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Poésie

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Nous devons faire en sorte (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 5 mars 2019




    
Nous devons faire en sorte que le texte que nous lisons nous lise.
Que la musique que nous écoutons
nous entende.
Que cela que nous aimons
au moins paraisse nous aimer.

Il faut en finir avec l’illusion
d’une réalité à un seul sens.
Il importe à présent
que chaque chose en ait au moins deux,
bien qu’au fond nous sachions
que si une chose n’a pas tous les sens
elle n’en a aucun.

Nous devons faire en sorte que la rose
que nous venons de créer en la regardant
nous crée à son tour.
Et obtenir qu’ensuite
elle engendre à nouveau l’infini.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Nouvelle Poésie Verticale
Traduction: Roger Munier
Editions: Lettres Vives

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Le poème ne se fabrique pas (Jean Lavoué)

Posted by arbrealettres sur 23 janvier 2019




    
Le poème ne se fabrique pas
Il ne se possède pas
Il ne s’obtient pas au mérite
Il ne prouve pas sa conformité
C’est un chant clandestin
Un don reçu
Un présent inespéré
Un cerceau faisant rouler la nuit
Autour des hanches du silence
Une main posée sur la tempe bleue du temps
Une ombre qui tient tête au soleil
L’éblouissement d’un amour gracieux
La simplicité d’un pardon sans aveu

(Jean Lavoué)

 

Recueil: Nous sommes d’une source
Traduction:
Editions: L’enfance des arbres

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Oh qu’importe (Fernando Pessoa)

Posted by arbrealettres sur 18 novembre 2018




    
Oh qu’importe
Qu’elle le soit déjà
Ou que mon destin ne comporte
Que ne l’avoir obtenu pas ?
Ne pas l’avoir ou la perdre
C’est le même amour sans cris
Dans ce coeur meurtri.
Oh, elle,
Celle
Qui est si belle,
Est toujours la femme d’autrui.

Elle est si belle,
La petite rebelle,
Ce joyau de jeunesse ;
Elle est si belle
Que mon coeur s’en blesse.
Oh, quelle tristesse,
Quel amour sans cris !
Car celle
Qui est si belle
Est toujours la femme d’autrui.

(Fernando Pessoa)

 

Recueil: Poèmes français
Traduction:
Editions: de la Différence

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AMOUR DE NOTRE AMOUR (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 18 octobre 2018



 

Konstantin Kacev  (55)

AMOUR DE NOTRE AMOUR

JE n’ai rien obtenu et j’ai tout désiré,
Corps, triste chair de sang, de muscles et de nerfs,
Insatiable, et ce duel avec une âme,
Ce fantôme qu’on cherche et qui fuit, ce fantôme
Toujours présent, toujours absent…

Je n’ai rien obtenu, ma quarantième année.
Je suis là, tout pareil à celui qui connut,
Naguère, la chance folle de la jeunesse.
Tout pareil, mais avec des cheveux gris aux tempes,
Le coeur désaccordé, les mains plus paresseuses,
Et cet ennui de tout dont on ne guérit pas…

Je n’ai rien obtenu et j’ai tout désiré.
Bonheurs trop douloureux qu’on invente et qu’on trouve
Et qu’il faut peu à peu détruire à coups de dents.
Bonheurs qu’on ne méritait pas, bonheurs trop sûrs
Pour que le ciel soit toujours clair et l’âme bonne…

Je ne vous laisse point dormir en paix, visages
Des êtres trop aimés façonnés par mes mains.
Je vous vois. Je vous sais fidèles à ma voix.
gais qu’êtes-vous, sinon des visages semblables
A ceux que vous portez, à ceux qui me font mal ?

Je ne puis pas me ressembler. Je suis celui
Qui ne peut pas se ressembler et qui demeure
L’enfant qui souriait devant un grand miroir
Qui souriait, et ne savait s’y reconnaître…

Pardonnez-moi, mes ans perdus, d’avoir été
Celui qui s’est trompé de coeur et d’aventure,
Qui n’a pas su mener ses pas où il fallait.
Où il fallait. Mais qui dira où il fallait ?
C’est là-bas, on ne peut dire où, là-bas, très loin,
Dans quelque exil du coeur et du corps emmêlés,
Au milieu d’un grand cercle sage et calme et triste,
Où tout est résolu d’avance, où il n’est point
D’appels, d’envols, de dieux jaloux de leurs paroles,
De choses qui s’en vont dès qu’on veut les saisir…

Pardonnez-moi, si je ne laisse d’autre trace
Qu’un chemin vague, avec des trous d’incertitude,
Si j’ai tout désiré mais n’ai rien obtenu
Que cet âge, entre les deux frontières de la vie,
Où je me perds encore à dire tous mes manques,
Où le silence en moi me ravit à moi-même…

(Louis Emié)

Illustration: Konstantin Kacev

 

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Dors ! (Marceline Desbordes-Valmore)

Posted by arbrealettres sur 23 juillet 2018



 

Odd Nerdrum  Man in a Boat [1280x768]

Dors !

L’orage de tes jours a passé sur ma vie ;
J’ai plié sous ton sort, j’ai pleuré de tes pleurs ;
Où ton âme a monté mon âme l’a suivie ;
Pour aider tes chagrins, j’en ai fait mes douleurs.

Mais, que peut l’amitié ? l’amour prend toute une âme !
Je n’ai rien obtenu ; rien changé ; rien guéri :
L’onde ne verdit plus ce qu’a séché la flamme,
Et le coeur poignardé reste froid et meurtri.

Moi, je ne suis pas morte : allons ! moi, j’aime encore ;
J’écarte devant toi les ombres du chemin :
Comme un pâle reflet descendu de l’aurore,
Moi, j’éclaire tes yeux ; moi, j’échauffe ta main.

Le malade assoupi ne sent pas de la brise
L’haleine ravivante étancher ses sueurs ;
Mais un songe a fléchi la fièvre qui le brise ;
Dors ! ma vie est le songe où Dieu met ses lueurs.

Comme un ange accablé qui n’étend plus ses ailes,
Enferme ses rayons dans sa blanche beauté,
Cache ton auréole aux vives étincelles :
Moi je suis l’humble lampe émue à ton côté.

(Marceline Desbordes-Valmore)

Illustration: Odd Nerdrum

 

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Ce dont Lily voulait se saisir (Virginia Woolf)

Posted by arbrealettres sur 24 juin 2018


 


 

Artemisia Gentileschi_autoritratto_1638_-_1639

Ce dont Lily voulait se saisir
était cette irritation même des nerfs,
la chose elle-même
avant qu’elle ne se transforme en autre chose.
Obtenir cela et recommencer;
obtenir cela et recommencer, dit-elle
désespérément,
se projetant fermement contre son chevalet

(Virginia Woolf)

Illustration: Artemisia Gentileschi

 

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Le sort va-t-il me condamner (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 4 juin 2018




    
Le sort va-t-il me condamner à la solitude, quand je t’ai pour compagnie,
le jour me couvrir de ténèbres, alors même que tu es mon soleil ?

Dans mon amour pour toi j’ai planté tous mes rêves,
et des fruits attendus je n’obtiens que la mort.

(Ibn Zaydûn)

 

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

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Une vallée de larmes de joie et de douleurs (Maurice Chappaz)

Posted by arbrealettres sur 20 mai 2018



Une vallée de larmes
de joie et de douleurs,
une vallée où nul
ne peut vivre sans pardon
ni garder une miette
pour soi.
Mais la beauté s’obtient
par l’amitié
d’une chose plus belle.
Ni vu ni connu :
il faut mourir pour renaître.

(Maurice Chappaz)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Illustration: Wojtek Siudmak

 

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Tous se vouent à Ton adoration (Râbi’a)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2018



Tous se vouent à Ton adoration
Car ils sont tous terrorisés par Ton enfer

Ce qu’ils espèrent obtenir, c’est le salut
Qui est pour eux le seul garant de leur dû

Sur l’enfer et sur le paradis
Moi, je n’ai rien à formuler

Sinon que simplement je dirai non
A tout ce qui prétendrait en moi prendre la place de mon Aimé

(Râbi’a)

Illustration: Bernard Buffet

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Vous tombez des nues (Robert Desnos)

Posted by arbrealettres sur 20 février 2018



Illustration: Iris Scott
    
Vous tombez des nues

1
Je marchais presque endormi
À la lueur des réverbères
Et je rêvais à demi
En poursuivant des chimères
Soudain vous êtes passée
Dans l’avenue de Villars
Ma fatigue est effacée
Je m’éveille à votre regard.

Refrain
Je tombe des nues
De vous voir dans l’avenue
Étrange et belle inconnue
Je vous rêve et je vous vois nue
Je tombe des nues
Par où êtes-vous venue
Dites-moi belle inconnue
D’où venez-vous par l’avenue?
Quelle est la clef du mystère
Seriez-vous ange au paradis
Ou bien êtes-vous sorcière
Et d’un balai tombée ici
Vous tombez des nues
Venez, venez belle inconnue
Vous êt’s ma joie obtenue
Chez moi soyez la bienvenue.

(Robert Desnos)

 

Recueil: Les Voix intérieures
Traduction:
Editions: L’Arganier

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