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Poésie

Posts Tagged ‘partager’

Invitation (Sri Aurobindo)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2020



    

Invitation

Le vent et l’orage cinglant autour de moi,
je monte là-haut sur la montagne et la lande.
Qui veut me rejoindre ? Qui veut gravir les cimes avec moi ?
Traverser les torrents, tailler son chemin dans la neige ?

Ce n’est pas dans le cercle étriqué des cités
que j’habite, à l’étroit entre vos portes et vos murs ;
au-dessus de moi Dieu est bleu dans le ciel,
contre moi le vent et la tourmente se rebellent.

Ici dans mes domaines je joue avec la solitude,
de l’infortune je me suis fait une amie.
Qui veut vivre vaste ? Qui veut vivre libre ?
Qu’il grimpe ici sur les sommets battus par les vents.

Je suis le seigneur de la tempête et de la montagne,
je suis l’Esprit de liberté et de fierté.
Fort doit-il être et allié du danger,
qui partage mon royaume et marche à mes côtés

(Sri Aurobindo)

 

Recueil: Poésie
Traduction: Français Cristof Alward-Pitoëff
Editions: Sri Aurobindo Ashram Trust

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La pauvre fille (Alexandre Soumet)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2020



Illustration: Jules Bastien-Lepage
    
La pauvre fille

« Oh! pourquoi n’ai-je pas de mère?
Pourquoi ne suis-je pas semblable au jeune oiseau
Dont le nid se balance aux branches de l’ormeau?
Rien ne m’appartient sur la terre;
Je n’eus pas même de berceau,
Et je suis un enfant trouvé sur une pierre
Devant l’église du hameau.

Loin de mes parents exilée,
De leurs embrassements j’ignore la douceur,
Et les enfants de la vallée
Ne m’appellent jamais leur soeur!
Je ne partage pas les jeux de la Veillée;
Jamais sous son toit de feuillée
Le joyeux laboureur ne m’invite à m’asseoir;
Et de loin je vois sa famille,
Autour du sarment qui pétille,
Chercher sur ses genoux les caresses du soir.

Vers la chapelle hospitalière
En pleurant j’adresse mes pas,
La seule demeure ici-bas
Où je ne sois point étrangère,
La seule devant moi qui ne se ferme pas!

Souvent je contemple la pierre
Où commencèrent mes douleurs;
J’y cherche la trace des pleurs
Qu’en n’y laissant peut-être y répandit ma mère.
Souvent aussi mes pas errants
Parcourent des tombeaux l’asile solitaire,
Mais pour moi les tombeaux sont tous indifférents.
La pauvre fille est sans parents
Au milieu des cercueils ainsi que sur la terre.
J’ai pleuré quatorze printemps
Loin des bras qui m’ont repoussée
Reviens, ma mère, je t’attends
Sur la pierre où tu m’as laissée! »

(Alexandre Soumet)

 

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LA MAISON DU MONDE (Eugénio de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2020



Illustration: Antonio Canova
    
LA MAISON DU MONDE

La petite
fleur de la bougie,
sur la table le pain, le vin
la rose,
la soudaine
blancheur du lit ouvert, –
l’éternité
à partager millimètre par millimètre
avec toi.

***

CASA DO MUNDO

La diminuta
flor da candela,
na mesa o pão o vinho
a rosa,
a súbita
brancura da cama aberta ─
la eternidade
milimetricamente
a dividir contigo.

***

THE HOUSE OF THE WORLD

The tiny
flower of the candle,
on the table
—the bread, the wine, the rose—
the sudden whiteness
of the open bed,
eternity
millimetrically
to share with you.

***

CASA LUMII

Minuscula inflorescență
a candelei,
pâinea și vinul de pe masă
un trandafir,
albul marcant
al patului nearanjat ─
eternitatea,
milimetric porționată
de împărțit cu tine.

***

HAUS DER WELT

Das kleine
Blümchen der Kerze,
auf dem Tisch das Brot, der Wein,
die Rose,
das plötzliche
Weiß des offenen Bettes ─
um die Ewigkeit
millimeterweise
mit dir zu teilen.

***

HET HUIS VAN DE WERELD

Het kleine
bloemetje van de kaars,
op de tafel het brood, de wijn
de roos,
de plotselinge
witheid van het open bed, ─
de eeuwigheid,
om millimetergewijs
met jou te delen.

***

***

HÚS HEIMSINS

Litla
blómið á kertinu
á borðinu
— brauðið, vínið, rósin —
opið rúmið
skyndilega snjóhvítt,
eilífð
í millimetratali
með þér.

***

DUNIA KEDIAMAN

Bunga kecil
pada kandil di atas meja
—roti, wain, bunga mawar—
terbuka ranjang
memutih
secara tiba-tiba,
keabadian
kepastian
perkongsian hidup denganmu.

***

ДОМ МИРА

Крошечный цветок свечи на столе,
– хлеб, вино, роза –
внезапная белизна открытой постели,
вечность в миллиметре,
чтобы разделить ее с тобой.

***

Σπίτι του Κόσμου

Το μικροσκοπικό λουλούδι
του καντηλιού
στο τραπέζι το ψωμί, το κρασί
το τριαντάφυλλο
το ξαφνικό λευκό του κρεβατιού
αιωνειότητα
χιλιοστών
που μοιραζόμαστε.

***

世界之家

这微小的
蜡烛之花,
这桌上, 面包, 美酒,
玫瑰,
突然
敞开床的洁白——
永恒
细微地
与你享用。

***

CASA DEL MUNDO

La diminuta
flor de la candela,
en la mesa el pan el vino
la rosa,
la súbita
blancura de la cama abierta ─
la eternidad
milimétricamente
para dividir contigo.

***

***

LA CASA DELLA TERRA
Il piccolo
fiore della candela,
sul tavolo il pane, il vino,
la rosa,
il bianco
improvviso di un letto sfatto ─
eternità
millimetrica
da condividere con te.

(Eugénio de Andrade)

 

Recueil: ITHACA 618
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Portugais / Anglais Stanley Barkan / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Indi Jyotirmaya Thakur / Islandais Thor Stefánsson / Malaisien Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman / Russe Rahim Karim / Grec Manolis Aligizakis / Chinois William Zhou / Espagnol José Luis Puerto / Persan Sepideh Zamani / Italien Luca Benassi /
Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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Berceuse (Rouben Mélik)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2020




    
Berceuse

Mon enfant dort avec les fleurs
Elle a sa ville à décorer
Elle a son rêve à protéger
Prenez sa main
Elle a ses fleurs à partager

Mon enfant dort prenez sa main
Elle a pendu à un soleil
Un ruban rose et un nuage

Une enfant dort avec les fleurs
Sur l’oreiller de la misère
Elle a son rêve à découper
À petit jeu
Prenez sa main

Elle a construit au coin du feu
Une maison pour abriter
Toute la terre

Mon enfant dort avec les fleurs
Je coupe et lie à une fleur
Une autre fleur pour mon enfant
Elle a un parc à dessiner
Et sur l’étang
Une fleur prend soleil
De la mort à la vie

(Rouben Mélik)

 

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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ÉTRANGERS (Many-Leib)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Wilhelm Hammershoi
    
ÉTRANGERS

Voilà, comme un enfant, qu’il tombe sur son coeur,
Solitude et douleur – et de ses yeux l’implore,
Et son sang assoiffé boit comme d’une amphore
À ses deux sources d’or la vivante liqueur,

Et sa saveur de lait – puis, poignard, il se tend
Pour ouvrir son doux corps, le fendre comme foudre,
S’éteindre dans sa sève en cendres, se dissoudre
En elle, au séminal abîme se jetant.

Ils sont assis avec les étoiles, le soir
À table. Tous les deux partagent le pain noir
Et le couteau entre eux sur la table s’étale.

Mais l’un l’autre étrangers se dérobent leurs yeux
Comme si le couteau, coupant en deux leur noeud,
Les avait séparés tels les bords de la table.

(Many-Leib)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Cesse ! Je t’en conjure, (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019



Illustration: Alex Alemany
    
Cesse ! Je t’en conjure,
visage de l’unique amour,
reste clair et ferme d’un battement de cils
– les yeux sur le monde, reste beau,
visage de l’unique amour,
et élève ton front
hors des éclairs du doute.
Ils vont partager tes baisers,
te défigurer dans le sommeil,
si tu cherches ton image dans les miroirs
dans lesquels tu appartiens à chacun.

***

Halt ein! Dich beschwör ich,
Gesicht der einzigen Liebe,
bleib hell und schlag mit den Wimpern
das Auge zur Welt zu, bleib schön,
Gesicht der einzigen Liebe,
und heb deine Stirn
aus dem Wetterleuchten der Zweifel.
Deine Küsse werden sie teilen,
dich entstellen im Schlaf,
wenn du nach Spiegeln blickst,
in denen du jedem gehörst!

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Nos blessures intimes (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




    
Nos blessures intimes demandent à s’asseoir près de
Nous sur le banc, avec une sorte de tristesse avide
Un besoin mélancolique de partager le chagrin du
Temps Que pouvons-nous pour elles? Que faut-il
Leur dire? Comment ne pas être touché par leur
Silence? Sont-elles à la recherche de l’absolu, là
Où il se trouve? Bercé par le corps qui souffre, lui,
D’avoir à leur parler comme on le fait avec des
Enfants fiévreux Dans un monde combien las!

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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REPOS NOCTURNE (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019




Illustration: Pascal Renoux
    
REPOS NOCTURNE

Soir. Deux jardins plus loin fait rage le printemps
et des corsaires se glissent dans le noir.
Quelque part des ongles se battent pour une fourrure. Cris
pour des miettes d’amour. Oreilles mordues.
Le rut guerrier d’une nuit de printemps.

Presque oublié comment, plein d’une rage semblable,
je chassais dans le noir, comment toi plus fourbe encore
qu’une chatte tu enfonçais tes ongles dans trois coeurs.
Il y a longtemps de cela et comme tu es toujours belle.

J’ai compté un par un les jours
et avec les meilleurs mots que j’ai :
je t’aime. En toi je trouve un lit.

Et c’est le renouveau et nous partageons ici
la même nuit avec tout ce que cela dit.

***

NACHTRUST

Avond. Twee tuinen verder woedt het voorjaar
en sluipen kapers door het donker.
Ergens vechten nagels om een yacht. Gekrijs
om kruimels liefde. Stukgebeten oren.
De krolse oorlog van een voorjaarsnacht.

Bijna vergeten hoe ik met dezelfde woede
door het donker joeg, hoe jij nog valser
dan een kat je nagels in drie harten sloeg.
Wat is het fang geleden en wat blijf je mooi.

Ik heb de dagen één voor één geteld
en met de beste woorden die ik heb:
ik hou van je. In jou vind ik een bed.

En het is lente en we delen hier
dezelfde nacht met alles wat dat zegt.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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MALENTENDU (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 21 septembre 2019



Illustration: René Baumer
    
MALENTENDU

Ceci sera un poème triste. Je ne sais pas très bien
pourquoi je crache ce secret, mais depuis environ
trois mois je crois de plus en plus que la poésie
n’est pas une forme de charité. Plutôt une maladie
que l’on partage avec une poignée d’idiots sans espoir,

une plainte raffinée qui surtout ennuie les autres,
et la nuit – ce n’est pas un art de guérir.
La chambre reste une chambre, le lit un lit.
Ma vie est gâtée par la poésie et même
si je savais mieux avant, je ne me fais aucune illusion

quand, avec ce petit tas d’imprimés, je tracasse
soixante-quatre lecteurs ou, pire, abats deux arbres.

***

MISVERSTAND

Dit wordt een droef gedicht. Ik weet niet goed
waarom ik dit geheim ophoest, maar sinds een maand
of drie geloof ik meer en meer dat poëzie
geen vorm van naastenliefde is. Eerder een ziekte
die je met een handvol hopeloze idioten deelt,

een uitgekookte klacht die anderen vooral verveelt
en ‘s nachts — een heelkunst is het niet.
De kamer blijft een kamer, het bed een bed.
Mijn leven is door poésie verpest en ook
al wist ik vroeger beter, ik verbeeld me niets

wanneer ik met dit hoopje drukwerk vierenzesti g
lezers kwel of, erger nog, twee bomen vel.

(Menno Wigman)

 

Recueil: L’affliction des copyrettes
Traduction: Pierre Gallissaires et Jan H. Mysjkin
Editions: Cheyne

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Partageons l’instant sans labyrinthes (Andree Chedid)

Posted by arbrealettres sur 17 septembre 2019




Partageons
L’instant sans labyrinthes
Où le temps s’égare
Pour mieux nous réunir.

(Andrée Chedid)

 

 

 

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