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Poésie

Posts Tagged ‘exister’

Découverte de l’évidence (Odilon-Jean Périer)

Posted by arbrealettres sur 16 février 2018



Illustration: Emile Claus
    
Découverte de l’évidence

La vie est simple. Je dis
Que nous ignorons sa grâce,
Masque transparent, visage
Ridicule, tu souris.

Toi, frère des champs, merci :
La vie est à ton image.
Parle donc, pour être un sage.
Soyons plus forts que l’ennui.

J’enferme les vieilles Muses,
Car ces filles ont des ruses
Terribles et sans beauté.

Vite en cage ! – Moi, j’existe
Et je vois avec fierté
Qu’on ne saurait être triste

Aux jardins que j’ai plantés.

(Odilon-Jean Périer)

 

 

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TABLEAU DE SAINTETÉ (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 14 février 2018



Illustration: Mary Cassatt
    
TABLEAU DE SAINTETÉ

La mère et l’enfant, éternel objet
De tout philosophe et de tout artiste!
Chasser ta pensée ou féroce ou triste,
Sans la mère et sans l’enfant, qui le fait?

Un chapeau trop grand, un verre de lait,
C’est l’enfant content. Et la mère insiste
Pour le faire boire. Oh! la grâce existe
Au milieu du crime, au milieu du laid.

Le ton rouge et frais des mignonnes lèvres
Nous font oublier nos malsaines fièvres.
Oh! les petits mots qu’on ne comprend pas.

La mère, charmante, hésite à sourire,
Elle sait l’amour qu’on ne peut pas dire
Tenant doucement son fils dans ses bras.

(Charles Cros)

 

Recueil: Le Collier de griffes
Traduction:
Editions: Gallimard

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Le ragara (Maurice Carême)

Posted by arbrealettres sur 13 février 2018




Existe-t-il, le Ragara,
Sur les bords du Niagara
Ou court-il dans les bois, là-bas,
Sur les flancs de l’Himalaya?
Il existe bien un lama,
Un ara parlant, un cobra,
Un chinchilla, un alapaca.
Pourquoi mon animal à moi,
Plus doux que le chat angora,
Pourquoi, mais oui, pourquoi
N’existerait-il pas?

(Maurice Carême)

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On croit me lire (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018




    
On croit me lire

On croit me lire, on ne lit que des mots
si l’on ne sait se servir d’une loupe.
J’ai ma ferveur, il faut aussi la vôtre
sinon vos yeux fermeront leurs fenêtres.

Ce que j’évoque est une tourterelle.
Écoutez-la plus que vous m’écoutez.
Elle est en vous, non loin de vos colombes.
N’est-ce pas elle un jour qui me charma ?

Si j’envisage ici de vous surprendre,
je ne dis rien, je garde la surprise.
Je ne l’ai pas, c’est vous qui la portez,
elle est en vous si vous croyez en elle.

Nous le savons qu’elle existe la fée.

(Robert Sabatier)

 

Recueil: Oeuvres poétiques complètes
Traduction:
Editions: Albin Michel

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Cette humiliante servitude (Luis Cernuda)

Posted by arbrealettres sur 12 février 2018



Illustration: Anne-Marie Zilberman
    
Cette humiliante servitude,
Besoin d’user notre tendresse
Dans un être que nous créons
Avec notre pensée,
Qui vit de notre vie.

Lui, donne le prétexte ;
Tu l’as donné, toi qui existes
Comme l’ombre de quelque chose,
L’ombre parfaite
De ce désir, celui de l’amant, le mien.

Si je te disais
Comment l’amour donne
Sa raison à la vie, sa folie,
Tu ne comprendrais pas.
Aussi je ne dis rien.

La beauté, inconsciente
De son embuscade, ravit sa proie
Et passe. Ainsi, pour chaque instant
De joie, le prix est-il payé :
Enfer d’angoisse et de désir.

***

Esta humillante servidumbre,
Necesidad de gastar la ternura
En un ser que llenamos
Con nuestro pensamiento,
Vivo de nuestra vida.

El da el motivo,
Lo diste tú ; porque tú existes
Afuera como sombra de algo,
Una sombra perfecta
De aquel afán, que es del amante, mío

Si yo te hablase
Cómo el amor depara
Su razón al vivir y su locura,
Tú no comprenderias.
Por eso nada digo.

La hermosura, inconsciente
De su propia celada, cobró la presa
Y sigue. Así, por cada instante
De goce, el precio está pagado :
Este infierno de angustia y de deseo.

(Luis Cernuda)

 

Recueil: Poèmes pour un corps
Traduction: Bruno Roy
Editions: Fata Morgana

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Trempé d’abeilles (Julio Cortázar)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2018




    
Trempé d’abeilles,
dans le vent cerné de vide,
j’existe comme une branche,
et au milieu d’ennemis souriants
mes mains tissent la légende,
créent le monde splendide,
cette bougie tendue.

(Julio Cortázar)

 

Recueil: Crépuscule d’automne
Traduction: Silvia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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Dehors (Fabienne Courtade)

Posted by arbrealettres sur 10 février 2018



 Illustration
    
Dehors

ce calme n’existe pas
l’herbe pousse par une fente

(Fabienne Courtade)

 

Recueil: Le même geste
Traduction:
Editions: Flammarion

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Je me fête et me hais moi-même (Leopoldo María Panero)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018




    
Je me fête et me hais moi-même
je palpe le mur où il faudra graver mon absence
tandis que le poème s’écrit contre moi,
contre mon nom
contre une malédiction du temps.

Je crache ces vers dans le refuge de Dieu
où rien n’existe
sinon le poème contre moi.

***

Me celebro y me odio a mí mismo
palpo el muro en que habrà de grabarse mi ausencia
mientras el poema se escribe contra mí,
contra mi nombre
como una maldición del tiempo.

Escupo estos versos en la guarida de Dios
donde nada existe
sino el poema contra mí.

(Leopoldo María Panero)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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La Beauté est mon calvaire (Lydie Dattas)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



La Beauté est mon calvaire.
Toute beauté me plonge au sein du désespoir
en me rappelant que j’en suis bannie
et en me renvoyant à ma propre nuit intérieure,
chaque nouveau chant, chaque nouvelle partition de lumière
renouvelant sous une forme chaque fois plus éclatante et plus irrévocable
l’anathème m’interdisant d’en approcher.

Ma pauvreté spirituelle, que rehausse leur incomparable richesse,
est faite des plus beaux cantiques, des mélodies les plus chastes,
et mon âme, que blesse éternellement le songe immaculé de la Beauté,
doit vivre à travers elle sa propre nuit spirituelle…

N’existant qu’afin que la spiritualité soit hors de moi plus pure,
l’intelligence plus haute et la bonté plus lumineuse,
il me faut vivre de cette misère sans aucun moyen d’y échapper.

(Lydie Dattas)

 

 

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DÉSESPOIR (Ly-y-Hane)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2018



DÉSESPOIR

Appelle ! appelle ! Implore ! implore ! Stagne ! stagne ! Rêve ! rêve !
Pleure ! pleure ! Souffre ! souffre !… Toujours ! toujours !
A peine fait-il chaud que la saison du froid revient !
Ah ! qu’il est accablant d’exister !
Deux ou trois tasses de faible vin,
Ne suffisent pas, pour faire supporter l’âpre vent de l’aurore.

*

Les cygnes sauvages repassent déjà.
Ah ! que mon coeur est cruellement blessé !
Il y a longtemps que je les connais, pour les voir ainsi passer et repasser…
Les chrysanthèmes foisonnent, partout sur la terre, en une exubérance somptueuse.
Mais la fleur qui s’étiole ici,
Qui donc voudrait la cueillir ?

*

Ne suis-je pas la sempiternelle gardienne de cette fenêtre ?
Quand donc cette journée s’éteindra-t-elle dans l’obscurité ?…
Une pluie fine mouille les larges feuilles des paulownias.
Le crépuscule vient lentement ; l’obscurité tombe, tombe, goutte à goutte.
La voici complète, maintenant, la nuit, et rien n’est changé pour moi…
Oh ! comment pourrait-on détruire, à jamais, le mot : désespoir ?…

(Ly-y-Hane)

 

 

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