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Posts Tagged ‘fauve’

PLUIE DE PRINTEMPS (La Flûte de Jade)

Posted by arbrealettres sur 23 avril 2018



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PLUIE DE PRINTEMPS

Elle est venue, cette nuit, amenée par un vent propice !
Elle est venue ranimer les jardins,
la bonne petite pluie qui sait toujours quand la nature a besoin d’elle.
Discrète, appliquée, silencieuse,
elle a mouillé toutes choses, finement.

Hier soir, des nuages avaient envahi le ciel.
L’obscurité était effrayante.
Comme d’immenses yeux de fauves,
les fanals des barques luisaient.

Ce matin, dans une pure lumière,
éclatent les couleurs du jardin bien lavé.
Je contemple ses fleurs,
qui me font évoquer le parc impérial
où je me promenais, jadis.

(La Flûte de Jade)

 

 

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Belle Cloris (Góngora)

Posted by arbrealettres sur 22 avril 2018



Illustration: James Sant
    
XV

Quel ivoire du Gange, quel marbre
blanc de Paros, quel ébène luisant,
quel ambre fauve, quel or excellent,
quel argent fin, ou quel cristal si clair,

quelle rosée si frêle, quel saphir
oriental si rare, quel rubis ardent,
ou, en l’heureux âge présent,
main si savante de sculpteur si rare

rendra le visage, quoiqu’outrage
miraculeux à la beauté
son beau labeur, son aimable fatigue,

qui ne ferait figure au soleil d’une cire,
en regard de tes yeux — son image,
belle Cloris, Ô ma douce ennemie ?

***

XV

¿ Cuál del Ganges marfil, o cuál de Paro
blanco mármol, cuál ébano luciente,
cuál ámbar rubio, o cuál oro excelente,
cuál fina plata, o cuál cristal tan claro,

cuál tan menudo aljófar, cuál tan caro
oriental safir, cuál rubí ardiente,
o cuál, en la dichosa edad presente,
mano tan docta de escultor tan raro

bulto de ellos formara, aunque hiciera
ultraje milagroso a la hermosura
su labor bella, su gentil fatiga,

que no fuera figura al sol de cera,
delante de tus ojos, su figura,
oh bella Clori, oh dulce mi enemiga?

(Góngora)

 

Recueil: Sonnets
Traduction: François Turner
Editions: Imprimerie Nationale

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La terre est mon bonheur (Eugène Guillevic)

Posted by arbrealettres sur 20 avril 2018




    
La terre
Est mon bonheur.

Je remercie tous ceux qui luttent sur la terre
À l’exemple des morts très grands,
Tous ceux sans qui la guerre égrainerait la terre
Et les maisons, les hommes,
En des millions de feux ou dans peut-être un seul
Et laisserait bientôt sous le ciel revenu
De la grisaille solitaire
Avec par-ci, par-là, des lueurs fauves qui s’éteignent.

Je remercie tous ceux à qui je dois de vivre
Et de pouvoir aller dans ce jour prometteur
De jours plus vrais encore, la joie pour tous
Qui recommence à chaque instant,
La fête sur les jours et sur les nuits des hommes
Avec le bon travail qu’ils font à leur désir,

Avec ce travail là qui, d’année en année,
Sait encore monter le degré de la fête.

Je remercie tous ceux qui luttent par le monde
À l’exemple de ceux qui ont aimé la vie
Assez pour nous l’offrir pleine déjà de jours pareils
À celui où j’avance en caressant les buis.

(Eugène Guillevic)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

Recueil: Terre à bonheur
Traduction:
Editions: Seghers

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Des bêtes fauves (Edward Estlin Cummings)

Posted by arbrealettres sur 3 février 2018



    

des bêtes fauves(au premier)ont trouvé voix humaine
—notre second a rendu les pierres musiciennes—
mais quel silence couvrant les étoiles au troisième

***

wild(at our first)beasts uttered human words
—our second coming made stones sing like birds—
but o the starhushed silence which our third’s

(Edward Estlin Cummings)

 

Recueil: Erotiques
Traduction: Jacques Demarcq
Editions: Seghers

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SILENCE (Robert Sabatier)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2018



Ettore Aldo Del Vigo _n

SILENCE

Bouche ô blessure ouverte sur ma voix,
Caverne où passe une tribu sauvage.
Un mot par siècle y retient l’avenir
Lorsque les dieux retrouvent leur chemin.

Telle une image aux yeux se dérobant,
Un sombre appel se sépare de nous
Et nous mordons la terre à pleines dents.
Ayez pitié des fauves que nous sommes.

Il suffirait de grâce persistante,
D’un regard tendre et d’un rien de parole
Pour adorer le monde comme une île,
Être le sable où se posent ses pas.

(Robert Sabatier)

Illustration: Ettore Aldo Del Vigo

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Il ne fait jamais nuit quand tu meurs (René Char)

Posted by arbrealettres sur 16 décembre 2017



bosch-ascension

 

Il ne fait jamais nuit quand tu meurs,
Cerné de ténèbres qui crient,
Soleil aux deux pointes semblables.

Fauve d’amour, vérité dans l’épée;
Couple qui se poignarde unique parmi tous.

(René Char)

 Illustration: Jerome Bosch

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Je ne sais rien de moi (Joë Bousquet)

Posted by arbrealettres sur 7 décembre 2017




    

Je ne sais rien de moi. Cette chair de fortune,
Ce squelette d’emprunt, ce prénom étranger,
Ils ne composent rien qu’une immense lacune.
Ah ! c’est en vain que le néant s’est dérangé !

Je ne sais rien de moi. Est-ce là ma limite,
Ou la promesse de nouveaux étonnements ?
Ile rongée par le remords, ma vie s’effrite :
Elle n’est qu’un cadavre, et je suis son amant.

Va jouer, mon esprit ! La montagne t’appelle.
Guéri de ses pensées; le ciel convalescent
T’invite à devenir sa plus pure gazelle,
Une bête qui broute, au regard innocent.

Sois heureux ! La parole aujourd’hui fait relâche.
Au grand cirque on répète un poème inédit.
Entends-tu cette voix ? Le poème se fâche ;
Il griffe son dompteur ; comme un fauve il bondit.

Sois fou ! Achète-toi, pour la fête foraine,
Un revolver à eau : tu vas t’en divertir.
La lune te sourit ; elle est bossue et naine.
Demain le monde entier sera ton champ de tir.

(Joë Bousquet)

 

Recueil: Poèmes, un
Traduction:
Editions: Gallimard

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Retouche à la torpeur (Daniel Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 3 décembre 2017



Illustration: Jean-Robert Doumont
    
retouche à la torpeur

mouvement circulaire et doux
l’éloignement le rapprochement des disques
de la mer et du ciel donnent le cri
de la mouette,
et le soleil ondule dans sa trop large
peau de fauve

(Daniel Boulanger)

 

Recueil: Les dessous du ciel
Editions: Gallimard

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S’asseoir sur un murger… (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 16 novembre 2017



Illustration: Alexander Nedzvetskaya
    
S’asseoir sur un murger…

S’asseoir sur un murger, les pieds dans les broussailles
Et les doigts enlacés aux rugueuses pierrailles,
Seule avec les lointains où le soleil se meurt,
Seule avec sa pensée et seule avec son coeur.

Respirer le parfum des herbes attiédies,
Ecouter la cigale aux lentes psalmodies
Vibrer parmi les brins séchés des serpolets,
Voir s’embrumer du soir le vitrail violet.

Voir s’élever du creux des placides jachères,
En arceaux imprécis, l’encens crépusculaire,
Et l’orchis opalin de la lune, aux prés bleus
Du ciel, éparpiller son pollen nébuleux.

Savourer cette odeur de la lande que baigne
Quelque ruisseau muet et filtrant sous les sphaignes,
Savourer cette odeur enivrante qui sort
Mystérieusement de la gèbe qui dort.

Goûter le souffle obscur de la forêt prochaine
Dont le frisson murmure au feuillage des chênes,
La fauve et l’âcre odeur qui vient comme un baiser
De faune sur la bouche ardemment se poser.

Et n’être que la nuit, le parfum, la bruyère,
Le tourbillon léger des derniers éphémères,
Etre le serpolet bruissant sous ma main,
Fuir hors de ce cachot qu’on nomme un coeur humain,

Mais, dans l’humilité douce des moindres choses,
Devenir l’herbe morte où le grillon repose,
Ou bien le roitelet lassé de pépier
Qui perche sommeilleux aux branches des ronciers.

(Marie Dauguet)

 

 

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La porte (Marie Dauguet)

Posted by arbrealettres sur 14 novembre 2017




    
La porte

Parmi les vains chemins de cendres et de sable
Et les fauves soleils à l’éclat meurtrier,
Nous avons marché vers toi, Porte redoutable,
Qui fermes l’horizon de tes battants d’acier.

Ton métal flamboyait, tel le glaive de l’ange;
Emportant en nos coeurs l’espoir comme un bleuet,
Nous allions fascinés par ta splendeur étrange
Dans la dure clarté qui nous exténuait

Et plus nous approchions, plus tu semblais géante,
Assujettie au roc, faite d’éternité,
Reflétant les couchants à ta face sanglante,
Incarnant du Destin l’impassibilité.

Aujourd’hui nous voici les doigts à tes ferrures
Et les pieds à ton seuil hérissé de chardons,
Essayant vainement nos clefs à tes serrures,
Attaquant du ciseau tes impeccables gonds;

Nous voici, suppliants que navre ton obstacle,
Sur la rouge colline au sol d’aridité,
Ebranlant ton silence, espérant le miracle
Que depuis sa naissance attend l’humanité.

Nos gestes sont dolents, nos poitrines creusées
Pour avoir trop heurté l’airain de ton vantail
Où la chair de nos mains saignantes s’est lassée
Au cours d’un inutile et décevant travail.

De lents éplorements, des pleurs, des bras en rêve
Des groupes sous la toge et d’autres sous le froc…
Un incessant effort vers toi qui se soulève,
S’effondre en t’abordant, porte scellée au roc…

Tandis que, dominant la foule, oiseau de proie
Guettant quel Prométhée en ses ongles saisir,
Parmi le ciel brûlant obscurément tournoie,
Tel l’antique vautour, l’immuable Dèsir!

(Marie Dauguet)

 

 

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