Arbrealettres

Poésie

Posts Tagged ‘lune’

Merci, de tout mon coeur et de ma main (Marina Tsvétaïéva)

Posted by arbrealettres sur 7 mai 2022



Illustration
    

Merci, de tout mon coeur et de ma main,
Pour m’aimer tellement — sans le savoir vous, même ! —,
Pour mon repos nocturne et pour, de loin en loin
Nos rencontres qu’un crépuscule enchaîne,
Pour nos non-promenades sous la lune parfois,
Pour le soleil qui luit — pas au-dessus de nous.
Merci de n’avoir pas — hélas — le mal de moi,
Merci de n’avoir pas — hélas — le mal de vous.

(Marina Tsvétaïéva)

 

Recueil: Insomnie et autres poèmes
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

LE LUNATIQUE (Marguerite Yourcenar)

Posted by arbrealettres sur 24 avril 2022



    

LE LUNATIQUE

Le soleil amorti s’absorbe dans la brume;
Ainsi qu’un astre mort mon amour s’est couché.
Le long des quais salis l’aveugle nuit s’allume;
Mon coeur est aussi vieux qu’Hérode et son péché.

Chaque vivant, moyeu d’un univers caché,
Bat, victime et bourreau, son malheur sur l’enclume;
Et les visages gris sont des flocons d’écume
Dans le noir flot humain sur l’asphalte épanché.

Amour, où sommes-nous? Est-il sûr que nous sommes? La
lune qui pâlit d’avoir pitié des hommes
Au bord des toits déserts verse un sanglot d’argent.

Et l’oeil fou des cités regarde sans envie,
Froidement lumineux et fixement changeant,
Cet astre déjà mort et plus pur que la vie.

(Marguerite Yourcenar)

 

Recueil: Les charités d’Alcippe
Traduction:
Editions: Gallimard

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Elle est brise embaumée (Ibn Zaydûn)

Posted by arbrealettres sur 15 avril 2022




    
Elle est brise embaumée qui vient guérir mon mal,
parfum délicieux, savoureuse haleine.
Elle me fait signe, d’un doigt délicat, et va
d’un pas gracieux, la magie relevant encore le fard de ses yeux.

Au creux de la ramure, elle rayonne, fidèle, dans la nuit,
lumière à l’état pur, tout imbibée de musc.
Quand, de sa paume ouverte, elle m’offre des fleurs de jasmin,
ce sont blanches étoiles que je cueille sur cette lune épanouie.

Corps habillé de grâce, être tout de douceur,
enveloppe de pur parfum, vin capiteux,
Elle berce mon coeur de mots que je savoure
comme autant de rêves, comme une rencontre, au bout de l’exil.

(Ibn Zaydûn)

Recueil: Pour l’amour de la Princesse (Pour l’amour de Wallâda)
Traduction: André Miquel
Editions: Actes Sud

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ONDINE (Michel Lermontov)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2022




    
L’ONDINE

Une ondine voguait dans la baie azurée,
Par la pleine lune éclairée.
Elle lançait au ciel, pour effleurer la lune,
L’écume d’argent des lagunes.

On voyait dans les eaux, tremblante palpiter
La nuée à l’éclat reflété.
Et l’ondine chantait sa chanson qui captive
Les humains écoutant sur la rive.

Et l’ondine chantait: «Dans mon sombre séjour
Luit un pâle reflet du jour.
On y voit des troupeaux de poissons d’or errants,
On y voit des palais transparents.

Et là sur le grand banc de sable au fond des eaux,
A l’abri de touffus roseaux,
Dort un fier chevalier, des vagues le butin
Apporté d’un pays lointain.

Dans le calme des nuits, pour nous c’est une joie
Que de peigner ses cheveux de soie.
Sur son front, sur sa bouche, immuablement froids,
Nous l’avons embrassé maintes fois.

Mais nos ardents baisers n’ont pu le remuer,
Il demeure froid et muet.
Sa tête sur mon sein retombe, en se penchant,
Il reste insensible à mon chant.»

Telle était la chanson plaintive de l’ondine,
Au-dessus de la vague argentine.
On voyait dans les eaux, tremblante palpiter
La nuée à l’éclat reflété.

(Michel Lermontov)

Recueil: Michel Lermontov Poèmes
Traduction: Igor Astrow
Editions: Du Tricorne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

L’ANGE (Michel Lermontov)

Posted by arbrealettres sur 14 avril 2022




    
L’ANGE

Un ange, à minuit, volait dans les cieux,
Chantant un chant délicieux.
Les astres, la lune, ensemble, écoutaient
Ce chant rayonnant de beauté.

Il chantait la joie où les esprits purs
Vivent dans le céleste azur.
Il parlait de Dieu, sa louange était
Toute extase et sincérité.

Il portait une âme exquise en ses bras.
Sur terre elle s’enténébra.
Et l’écho du chant dans le jeune esprit
Demeura sans mots, mais compris.

Et longtemps sur terre il s’étiola,
Soupirant après l’Au-Delà.
Et ne purent jamais nos sons durs et tranchants
Remplacer le céleste chant.

(Michel Lermontov)

Recueil: Michel Lermontov Poèmes
Traduction: Igor Astrow
Editions: Du Tricorne

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

La Porte (Simone Weil)

Posted by arbrealettres sur 9 avril 2022



    

La Porte

Ouvrez-nous donc la porte et nous verrons les vergers,
Nous boirons leur eau froide où la lune a mis sa trace.
La longue route brûle ennemie aux étrangers.
Nous errons sans savoir et ne trouvons nulle place.

Nous voulons voir des fleurs.
Ici la soif est sur nous.
Attendant et souffrant, nous voici devant la porte.
S’il le faut nous romprons cette porte avec nos coups.

Nous pressons et poussons, mais la barrière est trop forte.
Il faut languir, attendre et regarder vainement.
Nous regardons la porte ; elle est close, inébranlable.
Nous y fixons nos yeux ; nous pleurons sous le tourment ;

Nous la voyons toujours ; le poids du temps nous accable.
La porte est devant nous ; que nous sert-il de vouloir ?
Il vaut mieux s’en aller abandonnant l’espérance.
Nous n’entrerons jamais. Nous sommes las de la voir…

La porte en s’ouvrant laissa passer tant de silence
Que ni les vergers ne sont parus ni nulle fleur ;
Seul l’espace immense où sont le vide et la lumière
Fut soudain présent de part en part, combla le coeur,
Et lava les yeux presque aveugles sous la poussière.

Pensées sans ordre concernant l’amour de Dieu

(Simone Weil)

Recueil: Les poètes de Dieu (Pierre Haïat)
Editions: Philippe Lebaud

Posted in méditations, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Seul (Jean Cocteau)

Posted by arbrealettres sur 8 avril 2022




    
Seul

Seul debout.
Seul assis.
Seul couché.
Seul sur the gril.
Seul écartelé par les chevaux de labour
dont il ne voyait que les croupes.
Seul pendu et son sperme devint mandragore.
Seul dans la vitesse qui n’est pas,
dans la minute qui n’est pas,
dans l’espace qui n’est pas,
dans le temps qui n’est pas,
dans l’éternité qui n’est pas,
dans l rien qui ne l’est pas,
dans le vide plein de boue.

Seul dans un bloc de quartz ignoble,
dans un iceberg en voyage.
Seul avec la solitude qui n’en est pas une.
Avec la lune qui fut sans être.
Avec ses pas qui n’en sont pas.
Avec ce tison qui se croûte et qui brûle au milieu
et se croûte et brûle dans un songe qui n’est même pas un songe.
Seul avec le sommeil du condamné à mort.

***

Alone

Alone standing.
Alone sitting.
Alone lying down.
Alone on the grille.
Alone drawn and quartered by workhorses,
seeing only their rumps.
Alone hanging, ejaculating a mandrake.
Alone in the quickness that isn’t,
in the minute that isn’t,
in the space that isn’t,
in time that isn’t,
in eternity that isn’t,
in the nothing that isn’t,
in an emptiness full of mud.
Alone in a corrupted chunk of quartz,
in an iceberg floating by.
Alone in solitude that isn’t.
With a moon that was without being.
With his footsteps that aren’t footsteps.
With this ember that crusts over and burns at its center,
and crusts and burns in a dream that isn’t even a dream.
Alone in the sleep of the condemned to death

Translated by Mary-Sherman Willis

(Jean Cocteau)

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Solitaire (Rudyard Kipling)

Posted by arbrealettres sur 4 avril 2022




Illustration: ArbreaPhotos
    

Solitaire

Il chasse la souris et câline l’enfant
si l’enfant n’est pas trop importun.
Mais quand l’enfant dort et que la lune sort,
Lui aussi il sort.
Il est le chat qui s’en va seul.
Il est le chat qui s’en va ça et là,
dans les bois mouillés de la nuit,
sur les arbres mouillés de la nuit,
le long des toits mouillés de la nuit.
Il balance sa queue et conquiert l’ombre, solitaire.

(Rudyard Kipling)

Recueil: le chat en cent poèmes
Traduction:
Editions: Omnibus

Posted in poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Sur ma manche rose (Hidé-Yossi)

Posted by arbrealettres sur 27 mars 2022



Illustration: Hosui Yamamoto
    
Sur ma manche rose
Dont mes larmes noient les fleurs,
La lune se pose.
Dis au moins: Pourquoi ces pleurs ?
O toi, qui sais bien leur cause!

***

Sodé no yé ni
Taré youyé touki wa
Yadorou zo to
Yosso ni nassité mo
Hito no toyé Kassi.

(Hidé-Yossi)

Recueil: Poëmes de la libellule
Traduction: Judith Gautier
Editions: Beaux-Arts de Paris

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

Retiré du monde après la mort de sa bien-aimée (Le Bonze Nagaié)

Posted by arbrealettres sur 26 mars 2022



Illustration: Hosui Yamamoto
    
Retiré du monde après la mort de sa bien-aimée

Dans cette demeure
D’où, tous deux, nous aimions voir
La lune le soir,
Hélas! de l’astre à cette heure,
Le rayon seul rôde et pleure.

(Le Bonze Nagaié)

Recueil: Poëmes de la libellule
Traduction: Judith Gautier
Editions: Beaux-Arts de Paris

Posted in haïku, poésie | Tagué: , , , , , , , , , , , , , , , | Leave a Comment »

 
%d blogueurs aiment cette page :