Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘clairière’

Les étoiles mortelles (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2020



Les étoiles mortelles

Un soir d’été, dans l’air harmonieux et doux,
Dorait les épaisses ramures ;
Et vous alliez, les doigts rougis du sang des mûres,
Le long des frênes et des houx.

O rêveurs innocents, fiers de vos premiers songes,
Coeurs d’or rendant le même son,
Vous écoutiez en vous la divine chanson
Que la vie emplit de mensonges.

Ravis, la joue en fleur, l’oeil brillant, les pieds nus,
Parmi les bruyères mouillées
Vous alliez, sous l’arôme attiédi des feuillées,
Vers les paradis inconnus.

Et de riches lueurs, comme des bandelettes,
Palpitaient sur le brouillard bleu,
Et le souffle du soir berçait leurs bouts en feu
Dans l’arbre aux masses violettes.

Puis, en un vol muet, sous les bois recueillis,
Insensiblement la nuit douce
Enveloppa, vêtus de leur gaine de mousse,
Les chênes au fond des taillis.

Hormis cette rumeur confuse et familière
Qui monte de l’herbe et de l’eau,
Tout s’endormit, le vent, le feuillage, l’oiseau,
Le ciel, le vallon, la clairière.

Dans le calme des bois, comme un collier divin
Qui se rompt, les étoiles blanches,
Du faîte de l’azur, entre les lourdes branches,
Glissaient, fluides et sans fin.

Un étang solitaire, en sa nappe profonde
Et noire, amoncelait sans bruit
Ce trésor ruisselant des perles de la nuit
Qui se posaient, claires, sous l’onde.

Mais un souffle furtif, troublant ces feux épars
Dans leur ondulation lente,
Fit pétiller comme une averse étincelante
Autour des sombres nénuphars.

Chaque jet s’épandit en courbes radieuses,
Dont les orbes multipliés
Allumaient dans les joncs d’un cercle d’or liés
Des prunelles mystérieuses.

Le désir vous plongea dans l’abîme enchanté
Vers ces yeux pleins de douces flammes ;
Et le bois entendit les ailes de vos âmes
Frémir au ciel des nuits d’été !

(Leconte de Lisle)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PERPLEXITÉ (Raymond Queneau)

Posted by arbrealettres sur 19 décembre 2019




    
PERPLEXITÉ

En sortant de sa cabane
le bûcheron se demande
s’il ne va pas neiger

pas un nuage
le bûcheron regarde le thermomètre
il fait trente-trois degrés

pas une brise
le bûcheron regarde le calendrier
on est le quatorze juillet

pas un souffle
le bûcheron suce son index
et le tend vers le ciel

le soleil fleurit
inondant la clairière

de ses étincelles
on ne saurait trop se méfier
le bûcheron se demande
s’il ne va pas neiger

(Raymond Queneau)

 

Recueil: Le rire en poésie
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in humour, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le feu obscur (Jean Mambrino)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2019



Le feu obscur
l’oeil noir de la flamme
brille en chaque point
du temps
où s’origine l’âme des pierres
la braise des corps mortels

le feu obscur
passe et demeure
passe en sa pointe
entraîne l’écorce et la chair et les feuilles
jusqu’aux regards
jusqu’au minuit de la lumière

mais sans perdre
ses racines

celui qui trouve ses racines
trouvera la clairière

(Jean Mambrino)

Illustration: Josette Mercier

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

Rêver ensemble (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 8 octobre 2019



Rêver ensemble
À la clairière.

(Guillevic)

Posted in poésie | Tagué: , , , | 2 Comments »

Transhumance (Colette Nys-Mazure)

Posted by arbrealettres sur 2 août 2019



Avoir marché longtemps
longuement erré
incertains dévorés de soifs ravagés

la faim au ventre
les yeux brûlés l’ombre à l’âme

Avoir divagué trébuché
face contre la terre brute
privés de souffle et d’allant
ignobles défigurés

Avoir perdu corps et biens

Et déboucher dans cette clairière
Son silence de source

(Colette Nys-Mazure)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A travers la forêt des spontanéités… (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 31 juillet 2019



 

Brad Kunkle -13

A travers la forêt des spontanéités…

A Madame S. de F.

A travers la forêt des spontanéités,
Écartant les taillis, courant par les clairières.
Et cherchant dans l’émoi des soifs aventurières
L’oubli des paradis pour un instant quittés,

Inquiète, cheveux flottants, yeux agités,
Vous allez et cueillez des plantes singulières,
Pour parfumer l’air fade et pour cacher les pierres
De la prison terrestre où nous sommes jetés.

Et puis, quand vous avez groupé les fleurs coupées,
Vous vous ressouvenez de l’idéal lointain,
Et leur éclat, devant ce souvenir, s’éteint.

Alors l’ennui vous prend. Vos mains inoccupées
Brisent les pâles fleurs et les jettent au vent.
Et vous recommencez ainsi, le jour suivant.

(Charles Cros)

Illustration: Brad Kunkle

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Comme est une clairière (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 30 mai 2019


 

N’aurons-nous pas ensemble
Un jour un rendez-vous

Durable et solennel
Comme est une clairière ?

(Guillevic)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , | 2 Comments »

Il a l’air de faire sombre (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Alexandra Cecconi
    
Il a l’air de faire sombre
dans ce coin de forêt

À peine une lueur
entre les troncs impatients
semble nous y inviter

Il n’y a pas de nature
pas de vert, pas d’oiseaux
juste une peur terrible

Qui grouille, qui s’infiltre
qui dresse ses frontières
et veut nous y inclure

On n’irait pas, normalement
on s’enfuirait à toutes jambes

On courrait assez vite
pour que nos larmes sèchent

Mais là, non.
Là, on reste.
On avance.
On s’engouffre.

Pour terrasser les cris
pour faire sortir les bêtes

pour faire sonner le chant

Comme une déflagration
qui érige le lieu
de nouveaux ralliements

Une clairière
Une simple clairière.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Secret de ton regard (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2019



Illustration: Vito Russotto
    
Secret de ton regard, ô souple
Source, enveloppe de soie
De ton regard dans l’eau des rêves
Goutte, cristal et la buée
De ta pudeur à l’aiguille d’ombre
Fouillant l’envers de ton visage

Secret de clairière, opaline
À luire à la lune et l’iris
À pointes de feu, l’ouverture
Du néant où je viens nager

Quand je plonge au puits de ton œil
Au centre, regard en miroir
D’un songe à jamais sans sommeil
Dans la nuit originelle

Secret de ta gloire enfouie
Dans la terre légère des morts
Si je la rejoins sous ton règne
Bénéfique ô fée
Morgane
Et l’empire enfin des sorts
A refermé les ravines
La nuit dans ses plis de suie

(Jacques Chessex)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

VEILLE de l’émerveillement (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019




    
VEILLE de l’émerveillement,
postériorité de l’émerveillement.
Entre les deux durées
uniquement un trou.
L’imminence et son couchant :
rives du vide.

Rien que le temps suspendu.
Rien qu’une clairière
dans la forêt du temps.

C’est la plus pure clarté :
s’étonner du rien.
Le rien s’étonne du rien.

***

VÍSPERA del asombro.
Posterioridad del asombro.
Y entre ambas duraciones
únicamente un hueco.
La inminencia y su ocaso:
orillas del vacío.

Sólo tiempo suspendido.
Sólo un claro
en el bosque del tiempo.

Es la más pura claridad:
maravillarse de la nada.

La nada se maravilla de la nada.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :