Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘héritage’

La bouteille à la mer (Michel Butor)

Posted by arbrealettres sur 29 novembre 2019




    
La bouteille à la mer

Mes parois ont tant absorbé
le whisky de mon héritage
que je suis devenue ivre morte
voguant de Floride en Finistère
et ma respiration haletante
empêche mon bouchon de contenir
les vapeurs de mon appel à l’aide

(Michel Butor)

 

Recueil: Collation précédé de HORS-D’OEUVRE scandés par les SOUVENIRS ILLUSOIRES D’UN JAPON TRES ANCIEN
Traduction:
Editions: Seghers

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Être heureux (Stéphane Bataillon)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2019



Illustration: Elizaveta Porodina
    
Être heureux, c’est faire,
nous dit le livre de l’Ecclésiaste dans l’Ancien Testament.

C’est le sens même du verbe grec « poiein »,
d’où dérive le nom poésie : créer, faire.

Pas faire l’amour, faire un dessin ou son travail,
faire un gâteau ou un sourire.
Mais faire. Tout. Tout ça.

Se mettre dans le mouvement des jours,
accepter ce qui vient sans en attendre plus.

Sans l’héritage du temps.
Sans espérer demain.

(Stéphane Bataillon)

 

Recueil: Où nos ombres s’épousent Vivre l’absence
Traduction:
Editions: Bruno Doucey

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 1 Comment »

PRÈS D’UNE TOUR SARRASINE, POUR MON FRÈRE DISPARU (Salvatore Quasimodo)

Posted by arbrealettres sur 24 mars 2019




    
PRÈS D’UNE TOUR SARRASINE, POUR MON FRÈRE DISPARU

J’habitais un clair
coquillage de mer
et dans le lointain j’entendais croître les coeurs
de mon âge battant
avec le mien. Coeurs de dieux ou de bêtes, craintives
ou diaboliques : fables contraires à
l’esprit. Les étaux attentifs
des pièges obscurs
pour renards loups et hyènes,
sous la lune au voile lacéré
se déclenchèrent peut-être pour nous,
coeurs de violettes délicates, coeurs
de fleurs hérissées. Oh ! nous ne devions pas naître
et descendre du son : le sombre tonnerre
dans l’arc-en-ciel d’air et de pierre
grondait à l’oreille de la mer une
enfance erronée, héritage de songes
à rebours, à la terre de mesures
abstraites, où chaque chose
est plus forte que l’homme.

(Salvatore Quasimodo)

 

Recueil: Ouvrier de songes
Traduction: Thierry Gillyboeuf
Editions: LA NERTHE

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Cette ville que j’aime (Anna Akhmatova)

Posted by arbrealettres sur 23 mars 2019



Cette ville que j’aime depuis l’enfance
M’apparaît aujourd’hui
Dans le silence de décembre
Comme un héritage dilapidé.

Tout ce qui m’était donné,
Si facile à offrir:
La chaleur du coeur, l’accent des prières
Et la grâce de la première chanson —

Tout s’est envolé en fumée,
Dissipé tout au fond des miroirs…
Et déjà le violoneux sans nez joue
Un air sur l’irrévocable.

En étrangère curieuse,
Captivée par chaque nouveauté,
J’ai regardé glisser les traîneaux,
J’ai écouté ma langue maternelle.

Avec une puissance, une fraîcheur sauvages,
Le bonheur m’a soufflé au visage,
Comme si l’amie de toujours
Gravissait avec moi le perron.

(Anna Akhmatova)

Titre: L’églantier fleurit et autres poèmes
Traduction: Marion Graf et José-Flore Tappy
Editions: La Dogana

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

QU’EN EST-IL de la vie? (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 6 décembre 2018




QU’EN EST-IL de la vie?
Où mon commencement,
Où ma fin
Moi qui suis ici et maintenant
Source cachée
Et écoulement incessant?
Ma chambre est petite
Cependant je suis sans borne,
Les mots que j’écris
D’autres les ont dits,
Mon héritage
Sagesse ancestrale
D’au-delà du temps,
Je parle de nouveau
À qui n’est pas né,
Car l’être est sans fin.

Qu’est-ce que la mort ?
Où irai-je?
Il n’y a qu’ici,
Et maintenant est toujours.
Me rappellerai-je
Cette vie, ce lieu?
Ce que j’ai oublié
Le saurai-je,
Ce que je sais
L’aurai-je oublié?
Dois-je cesser?
La musique continue de s’écouler.
Qui étais-je alors?
La Présence éternelle
Passe à travers l’herbe.

***

WHAT of life?
Where my beginning,
Where my ending
Who am here and now
Hidden source
And ceaseless flow?
My room is small
Yet I am boundless,
The words I write
Others have spoken,
My heritage
Ancestral wisdom
From beyond time,
I speak again
To the unborn,
For being is endless.

What is death?
Where shall I go?
There is only here
And now is always.
Shall I remember
This life, this place?
What I have forgotten
Shall I know,
What I know
Shall I have forgotten?
Must I cease?
The music flows on.
Who then was I?
The eternal Presence
Moves through the grass.

(Kathleen Raine)

 

 

Posted in méditations | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Elle devait être contente de nous, car elle nous regardait avec bienveillance (Hilda Doolittle)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2018



heures louis 12-3 [800x600]

Hommage aux anges
[35]

Ainsi elle devait être contente de nous,
qui n’avions pas renoncé à notre héritage

au bord de la tombe ;
elle devait être contente

de ce groupe épars du pinceau et de la plume
qui n’avait pas nié les dons de sa naissance ;

elle devait être contente de nous,
car elle nous regardait avec bienveillance

sous le mouvement de ses voiles,
et elle tenait un livre.

[36]

Ah (dis-tu), c’est la Sagesse Sacrée,
Santa Sophia, le SS du Sanctus Spiritus,

ainsi, raisonnement simpliste, logique
le symbole incarné du Saint Esprit ;

ton Saint Esprit était un pommier
qui brûlait — ou plutôt bourgeonne à présent

de fleurs ; le fruit de l’Arbre ?
c’est la nouvelle Ève qui vient

pour rendre, pour récupérer
ce qu’elle a perdu pour la race,

abandonnée au péché, à la mort ;
elle apporte le Livre de la Vie, évidemment.

***

So she must have been pleased with us,
who did not forgo our heritage

at the grave-edge ;
she must have been pleased

with the straggling company of the brush and quill
who did not deny their birthright;

she must have been pleased with us,
for she looked so kindly at us

under her drift of veils,
and she carried a book.

Ah (you say), this is Holy Wisdom,
Santa Sophia, the SS of the Sanctus Spiritus,

so by facile reasoning, logically
the incarnate symbol of the Holy Ghost;

your Holy Ghost was an apple-tree
smouldering—or rather now bourgeoning

with flowers; the fruit of the Tree?
this is the new Eve who comes

clearly to return, to retrieve
what she lost the race,

given over to sin, to death;
she brings the Book of Life, obviously.

(Hilda Doolittle)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’HÉRITIER (Gilles Vigneault)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

lune-hiver

L’HÉRITIER

Pendant que de lune en froidure
Décembre se dépense en vain,
Mon coeur ce soir manque de vin
Et mon âme dort sur la dure.

Mon vieil oncle le temps qui dure,
M’ayant laissé comme écrivain
Vers les mil sept cent quatre vingts
Son héritage de rature,

Je mets à le dilapider
L’entêtement des sédentaires
Qui vont de mystère en mystère,

Sans rien faire pour éluder
Ni les échos ni les empreintes
Par qui chantent les labyrinthes…

(Gilles Vigneault)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Ce que j’ai (Michaële Lafontant)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2018



 

Abdalieva Akzhan -   21

Ce que j’ai

Je n’ai comme trésor
Qu’un coeur d’enfant
Fait pour aimer
Pleurer souffrir

Pas de fortune
Pas d’héritage
Une simple plume
Est mon espoir

Mes chants d’amour
Mes chants d’espoir
Il faudra bien
Les disperser

Les disperser
Dans tous les coeurs
Pour leur apprendre
À mieux aimer

Je n’ai pour titre
Qu’un nom poète
Je peux le vivre
Et l’élargir

(Michaële Lafontant)

Illustration: Abdalieva Akzhan

 

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Part d’héritage (Jean Grosjean)

Posted by arbrealettres sur 6 juillet 2018




    
Part d’héritage

Le mahonia des abeilles,
son parfum de miel.
L’yeuse au détour du chemin.
Au loin le bruit de la mer.

Je ne sais si tu l’entends.
Ton visage est lumineux
mais ton ombre sur la terre…

Me vois-tu te regarder
dans l’ombre où tu m’as laissé?

(Jean Grosjean)

 

Recueil: Les vasistas
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Les mots (Mireille Gaglio)

Posted by arbrealettres sur 25 mai 2018




Les mots

Ne sont-ce donc que des mots
Que le vent va emporter?
Ne sont-ce donc que des mots,
Qu’il faudra oublier?
Des mots qui devront se taire
Des mots devenus amers,
Ces mots si vivants
Que j’écris,
Ces mots émouvants
Que je crie:
Peut-être sans valeur,
Mais écrits avec ferveur…
Ces mots seront mon héritage
Ces mots que je donne sans partage
A qui les prend!
Sans qu’il me les rende…
Ces mots sont mon message:
Mots d’amour ou d’amitié
Mots de joie ou de clarté
Mots de piété ou de pitié,
Mots de paix…
Ces mots, je vous les offre:

Prenez-les!

(Mireille Gaglio)

 

 

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | 13 Comments »

 
%d blogueurs aiment cette page :