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Poésie

Posts Tagged ‘aimer’

A mon Avril (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Jeanie Tomanek  
    
A mon Avril

Répands sur mon front d’insomnie
Tes cheveux d’aurore et de joie,
O toi, ma tendresse infinie,
Avril, mon printemps, mon amour !

Quoi de plus tendre et de plus beau
Que de voir, miracle suprême !
Des roses naître du tombeau !
Cela s’est fait, puisque je t’aime.

Dans mon âme, où l’angoisse est morte,
Le souvenir est effacé…
Donne-moi tes lèvres ! qu’importe
La douleur que fut le passé !

L’oubli me sourit dans tes yeux
Et je dis à la vie en larmes
Un grand hommage silencieux
Car elle a de suprêmes charmes.

Car j’ai, dans ma pauvre existence,
Parmi les jours où j’ai pleuré,
Quelque chose de doux, d’immense,
De lumineux et de sacré !

C’est pour cela que je bénis
Non seulement toi, ma très blonde,
Mais aussi les temps infinis,
L’espace et les cieux et le monde !

J’ai compris quelle aube suprême
Se lève sur le grand néant,
Et qu’on espère, et que l’on aime
Et que l’on meurt en souriant !

(Renée Vivien)

 

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Remords tendre (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 20 août 2017



Illustration: Karol Bak     
    
Remords tendre

Je n’ai pas su t’aimer, ma divine et ma blonde,
— Blonde aux baisers de fleur, — bien souvent, en secret
J’ai dû faire pleurer les plus beaux yeux du monde,
Je n’ai pas toujours eu la bonté qu’il faudrait.

J’ai vécu trop de deuils, de douleurs, de mensonges,
J’ai passé mon chemin, — mon coeur est devenu
L’incrédule du rêve et l’ennemi des songes ?…
Lorsqu’il était trop tard, ton sourire est venu.

Je trouvais à souffrir Dieu sait quels sombres charmes,
Tu me disais : Toujours ! Je répondais : Jamais !
Je doutais âprement ; même devant tes larmes,
J’étais triste et méchante ; et pourtant tu m’aimais !

Je n’ai pas su garder intacte et parfumée
Une heure unique et tendre, au fond de mon destin…
O ma douceur ! Pourquoi t’ai-je si mal aimée ?
L’espérance ne peut épouser le chagrin.

Quelque chose de frais, quelque chose d’immense,
Quelque chose de blanc comme l’éclat du jour
Avait paru pourtant dans ma terne existence,
Ce miracle : t’avoir inspiré de l’amour !

Une larme à tes yeux ressemble à la rosée ;
Pour me la donner, pleure une dernière fois !
Ce sera le pardon sur mon âme brisée
Et l’effacement pur du mauvais autrefois !

(Renée Vivien)

 

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La lumière qui s’écroule sur moi (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Kathryn Jacobi
    
La lumière qui s’écroule sur moi
quand je marche dans la nuit
m’a fait au visage de grandes blessures
que le jour ne peut refermer.

C’est un visage vraiment nu
qui se fixe à ma chair dépaysée
quand le monde cherche le matin
dans les tas d’ordures de la rue.

Les fenêtres sont des trous
d’où je regarde le ciel de bien plus près
que de la tour la plus haute :
adossé contre l’ombre, je peux me tenir debout.

Quand le soleil se lève
je crois qu’il va m’aider à vivre
mais au fond de moi le sang se rouille
échappé d’un coeur qui ne verra jamais le jour.

Quand une femme qui doit être belle apparaît
plus près de moi que toute la clarté de la terre,
je suis sûr que je pourrai l’aimer
mais la foule l’emporte dans ses bras.

Dans une chambre, une femme m’attend
dont le corps à vif va s’ouvrir au mien
dans un instant d’une plénitude telle
que rien ne peut la limiter, pas même la mort.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Il faut aimer la femme (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 19 août 2017



Illustration: Paul Delvaux
    
Il faut aimer la femme comme un objet
qui n’a de valeur que par la forme ou l’apparence.
Elle n’a que sa peau pour faire l’amour
de la même façon que le ciel n’a que l’eau
où descendre pour devenir terre parmi les flaques.

Les mots d’amour n’ont pas plus de sens
qu’une belle moisson qu’on va couper
et les regards que chacun tire de sa nuit
ne font pas durer le jour un moment de plus.

Les mains où l’on tient captive une femme
comme quelque chose qui va fondre
entrent dans son corps toujours ouvert
et s’y déploient comme une forêt de fougères.

Violent de tout ce que le désir couve en moi,
obsédé par la mort qui n’en finit pas de m’attendre,
je m’oriente vers vous, femmes de tous les jours,
comme une plante vers les hautes fenêtres du jour

Car je me souviens des routes qui font du monde
un lieu où l’on ne se rencontre jamais
parce que la mort tourne plus vite que lui,
laissant dépasser des têtes vides à chaque horizon.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Blonde au froid coloris (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017



Illustration: Alexey Steele
    
Blonde au froid coloris

Blonde au froid coloris, perverse et virginale,
Toi qui, dans la moiteur des nuits de bacchanale,
Mêles des lys meurtris à tes cheveux défaits,
Tu n’aimes que les lits de paresse et de paix,

La musique des mots et des murmures mièvres.
Ton baiser se détourne et glisse sur les lèvres.
Et j’ignore pourquoi, dans un silence amer,
Tu me livres l’ennui languissant de ta chair.

Compagne au front distrait de ma lugubre couche,
Tu me livres l’ennui languissant de ta bouche,
Tes yeux sont des hivers pâlement étoilés…

La neige qui fleurit les monts immaculés
Est moins froide à frôler que ta pâle luxure.
Oh ! Le charme et l’horreur de ta blancheur impure !

(Renée Vivien)

 

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Chauve-Souris (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 18 août 2017




    
Chauve-Souris

Vampire sans horreur et Monstre sans effroi,
Chimère sans beauté, Chauve-Souris, ô toi
Qui vas heurtant du front les ténèbres divines,
Ivre d’ombre et d’horreur, de nuit et de ruines,

Comment ne pas t’aimer en pleurant, ô ma soeur ? —
Ta laideur de sabbat éloigne la douceur, —
Ton pitoyable élan se brise dans le vide
Tant l’effort maladroit de ton lourd vol stupide

T’affolle et te tourmente, et ne t’élève pas ! —
Et tes regards meurtris sont aveugles et las
D’avoir trop adoré les astres et la lune…
Tu sembles apporter la sinistre infortune

Et les pressentiments du danger et de la mort
Tandis que l’univers se délasse et s’endort.
Ta muette souffrance erre et rôde et s’égare.
Plein de tâtonnements, ton passage bizarre

Mêle l’inquiétude et la fièvre aux beaux soirs.
C’est toi le frôlement d’étranges désespoirs,
Furtifs, enveloppés de terreur et de haine.

Passe, spectre éperdu, pareil à l’âme humaine
Dans ce qu’elle a de triste et d’ignoble et de beau,
Avec ton corps de bête et tes ailes d’oiseau !

(Renée Vivien)

 

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Vous qui savez aimer (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



Illustration: Eugène Louis Lami
    
Vous qui savez aimer, vous qui savez comprendre,
Oh ! Ne vous laissez pas décourager en vain,
Poète dont le coeur, à la fois triste et tendre,
Vibre à chaque émotion du vaste coeur humain !

Gardez toujours en vous la frêle poésie,
Gardez toujours en vous son doux rythme touchant,
Ecoutez bien la voix, âme qu’elle a choisie ;
Gardez toujours en vous la lumière et le chant !

Gardez toujours en vous cet idéal suprême,
La noblesse de l’âme avec celle du coeur ;
Que votre vie soit la poésie même !
Et soyez de vous-même et du monde vainqueur !

Que rien ne vous attriste et ne vous décourage.
Sachant que vous avez l’harmonie et l’amour ;
Persévérez toujours ! — Ayant le grand message
Que chantait autrefois le moindre troubadour.

Oh ! Le monde a toujours été dur aux poètes !
Car la réalité tuait leur idéal,
Mais vous, — Ah ! Soyez grand ! Que tout ce que vous faites
Ait l’élan victorieux d’un hymne triomphal !

Et songez, quand parfois vous êtes seul et triste,
Que votre vie, hélas ! comprime votre coeur,
Ce coeur plein d’harmonie et de rêves d’artiste,
Songez que tout cela doit vous rendre meilleur !

Songez que cette vie ennoblit, ô poète !
Songez que chaque épreuve est un progrès de fait ;
Que c’est un pas de plus vers le sublime faîte ;
Songez que tout cela tend à rendre parfait.

Si votre force, hélas ! parfois s’est endormie,
Qu’à peine vous pouvez rester fier et debout,
Souvenez-vous alors d’une petite amie
Qui saura vous comprendre et souffrir avec vous !

(Renée Vivien)

 

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Domination du Poème (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



    
Domination du Poème

Je subis tout mon sort… L’impérieux poème
Me domine à l’égal de la femme qu’on aime.

Amèrement jaloux, despotique et méchant,
Voici que vient régner, sur mon âme, le chant.

Servilement je sers l’impérieux poème,
Mille fois plus aimé que la femme qu’on aime.

Qu’il soit méchant, qu’il soit tyrannique et jaloux,
On ne l’en sert que plus promptement, à genoux !…

(Renée Vivien)

 

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Aux Mouettes (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017




    
Aux Mouettes

Je vous envie autant que je vous aime, oiseaux
Qui traversez sans moi tout l’infini des eaux.

Vous qui passez battant tout l’infini des ailes,
Rendez-moi, rendez-moi comme vous infidèles !

Que je sois libre ainsi que vous dans le ciel clair,
Que mon domaine soit le règne de la mer !

Et partout subissant l’éternelle infortune,
J’obéirai, muette, à l’ordre de la lune.

Dans une obéissance au regard somnolent
J’endurerai son règne intermittent et lent.

Mais mon sort est parmi les choses méprisées,
Et pourtant ! Et pourtant ! — Ô mes ailes brisées !

(Renée Vivien)

 

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Je te donne mon âme nue (Juana de Ibarbourou)

Posted by arbrealettres sur 16 août 2017



Je te donne mon âme nue,
comme une statue qu’aucun voile ne drape.

Nue, avec la pure impudeur
d’un fruit, d’une étoile ou d’une fleur;
de toutes ces choses qui ont l’infinie
sérénité d’Eve avant sa damnation.

De toutes ces choses,
fruits, astres et roses,
qui ne ressentent pas la honte du sexe sans présages,
et pour qui personne n’osera fabriquer des vêtements.

Dévoilée, comme le corps d’une déesse sereine,
que j’aie l’intense blancheur du lys !

Nue, et grande ouverte
par le désir d’aimer !

***

TE DOY MI ALMA DESNUDA

Te doy mi alma desnuda,
como estatua a la cual ningún cendal escuda.

Desnuda con el puro impudor
de un fruto, de una estrella o una flor;
de todas esas cosas que tienen la infinita
serenidad de Eva antes de ser maldita.

De todas esas cosas,
frutos, astros y rosas,
que no sienten vergüenza del sexo sin celajes
y a quienes nadie osara fabricarles ropajes.

Sin velos, como el cuerpo de una diosa serena
¡que tuviera una intensa blancura de azucena!

Desnuda, y toda abierta de par en par
¡por el ansia del amar!

(Juana de Ibarbourou)

Illustration: Pascal Renoux 

 

 

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