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Poésie

Posts Tagged ‘ligne’

CAIRNS (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2021




    
CAIRNS

À la croisée des vents,
il convient d’édifier pierre à pierre
son havre et sa maison de certitude.

Cairns : bouées de pierre
disposées tout au long des chemins d’éclairs et d’orages
pour orienter et pour aider les naufragés de l’altitude.

Une à une, sur le socle nu des saisons,
ces pierres déposées, distillées par le ciel,
comme les stalactites de l’azur.

Je suis seuil et je suis chemin.
Je suis pierre qui dit l’horizon.
Je suis l’enclos des pas nomades.

Je suis paume
où se lisent les lignes
de l’ailleurs.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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Vérité irréductible (Gaston Miron)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2021



Vérité irréductible
O ton visage comme un nénuphar flottant
et le temps c’est le choeur des aulnes
regretter continu sur des rives insensées

ton âme est quelque part
sur les collines de chair oubliée
et le temps c’est mon soulier
creuser contre le ciel

vivre mon angoisse poudrait
éclairait l’obscure arête de ma transparence
le temps c’est ton visage à aimer blanc

dans cette ville qui m’a jeté ses mauvais sorts
ton passage dure encore creuset de feu
le temps c’est une ligne droite et mourante
de mon oeil à l’inespéré

(Gaston Miron)

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ÉPITAPHE (Nuno Jùdice)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2021




    
ÉPITAPHE

Ils moururent de l’épidémie, les meilleurs : les uns,
la peste les emporta; d’autres, la grippe que l’on
appela espagnole ; et il y eut ceux de la
danse de Saint-Guy ; ceux de la lèpre, ceux de la
phtisie, galopante ou non. Et cela, quand
ils ne se tiraient pas un coup de feu dans la tête, ne se
pendaient pas à un réverbère, ne se jetaient pas
dans le fleuve. Il y eut encore ceux qui cessèrent
d’écrire; ceux qui burent jusqu’à perdre
la raison ; ceux qui, purement et simplement,
renoncèrent sans explication. Comme si
la vie dépendait de si peu —
des lignes griffonnées sur du papier brouillon,
des phrases qui pouvaient rimer ou non,
des pensées… qu’ils auraient pu
garder pour eux-mêmes. Cependant,
quand je les lis, je comprends leur
désespoir. La beauté n’apparaît pas
tous les jours aux yeux d’un homme;
la perfection ne paraît pas toujours
une chose de ce monde. Oui :
je monte les escaliers jusqu’en haut,
d’où l’on voit la ville, bien que
le temps soit à la tempête. Que
se passe-t-il, en cet instant, sous
ces toits ? Quelle épidémie, plus
subtile, saisit au sol ceux qui,
naguère encore, rêvaient de s’envoler?

(Nuno Jùdice)

 

Recueil: Un chant dans l’épaisseur du temps suivi de méditation sur des ruines
Traduction: Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Au-delà du torii (Annick Carré)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2021



Illustration
    
Au-delà du torii
Un nouveau monde se lève
Les lignes du temps se relâchent
Profondes respirations
Le long du sentier
De fines branches
Roses, rouges, blanches
Bruines colorées

Sur le vert des herbes tendres
Passé le petit pont moussu
Au fond de la rivière
Les galets chuchotent
Bercés par les saules pleureurs
Au détour d’un chemin
Une prairie gorgée de soleil
Des danseuses métalliques
S’élancent en cadence
Sous les arches d’un pont millénaire
Un peu plus loin
Sur l’onde calme
Reflets déliés
Des feuillages silencieux

Au-delà du torii
Une douce lenteur s’invite
Majestueuses partitions
D’ombres et de lumières

Embruns de bonheur

Seules les lanternes de pierre
Aux regards immobiles
Gardent mémoire du passage

(Annick Carré)

 

Recueil: Bruissement d’elles
Traduction:
Editions: L’Harmattan

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Me taire, te regarder (Marguerite Burnat-Provins)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2021



Illustration: Pablo Picasso
    
Le Livre pour toi

LI

Me taire, te regarder.
Sentir ton amour en moi, comme un fer fouge, ne pas crier.
M’étourdir à contempler ton visage, ne pas chanceler.
Suivre la ligne longue de tes mains, sans les toucher.
Voir ton corps provocant tout près, tout près, sans approcher.
Souffrir d’un torturant bonheur : me taire, te regarder.

(Marguerite Burnat-Provins)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Quand les femmes parlent d’amour
Traduction:
Editions: Points

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Assis, les pieds pendants (François Coppée)

Posted by arbrealettres sur 12 janvier 2021



Illustration: Frans Masereel
    
Assis, les pieds pendants, sous l’arche du vieux pont,
Et sourd aux bruits lointains à qui l’écho répond,
Le pêcheur suit des yeux le petit flotteur rouge.
L’eau du fleuve pétille au soleil. Rien ne bouge.
Le liège soudain fait un plongeon trompeur,
La ligne saute. – Avec un hoquet de vapeur
Passe un joyeux bateau tout pavoisé d’ombrelles ;
Et, tandis que les flots apaisent leurs querelles,
L’homme, un instant tiré de son rêve engourdi,
Met une amorce neuve et songe : – Il est midi.

(François Coppée)

 

Recueil: Promenades et interieurs
Traduction:
Editions:

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À la base, Le minéral (Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2020




Illustration: ArbreaPhotos
    
À la base,
Le minéral.

Toutes ces lignes, ces courbes,
Ces circonvolutions

Qui sur la terre prennent du corps,
Deviennent des formes,

Traquées par les tensions
Qui traversent l’espace
Et le régissent, tensions

Entre le soleil proche
Et les milliards
D’astres à la recherche
De quelque chose à faire
De mieux.

La douceur, la tiédeur
La rondeur du sein

(Guillevic)

 

Recueil: Accorder poèmes 1933-1996
Traduction:
Editions: Gallimard

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COL EN DENTELLES BLANCHES (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 26 décembre 2020



    

COL EN DENTELLES BLANCHES
à Roumiana

Nous émottons les années et elles se mettent à respirer.
Les non-partagées, on les couvre soigneusement
avec des toiles d’araignées
pour qu’elles ne saignent plus.
Le rouge n’est pas une couleur d’ange, dit-elle,
en dessinant des triangles dans l’air
pendant que j’essaie de trouver la place juste
d’un morceau du puzzle.
J’ai emmuré l’une des portes,
c’est pourquoi tu ne réussis pas à faire rentrer
la table au milieu du salon.

Les reflets de la bougie lèchent les nacres
incrustées dans l’ancien fauteuil viennois,
arrachent des runes bleuâtres
et les effacent tout de suite.
C’est le baiser du temps,
ajoute-t-elle à l’aube
et son doigt suit la ligne blanche
au creux de l’accoudoir
ayant amassé la poudre des ailes
de ce papillon mystique
qui avait survolé nos têtes
une nuit de février
comme s’il voulait démentir les saisons
et éclairer l’écriture secrète
dans l’âme de chacune de nous.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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La carpe et les carpillons (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
La carpe et les carpillons

Prenez garde, mes fils, côtoyez moins le bord,
Suivez le fond de la rivière ;
Craignez la ligne meurtrière,
Ou l’épervier, plus dangereux encor.
C’est ainsi que parlait une carpe de Seine
À de jeunes poissons qui l’écoutaient à peine.
C’était au mois d’avril ; les neiges, les glaçons,
Fondus par les zéphyrs, descendaient des montagnes ;
Le fleuve enflé par eux s’élève à gros bouillons,
Et déborde dans les campagnes.
Ah ! Ah ! Criaient les carpillons,
Qu’en dis-tu, carpe radoteuse ?
Crains-tu pour nous les hameçons ?
Nous voilà citoyens de la mer orageuse ;
Regarde : on ne voit plus que les eaux et le ciel,
Les arbres sont cachés sous l’onde,
Nous sommes les maîtres du monde,
C’est le déluge universel.
Ne croyez pas cela, répond la vieille mère ;
Pour que l’eau se retire il ne faut qu’un instant.
Ne vous éloignez point, et, de peur d’accident,
Suivez, suivez toujours le fond de la rivière.
Bah ! Disent les poissons, tu répètes toujours
Mêmes discours.
Adieu, nous allons voir notre nouveau domaine.
Parlant ainsi, nos étourdis
Sortent tous du lit de la Seine,
Et s’en vont dans les eaux qui couvrent le pays.
Qu’arriva-t-il ? Les eaux se retirèrent,
Et les carpillons demeurèrent ;
Bientôt ils furent pris,
Et frits.
Pourquoi quittaient-ils la rivière ?
Pourquoi ? Je le sais trop, hélas !
C’est qu’on se croit toujours plus sage que sa mère,
C’est qu’on veut sortir de sa sphère,
C’est que… c’est que… je ne finirais pas.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Méditations archéologiques (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 5 décembre 2020



Méditations archéologiques

Entre les lignes entre les vitrines
Entre les strates entre les pages
Entre les règnes entre les révoltes
Entre les migrations les installations
Entre chien et loup entre singe et homme
Entre ville et campagne entre empire et horde
Entre esquisse et ruine entre fugue et foyer
Entre Gaule et France entre mur et crépi
Entre l’arbre et l’écorce entre muscle et peau
Un scalpel de plus un navire en partance
Pour sonder la nuit la veille et l’oubli

(Michel Butor)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Gunther Von Hagens

 

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