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Posts Tagged ‘cesser’

Rien ne cesse (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 10 janvier 2023



Illustration  
    
Rien ne cesse rien n’est les morts ne sont pas morts
Les vivants s’imaginent vivre
Un acte continue où l’on ne peut le suivre
Rien n’est dedans rien n’est dehors.

Rien ne pèse tout pèse et notre marche lourde
Est légère dans le sommeil
Aveugles sont nos yeux et nos oreilles sourdes
Dans un monde au rêve pareil.

D’autres formes sont là que jadis accumule
Avec celles du lendemain
Et ce que notre temps par un mensonge annule
Reste dans son avare main.

Tout combine un seul bloc que le temps nous débite
Peu à peu morceau par morceau.
Le bâton se brise dans l’eau
Et l’immobilité se vante d’aller vite.

Or parfois dans le rêve ou par quelque ressort
Qui l’étrange machine embrouille
L’invisibilité de sa cachette sort
Comme la Vénus d’une fouille.

(Jean Cocteau)

 

Recueil: Clair-obscur
Traduction:
Editions: Points

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On a festoyé et bu jusque tard dans la nuit (Richard Brautigan)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2023




    

On a festoyé et bu jusque tard dans la nuit

on a festoyé et bu jusque tard dans la nuit
mais on a fini par rentrer seul à la maison pour
se consoler, il semble que tant de choses
tournent autour de ça, comme les branches
d’un arbre dès que le vent
cesse de souffler.

***

Feasting and Drinking Went on Far into the Night

Feasting and drinking went on far into the night but in
the end we went home alone to console ourselves which
seems to be what so many things are all about like the
branches of a tree just after the wind
stops blowing.

(Richard Brautigan)

 

Recueil: C’est tout ce que j’ai à déclarer Oeuvres poétiques complètes
Traduction: Thierry Beauchamp, Frédéric Lasaygues et Nicolas Richard
Editions: Le Castor Astral

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Vers du souvenir (Shen Yue)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2022



Illustration: Shan Sa
    
Vers du souvenir

Je songe à sa venue
Brillante, brillante en haut des marches du jardin
Impatient, impatient de faire cesser notre séparation
Inépuisables, inépuisables, nous parlons d’amour
Nos regards s’embrassent sans pouvoir se rassasier
Je te contemple et en oublie ma faim

Je songe à l’instant où elle s’assit,
Consciencieuse, devant le rideau fin.
Elle chante par trois fois
Et par trois fois pince les cordes du luth.
Son rire efface le souvenir des autres êtres.
Elle fait la mine et n’en est que plus belle.

Je songe à son sommeil
Gardant l’éveil quand tous se reposent
Elle défait la torpeur sans y être poussée
Immobile sur le coussin,
Elle attend qu’une caresse la trouve.
Effrayée par mes regards,
Elle rougit sous la lueur des chandelles.

(Shen Yue)

(441-513)

Recueil: Nuages immobiles Les plus beaux poèmes des seize dynasties chinoises
Traduction: Alexis Lavis
Editions: l’Archipel

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Les mots (Christian Bobin)

Posted by arbrealettres sur 30 novembre 2022




    
Les mots Nella
et tout particulièrement les vôtres
les mots sont nourriture
Ils passent dans le silence
qui est un coeur fragile
que nous avons
tant que nous sommes en vie

Un coeur discret courtois
un vrai coeur comme l’autre
Nos paroles y descendent
pour y être lavées

Parfois il s’affole
on se demande vraiment pourquoi

Parfois il cesse de battre
et c’est que nous avons mangé
trop de mensonges bien trop de mots

De temps en temps je vais vers ce panier
je regarde dedans
il est tout plein de neige
éblouissant
et puis je m’en éloigne je n’y pense plus
C’est là

vos lettres sont là comme est l’enfance
on ne saurait la trouver
mais on sait bien qu’elle est là
partout où nous sommes
et avec elle
la nourriture
surabondante

(Christian Bobin)

 

Recueil: La Vie Passante
Editions: Fata Morgana

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Le Bon Ménager (Bernard De La Monnoye)

Posted by arbrealettres sur 29 octobre 2022




    
Le Bon Ménager
(conte)

Un campagnard bon ménager,
Trouvant que son cheval faisait trop de dépense,
Entreprit, quelle extravagance !
De l’instruire à ne point manger.
« Que ne peut, disait-il, une soigneuse étude ?
Retranchons à diverses fois,
D’abord une poignée, et puis deux et puis trois ;
Par une insensible habitude,
L’animal trop gourmand viendra sans doute à bout
De ne plus rien manger du tout. »
Charmé d’une pensée et si rare et si fine,
Petit à petit il réduit
Sa bête à jeûner jour et nuit.
Fier d’un si beau succès il bénit sa lésine ;
Il croit, plein d’allégresse, avoir atteint son but.
Mais courte l’allégresse fut ;
Bientôt, de cruelle famine,
L’étique palefroi mourut.
Le campagnard surpris au désespoir se livre :
« Quel malheur, dit-il, est le mien !
Mon cheval justement, hélas ! cesse de vivre,
Dans le temps qu’il sait l’art de ne manger plus rien. »

(Bernard De La Monnoye)

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ON SE DIT ADIEU EN AUTOMNE (Anonyme)

Posted by arbrealettres sur 16 septembre 2022



Illustration: Zhao Ji
    
ON SE DIT ADIEU EN AUTOMNE
Sur l’air de  » La Cloche tintant dans la pluie  »
—Liu Yong

Le cri des cigales paraît douloureux
hors d’un pavillon où l’on se dit adieu.
L’averse a cessé,
Je ne veux plus boire,
mon coeur est brisé.

Aux portes de la ville, nous nous attardons
bien que le bateau me hâte au départ,
nous nous regardons les larmes aux yeux,
la main dans la main,
les mots se figent sur nos lèvres,
entrecoupés de brefs sanglots.

Dans ma pensée se déroule le voyage
sur la vaste étendue des flots brumeux.
Là-bas le ciel du Sud est chargé de nuages.
Ceux qui s’aiment s’affligent de se séparer,
Surtout quand vient le froid de la fête automnale.

Où serai-je quand je serai dégrisé ?
Sur une rive de saules bordée,
Avec un lambeau de lune et la brise matinale.
Je t’aurai quittée pour toute une année.

Pour qui tous ces beaux paysages et ces belles journées ?
De quelque ardeur je puisse m’enflammer,
à qui désormais me confier ?

(Anonyme)

***

 

Recueil: Choix de Poèmes et de Tableaux des Song
Traduction:
Editions: China Intercontinental Press

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Il y a des lits à jamais abandonnés (Charles Dobzynski)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2022


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Il y a des lits à jamais abandonnés
Des maisons dont les portes ont cessé de battre.

(Charles Dobzynski)

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UNE EXECUTION INTIME (Georges Henein)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



 

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UNE EXECUTION INTIME

c’est un instant toujours émouvant
que celui où l’on se demande
certains matins
si l’on va pouvoir reconnaître la vie

si les choses ont gardé la même place
si les places ont gardé le même nom
et s’il reste quelque part un miroir de secours
où l’on cesserait enfin de se voir
où l’on verrait plus loin que soi

alors c’est comme si l’on s’avançait tout seul
Boulevard Arago
à l’aube
pour une exécution intime
et l’on n’éprouve aucun soulagement
à l’idée que le bourreau n’est pas là

et pourtant tout à coup on se retourne
c’est bon signe
on se croyait suivi
il y a donc des gens qui en suivent d’autres
il y a donc une suite et c’est tout ce que l’on voulait savoir

dans les sous-bois du langage
une voix cherche à dire
le premier mot de la journée
comme on cherche sa clé
sur le palier dans le noir

on n’hésite plus
on mise sur cet objet perdu
sur cette voix déjà proche des faubourgs
sur l’étrangère qui s’appuie aux affiches lacérées de la vie
mais sur quoi ne s’appuierait-on pas ce matin ?
sur quelle blessure ?
— sur quel outrage ?

(Georges Henein)

Illustration

 

 

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J’écosse des fèves (Hosai)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2022



de critiquer les autres
mon coeur a cessé
j’écosse des fèves

(Hosai)

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La fête Qing Ming (Du Mu)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2022




Illustration: He Zhihong
    
La fête Qing Ming

C’est le jour des défunts, la pluie ne cesse de tomber.
Ceux qui sont loin de chez eux ont d’autant plus de tristesse.
Où trouverai-je une auberge ?

Un jeune pâtre pointe un village,
dissimulé par des fleurs d’abricotiers.

***

(Du Mu)

Recueil: Poèmes de Chine de l’époque dynastique des Tang
Traduction: Guillaume Olive & He Zhihong
Editions: Seuil

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