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Ce n’était pas la Mort (Emily Dickinson)

Posted by arbrealettres sur 20 mars 2017



Ce n’était pas la Mort, car j’étais debout
Et que tous les Morts, gisent –
Ce n’était pas la Nuit, car toutes les Cloches,
Langue dardée, sonnaient Midi.

Ce n’était pas le Gel, car sur ma Chair
Je sentais – ramper – des Siroccos –
Ni le Feu – car le seul Marbre de mes pieds
Eût gardé frais, un Sanctuaire –

Pourtant, j’éprouvais tout cela ensemble,
Les Formes que j’ai vues
Apprêtées, pour l’Enterrement,
Me rappelaient la mienne –

Comme si pour l’adapter à un cadre,
On eût rogné ma vie,
Et qu’elle ne pût respirer sans clé,
On aurait dit Minuit –

Quand tout ce qui tictaque – stoppe –
Et que partout – bée l’espace –
Ou que l’Affreux gel – aux matins d’Automne,
Abolit le Sol Palpitant –

Mais surtout, le Chaos – Sans bornes – froid –
Sans une Chance, ou un espar –
Ni même l’Annonce d’une Terre –
Pour justifier – le Désespoir.

(Emily Dickinson)


Illustration: Sabin Balasa

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Avec une clé changeante (Paul Celan)

Posted by arbrealettres sur 12 mars 2017



Avec une clé changeante

Avec une clé changeante
tu ouvres la maison, dans laquelle
tournoie la neige des choses tues
Et au gré du sang, qui sourd
des yeux ou de la bouche ou de l’oreille,
ta clé change.

Change ta clé, change le mot,
qui doit suivre le tournoiement des flocons.
Au gré du vent qui te pousse en avant,
s’enroule autour du mot la neige

(Paul Celan)

 

 

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Faut-il toujours que le matin revienne ? (Novalis)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



Faut-il toujours que le matin revienne ?
L’empire de ce monde ne prend-il jamais fin ?
Une fatale activité engloutit les élans divins de la Nuit qui s’approche.
Ne va-t-il donc jamais, le sacrifice occulte de l’Amour, éternellement brûler ?

La lumière a son temps, qui lui fut mesuré ;
mais le royaume de la Nuit est hors le temps et l’espace.
– Et c’est l’éternité que le sommeil a pour durée.
Sommeil sacré ! Ne t’en viens pas trop rarement, durant le terrestre labeur du jour,
combler de tes félicités les adeptes fidèles de la Nuit.

Les insensés uniquement te méconnaissent
et ne savent point d’autre sommeil que l’ombre que tu jettes,
par compassion pour nous, au crépuscule de la nuit évidente.

Ils ne te sentent point dans le flot d’or des grappes
– dans l’huile miraculeuse de l’amandier ou dans la brune sève du pavot.

Ils ne le savent pas, que c’est toi qui nimbes ainsi le tendre sein de la vierge
et nous fais de son cœur un paradis.

Ils ne pressentent pas que, te levant des légendes anciennes,
tu t’avances vers nous, ouvrant le ciel,
et tu portes la clé qui ouvre les demeures de la béatitude,
silencieux messager des infinis mystères !

(Novalis)

Découvert chez la boucheaoreilles ici

Illustration

 

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La clé (André Frénaud)

Posted by arbrealettres sur 11 mars 2017



 

La clé

Le poète peine, éclairé par sa recherche,
et l’objet qu’il a su faire, qu’il te confie,
étranger, c’est la clé pour entrer dans ta maison.

(André Frénaud)

 

 

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Comment ? (Avrom Sutzkever)

Posted by arbrealettres sur 10 mars 2017



Comment ?

Comment allez-vous donc remplir vos gobelets
le jour de la libération ? Et avec quoi ?
Êtes-vous prêts, tout à votre joie, à supporter
Le hurlement sombre, que vous avez entendu
c’étaient les squelettes des paillettes des jours
Dans un puits sans fond ?

Vous chercherez une clé pour ouvrir
Vos serrures bloquées. Vous mordrez
Les trottoirs, comme du pain,
Réfléchissez : il y a meilleur usage.
Et le temps vous rongera comme un grillon
Pris dans un poing.

Alors, votre mémoire sera comme
Une ancienne ville enterrée
Et vos yeux brouillés se terreront
Comme une taupe, une taupe…

(Avrom Sutzkever)

 

 

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Au soleil ébloui d’herbes (Pascal Boulanger)

Posted by arbrealettres sur 1 mars 2017



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au soleil ébloui d’herbes les fenêtres restent ouvertes tout l’été
partout l’or s’écoule des pétales dansent jusqu’au sol la poésie surgit avec le sang
chaque visage est une bibliothèque chaque livre a sa serrure et sa clé

(Pascal Boulanger)

 Illustration

 

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Chanson du geôlier (Jacques Prévert)

Posted by arbrealettres sur 17 février 2017



Chanson du geôlier

Où vas-tu beau geôlier
Avec cette clé tachée de sang
Je vais délivrer celle que j’aime
S’il en est encore temps
Et que j’ai enfermée
Tendrement cruellement
Au plus secret de mon désir
Au plus profond de mon tourment
Dans les mensonges de l’avenir
Dans les bêtises des serments
Je veux la délivrer
Je veux qu’elle soit libre
Et même de m’oublier
Et même de s’en aller
Et même de revenir
Et encore de m’aimer
Ou d’en aimer un autre
Si un autre lui plaît
Et si je reste seul
Et elle en allée
Je garderai seulement
Je garderai toujours
Dans mes deux mains en creux
Jusqu’à la fin des jours
La douceur de ses seins modelés par l’amour.

(Jacques Prévert)

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GROMMELLEMENT (Sándor Csoóri)

Posted by arbrealettres sur 11 février 2017



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GROMMELLEMENT

Les pluies. Les poèmes. Les chutes de neige.
L’oiseau qui se nettoie dans la neige émoussée.
Ta main. Ma main Les signes de ton corps.
La clé de la mort. Verrou qu’on ne peut pousser.

Le silence. La colère. La solitude au monde.
L’éternelle occasion de l’homme contre soi.
Les armes excitées. Les épines immondes.
La cendre des épines en toi et en moi.

(Sándor Csoóri)

 

 

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Passe entre chien et loup… (Lambert Schlechter)

Posted by arbrealettres sur 7 février 2017



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Passe entre chien et loup…

l’éteigneur de réverbères

dans ses vieilles bottes vermeilles
avec sa clé à extinction

il a toujours claudiqué
il a toujours été manchot

personne ne voit la grosse larme salée
qui lui dégouline le long du nez

ce soir il tue et le chien et le loup

(Lambert Schlechter)

Découvert ici: https://schabrieres.wordpress.com/

 

 

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LA VOIX DES CHOSES (Jean Richepin)

Posted by arbrealettres sur 2 février 2017



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LA VOIX DES CHOSES

Connais-tu la chanson des fils du télégraphe?
Avec neuf clés, ainsi qu’une lyre, il s’agrafe
Dans les blancs clochetons des sonores godets
Qui sous la porcelaine ainsi que sous un dais

Couvent la gamme errante aux fibres de la corde.
Cet étrange instrument, c’est le vent qui l’accorde ;
C’est le bruit du midi, de l’aube et du couchant,
Qui lui donne son vague, et bizarre, et doux chant.

L’homme, en dressant le bois des poteaux par la plaine,
Ne s’est pas souvenu que la nature est pleine
De soupirs, de sanglots, de notes, de frissons,
Et que toute la terre est un nid de chansons.

Où son travail posait l’appareil de physique,
La nature a su mettre un peu de sa musique.
Applique ton oreille, enfant, contre le bois.
Et ton cœur entendra la voix, la grande voix,

Murmurer comme un flot sans fin, lointaine et douce.
Écoute! C’est le grain qui poind, la fleur qui pousse;
Tous les germes obscurs qui vont sourdre du sol
Et tous ceux que la brise emporte dans son vol;

Tout ce qui veut jaillir près de tout ce qui tombe,
Car la terre est berceau comme la terre est tombe;
C’est la chose qui naît et la chose qui meurt;
C’est la mystérieuse et confuse clameur

De vie universelle éparse par l’espace.
Et tout cela tient dans ces fils où le vent passe
maîtresse, emplis bien de ce chant tout ton cœur.
Il dit qu’il faut aimer, et que l’amour vainqueur,

Dans les ruines, dans les morts, dans les désastres,
Anime les brins d’herbe aussi bien que les astres,
Et toujours plus vivace, en efforts plus ardents,
Palpite, et vibre, et souffle, et s’allume dedans

Les coins les plus perdus de l’immense matière.
Il dit qu’à moi tu dois te donner toute entière.
Viens, je ferai chanter mes baisers sur ton corps,
Et, tel qu’un violon dominant les accords,

Le cri de notre amour, comme un fou qui s’esclaffe.
Couvrira la chanson des fils du télégraphe.

(Jean Richepin)

 Illustration: Abel-Dominique Boyé

 

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