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Quelle langue peut traduire l’émoi (Emily Brontë)

Posted by arbrealettres sur 7 mars 2017



Quelle langue peut traduire l’émoi
Qui m’étreignait quand, dans l’exil lointain,
Sur une crête isolée m’agenouillant
J’y voyais croître la fauve bruyère.

Éparse et rabougrie, elle me disait
Que bientôt même cela ne serait plus
«Les cruels murs m’enserrent, murmurait-elle ;
J’ai fleuri au soleil de mon dernier été»

Mais il n’est point dans la musique aimée
Dont l’éveil fait se pâmer l’âme des Suisses
De charme plus déchirant et plus adoré
Que dans ses clochettes à demi flétries —

L’Esprit qui ployait sous son empire
Comme il désirait, brûlait d’être libre !
Si j’avais pu pleurer à cette heure
Ces larmes auraient été paradis —

Allons, les moments tristes sont touchants
Quoique chargés de tourment et de peine —
Viendra le jour où aimés et amants
Se retrouveront sur les collines —

***

What language can utter the feeling
That rose when, in exile afar,
On the brow of a lonely hill kneeling
I saw the brown heath growing there.

It was scattered and stunted, and told me
That soon even that would be gone
It whispered ; « The grim walls enfold me ;
I have bloomed in my last summer’s sun »

But not the loved music whose waking
Makes the soul of the Swiss die away
Has a spell more adored and heart-breaking
Than in its half-blighted-bells lay —

The Spirit that bent ‘neath its power
How it longed, how it burned to be free !
If I could have wept in that hour
Those tears had been heaven to me —

Well, well the sad minutes are moving
Though loaded with trouble and pain —
And sometime the loved and the loving
Shall meet on the mountains again —

(Emily Brontë)

 

 

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LION SOLITAIRE (Jean Follain)

Posted by arbrealettres sur 4 février 2017



 

LION SOLITAIRE

La ménagerie n’a qu’un seul lion
le village est plein de chiens, chats errants
de végétaux blêmis
un caillou a roulé
l’araignée tisse
heureusement une femme redresse
la lampe renversée.
Dieu ne peut voir
que beauté dans ses créatures
insectes ou fauves
herbes ou pierres
décrète le penseur du lieu.

(Jean Follain)

 

 

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A CORPS PERDU (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



A CORPS PERDU

Hurrah! Que notre nuit toujours recommencée
Soit comme une bataille aux aveuglants éclairs
Qui fasse évanouir le jour dans mes yeux clairs!
Et tant mieux si ma mort doit en être avancée !

Redouble de caresse et de rage insensée,
Jusqu’à vider mes os, jusqu’à rompre mes nerfs !
Dans des spasmes pareils au rut fauve des cerfs,
Fais saigner largement mon corps et ma pensée !

Tu peux m’ouvrir le ventre et me casser les reins.
Frappe! Je ne crains pas la mort. Ce que je crains,
C’est que ta soif d’aimer ne soit pas assouvie ;

Et je veux t’enivrer sans fin, jusqu’au moment
Où, les yeux effarés, tu briseras ma vie
Comme un ouvrier soûl brise son instrument,

(Jean Richepin)

Illustration: Pascal Renoux

 

 

 

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Le tigre et le curé (Jean-Luc Moreau)

Posted by arbrealettres sur 25 janvier 2017



Le tigre et le curé

Dans la jungle, un jour, s’aventure
Un curé. Le tigre survient.
«Prions», se dit l’abbé. «Seigneur, je t’en conjure,
Fais que ce tigre soit chrétien.»
Comment le Très-Haut se débrouille,
La chronique n’en parle pas.
Le fauve en tout cas s’agenouille :
«Seigneur», dit-il, bénissez ce repas. »

(Jean-Luc Moreau)

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Petit lapin (Louis Calaferte)

Posted by arbrealettres sur 21 janvier 2017



Comert Dogru 2

 

Petit lapin

A tous tes jeux de devinettes
quelquefois je perds mon latin
hier tu étais alouette
et aujourd’hui petit lapin

Tu es dragon ou tu es reine
au pays des vieux continents
et je ne te suis qu’à grand-peine
si tu te fais prêtre anglican

Mais moi aussi je te devine
quand tu mets tes bras à mon cou
que tu deviens fauve et câline
de la houle dans tes yeux fous

Et nous nous enfouissons dans des comas de laine

(Louis Calaferte)

Illustration: Comert Dogru

 

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Ceux qui viennent du désert (Marc Alyn)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2017



touareg

Ceux qui viennent du désert

Ceux qui viennent du désert
se reconnaissent à leur regard démesuré
d’où semble se déverser sans cesse
l’incandescence des sables fauves.
Ceux-là ont des gestes lents et fiers
qui ne peuvent se déployer
dans les limites de notre espace.

On dit que le désert
s’empare des hommes par leur âme
il pénètre en eux grain à grain
et peu à peu prend toute la place.
La sécheresse la soif la clarté
dressent leurs tentes au centre d’eux-mêmes.
Alors ils deviennent le désert
où tout laisse sa trace aussitôt effacée.
Ils sont dans la fournaise
en quête d’une source immatérielle.
Ils sont dans la lumière avides d’ombre spirituelle
au sein de cette absence calcinée
dans le dépouillement abstrait de la beauté

(Marc Alyn)

Découvert ici: http://revuedepoesie.blog.lemonde.fr/

 Illustration

 

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Petit crayon de cèdre (André Spire)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2016



 

Petit crayon de cèdre,
Tu te casses,
Je te taille,
Et tu jettes sur ma page
L’odeur chaude
De ta forêt.

Petit crayon de cèdre,
Tu te casses,
Je te taille
Et tu jettes sur ma page
L’odeur fauve de son corps.

(André Spire)

Illustration

 

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SUPPLICATION (Charles Cros)

Posted by arbrealettres sur 20 octobre 2016



 

SUPPLICATION

Tes yeux, impassibles sondeurs
D’une mer polaire idéale,
S’éclairent parfois des splendeurs
Du rire, aurore boréale.

Ta chevelure, en ces odeurs
Fines et chaudes qu’elle exhale,
Fait rêver aux tigres rôdeurs
D’une clairière tropicale.

Ton âme a ces aspects divers :
Froideur sereine des hivers,
Douceur trompeuse de la fauve.

Glacé de froid, ou déchiré
A belles dents, moi, je mourrai
A moins que ton coeur ne me sauve.

(Charles Cros)

Illustration: Arthur Braginsky

 

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L’eau du puits (Edmond Jabès)

Posted by arbrealettres sur 12 octobre 2016




Ouvre l’eau du puits. Donne
à la soif un moment
de répit; à la main
la chance de sauver.

Nuit des cils. Être vu.
L’objet luit pour la main.
Le bruit broute le bruit.
L’eau cerne la mémoire.

Le terme. L’avant-monde.
Dépassé le souci.
L’aventure est fidèle
au glas du songe en flammes.

Je suis. Je fus. Charnière
longue file de fauves.
Je vois, verrai. Confiance.
de l’arbre dans le fruit.

Jours de craie. Les ardoises.
palpitent de prémices.
Le mot survit au signe.
Le paysage à l’encre.

Routes. L’infini.
Le don du visage.
Aux saisons, les rides
Au sol, les grands fleuves.

(Edmond Jabès)

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Fantaisie (Xhevahir Spahiu)

Posted by arbrealettres sur 9 octobre 2016



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Fantaisie

Une étoile est tombée.

Dans quel abîme ?
En quelle forêt ?

Mon esprit me dit :
elle s’est abîmée dans la gueule d’un léopard.

Le jour où le chasseur tuera le fauve
et lui ouvrira le ventre,
que trouvera-t-il donc :
une perle mirifique
ou une pierre maléfique ?

(Xhevahir Spahiu)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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