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DERNIER MOMENT (John Keats)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2019



 

Emilia Castaneda  (34) [1280x768]

DERNIER MOMENT

Brillante étoile, puissé-je, constant comme tu l’es,
Non pas rester suspendu dans un magnifique isolement à la voûte de la nuit
Surveillant de mes paupières éternellement distantes,
Comme l’ermite patient et sans sommeil de la Nature,
Les eaux mouvantes dans leurs fonctions sacerdotales
D’ablutions purificatrices autour des rivages humains de l’univers ;
Non pas contempler le masque léger et fraîchement tombé,
Que la neige impose aux montagnes et aux marécages,
Non ! Mais puissé-je, toujours immobile, toujours immuable,
Avoir pour oreiller le sein épanoui de ma belle amante
Pour sentir à jamais son rythme léger
Eveillé à jamais par une délicieuse insomnie,
Toujours, toujours écouter sa tendre respiration
Et vivre ainsi éternellement ou m’évanouir dans la nuit.

(John Keats)

Illustration: Emilia Castaneda

 

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UN CHEMIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Illustration: Vladimir Kush
    
UN CHEMIN

Un chemin qui est un chemin
sans être un chemin
porte ce qui passe
et aussi ce qui ne passe pas

Ce qui passe est déjà passé
au moment où je le dis
Ce qui passera
je ne l’attends plus je ne l’atteins pas

Je tremble de nommer les choses
car chacune prend vie
et meurt à l’instant même
où je l’écris.

Moi-même je m’efface
comme les choses que je dis
dans un fort tumulte
de bruits, de cris.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Formes (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Formes

Pourquoi sommes-nous une forme ?

Et les objets —
sont-ils piégés
dans une forme
à jamais ?

Ou voguent-ils
dans plusieurs dimensions

selon le regard

selon le moment

selon les vagues de matière
qui les ont composés ?

Pourquoi sommes-nous une forme
passagère ?

Un cri de la matière
ou le souvenir
de la première lueur du vivant ?

Étincelle et miracle

feu et brûlure
forme en dérive

sur l’océan des univers ?

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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Mots brisés (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Mots brisés.

Nous assemblerons leurs fragments
comme s’ils étaient les morceaux d’un verre,
pour sauver la fleur
qui retardait le moment de s’y flétrir.

Jusqu’à ce que le verre et la fleur
ne soient plus différents.
Jusqu’à ce qu’ils se flétrissent ensemble.

Jusqu’à ce que se flétrir
soit une autre façon de fleurir.

***

Palabras rotas.

Juntaremos sus fragmentos
como si fueran los trozos de un vaso,
para salvar a la flor
que demoraba marchitarse en él.

Hasta que ya no sea distinto
el vaso y la for.
Hasta que se marchiten juntos.

Hasta que marchitarse
sea otra forma de florecer.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Se détourner du temps (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 13 mars 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Se détourner du temps,
déjouer le compte-gouttes de l’âge
et déchirer le suaire
des minutes répétées comme des abeilles.

Comment fouler le temps
et marcher sur lui
comme sur une plage
dont la mer s’est séchée ?

Comment sauter sur le temps
et avoir pied dans le vide
et son absence creusée ?

Comment reculer dans le temps
et raccorder le passé
à tout ce qui fuit ?

Comment trouver dans le temps l’éternité,
l’éternité faite de temps,
de temps congelé dans les gosiers les plus froids ?

Comment reconnaître le temps
et trouver le fil inconnu
qui coupe ses moments
et le divise toujours
justement au milieu ?

***

Desconocer el tiempo,
desbaratar el cuentagotas de la edad
y rasgar el sudario
de los minutos repetidos como abejas.

¿Cómo pisar en el tiempo
y caminar por el
como sobre una playa
cuyo mar se ha secado?

¿Cómo saltar en el tiempo
y hacer pie en el vacío
y su excavada ausencia?

¿Cómo retroceder en el tiempo
y empalmar el pasado
con todo lo que huye?

¿Cômo encontrar la eternidad en el tiempo,
la eternidad hecha de tiempo,
de tiempo congelado en las fauces mas frías?

Cômo reconocer el tiempo
y hallar el filo ignoto
que corta sus momentos
y siempre lo divide
justamente en el medio?

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Même en ouvrant bien les yeux (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Même en ouvrant bien les yeux,
nous ne voyons le ciel qu’à travers de petits orifice
par où se déverse aussi l’enfer.

Le ciel, par contre, ne se déverse pas.
Il faut attendre le moment juste
et se déverser en lui
quand les petits orifices
ne sont pas obstrués par le flux de l’enfer.

Alors peut se produire l’inespéré,
que le ciel et l’enfer se rejoignent,
s’effacent comme deux saisons provisoires
et que surgisse enfin l’autre en son éclat,
le bouquet fait de toutes les fleurs,
le chemin qui va partout,
l’expression qui sert pour tous les gestes,
le repos qui soutient toutes les quiétudes,
la création sans la limite d’aucun créateur.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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TOUT chemin est une déviation (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 4 mars 2019



Illustration: Ndary Lo
    
TOUT chemin est une déviation.
Qu’importe alors le chemin que l’on suit.
L’idée d’arriver est un virus de la pensée,
l’idée de ne pas arriver
s’harmonise en revanche avec la trame de la terre.

Peut-être serait-il opportun de temps à autre
de faire se retourner les chemins
ou ceux qui cheminent,
simplement pour décompenser les imminences.

Au fond cela revient au même :
le chemin,
plus que le chemin,
c’est un lieu,
Un lieu pour se trouver là,
comme en tout lieu,
un moment seulement.

D’autre part,
tout lieu est aussi un chemin,
bien que nous rêvions de nous arrêter là.

***

TODO camino es una desviación.
No importa entonces qué camino se siga.
La idea de llegar es una contaminación del pensamiento,
la idea de no llegar
hace juego en cambio con la trama de la tierra.

Tal vez fuera oportuno cada tanto
dar vuelta los caminos
o dar vuelta a quienes van por los caminos,
sólo para descompensar las inminencias.

Pero en el fondo es lo mismo :
el camino,
mas que camino,
es un lugar,
un lugar para estar en él,
como en todo lugar,
nada más que un momento.

Por otra parte,
todo lugar es también un camino,
aunque soñemos detenernos allí .

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Onzième Poésie Verticale
Traduction: Fernand Verhesen
Editions: Lettres Vives

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Il n’aurait fallu (Louis Aragon)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



 

George Clair Tooker 1920-2011 - American Magic Realist painter - Tutt'Art@ (28) [1280x768]

Il n’aurait fallu
Qu’un moment de plus
Pour que la mort vienne
Mais une main nue
Alors est venue
Qui a pris la mienne

Qui donc a rendu
Leurs couleurs perdues
Aux jours aux semaines
Sa réalité
À l’immense été
Des choses humaines

Moi qui frémissais
Toujours je ne sais
De quelle colère
Deux bras ont suffi
Pour faire à ma vie
Un grand collier d’air

Rien qu’un mouvement
Ce geste en dormant
Léger qui me frôle
Un souffle posé
Moins Une rosée
Contre mon épaule

Un front qui s’appuie
À moi dans la nuit
Deux grands yeux ouverts
Et tout m’a semblé
Comme un champ de blé
Dans cet univers

Un tendre jardin
Dans l’herbe où soudain
La verveine pousse
Et mon coeur défunt
Renaît au parfum
Qui fait l’ombre douce

(Louis Aragon)

Illustration: George Clair Tooker

 

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Qu’il y a eu de temps (Bossuet)

Posted by arbrealettres sur 21 février 2019



Illustration: Gilbert Garcin
    
Qu’il y a eu de temps où je n’étais pas!
Qu’il y en a où je ne serai point!

Dans l’entre-temps,
je ne jouis des moments de cette vie
que dans le passage,
car je suis entré dans la vie
avec la loi d’en sortir.

Je manquerai au temps,
non pas le temps à moi.

(Bossuet)

 

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Il y a des femmes (Georges Lambrichs)

Posted by arbrealettres sur 8 janvier 2019



Il y a des femmes qui sont regardées
et qui ne sauront jamais
que c’est le moment
où elles ont été aimées.

(Georges Lambrichs)


Illustration: William Maw Egley

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