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Poésie

Posts Tagged ‘fauve’

Némée (José-Maria de Hérédia)

Posted by arbrealettres sur 25 septembre 2017



Depuis que le Dompteur entra dans la forêt
En suivant sur le sol la formidable empreinte,
Seul, un rugissement a trahi leur étreinte.
Tout s’est tu. Le soleil s’abîme et disparaît.

A travers le hallier, la ronce et le guéret,
Le pâtre épouvanté qui s’enfuit vers Tirynthe
Se tourne, et voit d’un oeil élargi par la crainte
Surgir au bord des bois le grand fauve en arrêt.

Il s’écrie. Il a vu la terreur de Némée
Qui sur le ciel sanglant ouvre sa gueule armée,
Et la crinière éparse et les sinistres crocs ;

Car l’ombre grandissante avec le crépuscule
Fait, sous l’horrible peau qui flotte autour d’Hercule,
Mêlant l’homme à la bête, un monstrueux héros.

(José-Maria de Hérédia)

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Gravités de la Solitude (Renée Vivien)

Posted by arbrealettres sur 17 août 2017



 


    
Gravités de la Solitude

Je vis dans le farouche exil
De la volupté qui s’isole,
Et le rythme de ta parole
Fait rire en moi les chants d’avril.

J’aspire les fraîcheurs nocturnes
Et la langueur de ton repos,
Dans l’ombre de tes yeux mi-clos
Et sur tes lèvres taciturnes.

Le sanglot lointain des douleurs
Ne trouble plus la quiétude
De notre étrange solitude,
Ivre de musique et de fleurs.

Ah ! les soirs de fauve agonie,
Versant les rayons violets !
Ah ! les échos et les reflets
Des temples lascifs d’Ionie !

(Renée Vivien)

 

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Rien ne t’accueille (Jean-Marie Barnaud)

Posted by arbrealettres sur 10 août 2017



Illustration
    
Rien ne t’accueille sur la rive
Qu’un silence humide
Mendiant
Tu ne sais plus à quoi tendre
Ces mains qui hèlent
Ta voix se noue

Parler insulte
Quand tout se tait

Les choses là devant
Ne parlent pas
Ni même l’eau qu’on entend
Ruisseler dans la terre noire
Sous les feuilles
Ni même penchées sur elle
Les bêtes aux yeux fauves

Sans le voir
Elles regardent onduler
Sous cette peau si douce
L’autre visage qu’elles ignorent
Et le ciel tout au fond

Quelques herbes vacillent
Dans le courant
Et si seules
Les fraîches
Et rétives
Dès que ta main les effleure

(Jean-Marie Barnaud)

 

Recueil: POEMES II
Editions: Cheyne

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L’Hiver (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 16 juillet 2017



L’Hiver

Mains de vieillards dans les jardins,
longues perspectives d’ossements,
clous maigres rivant au ciel
les dernières fumées:
l’hiver te blessait.
Tu appelais la neige,
non pas le vent, le soleil ou la pluie,
mais la neige brûlante
qui vint vêtir ta gorge et tes paupières.

Dans la tiédeur des serres
couvées par ce sommeil de plumes,
la lumière se fit plus blanche.

C’est alors que s’ouvrit
le sexe fauve et noir de la grande orchidée.

(Jean Joubert)

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Sa bouche apéritive (Théodore Hannon)

Posted by arbrealettres sur 13 juillet 2017




    
Sa bouche apéritive a des baisers étranges,
Bons au cœur, mais pillards de phosphore, ô cerveaux !
Quand l’alcôve, le soir, flambe aux reflets oranges
De ses cheveux tordant leurs fauves écheveaux.
Sa bouche apéritive a des baisers étranges.

(Théodore Hannon)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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FEMINA (Alphonse Gallais)

Posted by arbrealettres sur 11 juillet 2017



    

Illustration: Diego Rivera 

FEMINA

Ton cœur est un miroir où se fige mon âme ;
Ton âme : un frais boudoir aux senteurs de rut fauve ;
Ton regard : un soleil que cerne un désir mauve.
Et ta chair un beau marbre où s’alanguit ma flamme.
Alors que mon frisson de spasme, qui t’arrose.
S’épanouit au sein de la fleur noire et rose !

(Alphonse Gallais)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Quand tu te dressas (Pierre Rodel)

Posted by arbrealettres sur 9 juillet 2017



Illustration: Jimmy Lawlor
    
I
Orgueil

Quand tu te dressas, nue, au milieu de la chambre,
La lampe eut un regard jaloux pour ta clarté,
La flamme fut plus vive en l’âtre de décembre,
Le miroir se pencha pour te mieux refléter…

Les vieux meubles, de voir ta gorge qui se cambre,
Eurent un cri de joie et de lubricité,
L’Ombre, à longs traits huma ta chair aux senteurs d’ambre.
Et le silence eut un frisson de volupté…

Et toi, tu souriais… et tes lèvres décloses
Semblaient remercier l’âme éparse des choses
Du murmure flatteur, de l’hommage rendu…

Et tes yeux, tes grands yeux de mystère et d’abîme,
Ne daignaient s’abaisser sur cette chose infime :
Ton amant, qui râlait à tes pieds — éperdu !…

II
Clartés dans l’Ombre

La Nuit s’est assoupie en la chambre qui doit…
Dans l’Ombre, une pâleur: et c’est ton front de rêve…
La lueur de deux diamants — soudaine et brève —
Et c’est un vif regard de tes yeux striés d’or…

Un soleil qui flamboie : et c’est ta chevelure…
Un clair de lune qui sourit : ce sont tes dents…
La brûlante clarté de deux charbons ardents,
C’est ta bouche entr’ouverte ainsi qu’une blessure.

Un feu de deux rubis jumeaux — fiers suzerains
Arrogants — et ce sont les pointes de tes seins;
Mais une aube, émouvante, idéale et sereine,
Et c’est ta nudité se dressant — surhumaine!

Et la Nuit, s’enfuyant, jette un long cri de haine.

III
Impiété

L’Ombre crépusculaire étend ses larges ailes
D’où tombe, par instant, une larme de nuit…
C’est la mort des clartés, et c’est l’exil du bruit,
C’est l’éveil, dans le soir, de formes irréelles…

C’est l’éveil des regrets fanés et des remords
Qui sous le soleil clair ont dormi sans secousses;
Et c’est réclusion de remembrances douces,
De bonheurs oubliés et que l’on croyait morts…

Il plane une douceur de piété dans l’air…
Amie, recueillons-nous… laissons parler nos Ames;
Entendons leurs sanglots, leurs aveux ou leurs blâmes,
Etouffons seulement la voix de notre chair…

[…]

Quand nos âmes seront lasses, très abattues.
Sans que je puisse voir que tu quittes mon bras.
Bien doucement, à pas feutrés, tu l’en iras,
Quand nos âmes enfin lasses se seront tues…

Tu t’en iras, dans le silence de l’alcôve
Secouer la torpeur de ton recueillement,
Pour te dresser, superbe inoubliablement,
Dans le triomphe d’or de ta nudité fauve…
Et l’Ombre frémira, luxurieusement !…

(Pierre Rodel)

 

Recueil: Anthologie universelle des baisers (III France)
Editions: H. Daragon

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Aube (Jean Joubert)

Posted by arbrealettres sur 28 juin 2017



Aube

Une robe vole, de branche en branche, vers l’étang,
surprise, terrassée, exhale un jeune corps
sur le parfum des eaux.

Chair frissonnante, tendre éclair
d’une vitre qui bouge à l’aube
après la nuit des fauves moites,

le corps qui cherche une autre nuit
où se défaire de ces cris
trouve l’inquiétude de l’eau.

Et la robe-mouette immobile
dans sa brusque candeur brisée
s’est couverte de mouches noires.

(Jean Joubert)

Illustration: John Everett Millais

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Dans les nervures d’un chêne (Marie-Claire Bancquart)

Posted by arbrealettres sur 23 mai 2017




Illustration: ArbreaPhotos
    

Dans les nervures d’un chêne
dans l’odeur profonde des truffes
je m’en vais faire un atelier de désécriture.

Tu viens alors, le mot.
Il y a toujours un moment fauve dans les feuilles.

À moi de le trouver, de le donner à voir.

(Marie-Claire Bancquart)

 

Recueil: Terre Energumène
Editions: Le Castor Astral

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Quelle langue peut traduire l’émoi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 21 mai 2017



Quelle langue peut traduire l’émoi
Qui m’étreignait quand, dans l’exil lointain,
Sur une crête isolée m’agenouillant
J’y voyais croître la fauve bruyère.

Éparse et rabougrie, elle me disait
Que bientôt même cela ne serait plus
«Les cruels murs m’enserrent, murmurait-elle ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été»

Mais il n’est point dans la musique aimée
Dont l’éveil fait se pâmer l’âme des Suisses
De charme plus déchirant et plus adoré
Que dans ses clochettes à demi flétries —

L’Esprit qui ployait sous son empire
Comme il désirait, brûlait d’être libre !
Si j’avais pu pleurer à cette heure
Ces larmes auraient été paradis —

Allons, les moments tristes sont touchants
Quoique chargés de tourment et de peine —
Viendra le jour où aimés et amants
Se retrouveront sur les collines —

***

What language can utter the feeling
That rose when, in exile afar,
On the brow of a lonely hill kneeling
I saw the brown heath growing there.

It was scattered and stunted, and told me
That soon even that would be gone
It whispered ; « The grim walls enfold me ;
I have bloomed in my last summer’s sun »

But not the loved music whose waking
Makes the soul of the Swiss die away
Has a spell more adored and heart-breaking
Than in its half-blighted-bells lay —

The Spirit that bent ‘neath its power
How it longed, how it burned to be free !
If I could have wept in that hour
Those tears had been heaven to me —

Well, well the sad minutes are moving
Though loaded with trouble and pain —
And sometime the loved and the loving
Shall meet on the mountains again —

(Emily Brontë)

 

 

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