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Posts Tagged ‘lune’

LUNAPARK (Jan Skacel)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2019




    
LUNAPARK

Arlequin veut voler la lune
Pierrot pleure pourquoi
le monde est-il gai comme une baraque de tir
et le manège tourne-t-il sans enfants

Où les manèges sans enfants vont-ils en tournant
autour de la rose de la baraque de tir nocturne
Pierrot pleure toutes les larmes de son corps
Arlequin veut voler la lune

Et soudain j’ai le cœur serré
je demande à la rose en papier pourquoi
le monde parfois semble une baraque de tir inutile
et vers où tourne le manège sans enfants

(Jan Skacel)

 

Recueil: Millet Ancien
Traduction: Yves Bergeret & Jiri Pelan
Editions: Atelier la Feugraie

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Veille, car tu vas mourir ! (Juan Ramón Jiménez)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



 

Kelly Vivanco 900

Veille, car tu vas mourir !
Ne donne pas la mort à ta mort
par ton sommeil !
… Les roses sont
épanouies, comme l’aurore
de l’amour qui n’en finit pas !

— Ces heures étoilées,
qu’elles seront universelles,
si tu endors ton rêve,
et restes éveillé ! —

Cette force est ta vie,
et tu es son gardien.
Quelle éternité emporte la rivière,
avec la lune, tandis que meurent, tandis que dorment,
amas d’ombre et de fumée,
ceux qui dorment, ceux qui meurent !

Veille, car tu vas vivre !

***

¡Vela, que vas a morir!
¡No le des muerte a tu muerte,
con tu sueño!

¡Están las rosas
abiertas, como la aurora
del amor que no se acaba!

—Estas horas estrelladas,
¡qué universales serán,
si tú duermes a tu sueño,
si tú te quedas en vela!—

La fortaleza es tu vida,
y tú eres su guardián.
¡Qué eternidad lleva el río,
con la luna, mientras mueren, mientras duermen,
en montones de humo y sombra,
los que duermen, los que mueren!

¡Vela, que vas a vivir!

(Juan Ramón Jiménez)

Illustration: Kelly Vivanco

 

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L’impossibilité de vivre (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 16 mars 2019



Illustration: Olivier de Sagazan 
    
L’impossibilité de vivre
se glisse en nous au début
comme un caillou dans la chaussure :
on le retire et on l’oublie.

Ensuite arrive une pierre plus grande
qui n’est plus déjà dans la chaussure :
le premier ou le dernier malentendu
se mêle à l’amour ou au doute.

Viennent après d’autres échecs :
la perte d’un mot,
la sauvage irruption d’une douleur,
une mort sur le chemin,
la chute d’une feuille sur notre solitude,
la vieillesse qui s’annonce
comme un soir écorché par la pluie.

Nous émergeons de tout
avec un tremblement qui dissout la confiance.
La lune pâlit,
nous commençons à nous méfier du soleil.

Et un jour quelconque,
dans la prairie ou le ciment,
dans la dissonance qui brise une chanson
ou une rotation inattendue au lit,
quelque chose nous blesse comme un fouet:
vivre c’est dévivre.
La promesse est rompue.

Qui a fait la promesse ?
Et qui peut la croire ?
Nous ne le saurons plus.
La promesse était autre.

Vivre est impossible.
Mais à l’intérieur du vivre il y a autre chose
que nous ne comprendrons jamais
et qui pourtant saute et joue
comme un dieu étonné
qui ne s’accordera jamais
avec les scandales successifs
de vivre sans vivre
et de mourir sans vivre.

***

La imposibilidad de vivir
se nos infiltra al principio
como una pequeña piedra en el zapato:
uno la quita y se olvida.

Luego llega un piedra mas grande,
y ya no en el zapato:
el primero o el último malentendido
se mezcla con el amor o la duda.

Vienen después otros fracasos:
la pérdida de un palabra,
la salvaje irrupción de un dolor,
una muerte en el camino,
la caída de una boja sobre nuestra soledad,
la vejez que se anuncia
como un tarde desollada por la lluvia.

Emergemos de todo,
con un temblor que disuelve la confianza.
La luna empalidece,
comenzamos a desconfiar del sol.

Y un día cualquiera,
en la pradera o el cemento,
en la disonancia que rompe una canción
o en una vuelta sorpresiva en el lecho,
algo nos hiere como un látigo:
vivir es desvivir.
La promesa está rota.

¿Quién hizo la promesa?
¿ Y quién puede creerla?
Ya nunca lo sabremos.
La promesa era otra.

Vivir es imposible.
Pero adentro del vivir hay otra cosa,
que jamás entenderemos
y sin embargo salta y juega
como un dios asombrado,
que nunca armonizará
con los sucesivos escándalos
de vivir sin vivir
y morir sin vivir.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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LE SOLEIL ET LA LUNE (Louis Simpson)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



    

LE SOLEIL ET LA LUNE

« Si le soleil et la lune devaient douter,
Ils disparaîtraient à l’instant. »

Quand j’essaie de penser à ce qu’ils ont en commun
Je dois bien admettre que c’est la paranoïa

Une foi inébranlable en leur propre importance…
Ils voient ce qu’ils veulent.

A coup sûr, la vie est beaucoup plus simple.
Il faut être fou, tout est là.

En fait, je n’ai qu’à m’en prendre à moi-même.
Je m’assois pour écrire…

Une heure plus tard la table est couverte de mots.
Alors je les raye l’un après l’autre.

***

THE SUN AND THE MOON

« If the Sun and Moon should doubt,
They’d immediately go out. »

When I try to think what they have in common
I have to say, paranoia.

An unshakable belief in their own impo rtance…
They see what they desire.

Certainly, life would be a lot simpler.
You have to be mad, that’s the catch.

As it is, I have no one to blame but myself.
I sit down to write…

An hour later the table is covered with words.
And then I start crossing them out.

(Louis Simpson)

 

Recueil: Nombres et poussière
Traduction:
Editions: Atelier La Feugraie

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Sur le tard, je n’aime que la quiétude (Wang Wei)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



Sur le tard, je n’aime que la quiétude.
Loin de mon esprit la vanité des choses.
Dénué de ressources, il me reste la joie
De hanter encore ma forêt ancienne.

La brise des pins me dénoue la ceinture;
La lune caresse les sons de ma cithare.
Quelle est, demandez-vous, l’ultime vérité?
Chant de pêcheur, dans les roseaux, qui s’éloigne…

(Wang Wei)

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LES PERLES DE JADE (Tchan-Tiou-Lin)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2019



 jade perles 8

 

LES PERLES DE JADE

J’ai vu passer la première épouse du grand Mandarin Lo-Wang-Li ;
elle se promenait à cheval près du lac,
dans l’allée où la lune blanchit les feuilles de saule.

En se promenant elle a laissé tomber de son cou quelques perles de jade ;
un homme, qui se trouvait là, les a ramassées et s’est enfui très joyeux.

Mais moi, je n’ai pas ramassé de perles,
parce que je regardais seulement le beau visage de la jeune femme,
plus blanc que la lune dans les feuilles de saule,
et je m’en suis allé en pleurant.

(Tchan-Tiou-Lin)

 

 

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La chanson des nénuphars (Wang Changling)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



Illustration: Toyohara Chikanobu
    
La chanson des nénuphars

Les feuilles des nénuphars et les jupes de gaze légère sont teintes de la même couleur ;
Sur les fleurs des nénuphars et sur de riants visages, c’est le même rose qui s’épanouit.
Les feuilles et la gaze, les fleurs et les visages s’entremêlent au milieu du lac ; l’œil ne saurait les distinguer.
Tout à coup l’on entend chanter ; alors seulement on reconnaît qu’il se trouve là des jeunes filles.
Jadis les charmantes filles de Ou, et les beautés de Youe, et les favorites du roi de Thsou
Se jouèrent ainsi parmi les nénuphars, cueillant des fleurs et mouillant gaiement leurs gracieux vêtements.
Quand les jeunes filles arrivent à l’entrée du lac, les fleurs lèvent la tête, comme pour recevoir des compagnes,
Et quand elles s’en retournent, en suivant le cours du fleuve, la blanche lune les reconduit.

(Wang Changling)

 

 

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Observant (Wang Fan Chih)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019




Observant l’ombre, elle n’est pas non-existante
Observant le corps, il n’est que vrai vide
Cueillir ainsi la lune au fond de l’eau
c’est comme saisir le vent soufflant dans l’arbre

*

(Wang Fan Chih)

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Pensée d’une nuit fraîche (Wang Pou)

Posted by arbrealettres sur 28 février 2019



Pensée d’une nuit fraîche

Ton absence trop longue me déchire le coeur.
Au pays lointain, ton visage a-t-il changé de couleur?
Sous la lune, cette nuit, je cherche l’accord sur mon luth plaintif.
Vers toi, toujours, s’en iront mes pensées.

(Wang Pou)

 

 

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Je songe à ce village (Jean Moréas)

Posted by arbrealettres sur 27 février 2019



 

Jean-René Jérôme  femme lune

Je songe à ce village …

Je songe à ce village assis au bord des bois,
Aux bois silencieux que novembre dépouille,
Aux studieuses nuits, – et près du feu je vois
Une vieille accroupie et filant sa quenouille.

Toi que j’ai rencontrée à tous les carrefours
Où tu guidais mes pas, mélancolique et tendre,
Lune, je te verrai te mirant dans le cours
D’une belle rivière et qui commence à prendre.

(Jean Moréas)

Illustration: Jean-René Jérôme

 

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