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Poésie

Posts Tagged ‘exister’

Un enfant veut répondre (Paul Vincensini)

Posted by arbrealettres sur 13 novembre 2017



Un enfant veut répondre
Il a levé le doigt
Dans une vieille école
Qui n’existe plus.
La neige a fondu sous les bancs
Il fait chaud comme à l’écurie
Et l’instituteur
A souligné tous les verbes à la craie bleue.
L’enfant qui veut répondre
Fait claquer ses doigts
Tachés d’encre violette
Dans la vieille école
Qui n’existe plus.

(Paul Vincensini)


Illustration: Robert Doisneau

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COMMENCEMENT D’ÉTÉ (Umberto Saba)

Posted by arbrealettres sur 10 novembre 2017



 

Evgeni Gordiets       3515-640x446

COMMENCEMENT D’ÉTÉ

Douleur, où donc es-tu ? Ici je ne te vois pas ;
toute apparence t’est contraire. Le soleil
dore la ville, brille sur la mer.
Tout va roulant vers le rivage
dans une ronde de gens et de choses.
Tout se meut joyeusement, comme si
tout était heureux d’exister.

(Umberto Saba)

Illustration: Evgeni Gordiets 

 

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Voyage avec Monsieur Monsieur (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 6 novembre 2017




    
Voyage avec Monsieur Monsieur

Avec Monsieur Monsieur
je m’en vais en voyage.
Bien qu’ils n’existent pas
je porte leurs bagages.
Je suis seul ils sont deux.

Lorsque le train démarre
je vois sur leur visage
la satisfaction
de rester immobiles
quand tout fuit autour d’eux.

Comme ils sont face à face
chacun a ses raisons.
L’un dit : les choses viennent
et l’autre : elles s’en vont.

Quand le train les dépasse
est-ce que les maisons
subsistent ou s’effacent?
moi je dis qu’après nous
ne reste rien du tout.

— Voyez comme vous êtes!
lui répond le premier,
pour vous rien ne s’arrête
moi je vois l’horizon
de champs et de villages
longuement persister.
Nous sommes le passage
nous sommes la fumée…

C’est ainsi qu’ils devisent
et la discussion
devient si difficile
qu’ils perdent la raison.

Alors le train s’arrête
avec le paysage
alors tout se confond.

(Jean Tardieu)

 

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Les Êtres (François Caradec)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017




    
Les Êtres

Un jour arriveront
jusqu’à la porte du néant
des êtres — ils portent bien ce nom —
qui ne connaissent pas la mort.

lls frapperont à nos volets
si c’est la nuit
la vitre
si c’est le jour
pour simplement nous demander
la permission d’entrer
merci.

Puis ils repartiront comme ils étaient venus
sans nous dire la vérité
ni même s’ils ont existé
et si nous n’avons pas tout simplement rêvé.

(François Caradec)

 

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L’on entend sans écouter (Louis Chedid)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2017



Illustration: Karen L’Hémeury
    
L’on entend sans écouter,
On s’évite, on passe à côté,
Combien de chaleurs gaspillées,
Combien de rendez-vous manqués.

***

Derrière les gens et les visages,
Derrière les mots, derrière les phrases,
Il existe un autre langage,
D ‘autres lumières, d’autres images.
Lorsque tout le vernis s’en va,
Il y a vous, il y a moi.

(Louis Chedid)

 

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L’écriture (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




    
l’écriture est la quête d’un vin
qui n’existe pas

(Jean-Claude Pirotte)

 

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Mon Dieu, mon Dieu (Hannah Senesh)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Promenade à Césarée

Mon Dieu, mon Dieu,
puissent exister éternellement,
Le sable et la mer,
Les eaux jaillissantes,
Le rougeoiement du ciel,
La prière de l’Homme.

***

Halikha le Késaria 

’Éli, ’Éli,
Shè-lo yigamér le-‘olam,
Ha-hol ve-ha-yam,
Rishrush shèl ha-mayim,
Beraq ha-shamayim,
Tefillat ha-adam.

***

אֵלִי, אֵלִי
שֶׁלֹּא יִגָּמֵר לְעוֹלָם
הַחוֹל וְהַיָּם,
רִשְׁרוּשׁ שֶׁל הַמַּיִם,
בְּרַק הַשָּׁמַיִם,
תְּפִלַּת ה

(Hannah Senesh)

 

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Le merveilleux absent (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2017




   
Le merveilleux absent

Le soleil a noyé le fleuve de son sang;
Près d’une eau violette
J’attendrai l’éternel et merveilleux absent
Dont le couchant dessine au loin la silhouette.

Et tout est immobile et d’un fixité…!
Les nombres et les êtres
Et l’espace et le temps ont cessé d’exister;
Seul un merle gazouille aux branchages d’un hêtre.

Pressant contre mon coeur la palme avec l’anneau,
Tulipe sur sa tige,
Je viendrai sur la rive en somptueux manteau;
Le soleil dans mon coeur lugubrement se fige.

Les prés sont de sardoine et le ciel est d’onyx.
Qu’il est cruel de tendre
Au merveilleux absent, sous les noirs tamaryx
Le geste de mes bras que la mort vient surprendre.

(Marie Dauguet)

 

 

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L’homme qui contemple le Ciel (Villiers de l’Isle-Adam)

Posted by arbrealettres sur 13 octobre 2017



 

L’homme qui contemple le Ciel y admire souvent des soleils qui n’existent plus
et qu’il aperçoit quand même, grâce à ce rayon fantôme,
dans l’Illusion de l’univers.

(Villiers de l’Isle-Adam)

 

 

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Lorsque l’enfant était enfant (Peter Handke)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2017



Illustration: Paul Klee 
    
Lorsque l’enfant était enfant

Lorsque l’enfant était enfant,
Il marchait les bras ballants,
Il voulait que le ruisseau soit rivière
Et la rivière, fleuve,
Que cette flaque soit la mer.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il ne savait pas qu’il était enfant,
Tout pour lui avait une âme
Et toutes les âmes étaient une.

Lorsque l’enfant était enfant,
Il n’avait d’opinion sur rien,
Il n’avait pas d’habitude
Il s’asseyait souvent en tailleur,
Démarrait en courant,
Avait une mèche rebelle,
Et ne faisait pas de mimes quand on le photographiait.

Lorsque l’enfant était enfant,
ce fut le temps des questions suivantes :
Pourquoi suis-je moi et pourquoi pas toi ?
Pourquoi suis-je ici et pourquoi … pas là ?
Quand commence le temps et où finit l’espace ?
La vie sous le soleil n’est pas qu’un rêve ?

Ce que je vois, entend et sens, n’est-ce pas…
simplement l’apparence d’un monde devant le monde ?
Le mal existe t-il vraiment
avec des gens qui sont vraiment les mauvais ?
Comment se fait-il que moi qui suis moi,
avant de le devenir je ne l’étais pas,
et qu’un jour moi… qui suis moi,
je ne serais plus ce moi que je suis ?

Lorsque l’enfant était enfant,
Les pommes et le pain suffisaient à le nourrir,
Et il en est toujours ainsi.

Lorsque l’enfant était enfant,
Les baies tombaient dans sa main comme seule tombent des baies,
Les noix fraîches lui irritaient la langue,
Et c’est toujours ainsi.

Sur chaque montagne,
il avait le désir d’une montagne encore plus haute,
Et dans chaque ville,
le désir d’une ville plus grande encore,
Et il en est toujours ainsi.

Dans l’arbre, il tendait les bras vers les cerises, exalté
Comme aujourd’hui encore,
Etait intimidé par les inconnus et il l’est toujours,
Il attendait la première neige et il l’attend toujours.

Lorsque l’enfant était enfant
il a lancé un bâton contre un arbre, comme une lance,
Et elle y vibre toujours.

***

Lied vom Kindsein – Song of Childhood – Peter Handke
Als das Kind Kind war,
ging es mit hängenden Armen,
wollte der Bach sei ein Fluß,
der Fluß sei ein Strom,
und diese Pfütze das Meer.

Als das Kind Kind war,
wußte es nicht, daß es Kind war,
alles war ihm beseelt,
und alle Seelen waren eins.

Als das Kind Kind war,
hatte es von nichts eine Meinung,
hatte keine Gewohnheit,
saß oft im Schneidersitz,
lief aus dem Stand,
hatte einen Wirbel im Haar
und machte kein Gesicht beim fotografieren.

Als das Kind Kind war,
war es die Zeit der folgenden Fragen :
Warum bin ich ich und warum nicht du ?
Warum bin ich hier und warum nicht dort ?
Wann begann die Zeit und wo endet der Raum ?
Ist das Leben unter der Sonne nicht bloß ein Traum ?
Ist was ich sehe und höre und rieche
nicht bloß der Schein einer Welt vor der Welt ?
Gibt es tatsächlich das Böse und Leute,
die wirklich die Bösen sind ?
Wie kann es sein, daß ich, der ich bin,
bevor ich wurde, nicht war,
und daß einmal ich, der ich bin,
nicht mehr der ich bin, sein werde ?

***

Song of Childhood

When the child was a child
It walked with its arms swinging,
wanted the brook to be a river,
the river to be a torrent,
and this puddle to be the sea.

When the child was a child,
it didn’t know that it was a child,
everything was soulful,
and all souls were one.

When the child was a child,
it had no opinion about anything,
had no habits,
it often sat cross-legged,
took off running,
had a cowlick in its hair,
and made no faces when photographed.

When the child was a child,
It was the time for these questions:
Why am I me, and why not you?
Why am I here, and why not there?
When did time begin, and where does space end?
Is life under the sun not just a dream?
Is what I see and hear and smell
not just an illusion of a world before the world?
Given the facts of evil and people.
does evil really exist?
How can it be that I, who I am,
didn’t exist before I came to be,
and that, someday, I, who I am,
will no longer be who I am?

When the child was a child,
It choked on spinach, on peas, on rice pudding,
and on steamed cauliflower,
and eats all of those now, and not just because it has to.

When the child was a child,
it awoke once in a strange bed,
and now does so again and again.
Many people, then, seemed beautiful,
and now only a few do, by sheer luck.

It had visualized a clear image of Paradise,
and now can at most guess,
could not conceive of nothingness,
and shudders today at the thought.

When the child was a child,
It played with enthusiasm,
and, now, has just as much excitement as then,
but only when it concerns its work.

When the child was a child,
It was enough for it to eat an apple, … bread,
And so it is even now.

When the child was a child,
Berries filled its hand as only berries do,
and do even now,
Fresh walnuts made its tongue raw,
and do even now,
it had, on every mountaintop,
the longing for a higher mountain yet,
and in every city,
the longing for an even greater city,
and that is still so,
It reached for cherries in topmost branches of trees
with an elation it still has today,
has a shyness in front of strangers,
and has that even now.
It awaited the first snow,
And waits that way even now.

When the child was a child,
It threw a stick like a lance against a tree,
And it quivers there still today.

(Peter Handke)

 

Découvert ici: https://petalesdecapucines.wordpress.com/

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