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Poésie

Posts Tagged ‘clé’

Aimer (Boris Pasternak)

Posted by arbrealettres sur 4 septembre 2019



Illustration: Freydoon Rassouli  
    
Aimer certains, c’est un fardeau ;
Toi, tu séduis sans insistance ;
Percer tes charmes équivaut
A voir la clé de l’existence.

(Boris Pasternak)

 

Recueil: Ma soeur la vie et autres poèmes
Traduction: sous la direction d’Hélène Henry
Editions: Gallimard

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C’EST À DIRE (Jean Tardieu)

Posted by arbrealettres sur 13 avril 2019




Illustration: Fernand Dubuis

    
C’EST À DIRE
(Le bruit qui n’est pas entendu)

Pour Fernand Dubuis, qui a enrichi ce texte de couleurs rares aux harmonies inattendues.

Au tournant du verbe
accablé de masques
dont l’être intermittent
parfois surgit
lampe éphémère
pour que renaissent
les ténèbres
en vain refoulées
parfois plonge à l’oubli définitif
recours
depuis l’origine inconnue
jusqu’au-delà du futur
où tant de douleurs
enfin pétrifiées seront
c’est-à-dire
ne seront plus
voici pour le veilleur
ensommeillé
l’écho qui s’interroge
au-dehors sans répondre
le sifflement de l’ennemi
sous la porte
peut-être la clé
perdue
ou du moins ce mince fil
conducteur de vocables
mais pour qui mais pourquoi
s’il n’est rien
s’il s’enroule inutile
à l’index
ou s’il
retentit solitaire
ou s’il est incapable
de révéler autre chose
que sur le sol
à l’ombre de l’été
ce peu de traces
d’un passage
ou le bruit qui n’est pas entendu
ou les couleurs légères
de l’averse que le soleil
dispense à l’ennui
du littoral
lorsque tout espoir
et tout mal
évanouis
le sable
entonne le tumulte
les cris les rires
la blessure
et le silence même
dans une tête
aux dents serrées
inutile témoin
sur l’astre feu
lentement refroidi
d’être là
et ainsi et ainsi
et toujours
et si vous voulez
que je m’arrête
donnez-moi le mot
sinon— sans fin

je continue.

(Jean Tardieu)

 

Recueil: L’accent grave et l’accent aigu
Traduction:
Editions: Gallimard

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Presque toutes les choses resteront à dire (Roberto Juarroz)

Posted by arbrealettres sur 15 mars 2019




    
Presque toutes les choses
resteront à dire.
C’est trop que de recommencer du début
ce qu’il faut dire.

Seule notre parole
nous donne une réalité.
Les paroles des autres
tantôt nous affirment la bouche
et tantôt nous déplacent
ce qu’il faut dire.

Et ainsi arriverons-nous à la fin,
réels à moitié,
entravés également
par ce qu’il ne faut pas dire.

Nous poursuivrons la quête
de la clé introuvable.
Et quelquefois nous éprouverons
une fleur verbale dans le vide,
une fleur non complètement étrangère
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

***

Quedarán por decir
casi todas las cosas.
Es demasiado empezar otra vez desde el comienzo
lo que hay que decir.

Sólo nuestra palabra
nos vuelve realidad.
Las palabras ajenas
a veces nos afirman la boca
y otras veces nos desplazan
lo que hay que decir.

Y así llegaremos al final,
reales a medias,
coartados también
por lo que no hay que decir.

Seguiremos buscando
la combinación inhallable.
Y a veces sentiremos
una flor verbal en el vacío,
una flor no totalmente ajena
notre tenace requête
d’être quelque chose dans le dire et le non-dire.

(Roberto Juarroz)

 

Recueil: Quatorzième poésie verticale
Traduction: Sivia Baron Supervielle
Editions: José Corti

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A qui est cette maison ? (Toni Morrison)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2019


 


 

Volker Birke artlimited_img400551

A qui est cette maison ?
A qui est cette nuit qui empêche la lumière d’entrer
À l’ intérieur ?
Dis, à qui appartient cette maison ?
Ce n’est pas la mienne.
J’ai rêvé d’une autre, plus douce, plus grande,
Avec une vue sur des lacs traversés par des bateaux peints ;
Sur des champs larges comme des bras ouverts pour m’accueillir.
Cette maison est étrange,
Ses ombres mentent.
Parle, dis-moi,
pourquoi est-ce que sa serrure correspond à ma clé ?

(Toni Morrison)

Illustration: Volker Birke

 

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A quoi bon chercher le repos (Jean-Claude Pirotte)

Posted by arbrealettres sur 20 janvier 2019



à quoi bon chercher le repos
dans le hasardeux équilibre
il y a bien deux équilibres
mais lequel sauverait ma peau

s’il y avait trois équilibres
celui du milieu peut-être
(mais il faudrait que je sois libre)
me donnerait la clé de l’être
ou la recette pour paraître

(Jean-Claude Pirotte)


Illustration: Gilbert Garcin

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Qui-perd-gagne (Teresa Rita Lopes)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



qui-perd-gagne

J’ai perdu
la conque
j’ai gagné
la plage

j’ai perdu
la cruche
j’ai gagné
la source

J’ai perdu
la source
j’ai gagné
la cime

j’ai perdu
le galet
j’ai gagné
le fleuve

J’ai perdu
le fleuve
j’ai gagné
la terre

j’ai perdu
la tête
j’ai gagné
le nord

J’ai perdu
le nord
j’ai gagné
le sud

j’ai perdu
le sud
j’ai gagné
le soleil

J’ai perdu
le soleil
j’ai gagné
la pluie

j’ai perdu
la terre
j’ai gagné
la lune

J’ai perdu
la lune
j’ai gagné
le ciel

j’ai perdu
la pierre
j’ai gagné
la rue

J’ai perdu
la rue
j’ai gagné
la clé

j’ai perdu
la clé
j’ai gagné
la maison

J’ai perdu
la maison
j’ai gagné
l’âme

j’ai perdu
l’oeuf
j’ai gagné
l’oiseau

J’ai perdu
l’oiseau
j’ai gagné
l’envol

j’ai perdu
les plumes
j’ai gagné
l’air

J’ai perdu
l’air
j’ai gagné
l’eau

j’ai perdu
la trace
j’ai gagné
la face

J’ai perdu
la face
j’ai gagné
le feu

j’ai perdu
la nuit
j’ai gagné
la lune

J’ ai perdu
la lune
j’ai gagné
le ciel

j’ai perdu
pied
j’ai gagné
la mer

***

perder-ganhar

Perdi
o bûzio
ganhei
a praia

perdi
o pùcaro
ganhei
a fonte

Perdi
a fonte
ganhei
o monte

perdi
o seixo
ganhei
o rio

Perdi
o rio
ganhei
a terra

perdi
o tino
ganhei
o norte

Perdi
o norte
ganhei
o sul

perdi
o sul
ganhei
o sol

Perdi
o sol
ganhei
a chuva

perdi
a terra
ganhei
a lua

Perdi
a lua
ganhei
o céu

perdi
a pedra
ganhei
a rua

Perdi
a rua
ganhei
a chave

perdi
a chave
ganhei
a casa

Perdi
a casa
ganhei
a alma

perdi
o ovo
ganhei
a ave

Perdi
a ave
ganhei
o voo

perdi
as penas
ganhei
o ar

Perdi
o ar
ganhei
a âgua

perdi
o rasto
ganhei
o rosto

Perdi
o rosto
ganhei
o gosto

perdi
a noite
ganhei
o luar

Perdi
o luar
ganhei
o céu

perdi
o pé
ganhei
o mar

(Teresa Rita Lopes)

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Ce fut un clair après-midi, triste et songeur (Antonio Machado)

Posted by arbrealettres sur 17 janvier 2019



Ce fut un clair après-midi, triste et songeur
après-midi d’été. Le lierre grimpait
sur le mur du parc, noir et poussiéreux…
La fontaine bruissait.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, frappa
lourdement le silence de l’après-midi mort.

Dans le parc solitaire, la sonore
copla bouillonnante de l’eau chantante
me guida vers la fontaine. La fontaine versait
sur le marbre blanc sa monotonie.

La fontaine chantait : Frère, mon chant présent
te rappelle-t-il un songe lointain?
Ce fut un lent après-midi du lent été.
Je répondis à la fontaine :

— Adieu pour toujours, fontaine sonore,
éternelle chanteuse du parc endormi.
Adieu pour toujours; ta monotonie,
fontaine, est plus amère que ma peine.

Ma clé grinça dans la vieille grille;
avec un bruit aigre s’ouvrit la porte
de fer moisi et, en se refermant, résonna
lourdement dans le silence de l’après-midi mort.

(Antonio Machado)

Illustration: ArbreaPhotos

 

 

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Lire la mémoire (Lionel Ray)

Posted by arbrealettres sur 7 janvier 2019




    
Lire la mémoire aux volets fermés,
ses crimes, ses clés, ses caves,
le château des pluies,

Lire la prose des ombres, le babil
des abeilles, cette chose noire et douce,

Lire au soir le blason des nuages
lorsque l’eau se ride et que tu allonges
la main, tirant le fond noir du ciel.

(Lionel Ray)

 

Recueil: Comme un château défait suivi de Syllabes de sable
Traduction:
Editions: Gallimard

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Il ferma à clé (Yannis Ritsos)

Posted by arbrealettres sur 5 janvier 2019



Illustration: Bruce Krebs
    
Il ferma à clé
verrouilla la porte
mit aussi une pierre
boucha les fissures.
Alors par où est-ce entré?
N’était-ce pas plutôt
que ce qu’il avait cru enfermer dehors
il l’avait enfermé dedans?

(Yannis Ritsos)

 

Recueil: La nuit dans le miroir et autres poèmes
Traduction: Dominique Grandmont
Editions: Gallimard

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La route est dure (Kathleen Raine)

Posted by arbrealettres sur 2 décembre 2018



La route est dure
Vers ta maison invisitée,
Et les portes scellées. On dit
Qu’à l’amour est donnée la clef
Du souvenir, de la tombe, du Paradis.

***

Hard is the way
To your unvisited house,
Barred the gates. Some say
To love is given the key
Of memory, the grave, Paradise.

(Kathleen Raine)

 

 

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