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MES VOYELLES (Kôichi lijima)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



 

Voyelles

MES VOYELLES
WAGA BOIN

Naissance par l’espace des voyelles
Pures.
Rêves qui me stimulent
Dans leur absence,
Que faire? Répéter!
Mais c’est alors
Que les images sonnent entre elles
Comme les premières voyelles de l’aube.
Mes voyelles sont plus fortes
Que le remords qui nous vole l’énergie d’une vie merveilleuse
Et nous pousse à nous pendre.
Voyelles, transparence qui suivez la lumière,
Pourquoi oublions-nous de vous voir!

Trouver des voyelles claires
Doit donner sa couleur à chacun de nos jours.
Car nous avons le droit
Bonheur difficile
De braver le monde.
Comme des cailloux ronds je fais sauter mes premières voyelles
Et aujourd’hui encore je m’enfonce dans la foule.
Dans la foule on peut être seul et soi-même
Et seul, on peut aimer quelqu’un.
Comme les serments d’amour secrets
Que se font deux amants
Je cultive furtivement mes voyelles : ne pas les perdre
Est l’art que j’apprends.

(Kôichi lijima)

 

 

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L’ART D’AIMER (Manuel Bandeira)

Posted by arbrealettres sur 28 mai 2017



 

L’ART D’AIMER

Si tu veux sentir le bonheur d’aimer, oublie ton âme,
C’est l’âme qui gâte l’amour.
En Dieu seul, elle peut trouver satisfaction,
Jamais en une autre âme.
En Dieu seul — ou hors du monde.

Les âmes sont incommunicables.

Laisse ton corps s’entendre avec un autre corps.

Les corps s’entendent, les âmes non.

(Manuel Bandeira)

Illustration

 

 

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UN FEU DISTINCT… (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 26 mai 2017



 

Brad Kunkle Seer_lrg-780x530

UN FEU DISTINCT…

Un feu distinct m’habite, et je vois froidement
La violente vie illuminée entière…
Je ne puis plus aimer seulement qu’en dormant
Ses actes gracieux mélangés de lumière.

Mes jours viennent la nuit me rendre des regards,
Après le premier temps de sommeil malheureux;
Quand le malheur lui-même est dans le noir épars
Ils reviennent me vivre et me donner des yeux.

Que si leur joie éclate, un écho qui m’éveille
N’a rejeté qu’un mort sur ma rive de chair,
Et mon rire étranger suspend à mon oreille,

Comme à la vide conque un murmure de mer,
Le doute, — sur le bord d’une extrême merveille,
Si je suis, si je fus, si je dors ou je veille?

(Paul Valéry)

Illustration: Brad Kunkle

 

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Quarante ans (Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017



Quarante ans

Je connais peu ma vie. Je ne l’ai jamais vue
S’éclairer dans les yeux d’un enfant né de moi.
Pourtant j’ai pénétré le secret de mon corps. O mon corps !
Toute la joie, toute l’angoisse des bêtes de la solitude
Est en toi, esprit de la terre, ô frère du rocher et de l’ortie.
Comme les blés et les nuages dans le vent.
Comme la pluie et les abeilles dans la lumière,
Quarante ans, quarante ans, mon corps, tu as nourri
De ton être secret le feu divin du Mouvement :
Tu ne passeras pas avant le mouvement de l’univers.
Que le son de ton nom inutile et obscur
Se perde avec le cri du dormeur dans la nuit ;
Rien ne saurait te séparer de ta mère la terre.
De ton ami le vent, de ton épouse la lumière.
Mon corps ! tant que deux cœurs séparés, égarés ,
Se chercheront dans les vapeurs des cascades du matin.
Tant qu’un douzième appel de midi vibrera pour réjouir
La bête qui a soif et l’homme qui a faim ; tant que le loriot.
L’hôte des sources cachées, renversera sa pauvre tête
Pour chanter les louanges du Père des forêts ; tant qu’une touffe
De myrtil noir élèvera ses baies pour leur faire respirer
L’air de ce monde, quand l’eau de soleil est tombée,
errante poussière ! ô mon corps ! tu vivras pour aimer et souffrir.

(Oscar Venceslas de Lubicz-Milosz)

Illustration

 

 

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A la pleine lune qui se lève (Goethe)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2017


Vas-tu sitôt m’abandonner?
A l’instant tu étais si proche!
De lourdes nues t’entourent d’ombre,
Et maintenant tu n’es plus là.

Mais tu sens quelle est ma tristesse,
Ton bord surgit comme une étoile!
Tu viens me témoigner qu’on m’aime,
Si loin de moi que soit l’aimée.

Monte donc! Epands ta clarté
Au ciel pur, dans tout son éclat!
Si mon coeur bat plus vite et souffre,
La nuit est transportée de joie.

(Goethe)


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Insomnia (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Illustration
    
Insomnia

La nuit darde ses innombrables yeux sur moi.
Ai-je dit des yeux?
Des flèches, plutôt.
Elles foncent sur moi en sifflant, se plantent dans ma peau.

Qui donc aimerait être dans ma peau?
En vain, je m’efforce à longueur de nuit
de les ôter, de les jeter par-dessus bord.

Le matin, je me retrouve bordée par un tas d’éclats de pensée
et je m’étonne d’avoir pu sauver ma peau.

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Sans visa
Traduction: Eva Antonnikov
Editions: Héros-Limite

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Apparais coeur de la vérité (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



    
Apparais
coeur de la vérité

J’aime
ton visage magnifique

***

Erscheine
Kern der Wahrheit

Ich liebe
dein herrliches Gesicht

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Oublie (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



&

nbsp;   

Oublie
que nous nous aimions
quand nous étions enfants

Aujourd’hui nous sommes
des oeillets ouverts
blancs et rouges

***

Vergiss
dass wir uns liebten
als wir Kinder waren

Heu te sind wir
aufgeblühte Nelken
rot und weiss

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Bientôt viendra l’amie (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Illustration: Albert Pierre René Maignan

    

Bientôt
viendra l’amie
de bien loin
parée d’un silencieux
baiser de fleurs
J’aime
ses jolis mots
comme une
parole divine

***

Bald
kommt die Freundin
aus der Ferne
mit einem stillen
Blumenkuss

Ich Liebe
ihre schönen Worte
wie einen
Himmelsgruss

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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Les mots me dictent (Rose Ausländer)

Posted by arbrealettres sur 24 mai 2017



Illustration
    
Les mots me dictent: écris-nous.
Ils veulent être liés l’un à l’autre, ils veulent s’allier.

Un mot avec un mot avec un mot.
Une phalange de mots, les uns contre les autres pour moi.

Ils veulent tous être couchés sur le papier, c’est le lieu du combat.
Je suis souvent sceptique et je ne veux me soumettre à leur dictature,
je les jette au vent, mais ils sont plus forts que lui et reviennent vers moi,
me secouent et me torturent jusqu’à ce que je cède.

Les mots ne sont pas des choses dociles avec lesquelles on peut faire ce que l’on veut.
Ils sont durs, même ceux qui sont tendres. Nous nous regardons, nous nous aimons.
Mes arbres, mes étoiles, mes frères…

(Rose Ausländer)

 

Recueil: Je compte les étoiles de mes mots
Traduction: Edmond Verroul
Editions: Héros-Limite

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