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Poésie

Posts Tagged ‘lune’

L’isolement (Pe-Lo-Yé)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



L’isolement

C’est en isolant son corps du monde
qu’on se prépare à en isoler son esprit.
Je vais seul.
Je m’enivre de la contemplation du ciel bleu,
de la lune brillante et des étoiles sans nombre.

Mes oreilles se sont fermées.
J’ai perdu la notion de la distance et du temps.

J’ai oublié que je portais dans ma manche
plusieurs onces d’or,
et je les ai laissées tomber sur le chemin.

Voyant que j’étais devenu indifférent
à la possession de l’or jaune,
des courtisanes sont accourues
et ont déployé autour de moi leurs séductions ;
Mais mon esprit avait franchi
les pics neigeux et les nuages froids ;
il était déjà perdu dans les régions élevées.

Voyant que je demeurais immobile,
des insectes cruels ont attaqué ma peau
et déchiré ma chair ;
Mais mon esprit était si loin
que mon corps était devenu insensible
à la douleur comme à la volupté.

Que n’ai-je atteint à la perfection
et à la pureté des sages !
mon esprit se serait détaché de mon corps
comme la flamme se détache du flambeau
quand le vent l’emporte ;
Et, laissant ce corps inerte,
il ne serait plus revenu.

(Pe-Lo-Yé)

 

 

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Souvenir de l’Antiquité (Tsien-Ki)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Souvenir de l’Antiquité

La Voie lactée brille dans un ciel d’automne,
et le grésil voltige en parcelles de jade ;
Le vent du nord emporte les parfums du nénuphar.

Une jeune femme concentre ses pensées.
Elle dévide de la soie,
aux lueurs affaiblies de sa lampe solitaire ;
Elle essuie des larmes ;
elle trouve bien longues et bien froides
les heures de veillées que marque sa clepsydre.

Les nuages purs, qui courent sur l’azur céleste,
passent seuls devant sa demeure.
La lune est le seul hôte du pavillon,
où l’on n’entend que le croassement des corbeaux
et le cri des oies sauvages.

Quelle est-elle donc cette jeune femme
qui brode sur son métier l’oiseau youèn ?
Qui s’abrite à grand’peine dans ses rideaux de soie,
derrière son paravent incrusté de nacre,
Et qui, de sa chaste fenêtre,
regarde tristement tomber les feuilles ?

Quelle est-elle cette jeune femme
qu’il faut plaindre,
qui souffre,
et que personne ne soutient
dans son isolement ?

(Tsien-Ki)

Illustration: Suzuki Harunobu

 

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Le poète passe une nuit d’été sous les arbres (Li-Y)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Le poète passe une nuit d’été sous les arbres

Etendu sous les grands arbres,
où je trouve un refuge contre l’accablante chaleur,
Je contemple les nuages blancs, répandus sur l’azur du ciel :
Cette situation m’enchante ; mon cœur est ouvert à la joie ;
Je sens d’ailleurs, dans mes idées, l’influence d’un vin généreux.

La lune brille de tout son éclat ; une tiède rosée me pénètre ;
Le silence de la nuit n’est troublé
que par le murmure de la source et le frémissement des bambous.
Un vent frais se joue dans mes longues manches,
et se glisse sous ma robe de soie ;

L’immense bien-être que j’éprouve,
qui jamais pourrait l’exprimer !

(Li-Y)

Illustration: Ohara Koson

 

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Au jardin du Sud (Li Ho)

Posted by arbrealettres sur 29 mars 2017



Au jardin du Sud

Chercher son style, cueillir ses phrases, quel vieux scrutateur de vermisseaux!
La lune matinale, devant le store, s’accroche comme un arc de jade.
Ne voyez-vous pas, d’année en année, sur les hautes mers,
La littérature pleurer son sort dans le vent d’automne?

(Li Ho)

 

 

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Bateau sur le ruisseau limpide (Tchang Hiu)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Bateau sur le ruisseau limpide

Le voyageur, appuyé sur la rame de son bateau,
Fredonne un air plaintif, le soir tombant.
En riant, il tend ses bras vers la lune du ruisseau bleu;
«Cette pure clarté, je ne m’en lasserai jamais!»

(Tchang Hiu)

 Illustration

 

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Pensée d’une nuit fraîche (Wang Pou)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Pensée d’une nuit fraîche

Ton absence trop longue me déchire le coeur.
Au pays lointain, ton visage a-t-il changé de couleur?
Sous la lune, cette nuit, je cherche l’accord sur mon luth plaintif.
Vers toi, toujours, s’en iront mes pensées.

(Wang Pou)

 

 

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Depuis votre départ (Tchang Kieou-Ling)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017


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Depuis votre départ

Depuis que vous êtes parti,
Je laisse en désordre le métier à tisser.
Comme la lune pleine, à force de penser à vous,
Nuit après nuit, je diminue d’éclat et de fraîcheur.

(Tchang Kieou-Ling)

 

 

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Pensée d’une nuit calme (Li Po)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2017



Pensée d’une nuit calme

Devant mon lit, au clair de lune,
Je crois le sol couvert de givre.
Je lève la tête, et contemple la lune qui brille.
Je baisse la tête, et songe à mon pays lointain.

(Li Po)

 

 

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Misère (Birago Diop)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



Misère

Larme, larme importune
qui choit sans bruit, dans la nuit
Comme un rayon de lune
dans la nuit qui fuit.
Le cœur vaste comme un rêve
un rêve d’enfant
Souffrant ailleurs
Vous pleure
Serments, leurres
des heures
d’antan.

Murmures, murmures indistincts
qu’on égrène sans fin
qu’on égrène en vain
sur les longs chemins,
Sur les chemins indistincts.
Les peines,
Les petites peines,
Les grandes peines
les peines lointaines
Reviennent
Ternir
le souvenir

Plainte, plainte douce
sans cesse envolée
Que pousse
l’âme esseulée
Sur l’aile d’un rêve
Elle crève
Comme le sachet
d’un
parfum
secret.

(Birago Diop)


Illustration: Zhaoming Wu

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LA nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée (Louis Emié)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2017



 

Christian Schloe 70323648_b

La nuit donne à la nuit sa forme et sa contrée :
Ces archipels de lune aux longs chemins mouvants
Et par l’unique étoile une ombre déchirée
– Appel d’un dieu perdu dans le mythe des vents.

La nuit donne à la nuit ses lambeaux de silence,
D’un silence où la mer en nous ne s’entend plus,
Où l’ange en s’endormant visite une autre enfance
Et nous laisse mourir pour ceux qui se sont tus.

La nuit n’attend que nous pour boire une eau plus pure :
L’éloge d’une larme est celui du pardon.
Mortels cloués vivants à la sainte blessure,
Notre couche d’orage à l’amour dit son nom.

– Amour, à cette nuit refuse les visages
Que nous avons subi pour déjouer ta loi !
Le temps ne t’appartient que si tu le partages
Et le jour doit mourir s’il ne meurt que de toi.

Amour, blancheur de l’ange éparse dans les nombres
Dont la nuit dissimule et surprend le pouvoir,
Dans cette solitude interdite aux décombres
Nous as-tu rejetés pour te voir sans me voir ?

(Louis Emié)

Illustration: Christian Schloe

 

 

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