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En rinçant les pinceaux dans l’évier (Tawara Machi)

Posted by arbrealettres sur 27 août 2019



En rinçant les pinceaux dans l’évier
les camaïeux grossiers qui s’en écoulent
ont fasciné mon coeur

(Tawara Machi)

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HIVER BLANC (Jacqueline Commard)

Posted by arbrealettres sur 23 décembre 2018



HIVER BLANC

La margelle du puits déroule son tapis
De laine de nuage à la blancheur d’albâtre
Un moineau égaré, dans un coin se tapit
Tandis qu’une fumée, mollement, sort de l’âtre.

Les toits éclaboussés de larmes hivernales
Pleurent de tout leur soûl les chagrins de la nuit
Et festonnent les tuiles de perles de cristal.
Accrochées ça et là dans les ombres qui fuient.

La rivière est miroir … les chemins sont d’hermine !
Les arbres de noël ont envahi les prés !
Les pommiers dépouillés qui faisaient triste mine
Se sont enjolivés de robes sans apprêt.

En ce joli matin d’hiver éblouissant
Où le jour et la nuit se font « guerre en dentelle »
Des flocons de duvet animent en dansant
Ce merveilleux tableau digne d’une aquarelle !

Et ce petit village, éternel inconnu
Devient soudainement une œuvre de Grand Maître !
Miracle des saisons … Décor tombé des nues …
Fasciner un instant ! Doucement disparaître …

(Jacqueline Commard)

 Illustration: Hendrick Avercamp

 

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A une passante (Baudelaire)

Posted by arbrealettres sur 19 novembre 2018



La rue assourdissante autour de moi hurlait.
Longue, mince, en grand deuil, douleur majestueuse,
Une femme passa, d’une main fastueuse
Soulevant, balançant le feston et l’ourlet;

Agile et noble, avec sa jambe de statue.
Moi, je buvais, crispé comme un extravagant,
Dans son oeil, ciel livide où germe l’ouragan,
La douceur qui fascine et le plaisir qui tue.

Un éclair… puis la nuit! – Fugitive beauté
Dont le regard m’a fait soudainement renaître,
Ne te verrai-je plus que dans l’éternité ?

Ailleurs, bien loin d’ici! trop tard! jamais peut-être!
Car j’ignore où tu fuis, tu ne sais où je vais,
Ô toi que j’eusse aimée, ô toi qui le savais!

(Baudelaire)


Illustration: Miriam Naïli

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Le vent est de passage (André Schmitz)

Posted by arbrealettres sur 8 novembre 2018




    
Le vent est de passage
(l’inconnu, celui qui surgit
d’une brèche dans l’horizon).

Nous l’invitons à table.
Sa langue de feu fascine les enfants
son habit trouble les robes.

On voit le vin s’agiter dans ses veines.
On sent une folie nouvelle
circuler dans les sangs.

On se parle en toutes sortes de langues.
On ne comprend rien
mais on va peut-être tout savoir.

(André Schmitz)

 

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À SEXTE (Marie Noël)

Posted by arbrealettres sur 24 septembre 2018



    

À SEXTE
Je suis à toi. Sauve-moi.
Ps. 118-94. (Office de Sexte.)

Hélas ! hélas ! je suis dans le trouble verger
Où les fleurs et les fruits m’entourent de danger.
Les oiseaux sont muets, les arbres n’ont pas d’ombre,
Des crapauds haletants se collent au puits sombre.

Je tourne dans le cercle enflammé des iris.
Hélas ! dans le soleil ma chair brûle et les lis
De leur bouquet pesant d’essences déréglées
Me provoquent sans fin tout le long des allées.

Sans fin à chaque bord des sentiers continus
Des oeillets jaillissants agacent mes pieds nus
Et les roses d’hier trop vite épanouies
Se renversent pâmant sur mes mains éblouies.

Et ce jardin d’embûche où je vais sans secours
Est plein de vigne folle et de cerisiers lourds,
De seringas ardents d’où s’échappent des fièvres
Et de framboises aussi douces que des lèvres.

Et je voudrais manger à la branche qui pend,
À pleine bouche ainsi qu’un animal gourmand,
Les cerises, sang mûr, d’une avide sucée,
Ivre et de vermillon la face éclaboussée ;

Je voudrais arracher aux rosiers palpitants,
Comme on plume un oiseau sans y mettre le temps,
À pleine main leurs pétales et, la main pleine,
Les écraser sur ma poitrine hors d’haleine ;

Je voudrais me rouler sur la terre au sein chaud,
Les yeux brouillés d’azur éclatant, vaste, haut ;
Je voudrais… qui m’allume ainsi qu’une fournaise ?…
Des femmes au cou nu s’en vont cueillir la fraise…

Alarme ! éveille-toi, pauvre moine engourdi !
C’est le vieux guet-apens du démon de Midi.
Fuis sans rouvrir les yeux, fuis, piétine la vie
Qui voudrait être et ne doit pas être assouvie.

Fuis ! Mais où fuir ? Où donc ? Où ? J’ai les pieds trop las.
Où donc ?… La mauvaise herbe est haute sous mes pas,
Derrière et devant moi partout la Bête rôde
Sous les fleurs, sur le ciel, dans la broussaille chaude,

Et je sens, comme un fruit où chemine le ver,
Un serpent doux et chaud qui me suce la chair
Et chaque battement de mon coeur me torture…
Par où t’échapperai je, ô maudite Nature ?

Quelle verge d’épine ou quels charbons ardents
Me guérira du mal dont je grince les dents ?
Quel fouet aux noeuds de plomb, quelle source glacée
Me guérira du mal que j’ai dans la pensée ?

Faut-il me laisser choir à mon dam entraîné,
Comme un oiseau par un reptile fasciné
Ou me débattre encor bien qu’à bout de courage ?…
Mais Seigneur, c’est à Vous de faire votre ouvrage.

Je suis votre brebis, Vous êtes mon berger.
Comme un agneau perdu me laisserez-vous manger ?
À l’aide ! Poursuivez ce loup qui me menace,
Courez et jetez-lui des pierres à la face ;

Car si vous me laissiez périr à l’abandon,
Ce Vous serait, Seigneur, un bien piteux renom
De mauvais pâtre et pour le soin de votre gloire
À personne, ô mon Dieu, ne le donnez à croire.

(Marie Noël)

 

Recueil: Les Chansons et les Heures / Le Rosaire des joies
Traduction:
Editions: Gallimard

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Ordonnez-moi (Gérard Le Gouic)

Posted by arbrealettres sur 10 septembre 2018



Ordonnez-moi
de ne plus quitter ma terre,
de ne plus vivre à l’écart,
dans des vallées d’asile,
dans des cités en exil.

Commandez-moi
de ne plus me dénouer de ce pays
qui me baptisa,
me refusa,
mais qui sera mon dernier lit.

Donnez-moi
de l’accepter tel quel :
à demi mangé,
à demi bouilli.
Je m’y sens bien
sans reconnaissable raison.

Je ne fréquenterai plus
les grandes villes
où m’attirait le quartier des gares
et me fascinaient les embarcadères.
J’ai oublié si j’épargnais
en vue d’un billet de départ
ou d’une prostituée qui avait
un peu de mon visage
et sûrement le double de mon âge.

J’ai perdu le regret
des lointains voyages,
ne m’enivre plus l’odeur
qui flotte dans les aérogares
et cette fragile lenteur
des passagers en proie
à une demi-peur.
Je ne vais plus aujourd’hui
que de Quimper à Quimperlé,
à Brest ou à Morlaix.

J’ai perdu aussi le regret
des grandes amours de chair,
me contentant de qui je contente
et si j’aime encore
ce n’est plus que le pays
dont les frontières pour le moment
s’enroulent en moi en pelote,
si j’aime encore
ce n’est plus que la Bretagne qui me porte.

(Gérard Le Gouic)

 

 

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Jamais plus (Yona Wallach)

Posted by arbrealettres sur 5 juillet 2018




    
Jamais plus je n’entendrai la voix douce de Dieu
jamais plus ne passera sa voix sous ma fenêtre
de grosses gouttes descendront dans l’espace signe
Dieu ne vient plus à ma fenêtre
Comment pourrai-je encore voir son corps doux
Plonger dans ses yeux, je ne descendrai plus cueillir
des regards fileront dans la création comme du vent
comment me rappeler cette beauté sans pleurer
des jours passeront dans ma vie comme des frémissements dans le corps
près de débris de souvenirs de contact brisés plus encore que les pleurs
fascine l’air la forme de son geste se mouvant
jamais plus le son des regrets ne passera le seuil
lorsque l’homme revivra tels ses morts dans les souvenirs, tel l’être
si seulement se tenait son doux regard près de mon lit et que je pleure.

(Yona Wallach)

 

Recueil: Anthologie de la poésie en hébreu moderne
Traduction: Ch. Wardi
Editions: Gallimard

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Fascinante (Suzanne)

Posted by arbrealettres sur 6 juin 2018



Illustration
    
Fascinante

On ne sait pas d’où elle vient mais,
c’est une femme vraiment étrange;

elle ne parle pas,
mais elle émet toutes sortes de couleurs
en ouvrant la bouche

et le plus curieux c’est que tout le monde entend bien
ce qu’elle a envie de leur dire
même les étrangers la comprennent,

et voilà que tout le monde a envie de la suivre,
les enfants ,les adultes, les vieillards,
ils ont l’impression que la présence de cette femme
change tout;

ils se sentent meilleurs, ils n’ont plus mal nulle part,
et marchent comme dans un rêve
pourtant ils ne se sont jamais sentis aussi vivants!

(Suzanne)

Découvert ici: https://suzanne35blog.wordpress.com/

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A ta rencontre (Jean-Baptiste Besnard)

Posted by arbrealettres sur 31 mai 2018



A ta rencontre

Alors que l’esprit pensif
Je traverse des lieux
De tentation et de perversité
Tu m’attends sagement
Dans ta chaumière
Cousant pour des dames patronnesses
Sur ta machine Singer.

Sous un soleil vindicatif
Je parcours une campagne en deuil
Dont l’horizon fuit devant moi
Tandis que la mer abandonne le rivage
Et que la grève se déroule sous mes pieds.

Mais j’arrive avec l’espoir de te retrouver
Pour partager avec toi
Ce que je cherche encore
Et en te serrant dans mes bras
Je prépare dans mon cœur
Les mots que je vais prononcer
Pour n’en pas détruire la magie.

J’étreins ton corps
Mais ton cœur est ailleurs
En quête d’un autre.

Je percerai les secrets
De ton regard énigmatique
Si bleu qu’il en devient froid
Et qu’il fascine les êtres.

Je poserai des baisers ardents
Sur tes lèvres de glace
Et saurai te faire fondre
En caressant ta chair
Avec des gestes d’amour.

Oublions les aubes prématurées
Et les jours avortés
Et que refleurissent les buissons
Qui embaumaient nos étreintes !

(Jean-Baptiste Besnard)


Illustration: Pierre-Auguste Renoir

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Rilke et Yeats (Malcolm Lowry)

Posted by arbrealettres sur 15 février 2018



Illustration: La Rouille
    
Rilke et Yeats

Aidez-moi à écrire,
Montrez-moi les portes
Où sont affichés les ordres.
Et la cage
Où mon courage
Sous le regard de mon âme fascinée
Rugit derrière les grilles.

***

Help me to write.
Show me the gates
Where the orders are,
And the cage
My soul stares at,
Where my courage
Roars through the grates.

***

Ayudadme a escribir.
Enseñadme las puertas
que llevan hasta el orden,
y la jaula
que escudriña mi alma,
en donde mi valor
ruge entre los barrotes.

(Malcolm Lowry)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

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