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Poésie

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ISIS ERRANTE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 14 décembre 2018



Illustration: Susan Seddon Boulet
    
ISIS ERRANTE

Cela aussi est une expérience de l’âme,
Le monde démembré qui jadis fut le dieu tout entier,
Dont les fragments brisés gisent à présent, morts.
Cette disparition de la réalité elle-même est réelle.

Recueillant sous mon manteau noir les vestiges de la vie
Qui stagnent, déchus, parmi les gens et les lieux,
Je scrute le double désert de ma solitude,
Le monde extérieur mort, et l’esprit stérile.

Jadis Il fut présent, sacré, dans la maison du monde,
Portant le jour comme un vêtement, sa beauté visible
Dans l’homme et le blé lorsqu’Il descendait la rivière fertile.
Il comblait d’amour l’espace de ma nuit.

Je trace le contour de sa main qui disparaît sur un nuage,
Et cela, son sang, coule de la blessure d’un soldat qui meurt.
Dans les champs fracassés son corps est épars, ses membres gisent

Écartelés comme une carlingue naufragée dans le sable.
Son crâne est une cathédrale morte, et les rayons de sa couronne
Brillent dans du fer-blanc et du verre cassé.
Ses yeux bleus se reflètent des lacs dans le ruisseau,
Et sa force est la pierre désolée des cités abattues.

Oh, dans les débris de vaisselle de mes rêves,
Me tournant vers les tessons des jours passés,
Découvrirai-je son visage aimé profané?
Les fonds inexplorés du sommeil sont-ils sa tombe?

Après la fin dangereuse estompée de la nuit
Dans les caveaux de la peur ses os reposent-ils,
Et le dédale du cauchemar mène-t-il vers la puissance qui est là cachée?
Les eaux infernales menaçantes recouvrent-elles le roi ichtien?

Je rassemble les fragments divins dans le mandala
Dont le centre est la puissance créatrice perdue,
Le soleil, le cœur de Dieu, le lotus, l’électron
Qui fait palpiter monde après monde, rayon après rayon
Pour que celui qui vivait au commencement renaisse au dernier jour.

***

ISIS WANDERER

This too is an experience of the soul
The dismembered world that once was the whole god
Whose broken fragments now lie dead.
This passing of reality itself is real.

Gathering under my black cloak the remnants of lift
That lie dishonoured among people and places
I search the twofold desert of my solitude,
The outward perished world, and the barren mind.

Once he was present, numinous, in the bouse of the world,
Wearing day like a garment, bis beauty manifest
In corn and man as he journeyed down the fertile river.
With love he filled my distances of night.

I trace the contour of bis hand fading upon a cloud,
And this bis blond flows from a dying soldier’s wound.
In broken fields bis body is scattered and bis limbs lie
Spreadeagled like wrecked fuselage in the sand.

His skull is a dead cathedral, and bis crown’s rays
Glitter from worthless tins and broken glass.
His blue eyes are reflected from pools in the gutter,
And his strength is the desolate stone of fallen cities.

Oh in the kitchen-midden of my dreams
Turning over the postherds of post days
Shall I uncover his loved desecrated face?
Are the unfathomed depths of sleep his grave?

Beyond the looming dangerous end of night
Beneath the vaults of fear do his bons lie,
And does the mate of nightmare lead to the power within?
Do menacing nether waters cover the fish king?

I piece the divine fragments into the mandala
Wjhose centre is the lost creative power,
The sun, the heart of God, the lotus, the electron
That pulses world upon world, reg upon ray
That he who lived on the first me rire on the hast day.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit
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SEMENCE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 12 décembre 2018



    

SEMENCE

D’étoile à étoile, du soleil, du printemps, de la feuille,
et des fleurs presque audibles dont la voix est silence,
et dans les simples prés, jaillit la semence de vie.

Maintenant les lys s’ouvrent, et les roses,
délivrées par l’été des tombes innocentes
profondes comme les siècles, imprègnent l’air,
la terre, et le pain de chaque jour.

Le dehors et le dedans maintiennent
les formes vivantes, mais non la force de vie;
car cet arbre intérieur sacré
qui au coeur des coeurs survit au monde
étend son ombre terrestre jusqu’en l’éternité.

***

SEED

From star to star, from mn and spring and leaf
and almost audible flowers whose sound is silence,
and in the common meadows, springs the seed of life.

Now the lilies open, and the rose
released by summer from the harmless graves
that, centuries deep, are in the air we breathe,
and in our earth, and in our daily bread.

External and innate dimensions hold
the living forms, but not the force of life;
for that interior and holy tree
that in the heart of hearts outlives the world
spreads earthly shade into eternity.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: ISIS errante Poèmes
Traduction: François Xavier Jaujard
Editions: Granit

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Anges de tous les jours (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Et cependant de nouveau, toujours
Ces présences viennent à nous, sont vues, sont connues,
Messagères du sens, sacrées, indéchiffrables,
Présentes partout, à tous.
Inaccessible comme la vie leur source;
Nous connaissons sans parole, sans instruction
Qui elles sont, quelle sainte vérité elles proclament.
Celui qui connaît, mystère, mystère ce qui est connu,
Formes de la sagesse en épiphanie perpétuelle, elles et nous,
Soleil et oeil, voyant et vu,
Anges de tous les jours, soleil et étoiles, fleuve et pluie.

***

And yet again, always
Those presences come to us, are seen, are known,
Messengers of meaning, sacred, indecipherable,
Present everywhere, to all.
Inaccessible as life their source;
We know untold, untaught
Who they are, what holy truth proclaim.
The knower a mystery, a mystery the known,
Forms of wisdom in perpetual epiphany, they and we,
Sun and eye, seer and seen,
Daily angels, sun and stars, river and rain.

(Kathleen Raine)

Illustration: Antonio Chacon

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La fente (Jacques Chessex)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2018



Illustration:  Gustave Courbet
    
La fente

Si je regarde en toi fente

dans tes pentes dans tes plis sondant
Descendant par l’ombre et la moire à ton noir
Si je rôde et respire à tes alentours
Glissant du relief par la zone rose
Au secret gorgé de ce noir À la faille à la gorge, fente dans sa plissure avisant

Maintenant scrutant la buée belle à voir
Ce glissement à ta chaleur déjà liquide
Madame la fente où règne l’Odeur

O regardant par l’entaille le délice

de sueur, de fétide miel
Dans le val ce silence noir
De sombre suc musicien
Si descendant rôdant encore à cette orée
Je me tue à percer un chemin autre À la caverne visiteur épuisé de zèle
Quand la tonne parfumée exhale
Et coule en pluie à ta paroi

ruisselante robe définitive À ma bouche bien avant le drap des morts

O fente si je viens en toi

Par la langue et l’œil ouvrant ta nuit sacrée

Descendant par les haltes un songe noir comme un fleuve

Enfoui l’oubli muet dans tes pentes
Si j’allume au fond de la chambre
Cette lampe, fente, tes alentours sur la strie
Noire à l’ombre offrant la glu à me tuer
Visiteur encore rêvant mangeant la lumineuse suie

(Jacques Chessex)

 

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QUI PARLE ? (Georges-Emmanuel Clancier)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018



Illustration: Frederick McCubbin
    
QUI PARLE ?

Qui parle ?
Voix venue de quelle enfance au fond de l’enfance
(tel un jardin abandonné tout au fond des taillis noirs où nul
jamais ne se hasarde).
Quel est ce récit où l’oubli, le mensonge et les paroles folles
se mêlent selon l’ennui, la chance ou le regret ?

Où commence ce qui fut, où s’achève ce qui jamais n’advint ?
La vérité pourtant, la vérité peut-être,
éclat furtif, parfois,
promesse ou défi.

Qui murmurait ? qui écoute ?
Cortège de souvenirs, fables dans le futur,
silence toujours trop vide ou trop lourd,
jadis et demain échangent leurs couleurs.

Du sang, des mots, du temps :
énigme
familière, décevante, et sacrée.

(Georges-Emmanuel Clancier)

 

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Il y a des nuits superbes et si douces (Patricia Ahdjoudj)

Posted by arbrealettres sur 22 octobre 2018



 

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Il y a des nuits superbes et si douces
des nuits de tamaris fleuris
des nuits au goût de fête sacrée
Il y a des nuits sublimes d’ironie
des nuits à se trancher la gorge
des nuits à s’ouvrir les veines
et libérer la course folle du désespoir
Il y a des nuits d’amour ébréché
quand le cœur tressaille sous la douleur
comme un oiseau aux ailes brisées
Il y a des nuits superbes et si douces
Il y a des nuits d’amour amer

(Patricia Ahdjoudj)

Découvert chez Lara ici

Illustration: Bao-Pham Thienbao

 

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Elle devait être contente de nous, car elle nous regardait avec bienveillance (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



heures louis 12-3 [800x600]

Hommage aux anges
[35]

Ainsi elle devait être contente de nous,
qui n’avions pas renoncé à notre héritage

au bord de la tombe ;
elle devait être contente

de ce groupe épars du pinceau et de la plume
qui n’avait pas nié les dons de sa naissance ;

elle devait être contente de nous,
car elle nous regardait avec bienveillance

sous le mouvement de ses voiles,
et elle tenait un livre.

[36]

Ah (dis-tu), c’est la Sagesse Sacrée,
Santa Sophia, le SS du Sanctus Spiritus,

ainsi, raisonnement simpliste, logique
le symbole incarné du Saint Esprit ;

ton Saint Esprit était un pommier
qui brûlait — ou plutôt bourgeonne à présent

de fleurs ; le fruit de l’Arbre ?
c’est la nouvelle Ève qui vient

pour rendre, pour récupérer
ce qu’elle a perdu pour la race,

abandonnée au péché, à la mort ;
elle apporte le Livre de la Vie, évidemment.

***

So she must have been pleased with us,
who did not forgo our heritage

at the grave-edge ;
she must have been pleased

with the straggling company of the brush and quill
who did not deny their birthright;

she must have been pleased with us,
for she looked so kindly at us

under her drift of veils,
and she carried a book.

Ah (you say), this is Holy Wisdom,
Santa Sophia, the SS of the Sanctus Spiritus,

so by facile reasoning, logically
the incarnate symbol of the Holy Ghost;

your Holy Ghost was an apple-tree
smouldering—or rather now bourgeoning

with flowers; the fruit of the Tree?
this is the new Eve who comes

clearly to return, to retrieve
what she lost the race,

given over to sin, to death;
she brings the Book of Life, obviously.

(Hilda Doolittle)

 

 

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Brebis sortant au vert (Henri Pichette)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2018




Illustration: ArbreaPhotos
    
Brebis sortant au vert par une porte arquée.
Navette de fauvette en souci de becquée.

Daguet surpris qui saute au détour de la sente.
Sanglier las baugé dans la boue innocente.

Bleu regard d’enfant roux qui garde les dindons
Et chasse à coups de hart les frelons… les bourdons…

Vol de perdreaux maillés. Coccinelle cinabre.
Alignement sacré d’arbres en candélabre.

(Henri Pichette)

 

Recueil: Poèmes offerts
Traduction:
Editions: Gallimard

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LA CHUTE (Alejandra Pizarnik)

Posted by arbrealettres sur 12 septembre 2018




LA CHUTE

Musique jamais entendue,
aimée dans des fêtes anciennes.
N’embrasserai-je plus jamais
celui qui viendra après la fin ?

Mais cette innocente nécessité de voyager
entre prières et hurlements.
Je ne sais pas. Je ne sais que le visage
aux cent yeux de pierre
qui pleure près du silence
et qui m’attend.

Jardin parcouru en larmes,
habitants que j’ai embrassés
lorsque ma mort n’était pas encore née.
Dans le vent sacré
ils tissaient mon destin.

(Alejandra Pizarnik)

Illustration

 

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HERCYNITE (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2018



HERCYNITE

J’aime ton mot de nuit et ton nom
d’avant l’homme quand, infante, la terre
s’apprêta aux sacres des volcans.
Pavane des soleils. Cantate des calcaires.
En toi dort et attend, chrysalide, le temps.

(Jacques Lacarrière)


Illustration

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