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LETTRE-OCÉAN (Michel Manoll)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



lentille d'eau

LETTRE-OCÉAN

0 mon ami, lentille d’eau incrustée sur l’étang,
Je te vois comme la flamme clignotante du premier matin blanc,
Qui suspend dans l’air le sillage empanaché
D’un train caboteur qui suit la côte à petite journée.
Tu es la jarre de lait répandue dans les pâturages du ciel
Et cette étoile impatiente qui lance ses graines hors de leur gousse,
L’arbre-chanteur et son ombre de mousse.
Mais tu es aussi et surtout le disparu du bord
Qui allume la mèche sous les barils de poudre,
Le passager que l’on attendra longtemps sur le port,
Je ne sais où, dans un pays fracassé par la foudre.

(Michel Manoll)

 

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DÉPART PRÉMATURÉ (Germain Droogenbroodt)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2020



Illustration: Giacomo Manzù
    
DÉPART PRÉMATURÉ

Tel un soleil
qui ne connaît plus d’aurore
se noie
dans sa propre lumière
et telle la nuit
qui éteint ses étoiles
ainsi se rompt la tige
s’arrache la feuille.

*

AURORE EMPRUNTÉE

Avec sa main d’ombre et de ténèbres
le soir effilocha
la lumière sans défense
l’avenir effilocha
la magie
l’aurore empruntée
extirpa la mèche
répandit l’huile
éteignit le temps.

***

ONTIJDIG HEENGAAN
Als een zon
die geen dageraad meer kent
wegsterft
in haar eigen licht
en de nacht
haar sterren dooft
knapt de steel
scheurt het blad.

*

GELEENDE DAGERAAD

Met zijn hand van schaduw en duister
ontrafelde de avond
het weerloze licht
ontrafelde de toekomst
de tover
de geleende dageraad
rukte uit de wiek
vergoot de olie
doofde de tijd.

***

AJAL AWAL

Pabila mentari
yang tidak kenal subuh
menjadi mangsa
dengan sinar sendiri
malam,
melindungi bintang,
mematahkan batang pohon,
mengoyakkan dedaun.

*

MEMINJAM SUBUH
Bayang-bayang dan kegelapan
meluruhkan petang,
cahaya yang tidak berdaya
meluruhkan masa depan.
Dengan kuasa ajaib
subuh yang dipinjam,
meninggalkan sumbu
tertumpah minyak,
terpadam waktu !

***

AURORA EMPRESTADA

Com sua mão de sombra e trevas
desfilou a tarde
a luz indefesa
desgastou o futuro
a magia
a aurora emprestada
arrancou a mecha
derramou o azeite
apagou o tempo.

***

PARTIDA A DESTIEMPO

Cuando un sol
que no conoce más el amanecer
se desvanece
en su propia luz
y la noche
apaga sus estrellas
se rompe el tallo
y desgarra la hoja.

*

AURORA PRESTADA

Con su mano de sombra y tiniebla
deshiló la tarde
la luz indefensa
deshiló el futuro
la magia
la aurora prestada
arrancó la mecha
derramó el aceite
apagó el tiempo.

***

DESPĂRȚIRE ATEMPORALĂ

Când soarele-a uitat
ce-nseamnă răsăritul
topindu-se
în propria-i lumină
noaptea
stelele-și stinge
frântă-i tulpina
frunza despicată.

*

ZORI DE-MPRUMUT

Cu mâini de umbră și-ntuneric
amurgul îl deșiră
lumina răsfirând-o
urzeala viitorului rărită-i de pe-acum
s-a dus vraja acelor
împrumutate zori
fitilu-i smuls
uleiul risipit
și timpul stins.

***

SCOMPARSA PREMATURA

Quando un sole
che non conosce più alba
muore
nella sua stessa luce,
e la notte
spegne le sue stelle,
si spezza lo stelo,
si lacera il foglio.

***

ALBA PRESTATA

Con la sua mano d’ombra e buio
scoperta la sera,
la luce senza difese
rivelato il futuro,
la magia,
l’alba prestata,
tirato fuori lo stoppino,
versato l’olio,
estinto il tempo.

***

UNTIMELY LEAVING

When a sun
which knows no more dawn
dies away
in its own light,
and the night
blots out its stars,
snaps the stem,
tears the leaf.

*

BORROWED DAWN

With its hand of shadow and darkness
unraveled the evening,
the defenseless light
unraveled the future,
the magic,
the borrowed dawn,
pulled out of the wick,
shed the oil,
extinguished time.

***

ZUR UNZEIT VERSCHEIDEN

Wenn eine Sonne
die keine Morgendämmerung mehr kennt
wegstirbt
in ihrem eigenen Licht
und die Nacht
ihre Sterne löscht
bricht der Stängel
zerreißt das Blatt.

*

GEBORGTER TAGESANBRUCH

Mit seiner Hand von Schatten und Finsternis
zerstob der Abend
das wehrlose Licht
Zerfaserte die Zukunft
den Zauber
den geborgten Tagesanbruch
Riss aus den Docht
vergoss das Öl
löschte die Zeit.

***

ΠΡΟΩΡΟΣ ΘΑΝΑΤΟΣ

Όταν ο ήλιος
δεν ξέρει ν’ ανατείλει πια
και στη δική του λάμψη θα χαθεί
όταν η νύχτα τ’ αστέρια της μαυρίσει
ο μίσχος θα κοπεί του λουλουδιού
και δάκρια θα κυλήσουν.

***

НЕОБХОДИМЫЙ УХОД

Когда солнце,
которое не знает рассвета
угасает
в своем собственном свете,
и ночь
стирая в небе звезды,
наступает ножкой
на слезы листьев.

*

ОДОЛЖЕННЫЙ РАССВЕТ

Тень и тьма собственноручно
распутали вечер,
беззащитный свет
распутал будущее,
магия
одолженного рассвета,
вытащенного из фитиля,
пролив масло,
потушила время.

***

***

***

英年早逝

当一个
不再知道黎明的太阳
死去
在它自己的光和夜晚里熄灭它的星星
断了茎碎了叶
原 作: 比利时 乔曼·卓根布鲁特
汉 译: 中国 周道模

***

借来的黎明
用它影子和黑暗之手
解开了夜晚
无防备之光
揭开了未来
魔法
借来的黎明
从灯芯里抽了出来
甩干了油
熄灭了时间

***

PRZEDWCZESNE ODEJŚCIE

Kiedy słońce
nie poznaje już świtu
powoli wygasza
swój blask,
a noc
zaciera swe gwiazdy,
pęka łodyga,
przedziera się liść.

*

WYPOŻYCZONY ŚWIT

Dłonią cienia i mroku
rozplótł się wieczór,
ujawnił bezbronność światła
rozwikłał przyszłość,
ujawnił iluzję,
że świt nam jedynie wypożyczono
wyciągnięty z knota,
rozlany olej,
zgaszony czas.

***

(Germain Droogenbroodt)

 

Recueil: ITHACA 626
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Néerlandais / Malaisien : Dr.Raja Rajeswari Seetha Raman / Portugais José Eduardo Degrazia / Espagnol Rafael Carcelén / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Italien Luca Benassi / Anglais Stanley Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Grec Manolis Aligizakis / Russe Rahim Karim / Arabe Sarah Silt / Indi Jyotirmaya Thakur / Chinois William Zhou / Polonais Mirosław Grudzień – Małgorzata Żurecka / Persan Sepideh Zamani /Editions: POINT
Site: http://www.point-editions.com/en/

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RÉCONFORTEZ (Itzhak-Leibush Peretz)

Posted by arbrealettres sur 17 novembre 2019




    
RÉCONFORTEZ

Réconfortez mon peuple, il lui faut réconfort
Faites son coeur plus ferme et son esprit plus fort,
Ne soyez pas le vent qui éteint la flammèche,
Attisez-la plutôt, car la nuit est poison!
Versez de l’huile encore, époussetez la mèche,
Car la nuit est venin et le sommeil est mort !
Réconfortez mon peuple, il lui faut réconfort.

Faites son coeur plus ferme et plus fort son esprit!
L’on a vu s’embraser déjà plus d’une nuit
Être victorieux déjà plus d’un combat
Où le drapeau jamais de nos mains ne tomba!
Il se dresse – aussi fort que muraille de fer
Dans le chaos de mer dont bouillonnent les lames,
Ô faites fort mon peuple et soufflez sur sa flamme !

Ô faites fort mon peuple et qu’il ne s’affaiblisse !
Que les forces de vie radieuses jaillissent
En colonne de feu dans la nuit qui surgit!
La nuit chante, veillant le jour comme vigie !
Décochez, flèche d’or, son rayon lumineux
Pour saluer là-haut la colonne de feu!
Réconfortez mon peuple, il lui faut réconfort,
Faites son coeur plus ferme et son esprit plus fort!

(Itzhak-Leibush Peretz)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les quatre saisons – L’automne (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 9 août 2019



 

Mahira Ates (9)

Les quatre saisons – L’automne

L’automne fait les bruits froissés
De nos tumultueux baisers.

Dans l’eau tombent les feuilles sèches
Et sur ses yeux, les folles mèches.

Voici les pèches, les raisins,
J’aime mieux sa joue et ses seins.

Que me fait le soir triste et rouge,
Quand sa lèvre boudeuse bouge ?

Le vin qui coule des pressoirs
Est moins traître que ses yeux noirs.

(Charles Cros)

Illustration: Mahira Ates

 

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Que tonnent à nouveau (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Illustration: Stanislav Shpanin

Que tonnent à nouveau les grandes orgues
Comme premier orage de printemps :
Sur l’épaule de ta fiancée veillent
Mes yeux mi-clos.

Sept jours d’amour, sept ans cruels de séparation,
Guerre, révolte, maison vide,
Petites mains couvertes d’un sang innocent,
Mèche grise sur la tempe rose.

Adieu, adieu, bel ami, sois heureux
Je te rends tes douces promesses
Mais garde-toi bien de faire connaître
À ton amie mon délire sans pareil —

Il irait s’infiltrer comme un poison brûlant
Dans votre union bénie, dans votre union radieuse…
Pour moi, je vais régner sur un jardin de rêves,
Plein des rumeurs des herbes et des clameurs des muses.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

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La petite flamme (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019




    
La petite flamme

La flamme modeste d’une bougie
dans une nuit sans un souffle

Brûler droit se consumer
Le parfum calme de la cire

Puis s’éteindre sans résister
La mèche fume un court instant

Ne possédant plus rien
l’univers me possède

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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La maison du temps (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2019



La maison du temps

Du matin au soir
La fenêtre suit le soleil
Avec un regard malicieux
La maison se hausse sur ses fondations
Dans une lumière à peine esquissée
Au pied d’un arbre ventripotent

Le lierre encadre les pommettes de la façade
Qui m’offre le sourire de sa porte
Le soleil ne cicatrise pas
Les blessures du toit

La maison se lézarde
D’avoir trop ri et d’avoir trop pleuré
Et d’avoir trop prié

Le temps consume sa bougie
Chaque goutte de cire
Est une heure qui coule

La flamme diminue
Avant de s’éteindre

La mèche n’est jamais assez longue.

(Jean-Baptiste Besnard)

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Quelque chose dans l’envol (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2018


extinction

Nous voyons plus intensément
Par une lumière qui disparaît
Que par une mèche qui demeure.
Quelque chose dans l’envol
Clarifie la vue
Et magnifie les lueurs.

***

By a departing light
We see acuter, quite,
Than by a wick that stays.
There’s something in the flight
That clarifies the sight
And decks the rays.

(Emily Dickinson)

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J’habite près de mon silence (Georges Perros)

Posted by arbrealettres sur 25 octobre 2018



Georges Perros
    
J’habite près de mon silence
à deux pas du puits et les mots
morts d’amour doutant que je pense
y viennent boire en gros sabots
comme fantômes de l’automne
mais toute la mèche est à vendre
il est tari le puits, tari.

(Georges Perros)

 

Recueil: J’habite près de mon SILENCE et 27 autres poèmes
Traduction:
Editions: Finitude

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JEUNE MÈRE (Christophe Langlois)

Posted by arbrealettres sur 29 juillet 2018



Illustration: Mary Stevenson Cassatt
    
JEUNE MÈRE

Souvent tu me dévêtais
souvent j’étais vivant
il faut être nu pour chanter ce chant

l’eau que tu versais sur moi
retombait à grand bruit dans l’océan
épousait mon ventre grandissait mon sang
et me séchant contre toi tu fredonnais
quelque chose d’une voix légère
que je ne connaissais pas et qui était toi
je ne bougeais plus je t’écoutais
enveloppé dans la serviette humide
une de tes mèches contre ma joue

il faut être nu pour chanter ce chant
souvent tu me dévêtais
souvent j’étais vivant

(Christophe Langlois)

 

Recueil: L’amour des longs détours
Traduction:
Editions: Gallimard

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