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A propos des poèmes qu’on dit volontiers obscurs (Yves Namur)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2019



 

bouton de rose

A propos des poèmes qu’on dit volontiers obscurs,

Sait-on vraiment pourquoi ils sont si obscurs que ça
Ou si fermés qu’on le prétend généralement ?

Toutes les choses qu’on voit dehors,
Tout ce monde qui bouge et vit comme des fourmis,

Toutes les larmes et tout le chagrin du ciel,

Et même l’amour, autant celui qu’on donne
Que celui qu’on nous reprend,

Tout ça n’est-il pas un peu obscur
Comme le sont certains poèmes,

Comme l’est aussi l’odeur d’un café chaud
Ou un simple bouton de rose ?

(Yves Namur)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

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Je te hante ma nuit (Guy Lévis Mano)

Posted by arbrealettres sur 16 mai 2019



 

Jeanie Tomanek 3

IL N’Y A PAS PLUS SOLITAIRE QUE LA NUIT

Je te hante ma nuit pour chaque épi qui n’a pas mûri
pour chaque paume qui ne s’est pas épanouie
je te hante dans mon acceptation et dans mon cri

Nuit tu héberges les somnambules rescapés du miracle que le soleil n’a pu liquider
Tu es omniprésence de l’obscur effeuillaison de bruit et chuchotement de silence
Tu es confessionnal de discrétion plénière sans parois
sans confiteor ni contrition
sans pénitence ni rémission

(Guy Lévis Mano)

Illustration: Jeanie Tomanek

 

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Femmes aux frontières (Elvire Maurouard)

Posted by arbrealettres sur 28 avril 2019



 

Harding Meyer 1964 - Brazilian Portrait painter -   (2)

Femmes aux frontières

Le soir qui les grandit tombe sur leur destin
Héroïnes sans noms d’obscures épopées
Elles vont frêles leurs enfants enveloppés
Scandant leur marche aux coups de tirs lointains

De temps en temps parmi la violence intense
Jaillit d’un gosier jeune un chant sonore et clair
Dont vibre longuement l’atrocité de l’air
Et le refrain en choeur des poitrines s’élance

Elles rentrent ainsi sous les cieux assoupis
Et toutes par degrés sont bientôt confondues
Au vague demi-jour des pâles étendues
Sous leur double fardeau de misère alanguie

(Elvire Maurouard)

Illustration: Harding Meyer

 

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Ô jours resplendissants (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2019



François Malespine -l_instant-122cm-x-90cm-francois-malespine-2010
Ô jours resplendissants roulés par l’eau de mer,
et denses en leur coeur comme une pierre jaune,
ô la splendeur d’un miel respecté du désordre
qui préserva leur pureté rectangulaire.
L’heure crépite ainsi que l’essaim ou la flamme,
et vert est le besoin de plonger dans des feuilles
avant que tout en haut le feuillage devienne
un monde scintillant qui s’éteint et murmure.
Soif du feu, multitude ardente de l’été
ô paradis que font seulement quelques feuilles :
pour la terre au visage obscur, pas de souffrances,
pour tous l’eau ou le pain, pour tous l’ombre ou la flamme ;
et que plus rien, plus rien ne divise les hommes
que le soleil, la nuit, la lune, les épis.

***

Radiantes días balanceados por el agua marina,
concentrados como el interior de una piedra amarilla
cuyo esplendor de miel no derribó el desorden :
preservó su pureza de rectángulo.
Crepita, sí, la hora como fuego o abejas
y es verde la tarea de sumergirse en hojas,
hasta que hacia la altura es el follaje
un mundo centelleante que se apaga y susurra.
Sed del fuego, abrasadora multitud del estío
que construye un Edén con unas cuantas hojas,
porque la tierra de rostro oscuro no quiere sufrimientos,
sino frescura o fuego, agua o pan para todos,
y nada debería dividir a los hombres
sino el sol o la noche, la luna o las espigas.

(Pablo Neruda)

Illustration: François Malespine 

 

 

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HIER FUT LA FIN (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2019




    
HIER FUT LA FIN

Hier fut la fin le chaos
l’indiscernable. Mais
de l’horreur naquit le passage entre
les blocs.
Vint le frisson
secouant les rafales
soubresauts de l’obscur.
S’avança le silence
ordonnateur inventeur
de pauses, d’oublis souverains.
Il fut permis de voir d’entendre
d’accéder aux cimes froides
où clame la clarté
où tout commence
avec la pointe et l’éclair
le rythme et la faux le secret
la fuite joyeuse des temps, le cruel
message à déchiffrer
puis à déchirer à jeter,
le peu à peu le bientôt
le jamais encore
l’ombre aux abois le peut-être
les lueurs
futures
le feu qui grandit
le souffle

porteur de la parole.

Mais c’est le souffle aussi
qui saura seul
éteindre tout
pour rendre à la Nuit
son empire.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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MORTEL BATTEMENT (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




    
MORTEL BATTEMENT

Ici commence et meurt
le peut-être encore
le très-peu le presque pas

Nulle image. Rien à voir
ni le clair ni l’obscur ni la couleur
l’ombre un instant gardée
d’un objet disparu

C’est que les signes tracés
aussitôt le feu les flambe :
il roule en deçà des sons
un grondement monotone

A travers l’énorme rien
la menace du possible
avec l’impossible
se cache pour s’accoupler

Par un bruit de paroles
je m’efforce d’imiter
ce mortel battement
qui couvre le silence.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les empressés (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2019



 

Maggie Taylor - Garden

Les empressés nous sommes,
Mais la marche du temps,
tenez-là comme rien
au sein du permanent toujours.

tout ce qui est vitesse
ne sera que déjà passé ;
car c’est ce qui séjourne
qui seul nous initie.

Jeunesse, oh ! ne le jette pas
ton cœur dans la rapidité
pas aux tentatives du vol.

L’obscur et la clarté,
la fleur comme le livre :
tout est repos.

***

Wir sind die Treibenden.
Aber den Schritt der Zeit,
nehmt ihn als Kleinigkeit
im immer Bleibenden.

Alles das Eilende
wird schon vorüber sein ;
denn das Verweilende
erst weiht uns ein.

Knaben, o werft den Mut
nicht in die Schnelligkeit,
nicht in den Flugversuch.

Alles ist ausgeruht :
Dunkel und Helligkeit,
Blume und Buch.

(Rainer Maria Rilke)

Illustration: Maggie Taylor

 

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TE SOUVIENS-TU DU JOUR (George Bacovia)

Posted by arbrealettres sur 1 avril 2019



TE SOUVIENS-TU DU JOUR

Te souviens-tu du jour où je te disais que tu es belle,
Du jour où, les yeux scintillants, les lèvres couleur de sang,
Tu t’arrêtais tremblante d’émoi, sous l’automnale ombrelle
Des arbres, en rêvant à l’amour entrevu si souvent ?…

Tu attendais qu’enfin je sois le poète audacieux
Qui te fasse entendre l’écho glacé d’étreintes brûlantes ;
Tu te portais sans cesse vers quelque ombre obscure, obsédante
Comme une pâle vision, se détachant d’autres cieux.
Tu m’as dit — oh combien simplement ! — que tu as soif d’amour,

Et n’écoutant en la forêt déserte que son murmure,
De la main tu comprimais ton coeur, souriais alentour,
Ne pouvant plus — loin l’un de l’autre — endurer cette torture.

— Ha, ha, ha ! riait l’écho et je riais de ton plaisir,
Tu m’as dit l’ancienne haine entre l’homme et la femme lasse.
Je t’ai laissée alors, là-bas, m’égrener tes souvenirs
Douloureux, mystérieux, comme à un inconnu qui passe.
Te souviens-tu du jour où je te disais que tu es belle,
Du jour où, peut-être, je t’ai embrassée en la forêt,
Écoutant l’écho glacé de cet automne froid, rebelle,
Qui donnait à notre rencontre un goût d’adieu, de regret ?

(George Bacovia)

Illustration: Irina Kotova

 

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Nuit obscure (Alain Suied)

Posted by arbrealettres sur 31 mars 2019




    
Nuit obscure

Une lueur, une trace :
tu t’éveilles à sa vision.
Ce n’est qu’un fragile espace
soudain visible dans la Nuit sans fond.

À chaque instant, tu dois choisir
le signe inconnu de l’Être.

Un nom ? Un cri ? Une force infinie ?

À chaque instant, tu devras espérer
en vain de voir le visage

sacré.

Dans l’espace d’un regard
pourtant

se tient le monde

et vibre enfin la délivrance.

(Alain Suied)

 

Recueil: Sur le seuil invisible
Traduction:
Editions: Arfuyen

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ON ENTEND ENCORE LA MER (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019



Illustration: Sabin Balasa
    
ON ENTEND ENCORE LA MER

Depuis plusieurs nuits déjà on entend encore la mer,
glisser en va-et-vient sur le sable fin.
Écho d’une voix enfermée dans l’esprit
qui remonte le temps, mais aussi cette
plainte assidue des mouettes : d’oiseaux
des tours peut-être, qu’avril
pousse vers la plaine. Par cette voix
déjà tu m’étais proche,
et je voudrais que te parvienne aussi,
à présent, un écho de mémoire de moi,
comme cet obscur murmure de la mer.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

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