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Poésie

Posts Tagged ‘se toucher’

Heureuse rose (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019




Si ta fraîcheur parfois nous étonne tant,
heureuse rose,
c’est qu’en toi-même, en dedans,
pétale contre pétale, tu te reposes.

Ensemble tout éveillé, dont le milieu
dort, pendant qu’innombrables, se touchent
les tendresses de ce coeur silencieux
qui aboutissent à l’extrême bouche.

Je te vois, rose, livre entrebâillé,
qui contient tant de pages
de bonheur détaillé
qu’on ne lira jamais. Livre-mage,

qui s’ouvre au vent et qui peut être lu
les yeux fermés…,
dont les papillons sortent confus
d’avoir eu les mêmes idées.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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L’amour ou la flèche de Zénon (Miriam Silesu)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019




    
L’amour ou la flèche de Zénon.
Aussi fort puissions-nous nous aimer,
nous ne nous toucherons pas.
Notre séparation ne prendra fin que dans l’infini
où les séparations s’anéantissent pour ne faire qu’une.

(Miriam Silesu)

 

Recueil: Cinéraire
Traduction:
Editions: Lettres vives

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Les voix des anges (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




Les voix des anges traversent le mur du son et nous atteignent
Même à présent ; nous nous touchons l’un l’autre
Parfois, dans l’amour, avec des mains qui ne sont pas des mains,
D’une substance immatérielle, avec un corps
Mêlé de pensée, un oeil vivant,
Esprit qui passe sans obstacle à travers les murs de pierre
Et marche sur ces vagues que nous appelons océan.

***

The supersonic voices of angels reach us
Even now, and we touch one another
Sometimes, in love, with hands that are not hands,
With immaterial substance, with a body
Of interfusing thought, a living eye,
Spirit that passes unhindered through walls of stone
And walks upon those waves that we call ocean.

(Kathleen Raine)

Illustration

 

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LES MAINS (Pierre Morhange)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2018



Nos deux mains
Se serraient bien
Dans ma poche de manteau

Nos deux paumes
S’aimaient bien
Le dessus de chaque main
Ressentait la laine

Que nos mains se connaissaient bien
Dans la nuit de ma poche
Bien ensemble à l’abri
Avec de petites farces

Les passants se doutaient bien
Que nos mains s’aimaient bien
Se cachaient se touchaient
Et eux rien

Ils voyaient à nos yeux à nos nez
Ce que faisaient nos mains
Et nos mains s’enroulaient
S’endormaient
Et nos corps marchaient

On se touchait
Tout à fait
Et c’était parfait
Nos mains nous suffisaient
On pouvait s’y retirer
S’y savoir s’abreuver
L’essentiel c’est se toucher

Quand nos corps se promenaient
Nos deux mains se tenaient
Nos deux corps séparés
Par nos mains se touchaient

(Pierre Morhange)

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Le souffle de lumière (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 25 juin 2018



    

Le souffle de lumière, le tremblement concentré
qui émane de certaines rencontres
contredit parfois sa propre brièveté

et s’étend comme une lente alchimie
sur tout le reste de la vie.

Posséder ainsi pour toujours
quelque chose que l’on n’eut jamais
et que l’on n’aura jamais,
change la condition de l’homme,
modifie ses limites.

Les mains se touchent parfois
et parfois n’y parviennent pas.
Mais les yeux se touchent
ou quelque chose qui est derrière les yeux.

Mais posséder ainsi, toucher ainsi,
réduit encore un coin d’éternité
et le fait tenir dans la cellule que nous occupons.

C’est peut-être là qu’est la sagesse de l’amour,
sauvée des incendies qui le dévastent.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Douzième poésie verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: De la Différence

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C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT (Attila József)

Posted by arbrealettres sur 11 juin 2018



Illustration: Omar Ortiz    
    
C’ÉTAIT LE SOIR, ET NOS PEAUX SE TOUCHAIENT

C’était le soir. Tombant du ciel d’été.
De fous désirs, ardents comme une flamme,
Intimement m’ont visité.
Ma peau touchait ta peau de femme.
Toute ma vie, alors, pulsait
Sur le petit espace
Où ta peau, soudain, à ma peau se fiançait.

Je le sais à présent, c’est toi qu’il me fallait,
Que je cherchais, lorsque ma raison fit surface.
Vous, lointains inhumains,
Ô vous ! petites fleurs à la fine corolle,
— Aux fins dessins,
Entendez-vous de son doux giron la parole ?
Elle est pour moi trop lourde assurément :
La totalité de la femme!
Telle une abeille bourdonnant,
Dès lors, de tout mon coeur bruissant,
Lanceur de comètes, je clame:

Que sont auprès de toi le vignoble au soleil,
Le céleste animal au pelage d’aurore
Empli de fraîcheur dès l’éveil
Ou bien encore
Le bercement matinal des buissons
Sur les coteaux intacts aux tendres mamelons !
Des baisers de la femme
Bouillonne sous ta peau
Toute la gamme.
Souvent j’ai peur, car nous formons un écheveau
Inextricable ! Et s’il me reste quelques fibres
Qui semblent libres,
Tu t’en saisis. Ô combien nous nous désirons !
Mais si c’est même amour que tous deux respirons,
Je le vis tel un roc dessous lequel j’enrage
Et toi comme un coussin plus léger que nuage.

(Attila József)

 

Recueil: Aimez-moi – L’oeuvre poétique
Traduction: Georges Kassaï
Editions: Phébus

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Nos deux mains se touchaient à peine (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 5 juin 2018




    
Nos deux mains
se touchaient à peine
et pourtant nous aimions
la mer, et la mer, et la marée
qui nous emportaient,
nus et beaux, vers le large.

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Dormir sept ans
Traduction:
Editions: De la Différence

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La langue a besoin de la voix (Jacques Izoard)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2018



Illustration: Richard Rizzo
    
La langue a besoin de la voix
pour se maintenir en vie,
pour mieux lécher le poème
qui ne cesse de s’évanouir.
M’appartiens-tu, langue
qui ne peut se toucher elle-même ?

(Jacques Izoard)

 

Recueil: Lieux épars
Traduction:
Editions: De la Différence

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Les corps (Jean-Pierre Chambon)

Posted by arbrealettres sur 2 mars 2018



Illustration: Marie-Claude Gironde
    
Les corps se rapprochent
se touchent font masse et s’allègent
se dérobent se frôlent s’évitent
et comme la vie la danse
devient une matière hétérogène,
un heurt de moments d’émotion et de banalité
un agglomérat confus
traversé d’éclairs de pure beauté

(Jean-Pierre Chambon)

 

Recueil: Tout-venant
Traduction:
Editions: Héros-Limite

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LES PIEDS D’HERBE CHUCHOTENT (Inger Christensen)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2018



Illustration
    
LES PIEDS D’HERBE CHUCHOTENT

Les pieds d’herbe chuchotent
se glissent à travers nous,
les doigts de pin se touchent
quand les chemins se croisent,
la résine gluante qui suinte
nous colle l’un à l’autre,
les pics désireux d’été
hachent les coeurs d’ovaire durs.

(Inger Christensen)

 

Recueil: HERBE
Traduction: Janine et Carl Poulsen
Editions: Atelier La Feugraie

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