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Posts Tagged ‘fauve’

NÉVRALGIES (Yves Morel)

Posted by arbrealettres sur 19 octobre 2021




NÉVRALGIES

Il me reste des névralgies d’une jeune belle
pareilles à de pauvres nostalgies de djebell’s
où de lents soleils mauves
rouillent et cuivrent, face et pile,
ses jambes déjà fauves.
Je tiens des névralgies de mous ciels versatiles
déversant sur sa peau moite d’inutiles averses,
que de lents remous bleus d’ étoiles traversent.. .
Là où des plages repues vacillent
sous des formes lascives
qu’essorent
des nuages aux loques phosphores.
Je tiens des symphonies de son long corps indolent
somnolant,
parfumé d’herbes et d’odeurs
plaquées sous maille et sueur,
quand la traverse feule
roulant branches et feuilles
que foulent
d’atones fumées saoules…
J’ai des nostalgies d’une longue belle
telles des frénésies de décibels.
La plaine suffoque de vapeurs saugrenues,
la vague vient faire grève
sur son corps presque nu.

(Yves Morel)

Illustration: William Bouguereau

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Quel royaume ? (André Welter)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2021



Illustration: Henri Eisenberg
    
quel royaume ?

[…]
tant d’altitudes inouïes aux ciels de la terre
tant de déesses et de dieux oubliés
tant de promesses sous des fougères sombres
tant de résurrections à l’arraché

mais quel royaume
quel royaume ?

tant de surplombs
tant de refus et d’insouciances
tant de caresses fauves sans fausseté
tant et tant d’appels solaires

mais quel royaume
quel royaume
quel royaume
quel royaume
quel royaume

pour mon amour ?

(André Welter)

 

Recueil: La vie en dansant – Au cabaret de l’éphémère – Avec un peu plus de ciel
Traduction:
Editions: Gallimard

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Dans la jungle (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 26 juillet 2021



Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
« Prions », se dit l’abbé.
« Seigneur,je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien. »

Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.

Le fauve en tout cas s’agenouille :
« Seigneur », dit-il,
« bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

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L’ombre d’une vague (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 21 juin 2021




    

L’ombre d’une vague charrie encore une autre ombre.
À la vague d’une ombre succède une autre vague.
À mon cheval perdu je dois ouvrir le chemin d’un
autre cheval plus fort et partout présent.

Le bleu-vert sombre d’une colline ou d’un nuage
(la tempête a arraché tes vêtements). Nus nous
sommes maintenant l’eau verte d’une poitrine et le
pain blanc de la maison sur les dunes.

Sous le soleil nous sommes des animaux fauves, rouges,
qui se nourrissent des éléments à l’ombre du cheval,
sous la clarté du vide, dans la charpente des navires.

Le jour. Les seins. L’eau. L’ombre. La lumière. La fièvre.
Une roue s’emballe du poignet jusqu’à l’arbre
dans un ciel grand ouvert au plaisir de la soif.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Cheval feuille après feuille (António Ramos Rosa)

Posted by arbrealettres sur 20 juin 2021




    
Cheval feuille après feuille,
cheval pour jouer, lire, écrire la terre
où tu as planté ta stature,
force du corps entier s’ouvrant au vent.

Cheval de terre prêt à être monté, mais
toujours tu fuis vers le diamant dans le
paysage incrusté, haleine enflammée d’un
animal, là-bas, au coeur de toute plaine.

Les membres invisibles, couleur
fauve, la vapeur des herbes se dissipe
et des naseaux, entier, en alerte le feu
jaillit vers les maisons désertes.

(António Ramos Rosa)

 

Recueil: Le cycle du cheval
Traduction: du portugais par Michel Chandeigne
Editions: Gallimard

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Je suis gourmand de toi (anonyme eskimo)

Posted by arbrealettres sur 25 mars 2021


femmechocolat_m

Je suis gourmand de toi
Ma baie sauvage
Acide et sucre
Ma truite vive
Qu’on croque crue
Ma chair chaude
Pulpe et sang

Je suis gourmand de toi
Hanche de colline mûre
Bouche de ruisseau gorgé
Ventre de fauve repus

Je suis gourmand de toi
Printemps fondant
Eté croquant
Automne pulpeux
Hiver savoureux

Je suis gourmand de toi
Ma baie sauvage
Ma truite vive
Ma chair chaude

Par delà toute aurore
Par delà toute vie
Je suis gourmand de toi
De toi

(anonyme eskimo)

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YGGDRASIL (Jacques Lacarrière)

Posted by arbrealettres sur 19 mars 2021



    
YGGDRASIL*

Je suis né d’un songe de la terre
rêvant qu’elle s’unissait au ciel.

J’ai grandi dans l’ombre inquiète de racines
toujours assoiffées d’obscur.

Et j’ai fleuri dans l’allégresse de la sève
et l’offertoire des frondaisons.

Je suis l’axe du monde,
vivant défi des temps carbonifères.

L’alliance de l’ombre et de l’éclair,
le tremplin des orages,

l’esprit des sources
et des souffles.

Je suis le sommeil et l’éveil,
le silence et la symphonie.
Je suis l’oratoire des astres,
et mes feuillages s’impatientent
des apocalypses à venir.

J’abrite en mes branches
l’aspic et l’alouette,
l’ogre et l’océanide,
le singe et la sylphide,
le ver et la vestale.

J’abrite l’hier des fauves,
les présent des oiseaux
et le demain des hommes.

J’abrite le nid des anges
et les couvées du ciel.

Je suis l’axe du monde.

        
*Yggdrasil est le nom donné par les anciens Germains
au Frêne cosmique qui reliait le ciel et la terre.
Il abritait en ses racines les divinités du destin,
en ses branches toute l’humanité
et en son sommeil le palais des dieux.

(Jacques Lacarrière)

 

Recueil: A l’orée du pays fertile
Traduction:
Editions: Seghers

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Les serins et le chardonneret (Jean-Pierre Claris de Florian)

Posted by arbrealettres sur 18 décembre 2020




    
Les serins et le chardonneret

Un amateur d’oiseaux avait, en grand secret,
Parmi les œufs d’une serine
Glissé l’œuf d’un chardonneret.
La mère des serins, bien plus tendre que fine,
Ne s’en aperçut point, et couva comme sien
Cet œuf qui dans peu vint à bien.
Le petit étranger, sorti de sa coquille,
Des deux époux trompés reçoit les tendres soins,
Par eux traité ni plus ni moins
Que s’il était de la famille.
Couché dans le duvet, il dort le long du jour
À côté des serins dont il se croit le frère,
Reçoit la béquée à son tour,
Et repose la nuit sous l’aile de la mère.
Chaque oisillon grandit, et, devenant oiseau,
D’un brillant plumage s’habille ;
Le chardonneret seul ne devient point jonquille,
Et ne s’en croit pas moins des serins le plus beau.
Ses frères pensent tout de même :
Douce erreur qui toujours fait voir l’objet qu’on aime
Ressemblant à nous trait pour trait !
Jaloux de son bonheur, un vieux chardonneret
Vient lui dire : il est temps enfin de vous connaître ;
Ceux pour qui vous avez de si doux sentiments
Ne sont point du tout vos parents.
C’est d’un chardonneret que le sort vous fit naître.
Vous ne fûtes jamais serin : regardez-vous,
Vous avez le corps fauve et la tête écarlate,
Le bec… oui, dit l’oiseau, j’ai ce qu’il vous plaira,
Mais je n’ai point une âme ingrate,
Et mon cœur toujours chérira
Ceux qui soignèrent mon enfance.
Si mon plumage au leur ne ressemble pas bien,
J’en suis fâché, mais leur cœur et le mien
Ont une grande ressemblance.
Vous prétendez prouver que je ne leur suis rien,
Leurs soins me prouvent le contraire.
Rien n’est vrai comme ce qu’on sent.
Pour un oiseau reconnaissant
Un bienfaiteur est plus qu’un père.

(Jean-Pierre Claris de Florian)

 

Recueil: Fables
Traduction:
Editions:

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Lamentation nocturne (Georg Trakl)

Posted by arbrealettres sur 5 août 2020



Lamentation nocturne

La nuit s’est levée sur le désastre du front
Avec de beaux astres,
Sur la colline où tu gisais pétrifié de douleur,

Un fauve au jardin ton cœur dévorait.
Ange incandescent,
Tu gis poitrine en lambeaux sur le champ pierreux

À moins qu’oiseau de nuit dans la forêt,
Interminable plainte
Répétée sans relâche en roncier de ramure nocturne.

(Georg Trakl)

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Démarche doucine (Werner Lambersy)

Posted by arbrealettres sur 15 juillet 2020



Démarche doucine
tu marches flammèche
créole crépuscule
aux jupons superposés
Longue étirée fauve
corolle ouverte
aux félines caresses
Chanel
Tu t’éloignes
et les prothèses du néon
boitent dans la nuit

(Werner Lambersy)

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