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COMMENCEMENT ET FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
COMMENCEMENT ET FIN
(Fugue sur deux substantifs)

Le commencement
ne s’arrête pas
et la fin ne cesse

Ton sang tu l’oublies,
ce commencement.
Ce qui passe en toi
et n’a pas de fin
tu ne l’entends plus.

Au commencement
torrents et volcans,
à la fin des fins
le ciel et la mer.

Si tu comprenais ?
Si tu commençais ?
Si c’était la fin ?

Tu crois que le monde
vient de commencer
tu crois que le temps
n’aura pas de cesse

Admire la fin
du commencement
adore le jour
adore la nuit
qui t’ont dévoré.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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DEUX VERBES EN CREUX (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
DEUX VERBES EN CREUX

J’écoute je me tais
Je me tais pour écouter,
(pour mieux écouter),
Je me tais parce que j’écoute
Si je ne me tais pas je n’écoute plus

(Taisez-vous !
Taisez-vous et écoutez !
Écoutez-le se taire
II se tait il se taira!
vous l’écouterez.)

Si j’étais celui qui écoute
seulement pour écouter
si j’étais celui qui se tait
simplement pour se taire
vous ne cesseriez d’écouter
vous auriez peur que je me taise

Mais je ne me tais pas non je ne me tais
pas encore. Je ne pourrai jamais
me taire. Je ne cesse pas d’écouter.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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CONJUGAISONS ET INTERROGATIONS II (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 12 avril 2019



Illustration: Ryszard Miłek
    
CONJUGAISONS ET INTERROGATIONS II

Nous restons où nous sommes
Nous restons où nous sommes arrivés.

Pourtant nous ne restons pas là où nous sommes
Nous ne restons pas où nous sommes arrivés.

Là où nous sommes tantôt nous restons, tantôt non.
Là où nous ne sommes pas arrivés, tantôt nous restons
tantôt nous ne restons pas (nous partons).

Là où nous sommes venus il se peut
Que nous restions il se peut que nous ne restions pas.

Là où tu es venu, resteras-tu ?
Ne cesseras-tu de partir, au lieu d’arriver, de rester ?
Ne finiras-tu pas d’arriver
et tantôt de rester et tantôt de partir ?

Toi qui restes, penses-tu ne jamais partir ?
Toi qui pars, saurais-tu, pourrais-tu rester ou revenir ?
Est-il possible à la fois de rester de partir,
de ne pas rester de ne pas partir ?

Tout est dissemblable tout se ressemble
ce qui part ce qui reste
ce qui est ce qui n’est pas
Ce que l’on dit a trop de sens n’a pas de sens.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Regarde (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



Regarde, des anges diffusent à travers l’espace
leurs sentiments qui ne cessent jamais.
Notre incandescence leur serait froideur.
Regarde, des anges rougeoient à travers l’espace.

Cependant qu’à nous, qui n’en savons rien d’autre,
tantôt une chose se refuse, tantôt une autre échoit en vain,
eux marchent, enthousiasmés par ce qu’ils ont à accomplir,
à travers leur domaine pleinement achevé.

***

Siehe. Engel fühlen durch den Raum
ihre unaufhörlichen Gefühle.
Unsre Weißglut wäre ihre Kühle.
Siehe, Engel glühen durch den Raum.

Während uns, die wirs nicht anders wissen,
eins sich wehrt und eins umsonst geschieht,
schreiten sie, von Zielen hingerissen,
durch ihr ausgebildetes Gebiet.

(Rainer Maria Rilke)

 

 

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Les mains n’ont pas une place (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 18 mars 2019



Illustration
    
Les mains n’ont pas une place.
Le corps n’en a pas non plus
et même la pensée en est peut-être privée.

Mais les mains s’avancent
et cherchent à trouver la pensée
afin d’installer ensemble
l’espace d’une nouvelle conjonction.

Les mains alors cessent
de remuer le monde
et trouvent le lieu de l’attente.

Chaque chose ne peut attendre
que d’un unique lieu.

***

Las manon no tienen un lugar.
Tampoco lo tien el cuerpo
y quizá ni el pensamiento lo tien.

Pero las manos se adelantan
y van a buscar al pensamiento
para instalar juntos
el espacio de una nueva conjunción.

Las manon dejan entonces
de revolver el mundo
y hallan el sitio de la espera.

Cada cosa sólo puede esperar
desde un único sitio.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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BERCEUSE (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2019




    
BERCEUSE

Puis il s’est adossé à sa soif
et lui a demandé
de ne pas cesser
Et il avait peur de ce peu
Il avait une peur d’enfant
Une grande peur

Et tout d’un coup est apparue
la mort petite vieille raclant les pieds
avec une cruche d’argile
pleine d’eau fraîche

Et il a bu
Il a effacé de ses lèvres
la cendre des jours
de cette gorgée il a lavé
toute la souffrance
et il n’en a rien gardé

Ni la soif

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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Banalités (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



Illustration: Gustav Klimt
    
Banalités

Il y a toujours quelque part une étendue de jour
le travail du soleil ne s’arrête jamais
Il y a toujours quelque part un oiseau qui chante
et son chant fait chanter un autre oiseau plus loin

Il y a toujours quelque part un enfant qui naît
La vie invente la vie sans se laisser décourager
Il y a toujours quelque part un vivant qui meurt
Etcetera etcetera Ainsi de suite Etcetera

C’est comme ça depuis l’origine Et ce sera pareil
jusqu’à la fin La plus grande banalité
Si pourtant je n’arrive pas tout à fait à m’y faire
si je m’étonne encore eh bien c’est que c’est mon affaire

ce manège incessant qui me verra cesser

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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Que l’on jette ces lis (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 26 février 2019


 


 

Léon Spilliaert

Que l’on jette ces lis …

Que l’on jette ces lis, ces roses éclatantes,
Que l’on fasse cesser les flûtes et les chants
Qui viennent raviver les luxures flottantes
A l’horizon vermeil de mes désirs couchants.

Oh ! Ne me soufflez plus le musc de votre haleine,
Oh ! Ne me fixez pas de vos yeux fulgurants,
Car je me sens brûler, ainsi qu’une phalène,
A l’azur étoilé de ces flambeaux errants.

Oh ! Ne me tente plus de ta caresse avide,
Oh ! Ne me verse plus l’enivrante liqueur
Qui coule de ta bouche – amphore jamais vide –
Laisse dormir mon coeur, laisse mourir mon coeur.

Mon coeur repose, ainsi qu’en un cercueil d’érable,
Dans la sérénité de sa conversion ;
Avec les regrets vains d’un bonheur misérable,
Ne trouble pas la paix de l’absolution.

(Jean Moréas)

Illustration: Léon Spilliaert

 

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L’Écoute-Silence (Claude Roy)

Posted by arbrealettres sur 25 février 2019



Illustration
    
L’Écoute-Silence
pour Suzanne Flot

Écouter ce que dit le vent quand il ne dit plus rien
mais reprend souffle et se souvient
d’avoir été si haletant après sa course
sa course de vent qui court après le vent

Que dit le vent quand il se tait?
Que dit le silence du vent?
Écouter ce que dit la pluie
quand un instant elle fait halte
et cesse l’espace de trois mesures
de tambouriner ses doigts d’eau
sur le toit et sur les carreaux
Que dit la pluie quand elle se tait?
Que dit le silence de la pluie?

Écouter ce que dit la mésange nonnette
quand elle suspend ses roulades
et que son chant dans le matin clair
reste en filigrane dans l’air
Que dit l’oiseau quand il se tait?
Que dit le silence de la mésange?

Le silence dit que le silence
écoute couler la source du chant

(Claude Roy)

 

Recueil: À la lisière du temps suivi de Le voyage d’automne
Traduction:
Editions: Gallimard

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N’y a-t-il pas moyen de te le dire? (Sakyô no Dayû Michimasa)

Posted by arbrealettres sur 19 février 2019



Que maintenant
Je vais cesser de mourir en pensant à toi,
Cela seulement,
Sans intermédiaire,
N’y a-t-il pas moyen de te le dire?

(Sakyô no Dayû Michimasa)


Illustration: Hokusaï

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