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Poésie

Posts Tagged ‘entier’

SONS (Jacob Glatstein)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2019




    
SONS

La fille blonde à la harpe
Est pourtant un brigand camouflé.
Avec une lame de verre
Elle tranche les têtes bleues des résonances
Et les laisse en l’air palpitantes,
Agonisantes.

Et toi, et moi,
Qui durant des nuits entières
Avons étreint le sanglot de nos corps,
Vois comme elle se rit de nous,
La fille blonde à la harpe
Qui nous joue un chant de dérision
Jusqu’à l’orée du grand jour,
Jusqu’au coeur profond du jour.

(Jacob Glatstein)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES (Avrom Reisen)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2019



Illustration: Samuel Hirszenberg
    
DANS LES TERRES LES PLUS LOINTAINES

Nous sommes ceux qu’on dispersa
Dans les terres les plus lointaines.
Chacun de nous est un anneau
De la nouvelle chaîne.

Non seulement à Babylone
Mais au bord des fleuves, partout
Nous sommes venus nous asseoir,
Cherchant un toit qui soit à nous.

C’est ainsi qu’est devenu cher
À notre coeur le monde entier,
Sur les rives les plus lointaines
Se trouve pour nous un foyer.

Et maintenant nous chérissons
La Vistule autant que le Rhin,
Le large Dniepr à notre coeur
Murmure aussi douce complainte

Le libre Hudson nous fait un signe
Fraternel du fond de ses flots,
Il est permis, sur son rivage,
De connaître enfin le repos !

Quelque chanson que l’on écoute
Nous connaissons sa mélodie,
Quel que soit le fleuve qui coule
Il nous apporte nostalgie,

Quel que soit le drapeau qui flotte,
Nous est familier son appel,
Quel que soit le bateau qui vogue
C’est vers un pays fraternel.

(Avrom Reisen)

 

Recueil: Anthologie de la poésie yiddish Le miroir d’un peuple
Traduction:
Editions: Gallimard

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La nuit aux senteurs d’animal aux aguets (Marie-Anne Bruch)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2019



Illustration: Henri Rousseau
    
La nuit aux senteurs d’animal aux aguets
– tantôt proie tantôt chasseresse –
la nuit subtilise nos corps
pour mieux illuminer nos rêves.

La nuit au front de taureau,
aux mille banderilles scintillantes,
déploie sa cape aveugle devant nos yeux
pour mieux y planter la dague
des sommeils sans retours.

Dans mon rêve,
à la fois rêveuse et rêvée,
contenu et contenant,
je me transporte toute entière
dans un paysage sans ombre ni soleil.

(Marie-Anne Bruch)

Découvert ici: http://laboucheaoreilles.wordpress.com/

Recueil: Les Cahiers du Sens
Traduction:
Editions: Le Nouvel Athanor

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Il fait doux et peut-être que tu passes par ici (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 2 octobre 2019



Il fait doux et peut-être que tu passes par ici
En disant: que ce soleil et tant d’espace
T’apaisent. Dans le vent pur tu peux
Entendre le temps en marche avec ma voix.
J’ai peu à peu recueilli et je porte
L’élan muet de ton espérance
Je suis pour toi l’aurore le jour entier.

***

Fa dolce e forse qui vicino passi
Dicendo: « Questo sole e tanto spazio
ti calmino. Nel puro vento udire
Puoi il tempo camminare e la mia voce.
Ho in me raccolto a poco a poco e chiuso
Lo slancio muto della tua speranza.
Sono per te l’aurora e intatto giorno

(Giuseppe Ungaretti)

Découvert ici: http://www.ipernity.com/blog/lara-alpha

Illustration: Valérie Chevrier

 

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VEILLÉE (Giuseppe Ungaretti)

Posted by arbrealettres sur 1 octobre 2019




    
VEILLÉE

Une nuit entière
jeté à côté
d’un camarade
massacré
sa bouche
grinçante
tournée à la pleine lune
ses mains congestionnées
entrées
dans mon silence
j’ai écrit
des lettres pleines d’amour

Je n’ai jamais été
plus
attaché à la vie

(Giuseppe Ungaretti)

 

Recueil: Vie d’un homme Poésie 1914-1970
Traduction:
Editions: Gallimard

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Les dés éternels (César Vallejo)

Posted by arbrealettres sur 9 septembre 2019




    
Les dés éternels
Pour Manuel Gonzalez Prada

Mon Dieu, je pleure sur l’être que je vis
je regrette d’avoir pris ton pain;
mais la pauvre boue pensive que je suis
n’est pas croûte fermentée dans ton flanc :
toi tu n’as pas de Maries qui s’en vont!

Mon Dieu, si tu avais été un homme,
aujourd’hui tu saurais être Dieu;
mais toi, qui as toujours été bien,
tu ne sens rien de ta création.
En fait l’homme te souffre : le Dieu c’est lui!

Aujourd’hui que dans mes yeux sorciers luisent des chandelles,
comme dans ceux d’un damné,
mon Dieu, tu vas allumer tous tes cierges,
et nous jouerons avec le vieux dé…
Peut-être que, oh joueur! sortant le chiffre
de l’univers entier
surgiront les cernes de la Mort,
comme deux funèbres as de boue.

Mon Dieu, en cette nuit sourde, obscure,
tu ne pourras plus jouer, car la Terre
est un dé rongé et désormais rond
à force de rouler à l’aventure,
qui ne peut s’arrêter que dans un trou,
le trou d’une immense sépulture.

(César Vallejo)

 

Recueil: Poésie complète 1919-1937
Traduction: Nicole Réda-Euvremer
Editions: Flammarion

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Tu aimerais vivre (Sandra Lillo)

Posted by arbrealettres sur 27 juillet 2019




Illustration
    
Tu aimerais vivre encore une fois entier
sans conséquences

dans le passage authentique du printemps

Tu prends comme si elle t’étais destinée
la caresse des anges

dans le courant d’air entre les rideaux
au bout des faisceaux du soleil

(Sandra Lillo)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Les bancs des parcs sont vides en mars
Traduction:
Editions: La Centaurée

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Tordue (Paul Valéry)

Posted by arbrealettres sur 12 juillet 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Tordue est la chose dure, douce et chaude, (la fille)
Polie et mouvante, lance l’air qui brûle
Terre entière qui se lève, et me porte
Étendue fraîche, étendue tiède, forme qui devient
nouvelle sous la force –
Voyage immobile, tendre au bas, du sommet aigu
Pierre exquise, pour boire.
Idée d’être proche, désir de briser, soupir pour se fondre
Et ne pas… Soupir, souffle et idée !
Étreinte toute du bien et du mieux, lutte qui se gonfle,
Mélange ; seul, on redevient ; seul, on s’élève
Seul on ne pense plus, seul on veut, seul on est.

(Paul Valéry)

 

Recueil: Poésie perdue
Traduction:
Editions: Gallimard

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L’infini microcosme (Rabindranath Tagore)

Posted by arbrealettres sur 5 mai 2019



    

L’infini microcosme

Nuit et jour infinis dans une effusion du Temps,
Un seul aperçu au milieu,
Une soirée agréable, un courant d’air,
L’ivresse d’union entre obscurité tamisée et lumière :
Juste à son coeur un jasmin simple et minuscule
Un soupçon de parfum avec une goutte de sourire
A peine accessibles ses toutes petites lèvres
Continue à s’épanouir dans la joie
Avant même sa chute dans la joie.
Au fond de cet aperçu l’Infini tout entier
Devient jasmin en lisière d’une forêt.
L’Infini se manifeste au coeur de l’instant.
Au passage du temps se détache la fleur,
L’Infini rentre en lui-même.

***

Infinity, Miniscule

Infinite day and night in an effusion of Time,
Only one glimpse in its midst,
A lovely evening, a breeze,
The drunkenness of union between soft darkness and light:
Right at its core merely a tiny jasmine,
A shade of perfume with a drop of smile
Hardly approachable its tiny lips
Keeps on blossoming out of its joy
Before it falls even out of its joy.
Entire Infinity within that glimpse
Becomes a jasmine by the side of a forest.
Infinity manifests at the heart of the moment.
With the passing of the moment falls the flower,
Infinity returns within itself.

(Rabindranath Tagore)

 

Recueil: Tantôt Dièse, Tantôt Bémol
Traduction: Prithwindra Mukherjee
Editions: Shahitya Prakash

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Un chant se retourne (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 14 mars 2019



Illustration: Josephine Wall
    
Un chant se retourne
et se verse en dedans.
Il touche le rêve de l’homme,
le labyrinthe fluvial de son sang,
la passion qui le harcèle,
l’île de la pensée,
le centre pèlerin de l’amour,
le pâle coin des absences.

Le chant le parcourt
comme le vol d’un oiseau.
Et subitement ce vol
se convertit en nuée
dans un ciel oublié.

Lorsqu’il surgit à nouveau,
la voix n’est pas celle qui chante.
Les mains chantent aussi,
la peau, l’homme entier,
son visage, son ombre.
Et tout se transmet :
l’infini chante.

***

Un canto se da vuelta
y se vuelca hacia adentro.
Toca el sueño del hombre,
el fluvial laberinto de su sangre,
la pasión que lo acosa,
la isla del pensar,
el centro peregrino del amor,
el pálido rincón de las ausencias.

El canto lo recorre
como el vuelo de un pájaro.
Y de pronto ese vuelo
se convierte en bandada
por un cielo olvidado.

Cuando vuelve a surgir
no es la voz la que canta.
También cantan las manon,
la piel, el hombre entero,
su mirada, su sombra.
Y todo se contagia:
el infinito canta.

(Roberto Juarroz)

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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