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Poésie

Posts Tagged ‘moment’

Cela pourrait signifier beaucoup (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019




    
Cela pourrait signifier beaucoup : nous passons,
nous venons sans être sollicités et devons céder la place.
Mais que nous parlions sans nous comprendre
ni atteindre à aucun moment la main de l’autre

réduit tant de choses à néant : nous ne subsisterons pas.
Des signes étrangers menacent déjà la tentative,
et le désir de nous regarder jusqu’au fond
une croix le rompt, pour nous biffer d’un trait, solitaires.

***

Es könnte viel bedeuten: wir vergehen,
wir kommen ungefragt und müssen weichen.
Doch daß wir sprechen und uns nicht verstehen
und keinen Augenblick des andern Hand erreichen,

zerschlägt so viel: wir werden nicht bestehen.
Schon den Versuch bedrohen fremde Zeichen,
und das Verlangen, tief uns anzusehen,
durchtrennt ein Kreuz, uns einsam auszustreichen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

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Le moment bleu (François de Cornière)

Posted by arbrealettres sur 15 novembre 2019



 

Illustration: Stéfane Gautier
    
Le moment bleu

Quand un martin-pêcheur
à ras de l’eau était passé
on s’appelait on se criait :
« Tu l’as vu ?
Il vient juste de passer. »

Mais très souvent l’un d’entre nous
n’avait rien vu
et c’était l’un – ou alors l’autre –
qui gardait seul
le moment bleu.

Ce moment bleu du grand courant
(on remontait jusqu’à la nuit
on se perdait on s’attendait)
tu l’as sur toi.

Dans tes papiers
contre ta carte d’identité
la petite plume
tu l’as glissée.

Elle est pour toi
comme mon poème :
éclair reflet présence absence
doigt sur la bouche.

Nos moments bleus
ils ont filé.

(François de Cornière)

 

Recueil: Ces moments-là
Traduction:
Editions: Le Castor Astral

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Le temps est prisonnier d’une épine (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Le temps est prisonnier d’une épine, on entend
La fleur rêver sans fin l’énigme de sa pourpre;
C’est toujours le moment de dire ce qui veille
Sous la paupière close de l’automne.
On ajoute le rire à l’aigu des fontaines,
Une monnaie usée comme l’âme est le prix
De cette solitude aux portes de la rose.

(Marc Alyn)

Illustration: Salvador Dali

 

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Disparue ce jour (Yosano Akiko)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2019




    
Disparue ce jour
Mais à un certain moment,
Elle éblouissait,
Cette fleur de lis blanc
Maîtresse des champs de l’été

(Yosano Akiko)

 

Recueil: Cheveux emmêlés
Traduction: Claire Dodane
Editions: Les Belles Lettres

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Celui qui voit le moment présent (Marc Aurèle)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



Celui qui voit le moment présent
voit tout ce qui s’est produit de toute éternité
et ce qui se produira dans l’infinité du temps.

(Marc Aurèle)

 

 

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Essaime la poussière (René Char)

Posted by arbrealettres sur 30 septembre 2019


cena


Tu as été créé pour des moments peu communs
Modifie-toi et disparais sans regret…
Essaime la poussière
Nul ne décèlera votre union

(René Char)

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J’ai souffrance beaucoup (Franck Venaille)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019




Illustration: Guy Swyngedau
    
J’ai souffrance beaucoup, de coeur surtout,
Comme on l’est d’hôpital, malade aux draps
Fiévreux. J’ai longs moments où je suis autre
Où je cherche ma route personnelle désespéré-
Ment. Je me repose, adossé aux poumons qui
Puisent l’air bon : celui qui donne envie de vie.
On voit, de par le monde, beaucoup de coeurs
Blessés. Et cette souffrance, parfois, confie tout
Bas, aux autres, les raisons de sa présence. Ici.

(Franck Venaille)

 

Recueil: Ça
Traduction:
Editions: Mercure de France

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Quand tu seras vieille et grise (William Butler Yeats)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2019



Illustration: Paula Modersohn-Becker
    
Quand tu seras vieille et grise et pleine de sommeil,
Quand, ta tête inclinée près du feu, tu prendras ce livre,
Et lentement, liras et reverras le doux regard
De tes yeux d’autrefois, et de leurs ombres profondes.

Combien ont aimé tes moments de joie prodigue,
Et aimèrent ta beauté d’un amour sincère ou faux,
Mais un seul aima l’âme du pèlerin en toi,
Et aima les défaites de ton visage changeant ;

Et quand courbée sur la hampe incandescente,
Tu murmureras comment l’amour te quitta
Comment il s’envola au-dessus des montagnes
Et cacha son visage dans un amas d’étoiles.

***

When you are old and grey and full of sleep,
And nodding by the fire, take down this book,
And slowly read and dream of the soft look
Your eyes had once, and of their shadows deep;

How many loved your moments of glad grace,
And loved your beauty with love false or true,
But one man loved the pilgrim soul in you,
And loved the sorrows of your changing face;

And bending down beside the glowing bars,
Murmur, a little sadly, how love fled
And paced upon the mountains overhead
And hid his face amid a crowd of stars.

(William Butler Yeats)

 

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Et puis… (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



 


   
Et puis… il y a un moment — où tout ce qui est
le plus certain — les bases mêmes de l’être vacillent
— palpitent — comme –
comme un décor de toile qui va s’enlever
comme un voilier qui sent le vent et bouge autour
de son ancre
et puis la connaissance devenue tremblante et
l’encens de la vanité –
analyser cela.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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Oiseau posé entre trois feuilles (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



Illustration: Mike Beeman
    
Oiseau posé entre
trois feuilles ; un petit bruit
au crépuscule, par moments
n’existe qu’à ces moments –
S’entend, comme douleur

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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