Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘énigme’

Percé de lucarnes (Andrée Chedid)

Posted by arbrealettres sur 28 décembre 2019


Coeur

Débusque ce battement-de-nous
gravé dans l’énigme

Sacre l’éphémère
Reconnais la rencontre

Explore cette trame-de-nous
où l’univers s’avive

Le coeur percé de lucarnes
remonte les soirs muets.

(Andrée Chedid)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | 4 Comments »

ÉNIGME POUR LES TOURMENTÉS (Pablo Neruda)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2019



 

Mihai Criste   (5)

ÉNIGME POUR LES TOURMENTÉS

Un jour parmi les jours de l’année à venir
je trouverai une heure différente :
une heure à chevelure cataracte,
une heure jamais encore écoulée :
comme si le temps, se cassant,
ouvrait une fenêtre : un orifice
par où nous glisser vers le fond.

Bon, ce jour-là avec cette heure
arrivera et laissera tout transformé :
on ne saura plus si l’hier s’en est allé
ou si ce qui revient n’était jamais passé.

Lorsque de ce cadran une heure tombera
à terre, n’étant par quiconque recueillie,
lorsque, enfin, nous aurons le temps bien amarré,
nous saurons vraiment où commencent
ou encore où s’achèvent les destins
car dans le tronçon mort ou simplement éteint
nous verrons clairement la matière des heures
comme on voit clairement la patte de l’insecte.

Et nous disposerons d’un pouvoir diabolique :
reculer dans le temps ou activer les heures,
regagner la naissance ou rejoindre la mort
avec un moteur dérobé à l’infini.

(Pablo Neruda)

Illustration: Mihai Criste

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PARMÉNIDE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 21 décembre 2019


 


 

Rob Gonsalves jrl

PARMÉNIDE

Le corps disait : je suis la vérité,
Je sais ouvrir les portes de la nuit
Et par le jour doublement me construire.

Tout est Possible. Au pays de mémoire,
L’imaginaire est la seule raison.
Ivre je suis de l’être et de ses nombres.

Et si je vis, c’est par et pour l’énigme,
Chaque planète assumant ce désir
De me baigner dans la diversité.

Ce qui n’est pas ne peut être poème,
Car tout langage est de réalité
Et je suis corps aux confins de mon souffle.

Même la nuit ne se peut orpheline.
L’oeil rond de lune ou d’espoir de demain
En font un feu conquérant sa naissance.

Mes deux maisons se rassemblent pour n’être
En devenir que cet unique lieu
Où l’être à l’être a tendu le flambeau.

(Robert Sabatier)

Illustration: Rob Gonsalves

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

MON INQUIÉTUDE (Moshe-Leib Halpern)

Posted by arbrealettres sur 21 novembre 2019



    

MON INQUIÉTUDE

J’ai l’inquiétude des loups, la quiétude des ours sages,
L’ennui écoute retentir en moi les cris d’un coeur sauvage,
Je ne suis point ce que je pense et ne suis pas tel que je veux,
Je suis l’enchanteur et je suis le sortilège de son jeu.

Je suis l’énigme qui se tue à résoudre enfin son mystère
Moi, plus agile que le vent qui se noue autour d’une pierre,
Je suis le soleil de l’été, l’hiver, le vent glacé du Nord
Et je suis le riche dandy que l’on voit gaspiller son or,

Hardi je suis le gars qui porte un peu de biais sa casquette
Et qui dévalise son temps en sifflotant un air de fête,
Je suis le violon mais aussi le tambourin, la contrebasse,
De ces trois vieux musiciens, orchestre vagabond qui passe,

Je suis la danse de l’enfant et sous la clarté de la lune
Je suis cet innocent qui rêve au pays bleu de la fortune.
Lorsqu’en passant je vois d’une maison détruite les décombres
Je suis le vide qui m’observe avec ses regards troués d’ombre.

Je suis la peur en ce moment qui m’épie peut-être au-dehors,
La fosse ouverte dans un champ à la mesure de mon corps,
Maintenant je suis la lueur qui brûle pour le souvenir
Et l’inutile image au mur suintant qui reste à jaunir,

Maintenant, le temps d’un éclair, je suis cette immense tristesse
Qui depuis un siècle me guette et qui me débusque sans cesse,
Et maintenant je suis la nuit, la lassitude est sa rançon,

Le pesant brouillard de la nuit, le soir et sa calme chanson,
L’étoile blanche que l’on voit très haut dans le ciel allumée
Et la rumeur sourde d’un arbre, un son de cloche, une fumée…

(Moshe-Leib Halpern)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Profession de foi (Ingerborg Bachmann)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2019



Illustration: Nathalie Mounier
    
Profession de foi

Je ne peux vivre sans ressentir la présence toujours
D’une étincelle de feu clair.
Mon coeur préfère errer éternellement
Que se rafraîchir dans le courant du jour.

Je cherche l’amour aux ultimes confins
Et brûle de me dissoudre enfin,
Quand bien même tous les appuis me lâchent,
Me jouant aux mains du Malin.

Je me tiens rayonnante devant les plus profonds abîmes,
afin de connaître leur sens ultime
Et il m’est permis aux heures magiques
D’aller à l’origine, au fond des énigmes.

***

Bekenntnis

Ich kann nicht leben ohne einen Funken
Von hellem Feuer stets zu fühlen.
Mein Herz wird lieber ewig wandern,
Als sich im Strom des Tages kühlen.

Ich suche Liebe an den letzten Grenzen
Und gliihe mich einmal zu lösen,
Selbst wenn mich aile Pfeiler lassen,
Mich spielend in die Hand des Bösen.

Ich stehe strahlend vor den tiefsten Gründen,
Um ihren letzten Sinn zu sehen
Und darf in zauberhaften Stunden
Bis an der Rätsel Urgrund gehen.

(Ingerborg Bachmann)

 

Recueil: Toute personne qui tombe a des ailes
Traduction: Françoise Rétif
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Le temps est prisonnier d’une épine (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 12 novembre 2019



Le temps est prisonnier d’une épine, on entend
La fleur rêver sans fin l’énigme de sa pourpre;
C’est toujours le moment de dire ce qui veille
Sous la paupière close de l’automne.
On ajoute le rire à l’aigu des fontaines,
Une monnaie usée comme l’âme est le prix
De cette solitude aux portes de la rose.

(Marc Alyn)

Illustration: Salvador Dali

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’éclair n’est-il plus vif que le feu (Michel Camus)

Posted by arbrealettres sur 16 octobre 2019



L’éclair n’est-il plus vif que le feu
L’éther n’est-il plus subtil que l’air
Le rêve n’est-il plus fluide que l’eau
Que dire du dieu caché du silence

Angoisse-et-jouissance d’ouvrir les yeux
dans la nuit d’une énigme infinie

(Michel Camus)

 

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

PETITE COUSINE (Menno Wigman)

Posted by arbrealettres sur 22 septembre 2019



Illustration
    
PETITE COUSINE

Cousine, petite cousine de miel sauvage, comme nous rampions
joueurs autour des pieds de table, nous approchions furtifs
des escarpins et des bottes, attrapions les lacets, vilaine,

vilaine cousine, blondes tes tresses et de bonbon
ta bouche, cette barque, cet été et ce lac
où j’inventai l’énigme de ta bouche,

aujourd’hui, tu noues toi-même tes lacets, tu es montée
dans mille trains, as pris des vols à destination de Milan
et arrêté des taxis à Prague et au Cap.

Quelque chose nous débusque, nous chasse de-ci de-là.
Ô qu’un jour me soit promis un bar de nuit
où tu consoles ma mélancolie avec des histoires,

quatre lacets noués ensemble pour toujours.

***

NICHTJE

Nichtje, wild honingnichtje, hoe we speels
langs tafelpoten kropen, pumps en laarzen
beslopen, steeds naar veters grepen, stout

stout nichtje, blond je vlechten en van snoep
je mond, die sloep, die zomer en dat meer
waar ik het raadsel van je mond uitvond,

nu strik je zelf.je veters, stapte duizend
treinen in, nam vluchten naar Milaan
en hield in Praag en Kaapstad taxi’s aan.

Jets drijft ons op. Jets jaagt ons heen en weer.
O dat mij ooit een nachtkroeg wordt beloofd
waar jij mijn heimwee met verhalen troost,

vier veters eeuwig aan elkaar geknoopt.

(Menno Wigman)

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La poésie (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 11 août 2019



La poésie n’est pas un genre littéraire parmi d’autres;
elle est le chant de l’origine
qui se dégage des silences et des cris de l’homme
en quête de son propre secret
en même temps que de l’Enigme de l’univers.

Ici, l’âme s’exprime au plus près de la transparence
dans l’éclat d’une illumination fugace
mais qui aspire follement à la durée.

A la fois chemin et cheminement vers l’Etre,
la poésie est une aventure extrême,
exigeante et périlleuse,
qui engage la totalité de l’individu.

Le poète est conçu, écrit, raturé, éternisé
ou gommé par son oeuvre:
il est un texte vivant, le poème de son poème.

(Marc Alyn)


Illustration: Odilon Redon

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

À une dame qui lui demandait des énigmes (Claude Malleville)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2019



Olga Naletova    (41)

À une dame qui lui demandait des énigmes

Je suis en même temps et de glace et de flamme,
La crainte et le désir accompagnent mes pas,
Ma peine a ses plaisirs, mon mal a ses appas
Et ma propre douleur me tient lieu de dictame.

En cet étrange état où souvent je me pâme,
J’ignore également la vie et le trépas.
Les endroits où je suis, c’est où je ne suis pas
Et j’ai du mouvement, bien que je sois sans âme.

Mon esprit de mon corps est toujours dégagé,
Un astre fait la nuit où je me vois plongé,
Un aveugle me guide, un enfant me conseille.

Je suis dans la prison et j’erre en mille lieux.
Voilà le seul énigme, adorable merveille,
Où ne pénètre point la clarté de vos yeux.

(Claude Malleville)

Illustration: Olga Naletova

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »