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UNE LEÇON TARDIVE (Aksinia Mihaylova)

Posted by arbrealettres sur 24 décembre 2020




    
UNE LEÇON TARDIVE

Ce n’est pas le jardin de ma mère
où, entre les plates-bandes de sarriette et basilic,
on m’apprenait à vivre dans mon sillon
pendant que je tenais les balances lourdes
de la liberté.

Le jardin, je l’ai porté de longues années
comme un foulard invisible
autour de mon cou
et plus avec les yeux qu’avec le cœur
j’aspirais l’odeur des autres jardins exotiques
mais je n’ai pas pu comprendre
les merveilles du monde.

C’est un jardin à la fin de juin,
la fête est finie, la tasse de café
est à demi pleine sur la table,
une tortue essaie de monter les escaliers
depuis le matin et pendant qu’elle heurte
sa carcasse contre les pots de fleurs
au pied de la première marche,
elle m’apprend à m’affranchir
de mon sillon.

(Aksinia Mihaylova)

 

Recueil: Le baiser du temps
Traduction:
Editions: Gallimard

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LEÇON (Mirosław Grudzień)

Posted by arbrealettres sur 28 septembre 2020




Illustration: Joseph Beuys    
    
LEÇON

ce sont si peu de mots
que j’extirpe du fond de moi
autant que de la poussière de craie
échappée du frottoir
après que le tableau
ait été frotté

il reste encore une chose
coincée dans la gorge telle une arête
qui ne veut pas sortir
au tableau noir
un vieux maître d’école écrit
un texte illisible:
ma vie

le temps s’amenuise
jusqu’à ce que retentisse la fin de la leçon
toujours moins de mots
toujours moins de craie
s’attache à vos doigts.

***

LEKCJA

tak mało słów
z siebie wyduszam
tyle co kredowego pyłu z gąbki
po starciu tablicy

ciągle coś
pozostaje
tkwi kością w gardle
nie chce wyjść

stary belfer
pisze na szkolnej tablicy
niezrozumiały tekst
moje
życie

coraz mniej czasu do dzwonka
coraz mniej słów
coraz mniej kredy
w palcach

***

LESSON

it’s so few words
that I wring out of myself,
as much as some chalk dust
out of an eraser
after the blackboard’s
been wiped clean.

Something still remains,
stuck like a bone in the throat,
will not go out.

On the school blackboard,
an old schoolmaster is writing
an unintelligible text:
my life.

It’s less and less time
until the lesson end rings,
fewer and fewer words
less and less chalk
in fingers.

***

AULA

São tão poucas as palavras
que de mim extraio
quanto o pó de giz
de um apagador
após limpa
a lousa.

Contudo, algo permanece preso
como um osso na garganta
que não se liberta

Na lousa negra da escola,
um velho professor escreve
um texto ininteligível:
a minha vida

Há cada vez menos tempo
até ao toque do fim da aula,
cada vez menos e menos palavras
cada vez menos giz
nos dedos.

***

LECCIÓN

son tan pocas palabras
que me deslizo
como el leve polvo de la tiza
fuera del borrador
cuando la pizarra
ha sido borrada.

Algo queda aún
adherido como un hueso a la garganta
que no saldrá

en la pizarra de la escuela
un viejo maestro escribe
un texto ininteligible:
mi vida

es cada vez más corta
hasta que suene la sirena al final de la lección
menos y menos palabras
cada vez menos tiza
en sus dedos

***

LEZIONE

sono poche appena le parole
che scrivo di me stesso,
tante quanto la polvere di gesso
che esce dal cancellino
dopo che la lavagna
è stata pulita.

qualcosa ancora rimane,
ficcata in gola come una spina,
che non vuole andare giù

sulla lavagna della scuola,
un anziano maestro sta scrivendo
un testo incomprensibile:
la mia vita.

sempre meno è il tempo
prima che la campanella suoni,
e sempre di meno sono le parole
ancora meno il gesso
sulle dita.

***

LEKTION

Es sind so wenige Worte
die ich aus mir heraus zwänge
so viel wie etwas Kreidestaub
aus dem Lappen
nachdem er die Tafel
abgewischt hat
etwas bleibt stecken
wie ein Knochen im Hals
will heraus
auf der Tafel
schreibt ein alter Schulmeister
einen unverständlichen Text:
mein Leben
es bleibt immer weniger Zeit
bis es klingelt zum Ende der Lektion
immer weniger Worte
immer weniger Kreide
bleiben in den Fingern.

***

LES

het zijn zo weinig woorden
die ik uit mij wring
zo veel als wat krijtstof
uit een bordenwisser
na het bord
schoon te hebben geveegd
iets blijft nog achter
zit vast als een graat in de keel
wil er niet uit
op het schoolbord
schrijft een oude schoolmeester
een onleesbare tekst:
mijn leven
er is steeds minder tijd
tot het einde van de les rinkelt
steeds minder woorden
steeds minder krijt
nablijft aan de vingers

***

УРОК

тaк немного слов
из себя выдавливаю
нaстолькo что пыли мела от губки
после стирания доски

всё еще что-то остается
кaк кость поперёк горлa
не хочет выйти
на классной доске
старый учитель пишет
непoнятный текст:
моя жизнь
всё менее времени до звонка
всё менее слов
всё менее мела
в пальцах

(Mirosław Grudzień)

 

Recueil: ITHACA 577
Traduction: Français Germain Droogenbroodt – Elisabeth Gerlache / Polonais original / Anglais Stanley Barkan / Portugais Maria do Sameiro Barroso / Espagnol Rafa Carcelén / Italien Luca Benassi / Allemand Wolfgang Klinck / Néerlandais Mirosław Grudzień – Germain Droogenbroodt / Russe Miroslav Grudzen – Malgorzata Zuretsk
Editions: POINT

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L’idée d’une expression acroamatique (Pierre Oster)

Posted by arbrealettres sur 25 août 2020



Illustration
    
L’idée d’une expression acroamatique, en le double sens de ce mot :
leçon orale et enseignement ésotérique, est au fondement de toute poésie.
De personne à personne.

(Pierre Oster)

 

Recueil: Paysage du Tout
Traduction:
Editions: Gallimard

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Sur le fuseau de nacre (Ossip Mandelstam)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



Sur le fuseau de nacre
Tendant le fil de soie,
Doigts souples commencez
L’envoûtante leçon !

Le flux et le reflux des mains,
Leurs gestes monotones
Comme si tu exorcisais
Je ne sais quel effroi solaire,

Lorsque ta large paume,
Pareille au coquillage flamboyant
Tantôt s’éteint, vers les ombres tombant,
Et tantôt disparaît dans le feu rose !

(Ossip Mandelstam)


Illustration: Vermeer de Delft

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Entre l’Etre et les Choses (Carlos Drummond de Andrade)

Posted by arbrealettres sur 8 mai 2020



Entre l’Etre et les Choses

Eau et amour, ohé l’amour, où est l’amour,
demandé-je au vent large, à la roche impérieuse,
et je me livre à tout, quand dans cette fraîcheur
de chose vive s’amatutine le jour.

Aux âmes, nullement, les âmes vont planant,
et, oubliant la leçon qui déjà s’esquive,
font de l’amour une humeur, et font caressant
et tendre ce qui a nature corrosive.

Dans l’eau et la pierre l’amour laisse gravés
ses hiéroglyphes et ses messages, ses
vérités les plus nues comme les plus cachées.

Même les éléments, pris par l’enchantement,
ne savent l’amour qui les point, et les poignant,
fait un brasier ardent dans le jour finissant.

(Carlos Drummond de Andrade)

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Les Amoureux (Aldebert)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2020




    
Les Amoureux

Souvent a l’école, on se moque de nous
Les enfants rigolent, ce sont des jaloux
Ma princesse a osé, quelle bien jolie scène
Elle a déposé sa main dans la mienne

Nous faisons le mur, ce n’est pas de tout repos
Je suis sans armure, elle est sans château
Souvent dans la rue, on nous montre du doigt
Les gens sont bourrus, mais les gens sont comme ça

Tout ça parce que tous les deux, nous oublions d’être sages
On est amoureux, et nous enjambons les nuages!

Nous avons fugué entre deux paragraphes
Nous avons largué les leçons d’orthographe
Tout par dessus bord, les dictées, les problèmes
On est tombé d’accord, pour se dire je t’aime.

Ici les oiseaux sont dans la confidence

Quand on est en haut, plus rien n’a d’importance
Au premier baiser, plus rien ne bouge
J’ai senti passer, mes joues de roses à rouges

Selon les vents, si ça nous sonne
Quand nous serons de grandes personnes
Nous redescendrons sur Terre

Et quand les archers auront des ailes
Le cœur de tout les écoliers
Nous viendrons vous chanter ces vers

Levez bien la tête! Ouvrez grand les yeux!
Vous verrez peut être les enfants amoureux.

Fleurter sur les stratus, quelle sensation étrange.
Flâner sur les nimbus, deux apprentis-anges.

Nous oublions d’être sages, et nous enjambons les nuages.
Nous oublions d’être sages, et nous enjambons les nuages!

(Aldebert)

 

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L’école (Catherine Leblanc)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2020



Illustration: Robert Doisneau
    
L’école

T’as oublié ton tablier
Ton pain sot et ton ment tôt
T’es trop bavard sur les buvards
Et trop brouillon pour les leçons

Aujourd’hui : Mathématiques !
Y’a dix visions à trouver
Tu as besoin du mage Uscule
Il fait d’une table un tableau
D’un quart de table un cartable

Il va jeter tout lait caillé
Et sort les mots
Délivre d’école

(Catherine Leblanc)

Recueil: Les poèmes ont des oreilles
Traduction:
Editions: Rue du Monde

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Rondeau des rondeaux (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2020



    


    
Rondeau des rondeaux

Pour le rondeau des rondeaux
Il faut disposer en rond
Douze écoliers : six garçons
Et six filles, puis il faut

Que tous sachent leur leçon
Sans oublier un seul mot
Pour le rondeau des rondeaux
Un rondeau, ce n’est pas long
Le septième fait l’écho
Du premier et de nouveau
Le même en dernier répond
Pour le rondeau des rondeaux

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Rondeau des moineaux qui vont à l’école (Jacques Roubaud)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2020




    
Rondeau des moineaux qui vont à l’école

Quand vous irez à l’école
Petits moineaux du printemps
N’oubliez pas en partant
De peigner vos plumes folles
Avec un peigne à cinq dents

Et chantez bien les paroles
De vos leçons en volant
Quand vous irez à l’école

Que les punis se consolent
Les larmes sèchent au vent
Vous trouverez en rentrant
Des grains de blé dans vos bols
Quand vous irez à l’école

(Jacques Roubaud)

 

Recueil: Rondeaux poésies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Petite leçon (Claude de Burine)

Posted by arbrealettres sur 15 janvier 2020



 

Petite leçon

regarde une fleur:
Tu es une fleur.
Un arbre:
Tu es un arbre.
La tache de sang qui sèche au mur:
Tu es cette tache et sa vengeance
La Croix des chemins ouverte sur le ciel
C’est toi.

Tu es ce que tu regardes.

(Claude de Burine)

 
Illustration: ArbreaPhotos

 

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