Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘vif’

Les éolides (Leconte de Lisle)

Posted by arbrealettres sur 30 janvier 2019



William Holman Hunt _-_Amaryllis [800x600]

Les éolides

O brises flottantes des cieux,
Du beau Printemps douces haleines,
Qui de baisers capricieux
Caressez les monts et les plaines !

Vierges, filles d’Eole, amantes de la paix,
La Nature éternelle à vos chansons s’éveille ;
Et la Dryade assise aux feuillages épais
Verse aux mousses les pleurs de l’Aurore vermeille.

Effleurant le cristal des eaux
Comme un vif essaim d’hirondelles,
De l’Eurotas aux verts roseaux
Revenez-vous, Vierges fidèles ?

Quand les cygnes sacrés y nageaient beaux et blancs,
Et qu’un Dieu palpitait sur les fleurs de la rive,
Vous gonfliez d’amour la neige de ses flancs
Sous le regard charmé de l’Epouse pensive.

L’air où murmure votre essor
S’emplit d’arome et d’harmonie :
Revenez-vous de l’Ionie,
Ou du vert Hymette au miel d’or ?

Eolides, salut ! O fraîches messagères,
C’est bien vous qui chantiez sur le berceau des Dieux ;
Et le clair Ilissos d’un flot mélodieux
A baigné le duvet de vos ailes légères.

Quand Theugénis au col de lait
Dansait le soir auprès de l’onde,
Vous avez sur sa tête blonde
Semé les roses de Milet.

Nymphes aux pieds ailés, loin du fleuve d’Homère,
Plus tard prenant la route où l’Alphée aux flots bleus
Suit Aréthuse au sein de l’étendue amère,
Dans l’Ile nourricière aux épis onduleux,

Sous le platane où l’on s’abrite
Des flèches vermeilles du jour,
Vous avez soupiré d’amour
Sur les lèvres de Théocrite.

Zéphyros, Iapyx, Euros au vol si frais,
Rires des Immortels dont s’embellit la Terre,
C’est vous qui fîtes don au pasteur solitaire
Des loisirs souhaités à l’ombre des forêts.

Au temps où l’abeille murmure
Et vole à la coupe des lys,
Le Mantouan, sous la ramure,
Vous a parlé d’Amaryllis.

Vous avez écouté, dans les feuilles blotties,
Les beaux adolescents de myrtes couronnés,
Enchaînant avec art les molles reparties,
Ouvrir en rougissant les combats alternés,

Tandis que drapés dans la toge,
Debout à l’ombre du hallier,
Les vieillards décernaient l’éloge,
La coupe ornée ou le bélier.

Vous agitiez le saule où sourit Galatée,
Et, des Nymphes baisant les yeux chargés de pleurs,
Vous berçâtes Daphnis, en leur grotte écartée,
Sur le linceul agreste, étincelant de fleurs.

Quand les vierges au corps d’albâtre,
Qu’aimaient les Dieux et les humains,
Portaient des colombes aux mains,
Et d’amour sentaient leurs coeurs battre,

Vous leur chantiez tout bas en un songe charmant
Les hymnes de Vénus, la volupté divine,
Et tendiez leur oreille aux plaintes de l’amant
Qui pleure au seuil nocturne et que le coeur devine.

Oh ! combien vous avez baisé
De bras, d’épaules adorées,
Au bord des fontaines sacrées,
Sur la colline au flanc boisé !

Dans les vallons d’Hellas, dans les champs Italiques,
Dans les Iles d’azur que baigne un flot vermeil,
Ouvrez-vous toujours l’aile, Eolides antiques ?
Souriez-vous toujours au pays du Soleil ?

O vous que le thym et l’égile
Ont parfumés, secrets liens
Des douces flûtes de Virgile
Et des roseaux Siciliens,

Vous qui flottiez jadis aux lèvres du génie,
Brises des mois divins, visitez-nous encor !
Versez-nous en passant, avec vos urnes d’or,
Le repos et l’amour, la grâce et l’harmonie !

(Leconte de Lisle)

Illustration: William Holman Hunt

 

 

Publicités

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Nous sommes semés d’absence vive (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019




    

Nous sommes semés d’absence vive
Et c’est là notre chant
Et c’est là notre feu
Notre commune entente
Notre lampe ardente
Notre gravité
Notre danse immobile
Notre poème nu
Notre horizon muet
Notre indicible marelle
Notre fugue secrète

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Aux jours courts … (Peire d’Auvergne)

Posted by arbrealettres sur 22 janvier 2019



Aux jours courts et aux longues soirées,
quand l’air vif s’assombrit,
je veux que de branche et feuillage, mon savoir
devienne joie nouvelle et fruits et fleurs,
car je vois les chênes perdre leurs feuilles.
Se retirent dans la neige et la froidure,
le rossignol, la grive, le geai et le pivert.

(Peire d’Auvergne)

Illustration: ArbreaPhotos
 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

A présent que le rythme (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 19 janvier 2019



Illustration: Tomas Januska
    
A présent que le rythme
Se fait lumière en toi

Tu n’as plus à marcher
Vers le lieu de ton repos

Tu épouses l’instant
Des solitudes vives

Toute présence t’est familière
Te voici à jamais

Dans l’enfance du Chant
Où l’oiseau te rejoint

Les couleurs te respirent
Le silence est ta voix

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Il n’y a qu’une manière aujourd’hui de parler de spiritualité (Christiane Singer)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019



Illustration: Elena Kolotusha
    
Il n’y a qu’une manière aujourd’hui
de parler de spiritualité,

c’est de l’allier à l’humour, à la poésie,
à une philosophie au pied vif.

Ce qui est lourd n’a pas d’avenir.

(Christiane Singer)

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Si tu ne marches pas au-dedans (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 18 janvier 2019




    

Si tu ne marches pas au-dedans
vers la Source,
Où la trouverais-Tu ?

À quoi bon ces mirages
Pour capter tes eaux vives
Si tu n’oses manquer
Ce ciel inattendu ?

Il est en toi un printemps,
Un souffle inconnu,
Un éveil à la vie,
Un rendez-vous d’amour qui n’est pas advenu,
Une halte près d’un puits, une étape à midi,
Une fête au soleil qui n’est pas accomplie,

Un silence qui t’appelle,
Un désert traversé,
Un pauvre qui a soif, un dialogue secret,
Un Passant méconnu.

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Levain de ma joie
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Qui aime qui? (Jacqueline Risset)

Posted by arbrealettres sur 1 janvier 2019



Illustration: Edward Hopper
    
Ainsi dans la pièce
au soleil à Paris le matin
attente
bonheur d’attente ensoleillée
silence par la fenêtre dans la cour

et tout à coup : secousse
secousse de bonheur dans l’attente
pas vif et léger

Surprise : on peut aimer un pas ?
le pas de ce toi qui s’approche vite
— doucement

qui aime?

Qui aime qui? »

(Jacqueline Risset)

 

Recueil: L’Amour de loin
Traduction:
Editions: Flammarion

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

Voici la mer, verte et claire (Dylan Thomas)

Posted by arbrealettres sur 31 décembre 2018



 

Voici la mer, verte et claire
Et dans ses flancs, mille poissons
Ondulant leurs écailles en silence
Dans un monde d’herbes vertes et claires.
Voici mille cailloux: mille yeux
Tous plus vifs que le soleil.
Voici les vagues: des danseurs
Sur un parquet d’émeraude
Font des pointes
Pour danser la mer,
Légers comme une pantomine.

(Dylan Thomas)

 

Illustration: ArbreaPhotos

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | 2 Comments »

L’aube se débat (Claude Pujade-Renaud)

Posted by arbrealettres sur 15 décembre 2018




    
L’aube se débat
encore prisonnière
du roncier de la nuit

Se délivre
d’un coup de reins
vif et serein

La nuit bat de l’aile

(Claude Pujade-Renaud)

 

Recueil: Instants incertitudes
Traduction:
Editions: Le Cherche Midi

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , | 1 Comment »

La danseuse espagnole (Rainer Maria Rilke)

Posted by arbrealettres sur 25 novembre 2018



Illustration
    
La danseuse espagnole

Ainsi qu’une allumette qui avant de flamber
darde autour d’elle des langues blanches de lumière;
ainsi commence, — enserrée dans le cercle
des spectateurs , — nerveuse et ronde, brûlante et claire
à s’étendre saccadée sa danse.

Et tout à coup elle est flamme tout à fait.

D’un regard elle allume ses cheveux
et d’un geste révélant un art téméraire
elle lance sa robe toute dans l’incendie
d’où les bras tels des serpents effrayés
s’élancent vifs et claquants.

Puis, comme si le feu lui semblait trop étroit,
elle le ramasse tout entier et le jette,
fière, avec des gestes hautains
et regarde : il est là furieux par terre,
flambant toujours et ne se rendant point.

Cependant victorieuse et sûre d’elle-même
elle lève son visage, d’un doux sourire saluant
et le piétine de ses petits pieds fermes.

(Rainer Maria Rilke)

 

Recueil: Oeuvres 2 Poésie
Traduction: Jacques Legrand, Lorand Gaspar, Philippe Jaccottet, Armel Guerne, Maurice Betz
Editions: Seuil

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :