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Poésie

Posts Tagged ‘aimer’

J’AIME CARESSER LES FEUILLES (Claribel Alegría)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Illustration: Martin Missfeldt

    
J’AIME CARESSER LES FEUILLES

Plus encore que les livres
Revues
Et journaux
Plus encore que les lèvres mobiles
Qui des livres
Des revues
Redisent les désastres
J’aime caresser les feuilles
J’aime à m’en recouvrir le visage
Pour sentir leur fraîcheur
Et voir le monde
A travers leur lumière tamisée
A travers leur couleur verte
Pour écouter mon silence
Qui mûrit
Vibre sur mes lèvres
Et se dissout sur ma langue
Ecouter la terre
Qui respire
Et la terre est mon corps
Et je suis le corps
De la terre
Claribel.

***

ME GUSTA PALPAR HOJAS

Más que libros
Revistas
Y periódicos
Más que móviles labios
Que repiten los libros,
Las revistas,
Los desastres,
Me gusta palpar hojas
Cubrirme el rostro de hojas
Y sentir su frescura
Ver el mundo
A través de su tamizada
A través de sus verdes
Y escuchar mi silencio
Que madura
Y titila en mis labios
Y se rompe en mi lengua
Y escuchar a la tierra
Que respira
Y la tierra es mi cuerpo
Y yo soy el cuerpo
De la tierra
Claribel

***

***

GOSTO DE APALPAR FOLHAS

Mais do que livros
Revistas
E jornais
Mais que móveis lábios
Que repetem os livros,
As revistas,
Os desastres,
Gosto de apalpar folhas
Cobrir o meu rosto de folhas
e sentir o seu frescor
ver o mundo
através de sua peneira
através de seus verdes
e escutar o meu silêncio
que amadurece
e estremece em meus lábios
e se corta na minha língua
e escutar a terra
que respira
e a terra é o meu corpo
e eu sou o corpo
da terra
Claribel

***

***

I LOVE TO TOUCH LEAVES

More than books
Magazines
And newspapers,
More than moving lips
Repeating the books
The magazines
The disasters,
I love to touch leaves
To cover my face with leaves
And feel their freshness
See the world
Through their screened light
Through their green,
And to listen to my silence
That matures
And vibrates on my lips
And breaks down on my tongue,
And to listen to the earth
Which breathes.
And the earth is my body
And I am the body
Of the earth.
Claribel

***

ICH LIEBE ES BLÄTTER ZU ERFÜHLEN

Mehr als Bücher
Zeitschriften
Und Zeitungen
Mehr als bewegliche Lippen
Die die Bücher,
Die Magazine,
Die Schrecknisse wiederholen,
Liebe ich es, Blätter zu erfühlen
Mein Gesicht mit Blättern zu bedecken
Und ihre Frische zu spüren
Die Welt zu sehen
Durch ihre Spreite
Durch ihr Grün
Und meine Stille anzuhören
Die reift
Und auf meinen Lippen zittert
Und auf meiner Zunge zerbricht
Und der Erde zuzuhören
Die atmet
Und die Erde ist mein Körper.
Und ich bin der Körper
Der Erde
Claribel

***

IK RAAK GRAAG BLOEMEN AAN

Méér nog dan boeken
Tijdschriften
En kranten
Méér nog dan beweeglijke lippen
Die de boeken,
Die de tijdschriften,
De rampen nazeggen,
Raak ik graag bladeren aan
Bedek ik er graag mijn gelaat mee
Om hun frisheid te voelen
En de wereld te zien
Door hun gezeefd licht
Door hun groen
En naar mijn stilte te luisteren
Die rijper wordt
En op mijn lippen trilt
En uiteenvalt op mijn tong
En naar de aarde te luisteren
Die ademt
En de aarde is mijn lichaam
En ik ben het lichaam
Van de aarde
Claribel

***

ÎMI PLACE SĂ DEZMIERD FRUNZELE

Mai mult decât cărți
Sau reviste
Și ziare
Mai mult decât buzele în mișcare
Repetând cărțile,
Revistele,
Dezastrele,
Îmi place să dezmierd frunzele
Sub ele să-mi îngrop fața
Să simt răcoarea lor pe-obraz
Lumea s-o văd
Prin sita lor cernută
Trecută prin verzi vămi
Și să-mi ascult tăcerea
Cum se coace
Licăr mijit pe buze
Spărgându-se de limbă
Pământul să-l ascult
Și să-i ghicesc suflarea
Țărâna-mi va fi trup
Voi fi al gliei corp
Și-al țarnei
Claribel

***

***

ΤΑ ΦΥΛΛΑ ΑΓΓΙΖΩ

Περισσότερο απ’ τα βιβλία
εφημερίδες, περιοδικά
χείλη που αφηγούνται
κι επαναμβάνουν για περιοδικά
και για καταστροφές
μ’ αρέσει τα φύλλα ν’ ακουμπώ
και τη φρεσκάδα τους να νιώθω
τον κόσμο να κοιτώ
μέσα απ’ το πράσινο τους χρώμα
ν’ ακούω τη σιωπή μου
που ωριμάζει και στα χείλη και δονείται
και σπάζει στη γλώσσα μου επάνω
κι ακούει την αναπνοή της γης
που το κορμί μου είναι
και το κορμι μου είναι η γη
Κλαριμπέλ.

***

***

我喜触摸树叶
仅仅是书
杂志
还有报纸

不止是
动嘴唇
重复书本
杂志
不幸,
我喜
触摸树叶
树叶遮住我的脸
感受它们的新鲜
们的遮光
们的绿色
看世界,
听我成熟的
沉默
在我的唇上
颤动
在我的舌头上破碎,
进而倾听大地
的呼吸。
地球是我的身体
我就是地球
的身体。

(Claribel Alegría)

 

Recueil: ITHACA 613
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Espagnol / Persan / Portugais José Eduardo Degrazia / Indi Jyotirmaya Thakur / Anglais Stanley Barkan / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Germain Droogenbroodt / Roumain Gabriela Căluțiu Sonnenberg / Népalais / Grec Manolis Aligizakis / Arabe / Chinois / Chinois William Zhou /
Editions: POINT

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Le sein ému, le front à demi soulevé (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 16 janvier 2020



Luis Falero Reclining_Nude

Le sein ému, le front à demi soulevé,
Inquiète, elle attend celui qu’elle a rêvé.
Et le vent monotone endort les noirs feuillages;
La mer en gémissant berce les coquillages;
La montagne muette, au loin, de toutes parts,
Des coteaux aux vallons,brille de feux épars;
Et la source elle-même, au travers de la mousse,
S’agite et fuit avec une chanson plus douce.

Mais le jeune Immortel, le céleste Inconnu,
L’Amant mystérieux et cher n’est pas venu !
Il faut partir, hélas ! et regagner la plaine.
Thestylis sur son front pose l’amphore pleine,
S’éloigne, hésite encore, et sent couler ses pleurs;
De la joue et du col s’effacent les couleurs;
Son corps charmant, Éros, frissonne de tes fièvres !
Mais bientôt, l’oeil brillant, un fier sourire aux lèvres,
Elle songe tout bas, reprenant son chemin :
— Je l’aime et je suis belle! Il m’entendra demain !

(Leconte de Lisle)

Illustration: Luis Falero 

 

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Quelqu’un appelle (Jacques Ancet)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



Les portes les pas quelqu’un appelle
on se demande ce qu’on fait là
seul entre deux instants égarés
dans ce temps qui ne reviendra plus
minuscule au creux de la main dort
une mer on aimerait l’entendre
s’en aller sur sa rumeur très loin
comme autrefois quand la vie était
éternelle et n’avait pas de nom

(Jacques Ancet)

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Soirs de confidences (Jean-Pierre Michel)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020




Soirs de confidences

Quand je parle à ton coeur, que la vie a froissé
En cette fin de jour où le bonheur s’effeuille
Je voudrais que les mots au soyeux de ma feuille
Brodent l’or de tes yeux de rêves enlacés.

Quand je parle à ton coeur, aux soirs de confidences
Où dansent les reflets que filtre l’abat-jour
Renaît dans ton regard où s’éveille l’amour
Une aube de lumière en sa magnificence.

Quand je parle à ton coeur, qu’un doute effleure encor
Ecoute les échos, au chant de mes – je t’aime -.
Dans le lit de la nuit où éclôt mon poème
Chaque vers est musique au clavier de ton corps.

(Jean-Pierre Michel)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

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Ah! que j’aimais vos cheveux longs… (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 13 janvier 2020



Pierre Auguste Renoir (1841-1919)  Children on the Seashore Guernsey 1883

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…

Un! deux! trois! Tous en rond pon!

Ah! que j’aimais vos cheveux longs…
quand nous jouions, enfants, pleins d’été des campagnes

Au bout de la prairie, ô verte aquarelliste
zinzinule un ruisseau et nous buvons dedans
quand nous avons bien chaud l’eau qui glace les dents

Elles rient! Elles rient!
Je les entends encore …

Un! deux! trois! quatre! Beau colimaçon pon!

Elles rient, elles rient, gorges d’anges harpistes
leurs lèvres neuves sont des grappes de groseilles
luisantes de salive au feu d’or d’un rayon

Ah! que j’aimais ces baisers longs
que je nous supposais, virginales compagnes
En vous quittant le soir j’étais timide et triste
J’en pleurerais encore …

Adieu, vieil horizon
Elles s’en vont, je pars, et s’égrènent les ans
Tout s’espace, tout meurt, on tourne les talons
(Elles avaient des boucles d’argent aux oreilles)

Un! deux! trois! quatre! Allons

Ah! que j’aimais vos blancs jupons pon!

(Louis Calaferte)

Illustration: Pierre Auguste Renoir

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Ce xénophobe schizophrène (Sylvain Tesson)

Posted by arbrealettres sur 11 janvier 2020



Illustration: Kazuya Akimoto
    
Ce xénophobe schizophrène
n’aimait que l’autre partie de lui-même.

(Sylvain Tesson)

 

Recueil: Une très légère oscillation
Traduction:
Editions: Equateurs

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Terrain poussiéreux à droite des morts (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020




    
1
Terrain poussiéreux à droite des morts,
Et au loin bleuissaient les eaux.
« Va-t’en au couvent, me dis-tu alors,
Ou bien va épouser un sot… »

C’est là d’un prince le banal refrain
Mais je n’oublie pas ces paroles –
Qu’elles ruissellent cent siècles au moins,
Cape d’hermine à mes épaules.

2
Et comme sans vouloir le dire,
Je lui dis : « Tu… »
Sur ses traits l’ombre d’un sourire
Est apparue.

À ces lapsus, l’oeil le moins tendre
S’enflamme presque.
Oui, je t’aime comme quarante
Soeurs de tendresse !

(Anna Akhmatova)

 

Recueil: Les poésies d’amour
Traduction: Henri Abril
Editions: Circé

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L’AMOUR (Jean Breton)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020



Illustration: Marc Chagall
    
L’AMOUR

Autrefois
j’écoutais le bruit de ma voix
Les volets clos espionnaient la maison
Une mouche se débattait dans les rideaux
Le soleil rampait sur le sol
j’étais loin de moi

maintenant
j’ai regardé la vie de ton côté
et j’ai tout détruit pour t’aimer
je t’aime
j’aime pour la première fois
je t’aime

ta jupe te serre la taille, abat-jour d’une lampe
les passants
veulent savoir qui tu es

qui es-tu ?

ivre de danse tu lançais tes bras aussi haut que tes
jambes
poisson de feu

silencieuse
tes yeux se ferment doucement sur les objets
avant de leur donner un nom

mon corps est l’asile du tien
il s’élève inconnu jusqu’à toi

mais tu es aussi grande que mon amour
et ton sourire se déchire au niveau de mes lèvres

je te connais
pour t’avoir rêvée mille fois
sous les feuilles de la forêt
dans ce monde
où l’air et l’eau ne pèsent pas

je t’aime
parce que tu as eu vingt ans à minuit dans mes bras.

(Jean Breton)

 

Recueil: L’amour et l’amitié en poésie
Traduction:
Editions: Folio Junior

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En latin en chinois en letton (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 9 janvier 2020




    
En latin en chinois en letton
à mille voix à l’unisson
en rime ou sans raison
de trente-six façons
je vais te dire
te dire que je t’aime.

Guirlandes et flonflons
serpentins et lampions
flûtes et accordéon
de trente-six façons
je vais te dire
te dire que je t’aime.

De trente-six façons
et même un peu plus
parce que
quand on aime
on ne compte pas
oh non
on ne compte pas.

Alors commençons :

je t’aime comme ci
et comme ça

salsifis
et rutabaga

salé poivré
très épicé

grillé doré
ou crudités

salade de fruits
pizza raviolis

ananas et poule au riz
sans oublier

trois cuillerées
de crème fouettée

Ah oui
l’amour me donne
de l’appétit

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

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Souvent l’amour est hors la loi (Bernard Friot)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2020



    

Souvent l’amour est hors la loi
il se moque des normes des règlements.

Je connais près de chez moi
quelques exemples éclatants.

Julien
est amoureux de son voisin
Damien

Lucie dit
qu’Émilie
est son mari
la femme du boulanger
a pour amant un jardinier

et la mamie
d’Élodie
a un petit ami
d’à peine vingt-six ans et demi.

Les gens alors sont médisants
ils papotent commentent condamnent absolument.

Laissez-les parler ne les écoutez pas
la loi le règlement c’est « aimez »
tout simplement.

(Bernard Friot)

 

Recueil: Je t’aime, je t’aime, je t’aime… Poèmes pressés
Traduction:
Editions: Folio Junior

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