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Posts Tagged ‘pétrifié’

LES VOIX (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 31 janvier 2019



 

Odd Nerdrum_sleeping_couple

LES VOIX

Les voix qu’on avait entendues reviennent
Des lamentations et des bruissements remplissent l’air.

Le printemps vient et revient
Des arbres comme pétrifiés dans une lumière dure.

La lumière est rude et nous change,
Brûle le visage, dévore la peau.

La pluie arrive et tombe dans la mémoire,
Murs mouillés et moisis.
La chair se mouille en dedans, l’âme se mouille.

La fontaine où nous buvions ne coule pas.
Tu distingues le bruit, tu vois l’eau
Suspendue se penche vers la terre,
Comme d’un arbre une branche sèche.

Tu écoutes les rossignols que tu écoutais, ils ne s’arrêtent point
Dans l’ouïe attentive, dans les forêts attardées dans l’obscurité.
Tu dégustes les paroles de la nuit.
Mains que j’ai gardées dans les miennes,
Mains, doigts dans les doigts,
Vous êtes restées au toucher comme les taches
Qui ne disparaissent pas, comme du sang sur les habits.
Lèvres sur mes lèvres,
Ame sur mon âme.

Mer résonnant dans le sommeil. Vaste mer.

(Georges Themelis)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Printemps des lisières (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Jean-louis Jabalé   
    
Printemps des lisières,
Les bourgeons du soleil

Percent la coque
De nos insomnies,
Font voler en éclat

Nous arrachent
Au socle pétrifié de l’hiver,

Creusent nos vases mortes
De sillons de lumière,

La dure écorce de nos peurs,
Nous invitent à être là simplement
Dans la joie ample de marcher,

Libèrent en nous
Mille chants d’oiseaux.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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VIE PÉTRIFIÉE (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 13 décembre 2018



    

VIE PÉTRIFIÉE

L’heure de vision
La fleur de lumière
Les intolérables
Ailes de l’envol

Tout devient fossile
Devient pierre
La coquille fragile
Et l’os massif.

Le sang les nerfs
La trace de la pensée
Qui traverse la nuit
Depuis la source du monde.

Le jeu de la lumière
Sillage du soleil
Est soudain immobile
Comme une rivière gelée

Immobiles soudain
Oiseau, fleur et coquille
Que l’amour a créés,
Que la vie a parfaits,
Pour ainsi perdurer.

***

STILL LIFE

The hour of sight
Flower of light
And unendurable
Wings of fight

Ail turn to fossil
Turn to stone
The delicate shell
And the mighty bone.

The blood the nerves
The trace of thought
That cross the night
From the source of the world.

The play of light
In the wake of the sun
Is suddenly still
Like a frozen stream

Suddenly still
Bird, , flower and shell
That love has created,
Life-shaped and perfected,
So to remain.

(Kathleen Raine)

 

Recueil: Sur un rivage désert
Traduction: Marie-Béatrice Mesnet et Jean Mambrino
Editions: Granit

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DANSEURS DE PARADIS (Zéno Bianu)

Posted by arbrealettres sur 22 novembre 2018



 

Ettore Aldo Del Vigo -  (90)

DANSEURS DE PARADIS

jusqu’à la fin des temps
et plus loin encore
dans tout ce bleu
qui n’est que toi
jusqu’à la fin des mondes
et plus loin encore
bien plus loin
sans jamais rien comprendre

dans tout ce bleu
qui n’est que toi
je remonte
vers la source
des hommes-questions
vers tous ceux
qui interrogent
la source sans source

je remonte
vers l’intérieur de tout
mille astres noirs
au fond de mes poches
je mets lentement au jour
cette force d’éden
de coeur en coeur
de lèvre en lèvre
de vie en vie

l’univers tout entier
suspendu
au visage d’une femme

je mets du baume
au monde
je marche l’immensité

je glisse et reglisse
le long des désolations
je remonte
vers les cendres fertiles
au jour le jour
à la nuit la nuit
j’écoute sans relâche
cette voix qui parle en moi
je l’écoute
aimanté par l’impossible
aimanté
par le fond des mondes

oui je dérive
vers la nuit de la nuit
je m’abandonne
aux avant-postes
des grands effondrements
je remonte
en fièvre pétrifiée
en étincelante déploration
mon âge se compte
en milliers d’étoiles
dans tout ce bleu
qui n’est que toi

j’accueille le jamais plus
comme si l’inquiétude
ne pouvait plus neiger en moi
dans tout ce bleu
qui n’est que toi

comme au premier jour
et les villes basculent
et les fleuves rebroussent chemin
dans la profondeur
des profondeurs
la sève circule
chez les danseurs de paradis

(Zéno Bianu)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

 

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PRÉSENT (Octavio Paz)

Posted by arbrealettres sur 10 octobre 2018



 

Illustration: Jim Warren
    
PRÉSENT

Sur la réverbération de la pierre
Saline verticale
Bleu violemment pétrifié
La chute continue
Du rideau
(Dehors
La mer que le soleil assaille)
Respiré respire
Le sol de brique
La fenêtre la table le lit
Maintenant le bleu se tend s’étend
soutient
Un coussin rose
Une fille
Sa robe rouge de cire encore chaude
Ses yeux
D’attente non
Mais par la visitation à demi fermés
Elle est pieds nus

Lourd l’argent l’enlace
Rafraîchit
Son bras sa peau
Sur ses seins vaillants danse le poignard du soleil
Sur son ventre
Éminence imminence
Une ligne de fourmis noires
Vibration
D’un corps une âme une couleur
Du miel brûlé
Le miel noir
A l’incandescence du coquelicot
Le coquelicot noir
Tu ouvres
Les yeux

Tu es un soleil qui a soif.

(Octavio Paz)

 

Recueil: Versant Est
Traduction: Yesé Amory,Claude Esteban,Carmen Figueroa,Roger Munier,Jacques Roubaud
Editions: Gallimard

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Passons (Balbino)

Posted by arbrealettres sur 23 août 2018



 

Bill Viola    e

Passons

Je vois des crampes
des frères qui rampent
des théories
désossées.
Des rivières sans fond
des ciels sans poissons
il est tard
passons…

Je vois des rétines
des sourcils pleins d’épines
des serments passagers.
Des armées de sans noms
qui réclament les bas-fonds
comme laisser-
passer
passons…

Passons sur les champs qui s’agitent
tapis sans-gêne addicts
aux réformes intrinsèques
aux conflits entre insectes.
Clients ?
Fidèles ?
Qui sait… ?

Je vois des mendiants
nus
sur le sol pétrifié.
Comme l’écran se vide
je vais l’imiter.

Passons sur le fond
des images sans son
me suffisent
pour rêver.

(Balbino)

Illustration: Bill Viola

 

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C’EST UNE CITE (Georges Themelis)

Posted by arbrealettres sur 6 août 2018



 

Gaston Bussiere (French, 1862-1929)   Juventa

C’EST UNE CITE

C’est une cité avec beaucoup de lumière.

As-tu jamais vu des maisons pétrifiées
En rêve ou en éveil ?
Tout est fragile comme porcelaine,
Avec des portes automatiques qui s’ouvrent et se referment.

Si tu remues la main elle se brise

Pleines de lustres dans les salles à miroirs,
Elles multiplient la lumière terrible, la disloquent
Sur les planchers où nagent des cygnes peints.
De belles femmes avec des hanches et des seins
Observent leur visage dans les eaux et attendent les cygnes.

Personne n’y habite. Tous ont été
Enterrés dans des tombes de marbre.

Tu peux les visiter
Comme on visite les musées.
Chacune possède son nom sur la plaque,
Son numéro, son genre, ses rêves.

Nous avons souffert des excès de lumière d’un été sec.
Mais ce fut beau, très beau.

(Georges Themelis)

Illustration: Gaston Bussiere

 

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Recouverts de lichen (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018




    
Recouverts de lichen et comme pétrifiés
des arbres morts jonchent les sous-bois
d’enchevêtrements impénétrables
et dans cette pénombre sous-marine
transpercée de longs traits de lumière
on croirait voir remontée à la mémoire
la trace évanouie de l’outre-monde

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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Ballade qui dit que nous ne disparaissons pas (Zbigniew Herbert)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2017



Ballade qui dit que nous ne disparaissons pas

Ceux qui prirent la mer à l’aube
mais qui jamais ne reviendront
laissèrent une trace sur la vague —

au fond tombe alors un coquillage
beau comme lèvres pétrifiées

ceux qui suivirent la route sablonneuse
mais sans atteindre les persiennes
bien qu’on vît déjà les toits —

un tourbillon d’air leur est abri

ceux qui ne rendront orphelins
qu’une chambre glaciale quelques livres
un encrier vide une page blanche —

en vérité ils ne sont pas morts tout entiers

ils chuchotent dans les taillis de la tapisserie
une tête plate loge dans le plafond

d’air d’eau de chaux de terre
est fait leur paradis l’ange du vent
effacera leur corps entre ses paumes
ils se disperseront
par les prairies de ce monde

(Zbigniew Herbert)

Illustration

 

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LE PAVILLON DE LA SOIE (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2017



Gérard Hunot   enlacement site [1280x768]

LE PAVILLON DE LA SOIE

Puisque l’hiver a pétrifié les cascades et défeuillé les canneliers du jardin,
puisque nous ne reverrons plus avant longtemps les fauvettes, les libellules et les pivoines,
allons dans le Pavillon de la Soie, où brillent des ruisseaux
parmi des arbres chargés de fleurs et d’oiseaux.

Afin que tu entendes gazouiller les fauvettes brodées,
je te chanterai la Chanson de la Naissance du Printemps,
et tu n’auras qu’à fermer les yeux pour te croire sur une rive du Tchiang-hang,
le troisième jour de la troisième lune.

Peut-être, t’endormiras-tu…
Alors, je te donnerai des baisers si légers,
que tu croiras sentir palpiter contre tes joues
des ailes de libellules

(La Flûte de Jade)

Illustration: Gérard Hunot

 

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