Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘sacré’

Elle devait être contente de nous, car elle nous regardait avec bienveillance (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



heures louis 12-3 [800x600]

Hommage aux anges
[35]

Ainsi elle devait être contente de nous,
qui n’avions pas renoncé à notre héritage

au bord de la tombe ;
elle devait être contente

de ce groupe épars du pinceau et de la plume
qui n’avait pas nié les dons de sa naissance ;

elle devait être contente de nous,
car elle nous regardait avec bienveillance

sous le mouvement de ses voiles,
et elle tenait un livre.

[36]

Ah (dis-tu), c’est la Sagesse Sacrée,
Santa Sophia, le SS du Sanctus Spiritus,

ainsi, raisonnement simpliste, logique
le symbole incarné du Saint Esprit ;

ton Saint Esprit était un pommier
qui brûlait — ou plutôt bourgeonne à présent

de fleurs ; le fruit de l’Arbre ?
c’est la nouvelle Ève qui vient

pour rendre, pour récupérer
ce qu’elle a perdu pour la race,

abandonnée au péché, à la mort ;
elle apporte le Livre de la Vie, évidemment.

***

So she must have been pleased with us,
who did not forgo our heritage

at the grave-edge ;
she must have been pleased

with the straggling company of the brush and quill
who did not deny their birthright;

she must have been pleased with us,
for she looked so kindly at us

under her drift of veils,
and she carried a book.

Ah (you say), this is Holy Wisdom,
Santa Sophia, the SS of the Sanctus Spiritus,

so by facile reasoning, logically
the incarnate symbol of the Holy Ghost;

your Holy Ghost was an apple-tree
smouldering—or rather now bourgeoning

with flowers; the fruit of the Tree?
this is the new Eve who comes

clearly to return, to retrieve
what she lost the race,

given over to sin, to death;
she brings the Book of Life, obviously.

(Hilda Doolittle)

 

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Brebis sortant au vert (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Brebis sortant au vert par une porte arquée.
Navette de fauvette en souci de becquée.

Daguet surpris qui saute au détour de la sente.
Sanglier las baugé dans la boue innocente.

Bleu regard d’enfant roux qui garde les dindons
Et chasse à coups de hart les frelons… les bourdons…

Vol de perdreaux maillés. Coccinelle cinabre.
Alignement sacré d’arbres en candélabre.

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LA CHUTE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2018




LA CHUTE

Musique jamais entendue,
aimée dans des fêtes anciennes.
N’embrasserai-je plus jamais
celui qui viendra après la fin ?

Mais cette innocente nécessité de voyager
entre prières et hurlements.
Je ne sais pas. Je ne sais que le visage
aux cent yeux de pierre
qui pleure près du silence
et qui m’attend.

Jardin parcouru en larmes,
habitants que j’ai embrassés
lorsque ma mort n’était pas encore née.
Dans le vent sacré
ils tissaient mon destin.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

HERCYNITE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



HERCYNITE

J’aime ton mot de nuit et ton nom
d’avant l’homme quand, infante, la terre
s’apprêta aux sacres des volcans.
Pavane des soleils. Cantate des calcaires.
En toi dort et attend, chrysalide, le temps.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les Djinns (Victor Hugo)

Posted by arbrealettres sur 26 août 2018



 

Wen_M    Anima__Al_Djinn_

Les Djinns

Murs, ville,
Et port,
Asile
De mort,
Mer grise
Où brise
La brise,
Tout dort.

Dans la plaine
Naît un bruit.
C’est l’haleine
De la nuit.
Elle brame
Comme une âme
Qu’une flamme
Toujours suit !

La voix plus haute
Semble un grelot.
D’un nain qui saute
C’est le galop.
Il fuit, s’élance,
Puis en cadence
Sur un pied danse
Au bout d’un flot.

La rumeur approche.
L’écho la redit.
C’est comme la cloche
D’un couvent maudit ;
Comme un bruit de foule,
Qui tonne et qui roule,
Et tantôt s’écroule,
Et tantôt grandit,

Dieu ! la voix sépulcrale
Des Djinns !… Quel bruit ils font !
Fuyons sous la spirale
De l’escalier profond.
Déjà s’éteint ma lampe,
Et l’ombre de la rampe,
Qui le long du mur rampe,
Monte jusqu’au plafond.

C’est l’essaim des Djinns qui passe,
Et tourbillonne en sifflant !
Les ifs, que leur vol fracasse,
Craquent comme un pin brûlant.
Leur troupeau, lourd et rapide,
Volant dans l’espace vide,
Semble un nuage livide
Qui porte un éclair au flanc.

Ils sont tout près ! – Tenons fermée
Cette salle, où nous les narguons.
Quel bruit dehors ! Hideuse armée
De vampires et de dragons !
La poutre du toit descellée
Ploie ainsi qu’une herbe mouillée,
Et la vieille porte rouillée
Tremble, à déraciner ses gonds !

Cris de l’enfer! voix qui hurle et qui pleure !
L’horrible essaim, poussé par l’aquilon,
Sans doute, ô ciel ! s’abat sur ma demeure.
Le mur fléchit sous le noir bataillon.
La maison crie et chancelle penchée,
Et l’on dirait que, du sol arrachée,
Ainsi qu’il chasse une feuille séchée,
Le vent la roule avec leur tourbillon !

Prophète ! si ta main me sauve
De ces impurs démons des soirs,
J’irai prosterner mon front chauve
Devant tes sacrés encensoirs !
Fais que sur ces portes fidèles
Meure leur souffle d’étincelles,
Et qu’en vain l’ongle de leurs ailes
Grince et crie à ces vitraux noirs !

Ils sont passés ! – Leur cohorte
S’envole, et fuit, et leurs pieds
Cessent de battre ma porte
De leurs coups multipliés.
L’air est plein d’un bruit de chaînes,
Et dans les forêts prochaines
Frissonnent tous les grands chênes,
Sous leur vol de feu pliés !

De leurs ailes lointaines
Le battement décroît,
Si confus dans les plaines,
Si faible, que l’on croit
Ouïr la sauterelle
Crier d’une voix grêle,
Ou pétiller la grêle
Sur le plomb d’un vieux toit.

D’étranges syllabes
Nous viennent encor ;
Ainsi, des arabes
Quand sonne le cor,
Un chant sur la grève
Par instants s’élève,
Et l’enfant qui rêve
Fait des rêves d’or.

Les Djinns funèbres,
Fils du trépas,
Dans les ténèbres
Pressent leurs pas ;
Leur essaim gronde :
Ainsi, profonde,
Murmure une onde
Qu’on ne voit pas.

Ce bruit vague
Qui s’endort,
C’est la vague
Sur le bord ;
C’est la plainte,
Presque éteinte,
D’une sainte
Pour un mort.

On doute
La nuit…
J’écoute : –
Tout fuit,
Tout passe
L’espace
Efface
Le bruit.

(Victor Hugo)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE SACRE DE VÉNUS (Maurice Fombeure)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



LE SACRE DE VÉNUS
A Carmen.

Bravant marées vents et fantômes
Ton souvenir vient jusqu’à moi
Quand tombent les feuilles d’automne
Quand s’éternise au long des mois
L’amour et la peine des hommes.

Kara Théiôn, ô ma Jocaste
« Tête chère » bardée de fer,
En bandoulière j’ai le masque
Au ceinturon balle le casque
— Je suis aux portes de l’enfer —

J’ai vu des soirs si longs, si tendres,
Une musique et des ave
Qu’on n’en finissait pas d’entendre
Et j’ai vu des chevaux crevés
Dans les fossés couleur de cendre

J’ai vu les femmes que j’aimais
Mêlées au vent de mes détresses
Mais une seule, pour jamais
En silence dénoue ses tresses
Sur mes nuits et mes désormais

Issue des flammes de la mer
Ô ma grande femme de nacre,
Ma Vénus, le voici ton sacre !
Il sonne dans mon coeur amer
Le dur temps de nos épousailles.

Mes astres, mes soleils, mes lampes
Tout ce que j’aimais au rebours
Sombre dans l’arroi des tambours.
Donne-moi la vertu patience :
Je voudrais revivre l’amour.

Vous mes amis, mes camarades
Ou compagnons des jours sans peur ,
Soutenez-moi. Portez mon coeur,
Protégez-moi de votre grâce,
De votre armure de douceur.

(Maurice Fombeure)


Illustration: Sandro Botticelli

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Jour sans soleil (Louis Bouilhet)

Posted by arbrealettres sur 3 août 2018



Jour sans soleil

La brume a noyé l’horizon blafard,
Les vents font le bruit d’un taureau qui beugle,
Et, sur les prés nus, le ciel sans regard
S’ouvre, vide et blanc comme un œil d’aveugle.

Ce n’est pas la nuit, ce n’est pas le jour ;
Du zénith glacé, je sens, comme un givre,
Tomber sur mon cœur, qui n’a plus d’amour,
Le dégoût d’être homme et l’ennui de vivre.

Les temps sont passés où, sous le ciel bleu,
Sonnait dans ma chair le galop des fièvres ;
Toute joie est morte ou m’a dit : adieu !
J’ai le doute à l’âme et le fiel aux lèvres…

Dormez dans la nue, ô rayons sacrés !
Plus de souvenir et plus d’espérance !
Mon cœur, loin de vous, descend par degrés,
Sous l’océan froid de l’indifférence !…

(Louis Bouilhet)

Illustration

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Fiat nox (Charles Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 juillet 2018



 

Leon Spilliaert-Young man with red scarf-1908

Fiat nox

L’universelle mort ressemble au flux marin
Tranquille ou furieux, n’ayant hâte ni trêve,
Qui s’enfle, gronde, roule et va de grève en grève,
Et sur les hauts rochers passe soir et matin.

Si la félicité de ce vain monde est brève,
Si le jour de l’angoisse est un siècle sans fin,
Quand notre pied trébuche à ce gouffre divin,
L’angoisse et le bonheur sont le rêve d’un rêve.

Ô coeur de l’homme, ô toi, misérable martyr,
Que dévore l’amour et que ronge la haine,
Toi qui veux être libre et qui baises ta chaîne !

Regarde ! Le flot monte et vient pour t’engloutir !
Ton enfer va s’éteindre, et la noire marée
Va le verser l’oubli de son ombre sacrée.

(Charles Leconte de Lisle)

Illustration: Leon Spilliaert

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le cloître (Stefan George)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



Le cloître

Avec peu de frères, fuyez le bruit des hordes
Avant que dans le froid poison ne soit défait
Votre jeune vouloir: bâtissez pour la paix
Dans un val silencieux la maison de votre Ordre.

Bercés d’heures égales aux douces mélodies
Travailler le sol chaste est un acte sacré
Le jour s’écoule ainsi rythmé de sept degrés
pour vous et ma légion qui à vous se dédie.

L’enlacement ignore les avides tourments
L’amitié libérée de peur et désespoir —
Sanglots baisers et mots s’envolent dans le soir..
Voici des couples pieux le sublime ornement :

De douleur et d’envie sereines consumés
De lever leur regard vers cette beauté bleue
Renoncement divin zèle des bienheureux —
Comme enseigna jadis un moine à Fiesole.

(Stefan George)


Illustration

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La poésie, c’est la célébration (Charles le Quintrec)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2018



 

Franz von Stuck -spring

La poésie, c’est la célébration.
Pas seulement la musique, mais la messe des mots.

Par la poésie, je veux pénétrer dans l’homme sacré
qui existe en tout être souvent à son insu.

La poésie, c’est la fulgurance de toutes ces voix en nous
qui finissent par vouloir n’en plus faire qu’une.

(Charles le Quintrec)

Illustration: Franz von Stuck

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :