Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘exister’

La sirène (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 15 septembre 2017



 


    
La sirène

A toi la soeur des vagues
Mon chant marin.

Ce sont les jours qui volent
Non les oiseaux.

Est-ce ton corps qui brille
Ou le soleil ?

Tu nages mieux que moi
Qui suis galet.

Tu danses sur les plages
De l’avenir.

Nous sommes seuls au monde
Parmi les flots.

Petite soeur des vagues,
Existes-tu ?

N’es-tu qu’un peu d’écume,
Un souvenir ?

Ou bien la flamme bleue
Pour me brûler ?

— J’existe, dit la vague
Au vieux marin.

J’existe sans la mer
Et sans le vent.

Car je suis sur tes lèvres
Comme le sel.

Car je suis dans ta vie
Comme ta mort.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Editions: Albin Michel

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Celui qui parle à cette bouche (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



Konstantin Kacev 25

Celui qui Parle a cette Bouche

Celui qui parle à cette bouche
ne peut plus croire aux ferveurs
que l’enfance gardait pour la mort.

Poursuivi par ses pas
et toujours aussi loin de sa vérité,
il n’existe plus qu’en ses songes.

Chaque jour, il secoue sa terre
mais il en reste assez sous ses pieds
pour faire croître la douleur
jusqu’au point où les yeux sont des tiges cassées.

Le vent traverse ses mains
fissurées par le sang.
Parfois, quelqu’un frappe
personne n’entre, il n’y a plus de portes
il n’y a plus que des yeux
mal éclairés par le soir
et l’or qui remonte du cœur
comme un feu déjà gris.

(Lucien Becker)

Illustration

 

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LE PLAISIR DE LA FAUSSETÉ (Raymond Federman)

Posted by arbrealettres sur 14 septembre 2017



LE PLAISIR DE LA FAUSSETÉ

chaque être humain
est une erreur chancelante
coincée entre des cris désespérés
et le silence

chaque être humain
est le champ de bataille
d’une manifestation permanente
contre la prison de son propre corps

la tête est une usine délabrée
dans laquelle des cohortes de rats
ne rêvent qu’à s’échapper

l’impression d’exister
n’est que l’émergence éphémère
d’un flocon de neige

ayant perdu le goût de l’authenticité
nous nous ruons constamment
vers la fausseté

mais nous ne pouvons
même plus te connaître
le faux de l’imitation du faux

chaque être humain
est une photocopie
de la convulsive maladie d’être

***

THE DELIGHT OF FALSENESS

every human being is
a staggering error
squeezed between
desperate cries and silence

every human being is
the battlefield
of a permanent protest
against the prison of being

every human being is
a photocopy
of the convulsive
sickness of being

so say certain human beings
do not believe them
it’s not that bad

(Raymond Federman)

Illustration

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SON DU COR (Paul Eluard)

Posted by arbrealettres sur 13 septembre 2017



SON DU COR

Ah, douleur
Et que leur
Mémoire
Tord dans ses bras :

Les rumeurs
Où se meurt
L’histoire
Qui nous trompa,

Sont, ma soeur,
De hauteur
Trop noire
Pour nos sabbats ;

La liqueur
Que ton coeur
Veut boire
N’existe pas.

(Paul Eluard)

Illustration

 

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Fais-moi exister par la vertu de ton regard (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017



    

Ô toi qui considères le monde comme existant en dehors de toi, écoute!
Ces montagnes et ces déserts, ces océans et ces pierres,
Ce monde des couleurs et des parfums, sont notre bouquet,
Etrangers à nous et cependant intimement liés à nous.
Un seul regard du moi a réuni
La terre et le ciel, le soleil et la lune.

Notre coeur possède vers eux une voie d’accès secrète
Car tout être n’existe que par la grâce du regard.
Si nul ne le voit, le monde est sans valeur,
Si quelqu’un le voit, il devient montagnes et océans.
Le monde n’est précieux que parce que nous le voyons.
Son arbre croit en même temps que nous.
Le problème du sujet et de l’objet est un mystère;
De chaque atome s’élève une prière :

« Ô toi qui vois, fais de moi ton objet,
Fais-moi exister par la vertu de ton regard. »

La perfection pour une chose c’est d’être là,
Son imperfection, de n’être pas devant nos yeux,
De ne pas être illuminée par notre conscience.
Le monde n’est que notre manifestation
Car sans nous ce spectacle de sons et de lumières n’existerait pas.

(Mohammad Iqbal)

 

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Sois illuminé (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017



Illustration
    
Sois illuminé par la clarté de ce que tu vois,
Reste debout sinon tu cesseras d’exister.

En Sa présence sois fort et en possession de toi-même,
Ne te perds pas dans l’océan de Sa lumière.

Donne à ton atome un éclat assez vif
Pour qu’il brille au voisinage du soleil!

(Mohammad Iqbal)

 

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Au-delà des étoiles (Mohammad Iqbal)

Posted by arbrealettres sur 8 septembre 2017




    
Au-delà des étoiles il y a d’autres mondes,
Il y a d’autres formes d’amour à naître.

Des perspectives infinies s’ouvrent devant toi,
Des centaines de caravanes sont en marche.

Ne te satisfais pas de ce monde de la couleur et du parfum :
Il existe d’autres jardins, d’autres nids.

Pourquoi te chagriner de la perte d’un nid ?
Il existe d’autres lieux pour les cris et les plaintes.

Tu es un faucon royal qui prend son essor :
Il y a devant toi d’autres firmaments!

(Mohammad Iqbal)

 

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LES DIMENSIONS DU JOUR (VIII) (Lucien Becker)

Posted by arbrealettres sur 3 septembre 2017



 

Illustration: Paul Delvaux
    
LES DIMENSIONS DU JOUR (VIII)

Dans les trains que les gares tirent
à bout portant sur la nuit,
dans la chambre où nous nous brûlons
au plomb fondu de l’amour,

dans la rue où tu passais tout à l’heure
en faisant descendre le ciel jusqu’à toi,
dans les mains qui ne peuvent déchirer
les dernières affiches du plus beau des couchants,

dans l’espace qu’on voudrait tirer à soi
pour le contraindre à s’ancrer quelque part,
dans les paroles lancées comme des amarres
qu’autour de nous rien ne peut retenir,

il y a toujours le même miroir où la vie regarde
sans savoir pourquoi les pas qu’elle entend décroître
sont ceux d’un être qui n’existe plus
que par les gestes que lui permet ton amour.

(Lucien Becker)

 

Recueil: Rien que l’amour
Editions: La Table Ronde

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Quel nom ? (Amin Maalouf)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017




    
– Quel nom porte celui dont tu es le Messager ?
– Je l’appelle le Roi des jardins de lumière.
– N’est-il pas le Père, le Tout-Puissant,
l’infiniment bon , le créateur de toutes choses ?

– Comment pourrait-il être à la fois bon et tout-puissant?
Est-ce lui qui a créé la lèpre et la guerre?
Est-ce lui qui laisse mourir les enfants et maltraiter les innocents?
Est-ce lui qui a créé les Ténèbres et leur Maître?
A-t-il permis que ce dernier existe?
S’il pouvait l’anéantir d’un geste pourquoi ne le ferait-il pas?

S’il ne veut pas anéantir les Ténèbres, c’est qu’il n’est pas infiniment bon,
s’il veut les anéantir, mais qu’il n’y parvient pas,
c’est qu’il n’est pas infiniment puissant.

Après un court instant, il ajouta :
– C’est à l’homme qu’a été confiée la création.
C’est d’abord à lui qu’il appartient de faire reculer les Ténèbres.

(Amin Maalouf)

 

Recueil: Les Jardins de lumière
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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Aux commencements de l’univers (Amin Maalouf)

Posted by arbrealettres sur 28 août 2017




    
Aux commencements de l’univers, deux mondes existaient,
séparés l’un de l’autre :
le monde de la Lumière et celui des Ténèbres.
Dans les Jardins de Lumières étaient toutes les choses désirables,
dans les Ténèbres résidait le désir,
un désir puissant, impérieux, rugissant.

Et soudain à la frontière des deux mondes un choc se produisit,
le plus violent et le plus terrifiant que l’univers ait connu.
Les particules de Lumières se sont alors mêlées aux ténèbres,
de mille façons différentes,
et c’est ainsi que sont apparus toutes les créatures,
les corps célestes et les eaux, et la nature et l’homme…

(Amin Maalouf)

 

Recueil: Les Jardins de lumière
Editions: LE LIVRE DE POCHE

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