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Posts Tagged ‘homme’

Sur la rivière de Jo-yeh (Tsoui-hao)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Sur la rivière de Jo-yeh

Comme elle fuit cette barque légère !
Nous voici déjà dans le charmant pays
des blanches vapeurs et des vertes forêts.
On avance, on se repose,
toujours au milieu des oiseaux et des nuées ;

Tandis que l’image tremblante des montagnes suit,
sur les eaux limpides, tous les mouvements du bateau.
Tantôt l’écho vous répond,
sortant de quelque roche profonde,
Tantôt l’on arrive à quelque vallon tranquille,
dont le silence même invite à élever la voix.

Ici, tout semble fait pour inspirer à l’homme
l’amour de la solitude.
De grâce, laissez là vos rames,
que je jouisse de ce site admirable !
à peine en ai-je encore entrevu les beautés.

(Tsoui-hao)

 

 

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Fraîcheur d’automne (Po Kiu-Yi)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Fraîcheur d’automne

Calme et tranquille, je dors le long du jour,
Malade et vieilli, je suis un homme qu’on oublie.
Au crépuscule du soir, devant l’entrée de ma maison,
Les fleurs d’acacias couvrent profondément le sol.

(Po Kiu-Yi)

 Illustration

 

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N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



 

N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres
Effrayés, abandonnant nos syllabes à leur douceur
De peur d’éveiller les freux,
De peur d’arriver
sans bruit dans un monde d’ailes et de cris.

Enfants nous nous serions penchés
Pour attraper les freux endormis, sans briser de brindilles,
Et après une douce ascension,
Élevant nos têtes au-dessus des branches
Nous nous serions émerveillés des étoiles inaltérables.

Loin de la confusion, telle est la voie
Tel est le prodige que l’homme sait
Loin du chaos parviendrait la joie.

Cela est la beauté, disions-nous,
Enfants émerveillés par les étoiles,
Cela est le but, cela est le terme.

N’étant que des hommes, nous marchions dans les arbres

(Dylan Thomas)

Découvert chez Lara ici

Illustration

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Quand l’homme n’est pas là (M.Fabien)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Quand l’homme n’est pas là la bîche sort du bois
L’hiver ou le printemps sans se soucier du temps
Car l’homme lui fait peur, elle a vue la couleur
Que prend l’eau du torrent quand on tue son enfant
Combien lui faudra-t-il d’années pour l’apprivoiser

Quand l’homme n’est pas là moi je sors de chez moi
Sur la pointe du cœur j’entends battre les heures
Mais au bout du chemin je reviens sur mes pas
Ma vie comme un jardin refleurit avec toi
Et je sais bien que tu es né pour m’apprivoiser

(M.Fabien)

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Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur (Anna Gréki)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2017



Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
C’est ma manière d’avoir du cœur à revendre
C’est ma manière d’avoir raison des douleurs
C’est ma manière de faire flamber des cendres
A force de coups de cœur à force de rage
La seule façon loyale qui me ménage
Une route réfléchie au bord du naufrage
Avec son pesant d’or de joie et de détresse
Ces lèvres de ta bouche ma double richesse

A fond de cale à fleur de peau à l’abordage
Ma science se déroule comme des cordages
Judicieux où l’acier brûle ces méduses
Secrètes que j’ai draguées au fin fond du large
Là où le ciel aigu coupe au rasoir la terre

Là où les hommes nus n’ont plus besoin d’excuses
Pour rire déployés sous un ciel tortionnaire
Ils m’ont dit des paroles à rentrer sous terre
Mais je n’en tairai rien car il y a mieux à faire
Que de fermer les yeux quand on ouvre son ventre

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur
Avec la rage au cœur aimer comme on se bat
Je suis impitoyable comme un cerveau neuf
Qui sait se satisfaire de ses certitudes
Dans la main que je prends je ne vois que la main
Dont la poignée ne vaut pas plus cher que la mienne
C’est bien suffisant pour que j’en aie gratitude
De quel droit exiger par exemple du jasmin
Qu’il soit plus que parfum étoile plus que fleur
De quel droit exiger que le corps qui m’étreint
Plante en moi sa douceur à jamais à jamais
Et que je te sois chère parce que je t’aimais
Plus souvent qu’a mon tour parce que je suis jeune
Je jette l’ancre dans ma mémoire et j’ai peur
Quand de mes amis l’ombre me descend au cœur
Quand de mes amis absents je vois le visage
Qui s’ouvre à la place de mes yeux – je suis jeune
Ce qui n’est pas une excuse mais un devoir
Exigeant un devoir poignant à ne pas croire
Qu’il fasse si doux ce soir au bord de la plage
Prise au défaut de ton épaule – à ne pas croire…

Dressée comme un roseau dans ma langue les cris
De mes amis coupent la quiétude meurtrie
Pour toujours – dans ma langue et dans tous les replis
De la nuit luisante – je ne sais plus aimer
Qu’avec cette plaie au cœur qu’avec cette plaie
Dans ma mémoire rassemblée comme un filet

Grenade désamorcée la nuit lourde roule
Sous ses lauriers-roses là où la mer fermente
Avec des odeurs de goudron chaud dans la houle
Je pense aux amis morts sans qu’on les ait aimés
Eux que l’on a jugés avant de les entendre
Je pense aux amis qui furent assassinés
A cause de l’amour qu’ils savaient prodiguer

Je ne sais plus aimer qu’avec la rage au cœur

A la saignée des bras les oiseaux viennent boire

(Anna Gréki)

Illustration: Frida Kahlo

 

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LE BLEU DE LA QUESTION (Salah Stétié)

Posted by arbrealettres sur 17 mars 2017



 

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LE BLEU DE LA QUESTION

L’homme est fait de la matière de l’arc-en-ciel
Il est couleur
Le jaune le bleu nilotique le noir le rouge d’Amérique
Le blanc, le blanc aussi, est couleur
D’autres couleurs existent que je ne connais pas
Qui sont à l’intérieur dans les cœurs et les âmes
Couleurs qui paraissent qui transparaissent
Dans les beaux yeux des femmes les yeux des hommes
L’iris et le frais cristallin des enfants
Iris bleu iris violet iris marron iris vert
Iris noir, tout ce champ de fleurs naïves
Tourné en grand jardin vers le soleil visible
Transparence de l’air feu de l’orage
Et l’invisible aussi
Que l’homme voit si même il dit ne pas le voir
Cela qui fait de nous l’humanité
Celle qui rêve et qui vit qui crée et souffre
Qui souffre et s’interroge
Et qui est vraie de la vérité des vraies racines
Hommes et femmes ayant rendez-vous de parole
Sous l’arbre des prairies
Leurs passions leurs récits leurs fables leurs poèmes
Conduits comme un troupeau vers la trompe d’Eustache
Mots chanteurs nidifiant
Puis, tout quitté, l’incompréhensible vache
Laboure avec ses cornes le bleu de la Question

(Salah Stétié)

Illustration

 

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Lourde pend la goutte de pluie (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Lourde pend la goutte de pluie
Au rameau chargé ;
Lourde s’amasse la brume
Au loin, sur les Hautes Terres ;

Lourd plane le ciel maussade.
Lourde déferle la mer —
Et lourd bat le jeune coeur
Sous l’arbre solitaire —

Jamais lueur bleue depuis l’aube
N’a fendu les nuages —
Jamais depuis sa naissance
N’a souri son sinistre Destin —

Menaçant pour le tout-petit,
Ternissant les joies de l’enfant
Il ignore, l’ange gardien,
Ce garçon mélancolique.

Le jour dépasse vite
Son printemps triste et sombre :
Bientôt la jeunesse déborde
Sur l’âge d’homme plus austère —

Il n’est pas de fleur qui ne prie
Le soleil avant de se fermer

***

Heavy hangs the raindrop
From the burdened spray ;
Heavy broods the damp mist
On Uplands far away ;

Heavy looms the dull sky.
Heavy rolls the sea —
And heavy beats the young heart
Beneath that lonely tree —

Never has a blue streak
Cleft the clouds since morn —
Never has his grim Fate
Smiled since he was born —

Frowning on the infant,
Shadowing childhood’s joy ;
Guardian angel knows not
That melancholy boy.

Day is passing swiftly
Its sad and sombre prime :
Youth is fast invading
Sterner manhood’s time —

All the flowers are praying
For sun before they close

(Emily Brontë)

 Illustration

 

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SAN MARTINO DEL CARSO (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



SAN MARTINO DEL CARSO

De ces maisons
il n’est resté
que quelques
moignons de murs

De tant d’hommes
selon mon cœur
il n’est pas même
autant resté

Mais dans le cœur
aucune croix ne manque

C’est mon cœur
le pays le plus ravagé

(Giuseppe Ungaretti)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

 

 

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Extase (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Extase

Lorsque les yeux fermés
J’ai écrit un poème, tout à coup
Ma main a été brûlée,
Et quand je suis parti
de ce feu noir,
Le papier a respiré
Un nom comme un lys : Dieu.
Mais ma plume, dans la crainte et l’émerveillement,
a percé le mot
Et écrit à la place
Un mot plus familier : l’Homme.

Depuis lors, une voix inconnue
Me hante comme un oiseau invisible
Qui picore, picore contre la porte de mon âme :
Est-ce pour cela que tu m’as échangé ?

(Avrom Sutzkever)

 

 

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Jour de réconciliation (Gerrit Achterberg)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2017



Jour de réconciliation

Le saint survient. J’ai touché
les frontières de Dieu et de l’homme et de l’animal.
Le voile se fend. Le saint est là.
Le saint des saints s’éveille

Je suis rendu identique à vous.
Vie et mort ne sont plus entrebâillés.
Les parois des quatre régions célestes
pivotent et s’ouvrent. Vous êtes décrochée

du papier qui vous tenait liée
aux lettres, qui étaient rassemblées
pour ce qu’elles savent de vous diversement ;

jeu par soi-même animé en bruissant
jusqu’à tant de feu, que nulle fibre ne reste
entre ce qui est et ce qui écrit là-dessus.

***

Verzoendag

Het heilige gebeurt. Ik heb graakt
grenzen van God en mens en dier.
Voorhangsel scheurt. Het heilige is hier.
Het heilige der heilige ontwaakt.

Ik word geheel met u gelijk gemaakt.
Leven en dood staan niet meer op een kier.
De wanden draaien open van de vier
hemelgewesten. Gij zijt losgehaakt

van het papier, dat u gebonden hield
aan lettertekens, die tesamen stonden
om wat zij wisselend van u bevonden ;

spei door zichzelve ritselend bezield
tot zoveel vuur, dat er geen vezel blijft
tussen wat is en wat er over schrijft.

(Gerrit Achterberg)

Illustration : Sandrine Genet

 

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