende moeder
het warme hart omarmen.

Uit de nog niet vervuilde diepten
zullen onze verenigde zielen
verstandige mensen voortbrengen.

Alleen dan zal het licht
dat van binnenuit komt blijven bestaan.

***

SPIRITUELLE SCHWERKRAFT

Eine düsteres Knäuel von Gedanken,
das durch die Synapsen der Sterne wandert
fordert auch meine Seele zu begraben
wenn ich sterben werde.

Durch seine raue Haut gehend,
werde ich das heiße Herz
wie eine trauernde Mutter umarmen.

Aus den noch unberührten Tiefen
werden unsere vereinten Seelen
gute Menschen zum Leben erwecken.

Nur dann wird das Licht fortdauern
das von innen kommt.

***

ΠΝΕΥΜΑΤΙΚΗ ΒΑΡΥΤΗΤΑ

Δυσδιάκριτη συμβίωση
ανάμεσα στις συνάψεις αστεριών
ζητά να θάψει την ψυχή μου
όταν πεθάνω.

Το δέρμα της διαπερνά
κι εγώ αγκαλιάζω τη θερμή καρδιά
σαν μάνα που θρηνεί.

Από τ’ άσπιλα βάθη
ενωμένες οι καρδιές μας
τα φωτεινά παιδιά τους θα γεννήσουν.

Και τότε μόνο το φως θα λάμψει
εκ των έσω.

***

***

***

精神引力
一种深奥的思想共生
在星星的突触中游荡
需要也埋葬我的灵魂
当我将死时。
穿过它粗糙的皮肤,
我会拥抱那炽热的心
像一位在悲伤的母亲。
从这仍然洁白的深处
我们谐和的灵魂
会给生命带来光明的人类。
只有这样,光明才会持续
涌自内心。

***

GRAWITACJA DUSZY

Niezrozumiała symbioza
wędrująca przez synapsy gwiazd
domaga się również pogrzebania mojej duszy
kiedy umrę.

Przechodząc przez szorstką skórę,
obejmę gorące serce
jak lamentująca matka.

Z wciąż jeszcze nieskażonych głębin
nasze zespolone dusze
wzbudzą życie w świetlistych bytach.

Tylko wtedy światło niech trwa
promieniejąc od wewnątrz.

(Iuliana Pașca)

 

Recueil: ITHACA 624
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol Rafael Carcelén / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Italien Luca Benassi / Corse Gaetano Cipolla / Roumain / Anglais Stanley Barkan / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Russe Rahim Karim / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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SEMEUSE AU PANIER D’ÉTOILES (Maximine)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2020



 

Alexandre Jacques Chantron danae

SEMEUSE AU PANIER D’ÉTOILES

Semeuse au panier d’étoiles
Elle va jetant gaiement
Dans l’oubli la nuit le vent
Ses mots d’astre et de cigale

Oublieuse être une femme
Elle voudrait ne rester
Que la page éclaboussée
D’encre bleue — C’était son âme

Peut-être même elle veut
— Elle qui aimait danser —
Qu’on brûle tout ce papier
Qu’elle n’en reste que le feu…

(Maximine)

Illustration: Alexandre Jacques Chantron

 

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Le Chant de triomphe de Trishancou (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 21 mars 2020



Trishancou 
    
Le Chant de triomphe de Trishancou

Je ne mourrai pas.
Bien que ce corps, quand l’esprit sera las
de son étroite demeure, doive nourrir les flammes,
ma maison brûlera, moi pas.

Abandonnant cette gaine
je découvrirai un vaste espace éthéré.
À la tombe avide échappera mon esprit,
trompant l’étreinte de la mort.

La Nuit retiendra
le soleil en ses profondeurs glacées ; le Temps aussi devra cesser ;
les astres qui peinent auront leur délivrance.
Je ne cesse pas, moi, je demeure.

Avant que les premières graines
fussent semées sur terre, j’étais déjà vieux,
et quand se refroidiront des planètes point encore nées
mon histoire se poursuivra.

Je suis la lumière
au coeur des étoiles, la force léonine et la joie des matins ;
je suis l’homme et la jeune fille et le petit garçon,
protéen, infini.

Je suis l’arbre
qui se dresse, solitaire, sur le bleu sans limite ;
je suis la rosée qui pleut en silence
et la mer illimitée.

Je tiens le ciel entre mes mains
et soutiens la terre exubérante.
À ma naissance j’étais l’éternel Penseur
et le demeurerai après ma mort.

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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Tu voudrais savoir (Jean-François Mathé)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



indocile jusqu’au soir
ta vie avant le sommeil
se laisse parfois donner
des noms d’herbes
et caresse la peau délivrée

seuls tes yeux
brûlent dans les paupières
et continuent le chemin d’inquiétude
mais jusqu’où

tu voudrais savoir si
quand tu dormiras
ils regarderont sans toi
ta mort

(Jean-François Mathé)


Illustration: Chantal Quinet

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Il cache ses maux parmi d’autres mots (Bernard Montini)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2020



Il cache ses maux parmi d’autres mots.
Ainsi peut-il apaiser la lave
d’une pensée inconnue qui le brûle.

(Bernard Montini)


Illustration

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LA FUSÉE ROUGE (Srecko Kosovel)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2020



 

fusée

LA FUSÉE ROUGE

Fusée rouge, je m’enflamme,
Brûle et m’éteins.
Hélas! Moi en livrée rouge
Hélas! Moi, coeur rouge
Hélas! Moi, sang rouge
Inlassable je fuis, comme
Si moi-même je devais aller vers le terme.
Plus je fuis, plus je brille.
Plus je brûle, plus je souffre,
Et plus je souffre, plus vite je m’éteins.
Ô moi qui aimerais vivre éternellement,
Je vais, homme rouge, par le champ vert,
Au-dessus de moi sur le lac bleu du silence
Des nuages de fer, oh! et moi je vais,
Je vais, homme rouge!
Partout le silence : au champ, en le ciel,
Dans les nuages, moi seul je fuis, je brûle
De mon feu
Et ne puis gagner le silence.

(Srecko Kosovel)

 

 

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Oh malheurs de janvier (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2020



Carlos Schwabe Les_larmes_d'Hubert [800x600]

Oh malheurs de janvier lorsque l’indifférent
midi établit son équation dans le ciel,
un or âpre comme le vin d’un verre plein
emplit la terre jusqu’en ses limites bleues.
Oh malheurs de ce temps pareils à de petits
raisins assemblés en leurs vertes amertumes,
en leurs confusions, larmes cachées des jours,
tant que l’intempérie n’a révélé leurs grappes.
Vous germes, vous douleurs, tous palpitant d’effroi
à la crépitante lumière de janvier,
les fruits ont bien brûlé : mûrissez et brûlez.
Nous allons faire le partage des regrets :
comme le vent soufflera l’âme, et la demeure
restera propre avec du pain frais sur la table.

***

Desdichas del mes de enero cuando el indiferente
mediodía establece su ecuación en el cielo,
un oro duro como el vino de una copa colmada
llena la tierra hasta sus límites azules.
Desdichas de este tiempo parecidas a uvas
pequeñas que agruparon verde amargo,
confusas, escondidas lágrimas de los días,
hasta que la intemperie publicó sus racimos.
Sí, gérmenes, dolores, todo lo que palpita
aterrado, a la luz crepitante de enero,
madurará, arderá como ardieron los frutos.
Divididos serán los pesares : el alma
dará un golpe de viento, y la morada
quedará limpia con el pan fresco en la mesa.

(Pablo Neruda)

Illustration: Carlos Schwabe

 

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